Indicateurs de pauvreté : comment mesurer les changements dans une vie ?

portefaix

Bagunda MUHINDO René,

Bukavu, République Démocratique du Congo

L’évaluation est une question au cœur de tous les aspects de la vie courante. En relation aux recherches des institutions humanitaires et étatiques de renom, elle permet de déterminer le niveau d’avancée entre pays, institutions, projets…

Cependant, il y a des évaluations qui ne sont pas exhaustives. Concernant la pauvreté, quand on dit par exemple qu’un pays est classé à un tel rang au niveau mondial, le classement peut montrer une situation désastreuse du pays par rapport à d’autres pays, alors que la réalité est différente. Des évaluations incomplètes ne rendent pas compte de la complexité de la réalité. On l’a vu encore récemment avec les controverses suscitées par l’indice de mesure de la pauvreté de 1 dollar par jour. C’est pour cela que des mesures davantage multidimensionnelles de la pauvreté ont été développées (comme l’étude de Sabina Alkire) et qu’ ATD Quart Monde lance une recherche à ce sujet.

Ce qui me dérange moi dans tout cela, c’est l’extrémisme de certains indices. Ils font imaginer des populations, des sociétés ou des gens qui vivent dans l’enfer… Dans un rapport de 2010, une organisation a présenté la province du Sud-Kivu où j’habite avec un taux de pauvreté de 84%. Un ami du Sénégal qui l’avait lu m’avait taquiné en disant : « là c’est l’enfer mon vieux ! ».

Que manque-t-il à ces indices ? Il y a peu de temps, j’ai entendu un témoignage : « moi avant j’étais très pauvre, j’étais humilié dans mon travail de porte faix et j’avais honte d’approcher les gens. Les gens ne le savent pas mais aujourd’hui moi-même je sais que ma vie a beaucoup changé… Quand je le dis, les gens me disent : tu es toujours mal habillé, tu fais le même travail, comment ta vie a changé ? J’ai découvert l’histoire des familles qui vivaient l’extrême pauvreté à Noisy-le-Grand (France) et j’ai compris que pour avancer elles avaient besoin de faire face à la honte et au mépris. Cela m’a donné beaucoup de courage, j’ai renoncé à la honte et je continue aujourd’hui à me battre pour faire vivre ma famille».

Avec Papa André Kahiro Mulamba, j’ai compris que la dignité humaine telle que reconnue par la déclaration universelle des droits de l’homme octroie à chacun la liberté de conscience de son évolution. L’évaluation générale de la pauvreté ne semble pas souvent montrer le côté positif des personnes concernées. Dans une communauté quand un pauvre dit qu’il évolue, on ne le croit pas. On voit qu’il a les mêmes habits, sa maison n’a pas été reconstruite, son travail n’a pas changé… Pourtant au fond de lui, il sait ce qui a changé dans sa vie. Parfois c’est quelque chose que l’on ne peut pas mesurer : la reconnaissance de sa dignité par les membres de sa communauté, l’harmonie avec sa femme et ses enfants, la réussite scolaire de ses enfants, avoir vaincu la honte, l’augmentation du nombre de volaille ou de son cheptel, la participation à un groupe. Ou quelque chose de discret que les personnes concernées ne peuvent partager…

Il est donc utile de prendre en compte tous ces aspects sociaux multidimensionnels susceptibles de générer ou pas des effets visibles ou invisibles dans l’avenir. Chacun est donc premier responsable et premier évaluateur des avancées de sa propre vie.

 

Incarcération en masse à la Nouvelle Orléans

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Photo net, crédit: Shutterstock.com

Maria Victoire
Nouvelle Orléans

Ce n’est pas un secret ! Chaque soir, un demi-million de personnes dorment dans une cellule de prison aux États-Unis, parce qu’elles sont trop pauvres pour payer leur caution. Aux États-Unis, le versement d’une caution fixée par le juge permet de rester en liberté le temps que la peine soit prononcée. Un système qui représente une injustice sociale en condamnant ceux qui n’ont pas les moyens de payer la caution à l’emprisonnement même s’ils sont innocents, et en les exposant à de graves conséquences économiques et familiales.

Mme Louise, mère de sept enfants, vit à la Nouvelle Orléans, la ville au taux le plus élevé d’incarcération au monde. Elle a changé trois fois d’emploi en trois mois parce qu’elle devait accompagner son fils au tribunal. D’ailleurs, elle a du mal à trouver l’argent pour payer la caution.

La plupart du temps, le juge a reporté l’audience sans raison et sans préavis. Mme Louise s’indigne:  » Qui contrôle les juges? La caution est trop élevée, je ne peux pas la payer. Je ne peux même pas payer mon ticket de bus! Je suis malade, nous sommes tous enfermés dans ce système judiciaire ! Quand mon fils est en prison, c’est comme j’y étais moi-même. Je ne peux ni manger, ni dormir. » La caution devient de plus en plus un fardeau et nuit aux plus pauvres, économiquement et psychologiquement.

Un projet de loi « No Money Bail Act» a été présenté par le député Ted Lieu afin d’aborder la question de la caution qui enferme les pauvres détenus noirs et leurs familles en raison de leur incapacité à la payer à temps.

C’est un moment critique pour la réforme judiciaire. The « Orleans Parish Prison Reform Coalition » (un collectif pour la reforme carcérale), la « American Bail Coalition », d’autres organisations communautaires et les chefs du gouvernement appellent à une réduction de l’incarcération et à la recherche d’approches alternatives qui répondent mieux aux besoins de toutes les communautés.

Ce que les autorités n’avouent pas et qui n’est pas visible dans leur réforme carcérale c’est que la caution punit les gens parce qu’ils sont pauvres, et peut faire que les gens perdent leur emploi, leur maison ou même leurs enfants. Incarcérer les pauvres pendant des semaines, des mois et des années pour des petits délits non-violents (drogue par exemple) détruit un grand nombre de familles vivant dans la pauvreté et n’assure pas la sécurité de la ville. La prison est aussi une affaire privée qui rapporte aux autorités locales. Cela entraîne des incarcérations abusives. Par ailleurs, la libération « sous probation » est très contraignante, il faut que le prisonnier aille rendre compte de ses actes chaque semaine par un test d’urine. Si on n’a pas satisfait les exigences à la lettre, on retourne en prison. C’est le « re-entry charges » et c’est plus dur. Les plus pauvres se retrouvent ainsi bien souvent dans un tourbillon d’injustices.

Au début de 2016, une proposition finale pour réduire l’incarcération en masse et les disparités raciales et ethniques du système judiciaire a été adoptée par la Fondation MacArthur (3) pour l’examen d’une deuxième ronde de financement – entre $500 000 et $2 millions par an, pour la mise en œuvre du plan sur deux ans.

Les personnes vivant dans la pauvreté sont les dernières à en être informées et à savoir comment elles vont bénéficier de la réforme. Tant que les personnes vivant dans la pauvreté ne font pas partie de la réflexion et dans la prise de décision de la réforme judiciaire, cela ne fonctionnera pas. C’est injuste ! On doit agir pour arrêter l’incarcération en masse des pauvres!

 

Résistance de la matière

2016 Bas-relief Treyvaux

Bas-relief de l’atelier de sculpture à Treyvaux, entre 2006 et 2015, érable sycomore, 200x40x5cm, intitulé « Ici règnent la liberté et la paix »

François Jomini
Berlin

Sculpter c’est faire surgir du dedans de la matière des reliefs qui danseront dans la lumière toujours changeante. Laisser venir au jour la forme enfouie. Raconter une histoire par l’érosion du geste. Ici, sous l’effet de la main animée de l’esprit et prolongée de l’outil.

Dans cette histoire, la matière a son mot à dire, elle impose son caractère, elle offre sa texture particulière à votre texte singulier.

Je vous vois encore, Sabrina, si frêle, prendre en mains pour la première fois le ciseau et le maillet, votre visage buriné par les coups durs de la vie. Concentrée, appliquée, acharnée pendant trois jours sur ce plateau d’érable qui rend le son plein d’une coque de bateau. Quand vous vous redressez pour détendre vos muscles, votre pensée semble en voyage, furtivement je vois l’enfance éclairer votre visage.

Philippe à nos côtés, lui qui a creusé la nuit maintes fois du pas de l’homme sans foyer, s’applique à détourer à la gouge la roulotte tractée par un cheval qu’il vient de dessiner, ou plutôt de révéler, d’exhumer de sa mémoire à la manière d’un archéologue. Passante entre deux coquelicots et un éléphant, dans un espace encore vierge qui n’attendait qu’elle, la roulotte du voyageur ouvre dans son sillage un nouvel horizon. Viendra plus tard s’ajouter au premier plan l’étendue d’un champ de blé, qui sans la trace du voyageur n’aurait jamais été semé. C’est fou combien de plans et d’horizons, combien de souvenirs, de rêve et de possibles contient une pièce de bois brut de deux mètres sur quarante centimètres, et de cinq centimètres d’épaisseur.

Trois jours durant, Sabrina, vous ciselez les nervures d’un feuillage. Nous ouvrageons sans mot dire, enivrés par la sarabande du bois qui chante, absorbés par cette alchimie de l’effort, du mouvement, de la matière et de l’esprit d’où, voilà des millénaires, l’écriture a jailli. Au moment de nous essuyer le front avec la manche, souriante, vous me dites : « ça me fait du bien ! »

Peut-être six mois plus tard, dans une rencontre où la parole est grave et nos respirations retenues, sur le thème de l’enfance volée des enfants placés, sujet qui remue en vous tant de non-dits, vous me faites part d’une découverte : « Maintenant j’ai compris ce qui m’a fait du bien quand on sculptait le bois : à chaque coup que je donnais, c’est ici (vous posez votre main entre le cou et la poitrine) que je sentais se casser comme un bloc de béton. »

Vous évoquiez aussi la moto de votre jeunesse, qui vous a permis d’échapper au carcan d’une vie sans promesse où vous avez entendu si souvent que vous n’étiez bonne à rien, le sentiment de libération que vous avez éprouvé à tracer la route de votre choix, à faire votre vie. Vos yeux brillaient de joie malicieuse à l’évocation des libertés que vous avez su arracher à l’adversité.

J’ai faim

elda-blog

Elda García, Guatemala

C’est l’une des heures les plus fréquentées, l’heure de pointe. Le train et le métro sont bondés.

Le va-et-vient de la foule crée à cet endroit-là un flux incessant. C’est le métro de Paris, et ses couloirs accueillent des milliers et des milliers de personnes toute la journée.

Une routine spécifique me permet de faire le trajet presque à la même heure deux fois par semaine. Je prends le temps d’observer des détails qui peut-être pour d’autres passent inaperçus. Je suis une des rares personnes à marcher sans me presser.

Dans un coin, plusieurs musiciens offrent à nos oreilles les jolies notes d’une mélodie. C’est agréable de les écouter au milieu de toute cette pression que met une ville comme celle-ci.

En descendant les escaliers, il est encore là, juste au milieu. A la même heure et au même endroit. Sa présence se perd parmi les pas de la foule et les notes de la mélodie qui s’entend à présent de loin. C’est un homme relativement jeune. A genoux. D’une main il tient un écriteau sur lequel je peux lire : « J’ai faim ». Son autre main reste tendue, attendant que quelqu’un lui donne quelque chose. Étant tout près de lui, j’essaie de croiser son regard, mais le sien est loin, perdu. Chaque fois que je le vois, presque toujours les mêmes questions m’assaillent : Qui est-il ? D’où vient-il ? Quel âge a-t-il ? Combien de temps passe-t-il à genoux ? Jusqu’à quelle heure attend-il ? Ces pensées défilent aussi vite que mes pas. Je le laisse derrière moi. Nombreux sont ceux qui, tout comme moi, passent leur chemin, sans s’arrêter.

De l’autre côté, presque en sortant dans la rue, un autre homme attire mon regard. La main tendue, il vient vers moi. Comme eux, tout au long du trajet, que ce soit dans une grande rue, avec des touristes, ou dans une rue plus petite, d’autres nous atteignent par leur regard ou leur voix. Ce sont tous des compagnons de la survie, des regards froids qui les transpercent ou des murmures de quelques uns, gênés par leur présence. Leur diversité me surprend. Des femmes, des hommes et des jeunes, de tous âges, sont là, dans les rues de cette fameuse ville. Ce n’est pas facile d’imaginer cette réalité.

Il y a quelque chose que je commence à comprendre : la misère, à cet autre bout du monde, n’est pas la même que celle que je connais. Ce n’est pas seulement une misère matérielle. On peut le remarquer à leur présentation : vêtements propres et en bon état. Si ce n’est pas ça la misère, alors, qu’est-ce que c’est ?

Cette pancarte dans sa main m’interpelle et m’interroge.

Que veux-tu réellement ? Parce que la faim physique s’apaise avec un peu de nourriture…

Article traduit du blog cuadernodeviaje

 

Une loi contre la discrimination anti pauvres : une victoire oui, mais sans Gaëtane.

Pascal Percq

France

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Les membres d’ATD Quart Monde après le vote à l’Assemblée Nationale de la loi sur la discrimination pour précarité, le 14 juin 2016 (ph. Carmen Martos)

Il y a quelques jours, le mardi 14 juin 2016, l’Assemblée nationale a voté la proposition de loi instaurant un 21è critère de discrimination, celui de la discrimination à l’égard d’une personne « en raison de sa particulière vulnérabilité résultant de sa situation économique, apparente ou connue de son auteur ». Le texte adopté est identique à celui voté à l’unanimité en juin 2015 par le Sénat.(cf article sur le site d’ATD Quart Monde en France)

En d’autres termes le Parlement français à la suite de quelques autres États européens reconnaît et condamne l’existence d’une forme de discrimination méconnue à l’égard des personnes pauvres. Désormais la France reconnaît 21 critères de discrimination (« critères prohibés »).

Selon la définition du Défenseur des droits : « Une discrimination est une inégalité de traitement fondée sur un critère interdit par la loi (sexe, âge, état de santé…) et dans un domaine cité par la loi (accès à un service, embauche…). »

La pauvreté est souvent vue comme un facteur d’injustice, mais la discrimination qu’elle engendre est plus méconnue. Pourtant, bien des accès aux droits fondamentaux (logement, santé, emploi, éducation) ou autres (culture, vacances) sont bafoués par peur des personnes pauvres ou par présomption d’incapacité.

Nombre de personnes en grande pauvreté vivent cette réalité depuis des lustres. Une honte de plus, une injustice de traitement encore plus flagrante quand elle concerne les enfants non admis dans une école parce que leurs parents sont au RSA. Refus de location de logement alors que le loyer serait couvert par les aides au logement, discrimination à l’embauche pour les personnes dont le CV montre qu’elles sont passées par un centre d’hébergement ou une entreprise d’insertion, refus de construire des logements sociaux. C’est aussi ce cabinet médical qui affiche son refus d’admettre les patients recourant à la CMU (Couverture maladie universelle) ou à l’AME (aide médicale d’Etat). Ou encore ce lieu de vacances qui vous refuse « parce qu’ici n’accepte pas n’importe qui… ». C’est également ce quartier parisien très huppé qui refuse la construction d’un foyer d’hébergement et enregistre même en mairie –en toute illégalité- les pétitions « contre » relayant ainsi la vindicte sectaire. Désormais de tels actes sont répréhensibles : au même titre que les atteintes selon les autres critères susceptibles d’ouvrir le cas échéant des poursuites judiciaires (comme pour la religion, le sexe, les origines, le genre, le handicap, etc.). L’image négative qu’engendre cette discrimination est aussi à l’origine de nombreux non recours aux droits.

Ce vote, résultat d’une action menée de longue date par ATD Quart Monde – avec d’autres – notamment depuis le lancement en 2013 de la pétition www.jeneveuxplus.org – vise non seulement la possibilité d’un recours mais surtout de sensibiliser dans l’opinion publique le message que cette discrimination est aussi inacceptable que celles qui touchent les étrangers ou les homosexuels.

Ce vote du 14 juin 2016 est donc bien une victoire sur l’effectivité des droits mais aussi une victoire contre le mépris. Une victoire qu’aurait aimé partager Gaétane militante d’ATD Quart monde qui fut une des premières à témoigner devant la Halde puis devant le Défenseur des droits de tels « traitement de défaveur ». Condamnée à survivre dans un logement avec fuites, sans chauffage, humide et trop cher pour ce qu’il était, elle savait de quoi elle parlait Gaétane, qui avait connu ce dédain, ce mépris, ce rejet, ces humiliations à répétition, ces refus successifs sans autre explication qu’un « non, il n’y a rien pour vous » ; à rester plantée là devant le guichet avec en plus le sentiment d’encombrer la file d’attente… Gaétane, ce vote du 14 juin 2016, elle n’a pu en partager la joie : elle est décédée quelques mois plus tôt, à 43 ans.

Ce vote étant acté. Il faut maintenant que cette possibilité de recours soit mise en œuvre : le combat n’est pas fini. Il faut maintenant dénoncer ces situations, œuvrer auprès de l’opinion publique pour que chacun prenne conscience que cette discrimination est aussi inacceptable que toute autre discrimination.

Une discrimination si ignorée qu’elle ne peut même être nommée. L’Académie française n’ayant pas de mot pour le signifier, depuis le 6 juin, à l’appel d’ATD Quart Monde avec la campagne #UnNomPourDireNon des centaines d’internautes proposent leur mot pour nommer cette discrimination « anti pauvres ». Chacun est invité à participer au sondage en cours pour proposer un nom…

 

 

La « théorie infantile » du développement manque de chercheurs

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’photo ATD Quart Monde, chantier communautaire avec des enfants et jeunes de Bukavu

 René Bagunda MUHINDO,

Bukavu, République Démocratique du Congo

La littérature et les théories sont aujourd’hui abondantes sur la part des différents groupes au développement de la société. Les ONG de Bukavu ont ces 10 dernières années insisté sur « la théorie féministe » du développement et « le gender ». Depuis environ 17 ans je suis engagé dans les actions de promotion des droits l’enfant… Il existe beaucoup de textes bien écrits là-dessus… Ce que je n’ai pas encore eu l’occasion de lire, ce sont les recherches qui mettent en lumière le taux de participation des enfants au développement d’un pays.

Il faut creuser plus profond pour voir sa pertinence. Il y a cinq ans j’assurais l’animation d’une émission radio diffusée dans une chaîne locale. L’émission s’intitule « les enfants du courage ». Elle donne aux enfants l’occasion de s’exprimer sur différents sujets tels que la participation, la protection, les droits… Un enfant de 7 ans avait dit : « On peut penser que quand on n’a pas commencé l’école on reste à la maison à ne rien faire mais ce n’est pas le cas. Il arrive que la maman ou la bonne soit occupée par d’autres tâches ménagères et si le bébé pleure et qu’un enfant de 4 ans chante pour lui afin qu’il se taise, il participe dans ce cas au progrès de la famille ». Depuis, j’y ai réfléchi et me suis dit que cet enfant avait raison. Celui-là participe indirectement à l’économie du ménage en permettant à celui qui travaille de gagner en temps.

Le 22 mai à l’occasion de la Journée internationale des familles, un parent s’est exprimé dans une cérémonie sur l’apport d’un groupe qu’il connaît sur le développement de sa communauté. Papa Alexis disait : « Je vais parler de ce que Tapori apporte aux enfants, aux jeunes et à leurs familles. Bien que le monde connaisse des défis gouvernementaux et institutionnels face auxquels il est souvent difficile de trouver des réponses immédiates, il y a dans tous les pays du monde des gens qui s’unissent ensemble pour que les choses changent. Tapori suit aussi ce chemin et j’apprécie beaucoup cela.

Suite à certaines contraintes, des enfants et des jeunes sont en difficulté et quand c’est trop dur, certains se retrouvent dans la rue. Avec Tapori, certains ont compris l’importance de réfléchir ensemble à travers des activités éducatives, culturelles, de formation ainsi que des activités de développement pour donner la chance à ceux qui sont en difficulté d’avancer avec tout le monde dans leur société. Quand je vois tout ce qu’ils font, je suis fier de voir mon enfant participer aux activités des Tapori. Ce qu’ils font ne se limite pas uniquement dans leurs groupes mais ça contribue aussi au développement social et économique de la société. A travers leurs projets et toutes les actions dans lesquelles ils sont engagés, ces enfants et ces jeunes nous apportent beaucoup. Le fait que mes enfants participent aux activités de Tapori leur permet d’écouter leurs parents, et quand ils parlent des droits par exemple dans la famille, nous nous rappelons de l’importance de leur place dans les décisions importantes à prendre ensemble en famille».

Les exemples comme ceux-ci sont légion dans ma communauté bien qu’ils ne soient pas quantifiés pour prouver la pertinence de la participation des enfants au développement au niveau le plus élevé. Est-ce parce qu’il manque des enfants chercheurs ? Est-ce parce que les chercheurs adultes ne voient pas d’intérêt scientifique à trouver des données chiffrées là-dessus ? Ces questions me conduisent à penser que « la théorie infantile du développement» dans mon pays (si elle existe) manque de chercheurs.

Je voudrais savoir comment c’est dans votre pays.

Le droit au logement

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Espagne, traduit du blog Cuaderno de viaje

«Prendre une part active au changement. »

Étudiants en architecture, c’est sans doute la phrase qui résume le mieux l’expérience que nous avons vécue à travers les « Ateliers autour du logement », réalisés par ATD Quart Monde en Espagne, qui nous ont permis prendre conscience des réalités qui nous entourent, et qui souvent sont invisibles, sur la question du logement. Nous avons effectué des entrevues avec des personnes vivant ces situations, afin d’être en mesure de comprendre les causes et les conséquences du manque de logement ou du mal logement dont elles pâtissent. Avec elles, activement, ensemble, nous avons appris et compris le vrai sens de ce qu’elles appellent le droit au logement, et ce que cela signifie de se trouver en situation d’être exclu de logement.

Le débat sur la possible modification de la Constitution pour établir la nature fondamentale du droit au logement vient du fait qu’il ne peut être réclamé devant aucun organe judiciaire, ce qui a déclenché des situations d’abandon et de négligence en ce qui concerne l’application de ce droit. Pourtant, nous assumons tous que tous les citoyens doivent pouvoir disposer d’un logement pour développer une vie digne – en respectant des conditions d’habitat décent et sûr – sans que nous soyons vraiment conscients de l’importance de ce droit dont la privation a des conséquences sur l’accès à tous les autres droits. Sans entrer dans une explication comparée sur les différentes situations engendrées par l’omission de ce droit fondamental, nous voulons parler de tous les aspects vitaux, sociaux et humains qui s’en trouvent altérés et dont souffrent de nombreuses personnes.

La perte de la composante sociale du droit au logement comme principe directeur de l’action politique du gouvernement et de l’administration a abouti à l’absence de mesures, non seulement face à la violation du droit au logement, mais aussi pour garantir l’exercice de beaucoup d’autres droits comme l’éducation, la gratuité des soins de santé, la vie privée, l’égalité sociale et également face à la loi, en ce qui concerne l’autonomie, la sécurité, la solidarité, la famille et la dignité. Ainsi, le besoin urgent de logements est non seulement un objectif en soi, mais une partie de l’effectivité des droits essentiels pour atteindre des niveaux de stabilité et de développement social minimums.

L’incapacité à faire respecter ces droits aggravent l’exclusion sociale. Face à cela, l’administration a répondu avec des programmes de logement public par tirage au sort, le relogement en logement social des familles vivant en bidonvilles, et une politique d’assistantialisme envers les personnes qui ne disposent pas de logement. Cette façon de comprendre la problématique du non accès au logement entraîne l’absence d’alternative et de possibilités pour ceux qui ne répondent pas aux critères établis, pour ceux qui ne voient pas la solution proposée comme une option viable, ou qui ne peuvent pas assumer la charge qu’un tel logement demande (si petite soit-elle). Cela débouche sur des expulsions et l’impossibilité d’accéder à tout achat de logement public, avec le retour à une situation encore plus précaire et sans aucun avenir.

Tous les critères établis par les institutions pour l’octroi d’un logement excluent de manière systématique l’expérience et l’approche vitale des personnes concernées. Ce manque de participation a pour conséquences que les solutions proposées sont, dans de nombreux cas, contre-productives et aggravent ou ne parviennent pas à résoudre les problèmes d’origine. Celles et ceux qui souffrent de ces situations inventent des modes de vie alternatifs à un mode de vie conventionnel qui ne sont pas moins licites. C’est pour cela qu’ils proposent la possibilité de conclure des accords avec des institutions pour participer au processus de relogement, le droit à l’autoconstruction sur des terrains légalisés pour avoir un accès tous les services de base, la possibilité d’utiliser des véhicules habitables tels que des caravanes, et l’obtention d’un logement social, y compris pour les personnes qui, après avoir été contraintes d’occuper un immeuble pour avoir un toit, l’ont soigneusement entretenu et même restauré.

La participation active des citoyens pour le changement de leur vie et la prise en compte de la valeur de leur expérience devraient être le point de départ de la recherche de solutions face à ces réalités qui ont un impact considérable au niveau économique, politique, social et surtout humain. Fernando Vidal, chercheur en sciences sociales : « L’exclusion sociale est une institution d’exploitation, de domination et d’aliénation qui déresponsabilise les individus et leurs communautés, de sorte qu’elle annule socialement leur présence, ce qui les empêche de jouir de leurs droits librement. »

Nous vous invitons à regarder la vidéo (en espagnol) générée à partir des Ateliers sur le logement d’ATD Quart Monde.