Avoir accès à l’éducation quand on est réfugié

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Dans un camp de réfugiés.

Traduit du blog Together in Dignity

De Kristy McCaskill

Ahmed a 21 ans, il vient d’Irak et il est étudiant en médecine. La crise qui agite son pays l’a contraint, l’année passée, à s’enfuir avec sa famille et à abandonner ses études. Brillant et plein de compassion, Ahmed ne demande rien de mieux que de retourner à l’université pour y finir ses études et devenir médecin-anesthésiste.

Fatima est une jeune fille brillante. Elle vient de Syrie. A 16 ans, elle n’a pas pu aller à l’école depuis plus d’un an, le temps pour sa famille de faire le voyage entre Alep et la Grèce. Alors même que sa ville est devenue une zone de guerre, elle m’a raconté qu’elle voulait y retourner, pour pouvoir aller à l’école.

Ahmed et Fatima sont tous les deux bloqués dans un camp-prison, en Grèce, sans avoir accès ni à l’éducation, ni au développement. La crise actuelle des réfugiés est en train de créer une « génération perdue », un ensemble de jeunes gens pour qui la privation d’éducation n’est pas seulement un refus de leurs droits les plus fondamentaux mais aussi un facteur accélérant la croissance du travail des enfants, des mariages forcés et de la radicalisation.

Durant les quatre mois que j’ai passés à travailler avec les réfugiés en Grèce et en Turquie, j’ai rencontré bien des enfants qui, alors qu’ils rêvent de recevoir une éducation et de construire une vie meilleure, sont incapables de seulement écrire leurs prénoms. Selon un rapport récent de Save the Children, plus d’1 enfant sur 5 en âge de scolarisation qui vit actuellement en Grèce n’a jamais été à l’école et, en moyenne, les enfants syriens sont déscolarisés depuis plus de deux ans. Les rapports récents ont montré que seulement 30% des enfants syriens qui vivent en Turquie ont accès aux services éducatifs.

Cependant, l’impact du conflit sur les enfants ne se limite pas à ceux dont les familles se sont enfuies en Europe. 2.8 millions d’enfants syriens environ ne sont plus à l’école et 1 école sur 5, en Syrie, a été détruite ou bien est occupée par des forces militaires.

La réaction de la communauté internationale à la crise des réfugiés a été insuffisante à bien des égards mais la réaction à la crise éducative est particulièrement inappropriée. Il y a de l’espoir toutefois. Le gouvernement grec avait annoncé avant l’été qu’il mettrait en place des programmes éducatifs dans les camps des réfugiés sur tout son territoire, avec pour but de développer un programme éducatif complet d’ici l’automne. La Turquie s’est fixée pour but de scolariser tous les enfants syriens réfugiés d’ici l’année prochaine.

Mes expériences en Grèce et en Turquie m’ont rendu très sceptique devant ces promesses mais l’attention nouvelle à l’éducation du Haut Commissariat des Nations pour les Réfugiés me donne des raisons de garder espoir. Des pays comme la Suède et l’Allemagne, où beaucoup de réfugiés ont cherché asile, commencent à mettre petit à petit en place des initiatives éducatives pour aider les jeunes gens à s’intégrer à leur nouveau pays et à la société.

Offrir un accès à l’éducation est l’un des gestes les plus importants et les plus significatifs qui puissent être faits pour les enfants affectés par les conflits. L’éducation suscite la cohésion sociale, nourrit l’indépendance et donnent aux enfants et à leurs familles de l’espoir pour le futur, un espoir qui revêt une importance toute particulière pour ceux qui vivent dans l’incertitude de la guerre et de l’exil. J’espère que les gouvernements du monde entier vont se rendre compte de l’importance de l’éducation pour les jeunes réfugiés afin que des jeunes gens comme Ahmed et Fatima, et des millions d’autres comme eux, se voient offrir la chance de développer pleinement leur potentiel.

Frères ou idiots

Texte et photos : François Phliponeau

France

Le 15 août à Jambville, les scouts ont organisé un rassemblement de 5000 jeunes de 50 pays, sur le thème de la culture. Magnifique expérience de fraternité malgré, ou plutôt grâce à leurs nationalités, religions, cultures différentes.

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A Mayotte, département français de l’Océan indien, Mahorais arabes et européens « voisinent » en bonne intelligence, dans de nombreux quartiers.

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A Méry-sur-Oise, à l’occasion d’un regroupement, des volontaires d’ATD Quart Monde de dix pays ont exprimé la joie de bâtir ensemble…

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A Rio pendant deux semaines, Métisses des Amériques, Africains du Nord et du Sud, Français des Antilles et de l’hexagone ont fait la démonstration de la valeur universelle du sport.

Plus fort encore : après l’assassinat du Père Jacques à Saint-Etienne du Rouvray, la réponse, religieuse et laïque, a été à la hauteur du drame. Cette réponse, nous devons la mettre en œuvre chaque jour, fidèle au conseil de Martin Luther King : « Apprenons à vivre ensemble comme des frères, ou nous mourrons tous comme des idiots. »

Rentrée des colères

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photo web blog.ac-versailles.fr

Jeanne-Véronique Atsam,

Cameroun

Il y a de cela quelques jours, je prenais des nouvelles d’une personne qui a la vie très dure à cause du manque de travail et qui vit non loin de chez moi.

Nous nous sommes croisées dans la rue qui donne au marché près de chez nous et nous avons commencé à discuter un peu. Nous parlions de la rentrée scolaire car je lui ai posé la question de savoir comment ça se passait pour elle et ses enfants. C’est alors qu’elle m’a répondu : « Tu sais pour nous autres, cette période n’est pas la rentrée scolaire mais la rentrée des colères. La colère des parents qui ne savent pas par où commencer pour trouver l’argent qu’il faut pour que les enfants aillent à l’école, la colère des enfants qui voient le jour de la rentrée scolaire approcher mais qui ne voient pas les parents leur ramener sacs, cahiers, tenues de classe, ni leur dire dans quelle école ils iront. C’est comme ça chaque année. Ce n’est pas facile. Pendant que d’autres attendent avec joie cette période, nous, nous prions pour qu’elle n’arrive pas vite, en espérant qu’entre temps nous pourrons trouver un peu d’argent car ce n’est pas facile de voir ses enfants à la maison… Leur regard te pose des questions. La tension monte à la maison. C’est difficile. »

J’ai eu beaucoup de mal à trouver les mots justes pour lui répondre et dire quelque chose qui a du sens. Dans des moments pareils, on pense à beaucoup de choses en même temps. A donner un mot d’encouragement, à mettre la main dans la poche pour soutenir financièrement, on se demande si on peut et doit le faire, on se demande, on se demande. Pendant que je cherchais encore ainsi mes mots et la meilleure manière de réagir face à cette détresse qui me ramenait à la dure réalité de beaucoup de familles dans le monde en cette période de rentrée scolaire, Madame X m’a sortie de ma torpeur en me disant : « Tu sais, cette année ce sera encore plus dur, car il semble que les retardataires ne pourront plus avoir de place. Il semble qu’il y a un décret qui dit qu’il n’y aura pas plus de 60 enfants par classe cette année. Forcément, les places disponibles sont pour les 60 enfants dont les parents auront trouvé l’argent en premier. Et ce ne sont pas des personnes comme moi qui pourront y arriver. Nous on ne sait plus où donner de la tête. »

En attendant cela, j’ai soudainement pensé que la solution n’est pas de lui donner un billet car le problème est plus général et plus profond. Les enfants les plus pauvres risquent bien de ne pas pouvoir aller à l’école avec des mesures comme celle-là car en effet, ils accusent toujours du retard dans le démarrage de l’année scolaire, leurs parents peinant très souvent pour trouver à temps les moyens de les inscrire et de pourvoir au matériel scolaire. Parfois, on a vraiment l’impression que les choses sont faites pour enfoncer davantage les personnes les plus pauvres, sans chercher à voir quel impact certaines décisions auront sur leur situation. Comment atteindre dans ces cas-là l’éducation pour tous si bien annoncée ?

Madame X m’a dit : « Tout est fait pour qu’on ne s’en sorte pas. Tout est contre nous. Après on dira que nous négligeons nos enfants. Comment on va faire pour s’en sortir ? L’école c’est vraiment pour les enfants des riches. Ce n’est pas pour nous et pour nos enfants. »

Un monde riche de tout son monde, un monde en paix, c’est aussi un monde où tout est fait pour que la chance d’aller à l’école soit donnée à tous les enfants.

Indicateurs de pauvreté : comment mesurer les changements dans une vie ?

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Bagunda MUHINDO René,

Bukavu, République Démocratique du Congo

L’évaluation est une question au cœur de tous les aspects de la vie courante. En relation aux recherches des institutions humanitaires et étatiques de renom, elle permet de déterminer le niveau d’avancée entre pays, institutions, projets…

Cependant, il y a des évaluations qui ne sont pas exhaustives. Concernant la pauvreté, quand on dit par exemple qu’un pays est classé à un tel rang au niveau mondial, le classement peut montrer une situation désastreuse du pays par rapport à d’autres pays, alors que la réalité est différente. Des évaluations incomplètes ne rendent pas compte de la complexité de la réalité. On l’a vu encore récemment avec les controverses suscitées par l’indice de mesure de la pauvreté de 1 dollar par jour. C’est pour cela que des mesures davantage multidimensionnelles de la pauvreté ont été développées (comme l’étude de Sabina Alkire) et qu’ ATD Quart Monde lance une recherche à ce sujet.

Ce qui me dérange moi dans tout cela, c’est l’extrémisme de certains indices. Ils font imaginer des populations, des sociétés ou des gens qui vivent dans l’enfer… Dans un rapport de 2010, une organisation a présenté la province du Sud-Kivu où j’habite avec un taux de pauvreté de 84%. Un ami du Sénégal qui l’avait lu m’avait taquiné en disant : « là c’est l’enfer mon vieux ! ».

Que manque-t-il à ces indices ? Il y a peu de temps, j’ai entendu un témoignage : « moi avant j’étais très pauvre, j’étais humilié dans mon travail de porte faix et j’avais honte d’approcher les gens. Les gens ne le savent pas mais aujourd’hui moi-même je sais que ma vie a beaucoup changé… Quand je le dis, les gens me disent : tu es toujours mal habillé, tu fais le même travail, comment ta vie a changé ? J’ai découvert l’histoire des familles qui vivaient l’extrême pauvreté à Noisy-le-Grand (France) et j’ai compris que pour avancer elles avaient besoin de faire face à la honte et au mépris. Cela m’a donné beaucoup de courage, j’ai renoncé à la honte et je continue aujourd’hui à me battre pour faire vivre ma famille».

Avec Papa André Kahiro Mulamba, j’ai compris que la dignité humaine telle que reconnue par la déclaration universelle des droits de l’homme octroie à chacun la liberté de conscience de son évolution. L’évaluation générale de la pauvreté ne semble pas souvent montrer le côté positif des personnes concernées. Dans une communauté quand un pauvre dit qu’il évolue, on ne le croit pas. On voit qu’il a les mêmes habits, sa maison n’a pas été reconstruite, son travail n’a pas changé… Pourtant au fond de lui, il sait ce qui a changé dans sa vie. Parfois c’est quelque chose que l’on ne peut pas mesurer : la reconnaissance de sa dignité par les membres de sa communauté, l’harmonie avec sa femme et ses enfants, la réussite scolaire de ses enfants, avoir vaincu la honte, l’augmentation du nombre de volaille ou de son cheptel, la participation à un groupe. Ou quelque chose de discret que les personnes concernées ne peuvent partager…

Il est donc utile de prendre en compte tous ces aspects sociaux multidimensionnels susceptibles de générer ou pas des effets visibles ou invisibles dans l’avenir. Chacun est donc premier responsable et premier évaluateur des avancées de sa propre vie.

 

Incarcération en masse à la Nouvelle Orléans

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Photo net, crédit: Shutterstock.com

Maria Victoire
Nouvelle Orléans

Ce n’est pas un secret ! Chaque soir, un demi-million de personnes dorment dans une cellule de prison aux États-Unis, parce qu’elles sont trop pauvres pour payer leur caution. Aux États-Unis, le versement d’une caution fixée par le juge permet de rester en liberté le temps que la peine soit prononcée. Un système qui représente une injustice sociale en condamnant ceux qui n’ont pas les moyens de payer la caution à l’emprisonnement même s’ils sont innocents, et en les exposant à de graves conséquences économiques et familiales.

Mme Louise, mère de sept enfants, vit à la Nouvelle Orléans, la ville au taux le plus élevé d’incarcération au monde. Elle a changé trois fois d’emploi en trois mois parce qu’elle devait accompagner son fils au tribunal. D’ailleurs, elle a du mal à trouver l’argent pour payer la caution.

La plupart du temps, le juge a reporté l’audience sans raison et sans préavis. Mme Louise s’indigne:  » Qui contrôle les juges? La caution est trop élevée, je ne peux pas la payer. Je ne peux même pas payer mon ticket de bus! Je suis malade, nous sommes tous enfermés dans ce système judiciaire ! Quand mon fils est en prison, c’est comme j’y étais moi-même. Je ne peux ni manger, ni dormir. » La caution devient de plus en plus un fardeau et nuit aux plus pauvres, économiquement et psychologiquement.

Un projet de loi « No Money Bail Act» a été présenté par le député Ted Lieu afin d’aborder la question de la caution qui enferme les pauvres détenus noirs et leurs familles en raison de leur incapacité à la payer à temps.

C’est un moment critique pour la réforme judiciaire. The « Orleans Parish Prison Reform Coalition » (un collectif pour la reforme carcérale), la « American Bail Coalition », d’autres organisations communautaires et les chefs du gouvernement appellent à une réduction de l’incarcération et à la recherche d’approches alternatives qui répondent mieux aux besoins de toutes les communautés.

Ce que les autorités n’avouent pas et qui n’est pas visible dans leur réforme carcérale c’est que la caution punit les gens parce qu’ils sont pauvres, et peut faire que les gens perdent leur emploi, leur maison ou même leurs enfants. Incarcérer les pauvres pendant des semaines, des mois et des années pour des petits délits non-violents (drogue par exemple) détruit un grand nombre de familles vivant dans la pauvreté et n’assure pas la sécurité de la ville. La prison est aussi une affaire privée qui rapporte aux autorités locales. Cela entraîne des incarcérations abusives. Par ailleurs, la libération « sous probation » est très contraignante, il faut que le prisonnier aille rendre compte de ses actes chaque semaine par un test d’urine. Si on n’a pas satisfait les exigences à la lettre, on retourne en prison. C’est le « re-entry charges » et c’est plus dur. Les plus pauvres se retrouvent ainsi bien souvent dans un tourbillon d’injustices.

Au début de 2016, une proposition finale pour réduire l’incarcération en masse et les disparités raciales et ethniques du système judiciaire a été adoptée par la Fondation MacArthur (3) pour l’examen d’une deuxième ronde de financement – entre $500 000 et $2 millions par an, pour la mise en œuvre du plan sur deux ans.

Les personnes vivant dans la pauvreté sont les dernières à en être informées et à savoir comment elles vont bénéficier de la réforme. Tant que les personnes vivant dans la pauvreté ne font pas partie de la réflexion et dans la prise de décision de la réforme judiciaire, cela ne fonctionnera pas. C’est injuste ! On doit agir pour arrêter l’incarcération en masse des pauvres!

 

Résistance de la matière

2016 Bas-relief Treyvaux

Bas-relief de l’atelier de sculpture à Treyvaux, entre 2006 et 2015, érable sycomore, 200x40x5cm, intitulé « Ici règnent la liberté et la paix »

François Jomini
Berlin

Sculpter c’est faire surgir du dedans de la matière des reliefs qui danseront dans la lumière toujours changeante. Laisser venir au jour la forme enfouie. Raconter une histoire par l’érosion du geste. Ici, sous l’effet de la main animée de l’esprit et prolongée de l’outil.

Dans cette histoire, la matière a son mot à dire, elle impose son caractère, elle offre sa texture particulière à votre texte singulier.

Je vous vois encore, Sabrina, si frêle, prendre en mains pour la première fois le ciseau et le maillet, votre visage buriné par les coups durs de la vie. Concentrée, appliquée, acharnée pendant trois jours sur ce plateau d’érable qui rend le son plein d’une coque de bateau. Quand vous vous redressez pour détendre vos muscles, votre pensée semble en voyage, furtivement je vois l’enfance éclairer votre visage.

Philippe à nos côtés, lui qui a creusé la nuit maintes fois du pas de l’homme sans foyer, s’applique à détourer à la gouge la roulotte tractée par un cheval qu’il vient de dessiner, ou plutôt de révéler, d’exhumer de sa mémoire à la manière d’un archéologue. Passante entre deux coquelicots et un éléphant, dans un espace encore vierge qui n’attendait qu’elle, la roulotte du voyageur ouvre dans son sillage un nouvel horizon. Viendra plus tard s’ajouter au premier plan l’étendue d’un champ de blé, qui sans la trace du voyageur n’aurait jamais été semé. C’est fou combien de plans et d’horizons, combien de souvenirs, de rêve et de possibles contient une pièce de bois brut de deux mètres sur quarante centimètres, et de cinq centimètres d’épaisseur.

Trois jours durant, Sabrina, vous ciselez les nervures d’un feuillage. Nous ouvrageons sans mot dire, enivrés par la sarabande du bois qui chante, absorbés par cette alchimie de l’effort, du mouvement, de la matière et de l’esprit d’où, voilà des millénaires, l’écriture a jailli. Au moment de nous essuyer le front avec la manche, souriante, vous me dites : « ça me fait du bien ! »

Peut-être six mois plus tard, dans une rencontre où la parole est grave et nos respirations retenues, sur le thème de l’enfance volée des enfants placés, sujet qui remue en vous tant de non-dits, vous me faites part d’une découverte : « Maintenant j’ai compris ce qui m’a fait du bien quand on sculptait le bois : à chaque coup que je donnais, c’est ici (vous posez votre main entre le cou et la poitrine) que je sentais se casser comme un bloc de béton. »

Vous évoquiez aussi la moto de votre jeunesse, qui vous a permis d’échapper au carcan d’une vie sans promesse où vous avez entendu si souvent que vous n’étiez bonne à rien, le sentiment de libération que vous avez éprouvé à tracer la route de votre choix, à faire votre vie. Vos yeux brillaient de joie malicieuse à l’évocation des libertés que vous avez su arracher à l’adversité.

J’ai faim

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Elda García, Guatemala

C’est l’une des heures les plus fréquentées, l’heure de pointe. Le train et le métro sont bondés.

Le va-et-vient de la foule crée à cet endroit-là un flux incessant. C’est le métro de Paris, et ses couloirs accueillent des milliers et des milliers de personnes toute la journée.

Une routine spécifique me permet de faire le trajet presque à la même heure deux fois par semaine. Je prends le temps d’observer des détails qui peut-être pour d’autres passent inaperçus. Je suis une des rares personnes à marcher sans me presser.

Dans un coin, plusieurs musiciens offrent à nos oreilles les jolies notes d’une mélodie. C’est agréable de les écouter au milieu de toute cette pression que met une ville comme celle-ci.

En descendant les escaliers, il est encore là, juste au milieu. A la même heure et au même endroit. Sa présence se perd parmi les pas de la foule et les notes de la mélodie qui s’entend à présent de loin. C’est un homme relativement jeune. A genoux. D’une main il tient un écriteau sur lequel je peux lire : « J’ai faim ». Son autre main reste tendue, attendant que quelqu’un lui donne quelque chose. Étant tout près de lui, j’essaie de croiser son regard, mais le sien est loin, perdu. Chaque fois que je le vois, presque toujours les mêmes questions m’assaillent : Qui est-il ? D’où vient-il ? Quel âge a-t-il ? Combien de temps passe-t-il à genoux ? Jusqu’à quelle heure attend-il ? Ces pensées défilent aussi vite que mes pas. Je le laisse derrière moi. Nombreux sont ceux qui, tout comme moi, passent leur chemin, sans s’arrêter.

De l’autre côté, presque en sortant dans la rue, un autre homme attire mon regard. La main tendue, il vient vers moi. Comme eux, tout au long du trajet, que ce soit dans une grande rue, avec des touristes, ou dans une rue plus petite, d’autres nous atteignent par leur regard ou leur voix. Ce sont tous des compagnons de la survie, des regards froids qui les transpercent ou des murmures de quelques uns, gênés par leur présence. Leur diversité me surprend. Des femmes, des hommes et des jeunes, de tous âges, sont là, dans les rues de cette fameuse ville. Ce n’est pas facile d’imaginer cette réalité.

Il y a quelque chose que je commence à comprendre : la misère, à cet autre bout du monde, n’est pas la même que celle que je connais. Ce n’est pas seulement une misère matérielle. On peut le remarquer à leur présentation : vêtements propres et en bon état. Si ce n’est pas ça la misère, alors, qu’est-ce que c’est ?

Cette pancarte dans sa main m’interpelle et m’interroge.

Que veux-tu réellement ? Parce que la faim physique s’apaise avec un peu de nourriture…

Article traduit du blog cuadernodeviaje