La musique plutôt que les bombes

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Concert des « Orchestres à l’école » à Aix-en-Provence : la musique accessible à tous les enfants

François Phliponeau, 

France

Deux bombes ont explosé le jeudi 13 avril.

Une en Afghanistan, où M. Donald s’est vanté que son pays utilise un engin de neuf tonnes, l’arme non nucléaire la plus destructrice, ce que n’avait pas osé faire celui qui l’a précédé à la présidence des États-Unis d’Amérique.

L’autre dans une ferme près de Limoges, où Mme Marine a promis, si elle était présidente de la République française le mois prochain, de « réorienter les crédits de la politique de la Ville vers les zones rurales » !

Deux énormités très inquiétantes.
Le président américain est fier de son armée. Il préfère être chef de guerre plutôt que gagner la paix.
Heureusement, d’autres voix s’élèvent. Le nouveau Secrétaire général de l’ONU privilégie la Démocratie, la Diplomatie et les Droits de l’homme. Cette vision en 3D donne beaucoup d’espoir. Pour Antonio Guterres, «Tout ce que nous valorisons en tant que famille humaine – la dignité et l’espoir, le progrès et la prospérité – dépend de la paix. Mais la paix dépend de nous. Agissons au jour le jour pour la paix. »

Celle qui veut présider la France trouve qu’il y a actuellement trop d’argent pour les banlieues : « Je veux réorienter les crédits de la coûteuse politique de la ville, ces milliards qu’on déverse dans les banlieues années après années avec efficacité zéro. »
Trop d’argent pour les banlieues ? Efficacité zéro ?
Voilà un exemple qui prouve le contraire :
A Gardanne, entre Aix-en-Provence et Marseille, la Ville prête un instrument de musique aux enfants d’une école primaire, au milieu d’une cité HLM. Pendant trois ans, violonistes, trompettistes, violoncellistes et autres musiciens, soutenus par les enseignants et les parents, vont se perfectionner et former un bel orchestre.

Une enseignante explique : « Un élève de CM2, en troisième année de violon, est mon professeur. On a tous à apprendre les uns des autres. »
Les parents sont ravis, comme cette maman : « Grâce à la musique, ma fille est plus calme, plus réfléchie. Et elle tient compte des autres.»

Progrès scolaires, respect mutuel, joie de vivre qui rejaillit sur toute la cité et… délinquance en baisse !
C’est une preuve supplémentaire que l’on n’a pas tout essayé pour les banlieues, qu’il faut mettre davantage de moyens, financiers et humains, pour l’Éducation, la Culture, les Droits de l’Homme. Et la musique plutôt que les bombes.

Des choses que la rue me murmure

Mésange sur le monument Otto Lilienthal (aéroport de Tegel) – Petite leçon pour vaincre la pesanteur…

François Jomini

Allemagne, Berlin

L’avenue rectiligne, bordée de bouleaux, érables et platanes… Entre les falaises de béton des grands immeubles monotones s’écoule un fleuve métallique. Furtif, le chant du merle trouve le chemin de mon oreille, le vacarme n’a rien à me dire. Lente, patiente, obstinée, une dame âgée traverse la rue entre deux vagues en s’appuyant sur son déambulateur. Une enfant de trois ans, sur son petit vélo, file en riant devant ses parents confiants, bras dessus, bras dessous.

De l’autre côté du chemin de fer, la zone industrielle. Friches où la broussaille dispute l’empire de la nature aux grands tubes d’eau chauffée à distance dans la centrale thermique. Alentour, des fabriques abandonnées, carreaux brisés, la cour jonchée des vestiges rouillés d’un travail humain, lui aussi abandonné. Des graffitis contestent l’abandon, l’oubli, la négligence des matériaux inertes. Sur le mur des impasses, inventer l’alphabet d’une pensée rebelle, là où la logique sans âme des superstructures cerne l’espace de culs de sac, d’interdictions de pénétrer, de fil de fer barbelé.

Au son du hip-hop, des jeunes peignent à la bombe le sous-terrain de la gare. Enfants de Michel-Ange, masque de protection sur le nez. Les plus expérimentés transmettent leur secret aux débutants. Oui, ça s’apprend… Le geste technique et précis qui donne à l’imagination droit de cité. L’un d’eux explique : c’est une commande de la compagnie de chemin de fer. Par les thèmes, les formes et les couleurs de leur fresque, les artistes s’évertuent à respecter la sensibilité des riverains. « On sait tout de suite si ça ne leur plaît pas : le lendemain c’est écrit dessus… » Peu d’artistes, en vérité, sont prêts d’accepter cette immédiate intransigeance. Un retraité, un homme robuste aux mains d’ouvrier lève joyeusement le pouce et cligne de l’œil : « Bravo les gars ! Beau travail ! »

L’homme emprunte l’escalier qui débouche sur la place Otto Rosenberg. De là, une rue va se perdre en terrains vagues. Pauvres et réfugiés forment l’écume de ce rivage où la ville s’étiole. Sur la gauche s’élève le beau bâtiment du centre Don Bosco, destiné à offrir un nouveau départ à des jeunes sans formation. Ateliers d’électronique, de soudure, de coiffure, de manucure, de peinture décorative… Quand un jeune ne se présente pas à l’atelier, un éducateur part à sa recherche, se soucie de ce qui lui arrive. Le maître de l’atelier de peinture, géant du nord, montre avec tendresse et fierté comment ses apprentis reproduisent à une échelle plus grande les motifs qui leur plaisent, grâce à la technique ancienne du quadrillage. Les ordinateurs font ça d’un « clic », mais ne savent pas comment. Michel-Ange le savait.

Quand les réfugiés de l’été 2015 sont arrivés, hébergés en urgence dans une école désaffectée du voisinage, celle-ci n’était pas suffisamment équipée en sanitaires. Le centre Don Bosco leur a donné accès à ses propres sanitaires. Les jeunes résidents les ont chaleureusement accueillis, leur préparant des serviettes chaque matin.

Quelque part dans le jardin autour du centre, un petit mémorial improvisé. Un prénom gravé sur des pierres du chemin : « Benjamin ». Vingt ans. Atteint d’une grave maladie,il avait eu le temps de connaître la galère. Le centre fut son dernier havre. Il exprima le vœu de laisser son nom ici-bas.

Sur la place Otto Rosenberg, un autre mémorial raconte une autre histoire. À cet endroit, où s’épandaient les égouts de la ville, se trouvait le campement des Roms et des Tsiganes. Une photo jaunie montre un enfant une guitare dans les mains. Les centaines de familles qui vivaient là y furent enfermées par la police du Reich en 1936, année des jeux olympiques. Plus le droit d’exister. Beaucoup moururent sur place du typhus et de faim. Les survivants furent déportés à Buchenwald.

Un bouquet de fleurs couché sur le sol. Il y a peu, les panneaux ont été vandalisés. Une adolescente recopie studieusement une phrase du monument dans son cahier d’écolier.

Chaque jour des enfants égaient la petite place en se rendant à l’école de cirque, juste à côté. Le chapiteau rouge et or du cirque d’enfants « Kabuwazi », le soir, s’allume comme une étoile. Les enfants y apprennent la joie de voltiger. Cette joie éphémère d’être éternel.

Berlin, 30 mars 2017

Otto Rosenberg :« Das Brennglas », Knaur Verlag, souvenirs d’un rescapé de la déportation des Tsiganes et Roms.

« Ma richesse ce sont les personnes qui m’entourent »

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Des femmes réfugiées donnent de leur temps pour nettoyer les abords d’une maison de retraite (Cameroun)

Jeanne-Véronique Atsam

Cameroun

Je suis chargée de l’assistance sociale dans un Programme d’autonomisation des réfugiés (centrafricains, tchadiens, rwandais et autres) de la zone urbaine de Yaoundé cofinancé par l’UNHCR et Plan international, ce qui m’amène à travailler avec des femmes pour chercher avec elles comment améliorer leurs conditions de vie et celles de leurs familles. Ces femmes sont seules, sans emploi, avec des enfants en bas âge, soucieuses du bien-être et de l’avenir de leurs enfants. Nous suivons une méthode participative pour que la solution adoptée vienne des femmes concernées et ne leur soit pas du tout imposée. Nous écoutons et consignons les propositions des unes et des autres.

Lors d’une réunion, je fus frappée de voir que la majorité d’entre elles soutenaient l’importance de se mettre ensemble pour mener des projets d’activités génératrices de revenus, et qu’elles réfutaient l’individualisme. Il était clair qu’elles préféraient être ensemble pour s’en sortir. J’ai voulu comprendre davantage et leur ai demandé pourquoi cette préférence plutôt que l’idée de projets individuels. C’est alors que l’une d’elles a pris la parole:

« Nous avons besoin d’être ensemble car c’est comme ça que nous sommes plus fortes. Nous nous soutenons et tout le monde avance. Je ne sais pas comment dire mais je crois que vous comprenez. »

Une autre femme a ajouté : « Quand on est comme nous, on s’en sort mieux si on n’est pas seul. Notre richesse et notre force ce sont les personnes qui nous entourent car sans elles nous sommes encore plus pauvres, même si on a un petit travail qui nous donne un peu d’argent. »

J’étais frappée par ces paroles et aussi de retrouver au milieu de ces femmes cette idée défendue dans le Mouvement ATD Quart Monde de ne laisser personne de côté. Souvent les gens pensent que les personnes pauvres sont des gens sans intelligence, à qui il faut imposer des « solutions ». Témoin de la solidarité qui existent entre les personnes qui ont la vie difficile, j’ai été davantage convaincue que cette idée largement répandue est un préjugé affreux.

Avec une grande simplicité, ces femmes modestes, analphabètes pour la majorité, confirmaient une pensée introduite il y a de cela bien des années par Jean Bodin (1) qui proposait une vision relativement humaniste de la politique et de l’économie en affirmant que la vraie richesse n’est pas seulement matérielle, et que la force d’un pays réside dans sa population : « Il n’y a ni richesse ni force que d’hommes », disait-il.

Il y a des richesses enfouies en ces personnes qui vivent dans la pauvreté dont le monde est privé à cause des préjugés qui pèsent sur eux, un potentiel non utilisé du fait qu’en général on ne tient pas compte d’eux quand on pense, quand on construit, quand on décide.

(1) né en 1530 à Angers et mort en 1596, à Laon, il est un jurisconsulte, économiste, philosophe qui influença l’histoire intellectuelle par la formulation de ses théories économiques et de ses principes du « bon gouvernement ».

Un couloir… pour un miroir.

Des réfugiés syriens arrivent dans le camp de réfugiés de Kokkinotrimithia, près de Nicosie, le 6 septembre 2015. Photo IAKOVOS HATZISTAVROU. AFP

Pascal Percq

France

Les moyens de communication nous informent des réalités les plus tragiques au présent dans le monde entier. Que ce soit les cataclysmes naturels, les guerres, les crises économiques, climatiques nous sommes, que nous le voulions ou non, spectateurs de ces drames et de ces tragédies. Chaque jour des chiffres nous sont assénés avec une telle ampleur qu’ils ne signifient plus rien. Hors d’échelle humaine.

Ainsi, on nous annonce ces jours ci que plus de 6000 personnes ont perdu la vie en tentant de traverser la Méditerranée en 2016, selon l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM). 6000 personnes : c’est déjà l’équivalent d’une petite ville. Disparus sous nos yeux juste le long de nos plages de vacances.

Qu’ils viennent d’Afrique du Nord, d’Afrique subsaharienne, des États en guerre du Moyen Orient : cette Méditerranée est un immense cimetière marin. Au delà de ce chiffre, comment ne pas se représenter ce qu’est un tel coût humain, ce crime et ce gâchis exorbitant  que représentent ces millions de vies disparues et autant de vies cassées en conséquence, anéanties avec ces enfants orphelins, ces parents hébétés, leurs proches endeuillés. Des villes et des villages rasés. Que faire ?

Six ans après le début du conflit en Syrie c’est par millions que les Syriens ont été contraints de quitter leur pays. La communauté internationale – l’Union Européenne en particulier – n’a pas brillé par ses initiatives humanitaires. Là encore les grands décideurs ont failli de leurs responsabilités en se défaussant, à quelques rares exceptions près, en les marchandant avec la Grèce ou la Turquie comme hier avec la Lybie de Kadhafi.

Cette catastrophe humanitaire est telle qu’on en vient à douter nous-mêmes de notre propre humanité. Nos États sont incapables de résoudre ces drames ? Aussi faut-il rechercher dans de multiples et minuscules initiatives locales, menées par des gens très ordinaires, des réponses très concrètes. Face à ces situations de désarroi total, en ce qui concerne la France, des accueils se font malgré tout. Dans des quartiers comme dans de modestes communes. Comme ce qui se passe courageusement à la frontière italienne dans la vallée rebelle de la Roya sur les hauteurs de Nice, dans le Nord du pays à Grande Synthe, près de Dunkerque, et dans bien d’autres lieux dont on parle peu, trop peu. Ici et là, sans attendre de consignes, des habitants, des élus ont décidé, à leur niveau, d’agir et d’ouvrir leur porte et pour certains leur foyer à ces désespérés. Ils redonnent un peu d’humanité à nos sociétés. Mais comment démultiplier ces gestes ?

Ces jours-ci, à Paris, des organisations chrétiennes (catholiques et protestantes) viennent d’annoncer leur volonté de créer un « couloir humanitaire » entre le Liban et la France pour y recevoir dignement 500 réfugiés exilés. 500, c’est déjà ça. Un accord a été obtenu le 14 mars entre l’État français et ces organisations (Secours Catholique, Fédération protestante, etc.).

Le projet s’inspire de ce qu’ont réussi à mettre en place en 2016 des chrétiens italiens entre la corne de l’Afrique et l’Italie. Un responsable de la Communauté Sant Egidio expliquait en Italie : « Le couloir humanitaire est une opportunité pour les personnes qui vivent dans de très mauvaises conditions dans les camps de réfugiés éthiopiens. À travers ce mécanisme, ils arrivent en Italie de manière sûre et légale. Nous croyons que c’est la seule façon de lutter contre les trafiquants et d’éviter que des personnes ne meurent pendant leur voyage de migrant. »

À partir du mois de mai, des réfugiés syriens vivant actuellement dans des camps au Liban devraient donc arriver en France par avion et par groupes de 50 personnes. Les cinq organisations françaises s’engagent à héberger et soutenir économiquement ces personnes tout au long de leur parcours migratoire et leur processus d’intégration en France. Elles ont besoin du soutien de tous.

Dans cette période pré-électorale où les tensions s’affrontent, où le rejet de l’autre, l’étranger, le pauvre, le différent devient un épouvantail brandi par certains candidats, ATD Quart Monde a raison d’interpeller les politiques en exigeant en termes simples : « Nous vous demandons d’agir et de prendre des mesures pour accueillir dignement les populations déplacées, d’ici ou d’ailleurs ». Accueillir et non refouler.

Ce couloir humanitaire est l’opération de la dernière chance non seulement pour les intéressés mais aussi pour nous mêmes. Elle doit réussir, non seulement pour illustrer une autre France « accueillante », mais aussi pour le salut de notre propre dignité, autrement dit, pouvoir encore se regarder dans une glace.

Diplômée et courageuse

Traveler Digital Camera

Je suis une chef d’entreprise appelée « Beignetariat » (Roberstine, Cameroun) Photo d’une vendeuse de beignet, Kalaranet magazine

B. Ndeenga

Cameroun

La journée internationale de la femme (8 mars dernier) me donne l’occasion de montrer le courage d’une jeune femme connue dans un quartier de la ville de Yaoundé au Cameroun.

Il s’agit de Roberstine. Diplômée de l’enseignement supérieur et vendeuse de beignets…
Âgée de 25 ans,c’est depuis sa tendre enfance que Roberstine a fait ses premiers pas dans la vente des beignets auprès de sa maman. Elle l’aidait à vendre pendant que celle-ci les faisait frire. Lorsque sa maman devint totalement invalide suite à la disparition brutale de son mari, Roberstine, aînée d’une fratrie de 7enfants et mère d’une fillette, prit le relais de l’activité.

Ce fut une transition assez difficile pour cette jeune femme titulaire d’un master en communication des entreprises. Tout le quartier s’était habitué à la voir sortir chaque matin, vêtue de beaux vêtements, aller à la recherche du boulot. C’était avec plaisir que les parents et ses congénères lui souhaitaient bonne chance. Tout le quartier lui présageait un avenir radieux dans l’administration. Jusqu’au jour où l’espérance céda la place à l’étonnement et la stupéfaction. Roberstine faisait frire les beignets et les vendait.C’était l’incompréhension dans le quartier. Que lui arrivait-il donc  ?

Elle nous livre son témoignage :
« De l’extérieur, beaucoup de personnes ne pouvaient pas comprendre ce choix. L’urgence s’était faite ressentir. Ça devenait très difficile de vivre à la maison. Il n’y avait plus de sources de revenus. Papa était décédé et maman, invalide. Il fallait faire un choix et je l’ai fait sans hésiter. Dès les débuts, c’était très difficile. Comment affronter le regard de mes camarades ? Ceux-ci me disaient que je déshonorais mon diplôme et faisais honte à toutes les jeunes filles qui voulaient aller à l’école. Mais au fond de moi, je savais que je creusais un autre chemin, celui de décomplexer la jeune femme qui doit avoir le courage de vivre sa vie sous toutes ses facettes. J’avais cherché du boulot pendant 5 ans sans succès. De plus, je me sentais responsable de ma famille. Il fallait la soutenir, envoyer mes cadets à l’école, s’occuper de la santé de maman… Le temps n’était plus de se dire diplômée. J’ai retroussé mes manches. J’ai troqué mes belles tenues contre les vêtements remplis de graisse, j’ai cessé de rêver d’un bureau confortable pour la rigueur du feu du bois, j’ai abandonné la coquetterie de jeune fille pour les brûlures de l’huile bouillante, la douceur de mon lit pour la rudesse du froid, car il faut que je me réveille chaque jour à 3 h du matin pour pétrir la farine. J’ai appris à ne plus faire attention au regard des autres mais à puiser mon courage dans le regard de ma mère et dans la résilience de mes frères et soeurs qui me soutiennent.
Après 5 ans d’activité, je le dis haut et fort : je suis une chef d’entreprise appelée « Beignetariat ». Je m’occupe totalement de maman, mes frères et mon enfant vont à l’école. Toute la famille a le minimum vital. Ma ténacité et mon courage ont mis ma famille hors du besoin et je suis très contente d’accompagner des jeunes filles diplômées qui veulent suivre mon exemple. »

Quand des combattants de la misère refusent de s’exiler

Saint Jean Lhérissaint

Haïti

Le travail de détection pour l’implantation en milieu rural d’ATD Quart Monde en Haïti continue lentement mais sûrement. C’est cette activité qui m’a porté à visiter la commune des Gonaïves – Département de l’Artibonite – la semaine dernière. Bien que chef-lieu de Département et d’Arrondissement, j’ai découvert qu’au-delà d’une ville active, il y a la vie nocturne où les blessés de la vie, de tout âge et en provenance de plusieurs communes, viennent à la recherche d’un mieux être. Il y a dans cette commune des coins bien misérables, comme la section Bassin. La terre y est aride et poussiéreuse. Quelques maisons précaires se trouvent non loin de la route, dans une chaleur suffocante, faute d’arbres. Les chauffeurs de taxi moto et leurs passagers font tout pour se protéger de la poussière. Seuls des bayarondes mal nourris (épineux qui servent à la fabrication du charbon de bois) et des cactus poussent là.

Nous rencontrons un homme et deux femmes, assis à côté de leurs sacs de charbon, en train d’espérer un véhicule de transport pour aller vendre leurs produits aux Gonaïves. Ils nous expliquent : « là où nous vivons, c’est comme l’enfer, mais nous sommes nés là, nous devons y rester, nous ne pouvons pas abandonner nos racines. Partir d’ici, ce n’est pas la solution, car nous allons arriver ailleurs avec nos problèmes. » Ces habitants de la zone disent qu’ils gagnent leur vie grâce à la fabrication du charbon de bois et font tout ce qu’ils peuvent pour assurer un avenir à leurs enfants. Aller à l’école est cependant l’un des plus grands sacrifices consentis par les enfants quand on tient compte de la distance à parcourir et du nombre de pentes raides à grimper. Pas d’arbres, pas d’eau, pas de fruits, pas de légumes, il faut se déplacer loin pour se procurer la moindre chose.

Trouver de l’eau potable est un véritable problème pour les habitants de cet endroit. Ils doivent faire au moins une heure de route pour monter à Trou Melon et trouver de l’eau de source. Une eau salée, en plus. Mais ils n’ont pas le choix s’ils ne veulent pas mourir de soif. Je remarque une autre activité pour les jeunes et moins jeunes de la zone: embarquer les camions avec des pierres et de sable destinés à la construction. On voit plusieurs camions qui font le même exercice dans des endroits plus ou moins dangereux à cause des falaises.

Les habitants de Bassin sont de vrais combattants contre la misère quand, malgré les difficultés quotidiennes, ils refusent d’être des acteurs de l’exode rural. J’espère qu’un jour leur bravoure sera récompensée par de l’État central qui mettra en œuvre une vraie politique de décentralisation.

« STOP PAUVRETE » : lancement réussi !

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La campagne de mobilisation « Stop Pauvreté », officiellement lancée à Angers le 12 février.

François Phliponeau

France

Les amis de Joseph Wresinski ont vécu intensément deux anniversaires en ce mois de février.
Les 11 et 12 d’abord, quand ATD Quart Monde et la Ville d’Angers ont organisé de nombreux rendez-vous pour le centenaire de la naissance du Père Joseph Wresinski.
Le 14 ensuite, quand le Conseil Économique Social et Environnemental (CESE),  a mis à son programme une assemblée plénière pour marquer le 30ème anniversaire de l’avis de Wresinski « Grande pauvreté et précarité économique et sociale ».
Depuis 1987, la lutte continue pour davantage de reconnaissance, de dignité, de souci des plus pauvres de nos concitoyens.

Au CESE, accueilli par le président Patrick Bernasconi, François Hollande a dénoncé « la présomption de culpabilité qui frappe les pauvres, comme s’ils l’avaient cherché. » Le Président de la République Française a souligné que « le plus cruel, c’est la représentation insidieuse de la pauvreté, comme de l’assistanat. »
De nombreux orateurs se sont succédé, affirmant la nécessité de continuer le combat pour éradiquer la misère. En conclusion, des lycéens d’Aubervilliers ont aporté de magnifiques témoignages sur les thèmes de la solidarité, la culture, le partage du Savoir, qui « ne fait pas de différences » entre les gens.

Dimanche à Angers, Christophe Béchu, sénateur – maire, Claire Hédon, présidente d’ATD Quart Monde France, et Isabelle Perrin, déléguée générale d’ATD Quart Monde, avaient lancé la campagne de mobilisation « STop Pauvreté, Agir tous pour la dignité» en présence de nombreux militants et amis d’ATD, mais aussi de jeunes du Lycée Joseph Wresinski, offrant un chèque de 3000 euros !

D’Angers à Aubervilliers, les lycéens ont bien lancé cette mobilisation 2017 qui va durer jusqu’au 17 octobre 2017.
C’est désormais à chacune et chacun d’y prendre part. Rendez-vous sur le site www.stoppauvrete.org !