Rencontre avec un « dépanneur » ordinaire et solidaire

varet34

Pascal Percq

France

L’autre jour Jean-Philippe téléphone tout content, avec un grand bonheur dans la voix : « C’est fait ! Je l’ai eu le code ! » Des mois qu’il le buchait son code de la route. A la clé, le permis de conduire. Il en a bien besoin pour développer son activité d’artisan à tout faire. Un véhicule, c’est nécessaire pour se rendre avec des outils sur un chantier. Le code… c’est fait : ne reste plus que la conduite pour avoir ce satané permis. Ce qui ne lui fait pas peur : « il y a longtemps que je conduis !» Ce permis représente un gros effort financier pour toute la famille et bien des soutiens parce qu’un permis, ça coûte !

Il est comme ça Jean-Philippe : courageux. Et généreux…  Mais d’une générosité active, militante. C’est ce qu’il a appris à ATD Quart Monde. « Le Mouvement, je suis tombé dedans quand j’étais au berceau » dit-il. Son père, sa mère, toute sa famille ont milité. Sa maman est même allée aux Nations Unies à New York avec une délégation d’ATD pour rencontrer le secrétaire général de l’ONU.

Ce qui anime Jean-Philippe depuis 45 ans, c’est cette même flamme au cœur : toutes ces injustices dont il est témoin.  Et autour de lui, à Roubaix, ça ne manque pas ! Mais lui ne se contente pas de lever les bras au ciel : il est un témoin … qui se bouge.

« Je dépanne ! Pour moi ATD c’est toujours aide à  toute détresse, explique-t-il. Un Mouvement qui se bat pour que tout le monde ait accès à ses droits.».

Accompagner les gens en difficultés, c’est important. « Avec ATD j’ai appris beaucoup de choses et je m’en sers pour ceux qui en ont besoin. Et quand je ne sais pas, je demande à ceux qui savent. Mais c’est rare que j’utilise le nom d’ATD quand j’interviens. Sauf quand on n’est pas entendu, qu’on n’arrive pas à obtenir de rendez vous. Alors là je sors le nom d’ATD Quart Monde.  Et ça réagit.»

Jean-Philippe a sa façon d’agir :

« Quand je fais… je fais sans le faire, dit-il. J’accompagne la personne mais c’est elle qui fait. Ou qui ne fait pas. C’est souvent sur des problèmes d’ordre administratif, juridique. Je discute avec la personne : ‘ Ton problème c’est quoi ? ’ Et je propose : on peut faire comme ci ou comme ça. J’explique les possibilités, je lui dis ses droits. Par exemple avec J.M. Il avait des impayés de loyer. On a monté un dossier FSL (fonds solidarité logement). Mais c’est lui qui fait. Je l’accompagne dans les démarches. Depuis son AVC il est handicapé, il a droit à l’allocation handicapé. Il ne le savait pas. Mais c’est lui qui fait, je ne suis là qu’en soutien. Pareil chez l’avocat. C’est lui qui parle. Je ne suis que l’accompagnateur.  On a préparé le rendez vous à deux :  ‘ si tu as du mal à t’expliquer je veux bien t’aider, mais c’est ton affaire ’. Le but : c’est de ne pas faire à la place de la personne. »

Les difficultés, les problèmes, les soucis, les galères : Jean-Philippe connaît. Il en retire une expérience pratique qu’il met au service des autres. Il le dit : «  C’est plus facile pour moi qui ai connu la misère d’accompagner quelqu’un qui a des problèmes parce que quand on est passé par là, on sait comment faire. Quand on a eu soi même des problèmes d’huissier, on sait comment parler des huissiers et aux huissiers ! Quand on va voir une assistante sociale, elle a tendance à te juger. Un juge c’est pareil. Je connais une maman qui ne voulait plus aller voir son assistante sociale parce qu’elle la menaçait de placer ses gosses. C’est pour ça qu’avec nous, avec ATD, les gens sont en confiance. Ils savent qu’on n’est pas là pour les juger. Et nous on a des contacts avec les services sociaux mais on ne menace pas ces parents de placer leurs enfants. Parfois, il y a quand même des cas où on se demande comment faire ? On est là pour aider. Comme on peut. On n’est pas des professionnels. On fait ce qu’on peut. Mais avec nous, il n’y a pas de jugement. »

Après des années de militantisme et d’accompagnements de familles, Jean-Philippe reste admiratifs de ces familles qu’il côtoie quotidiennement :

« Ce sont des gens incroyables, dit-il. Avec eux, j’apprends tous les jours. La première chose, c’est de voir qu’il y a plus pauvre que soi. Ces gens sont  des battants. Plus que du courage. Parfois je me dis : comment je ferais si j’étais à leur place ? Je leur demande: comment faites-vous ? Ils répondent : « on est habitué ». J’aurais déprimé pour moins que ça dans leur cas. Quand je vois dans quelle situation on les laisse vivre… laisse tomber ! Et pourtant chaque matin, leurs enfants sont tout propres pour aller à l’école ! »
Ce qui ne cesse de l’indigner: « Ma colère sur les politiques elle est connue » dit-il. Il ne manque jamais d’interpeller les élus de sa ville face aux injustices. « Quand je vois toutes ces maisons murées, inoccupées à Roubaix et des familles à la rue : ma colère elle est là. Les étrangers, les roms, on invente ici des lois uniquement contre eux pour leur pourrir la vie !»

Saine colère que celle de Jean-Philippe, dépanneur solidaire dans son quartier. Et pour lui, cette attitude est normale, ordinaire.

 

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Une réflexion au sujet de « Rencontre avec un « dépanneur » ordinaire et solidaire »

  1. j´ai connu Jean Philippe jeune, chouette de l´entendre parler de son engagement. Ici au Guatemala, au Honduras, on voit aussi des jeunes et ex-jeunes poursuivre leur engagement avec les enfants des bibliotheques de rue et leur famille… Merci á tous pour l´énergie qu´ils nous transmettent

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