Diplômée et courageuse

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Je suis une chef d’entreprise appelée « Beignetariat » (Roberstine, Cameroun) Photo d’une vendeuse de beignet, Kalaranet magazine

B. Ndeenga

Cameroun

La journée internationale de la femme (8 mars dernier) me donne l’occasion de montrer le courage d’une jeune femme connue dans un quartier de la ville de Yaoundé au Cameroun.

Il s’agit de Roberstine. Diplômée de l’enseignement supérieur et vendeuse de beignets…
Âgée de 25 ans,c’est depuis sa tendre enfance que Roberstine a fait ses premiers pas dans la vente des beignets auprès de sa maman. Elle l’aidait à vendre pendant que celle-ci les faisait frire. Lorsque sa maman devint totalement invalide suite à la disparition brutale de son mari, Roberstine, aînée d’une fratrie de 7enfants et mère d’une fillette, prit le relais de l’activité.

Ce fut une transition assez difficile pour cette jeune femme titulaire d’un master en communication des entreprises. Tout le quartier s’était habitué à la voir sortir chaque matin, vêtue de beaux vêtements, aller à la recherche du boulot. C’était avec plaisir que les parents et ses congénères lui souhaitaient bonne chance. Tout le quartier lui présageait un avenir radieux dans l’administration. Jusqu’au jour où l’espérance céda la place à l’étonnement et la stupéfaction. Roberstine faisait frire les beignets et les vendait.C’était l’incompréhension dans le quartier. Que lui arrivait-il donc  ?

Elle nous livre son témoignage :
« De l’extérieur, beaucoup de personnes ne pouvaient pas comprendre ce choix. L’urgence s’était faite ressentir. Ça devenait très difficile de vivre à la maison. Il n’y avait plus de sources de revenus. Papa était décédé et maman, invalide. Il fallait faire un choix et je l’ai fait sans hésiter. Dès les débuts, c’était très difficile. Comment affronter le regard de mes camarades ? Ceux-ci me disaient que je déshonorais mon diplôme et faisais honte à toutes les jeunes filles qui voulaient aller à l’école. Mais au fond de moi, je savais que je creusais un autre chemin, celui de décomplexer la jeune femme qui doit avoir le courage de vivre sa vie sous toutes ses facettes. J’avais cherché du boulot pendant 5 ans sans succès. De plus, je me sentais responsable de ma famille. Il fallait la soutenir, envoyer mes cadets à l’école, s’occuper de la santé de maman… Le temps n’était plus de se dire diplômée. J’ai retroussé mes manches. J’ai troqué mes belles tenues contre les vêtements remplis de graisse, j’ai cessé de rêver d’un bureau confortable pour la rigueur du feu du bois, j’ai abandonné la coquetterie de jeune fille pour les brûlures de l’huile bouillante, la douceur de mon lit pour la rudesse du froid, car il faut que je me réveille chaque jour à 3 h du matin pour pétrir la farine. J’ai appris à ne plus faire attention au regard des autres mais à puiser mon courage dans le regard de ma mère et dans la résilience de mes frères et soeurs qui me soutiennent.
Après 5 ans d’activité, je le dis haut et fort : je suis une chef d’entreprise appelée « Beignetariat ». Je m’occupe totalement de maman, mes frères et mon enfant vont à l’école. Toute la famille a le minimum vital. Ma ténacité et mon courage ont mis ma famille hors du besoin et je suis très contente d’accompagner des jeunes filles diplômées qui veulent suivre mon exemple. »

Dames Sara : ces femmes qui forgent la vie

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Saint Jean Lhérissaint

depuis le Burkina-Faso

En milieu rural reculé en Haïti, les seules sources de revenus des paysans sont l’agriculture et l’élevage. Pendant que les hommes s’occupent des animaux et des champs, les femmes s’ingénient pour garantir la nourriture quotidienne des familles. Avec les moyens du bord, elles se créent une activité commerciale exigeant un grand effort physique. Elles deviennent des Dames Sara.

Les milieux ruraux reculés ne sont pas accessibles aux camions. Transporter les denrées jusqu’aux points où les véhicules peuvent arriver, n’est pas chose facile pour les paysans. Les Dames Sara sont des commerçants qui se proposent d’acheter les différentes denrées sur le marché local paysan et même sur le lieu de la récolte pour les transporter à la ville la plus proche et les revendre. Sacré travail, exercice difficile, effort physique énorme, mais les Dames Sara sont courageuses. Sur tous les chemins de marché, dans toutes les provinces, on croise ces femmes transportant des dizaines de kilogrammes de marchandises sur la tête. Elles sortent en groupes solidaires plus ou moins grands. Malgré le lourd fardeau sur la tête, chaque groupe est bien animé, il y a de la vie sur chaque visage. Dans les montagnes, les plaines, les collines – le rire, les blagues, les chants de toutes sortes, les cris de joie – annoncent l’arrivée d’un prochain groupe de Dames Sara. La nuit, la lueur des lampes s’ajoute aux signes annonçant l’arrivée d’un groupe. Aucun membre n’est laissé derrière, au moindre petit problème, c’est tout le groupe qui se sent concerné. De petites dégustations se font en marchant.

Sous le soleil de plomb, sous la pluie, la nuit, le jour, les Dames Sara ne peuvent s’empêcher de voyager. Des femmes de tout âge, des femmes enceintes font partie des groupes. Parfois la ville la plus proche se trouve à 50 kilomètres comme c’est le cas pour les Dames Sara de Cornillon qui se rendent à Thomazeau pour revendre leurs marchandises. Pour ce parcours, il faut emprunter des sentiers glissants, faire des traversées dangereuses, monter et descendre des pentes raides, mais les Dames Sara endurent, sachant qu’il y plusieurs bouches à la maison qui attendent les provisions qui seront achetées avec les bénéfices. N’est-ce pas cette activité qui permet à des familles de gagner dignement leur vie ? Dans la partie sèche et aride de Cornillon, c’est l’activité commerciale qui prévaut. Madame Salomon en témoigne : « les conditions de vie de ma famille sont difficiles, je suis obligée de fatiguer mon corps. J’achète tout ce que je trouve comme poule, dinde, haricot, maïs, vivres alimentaires etc… Je sais que mon corps paiera le prix de tout ça un jour, mais je n’ai pas le choix. C’est grâce à ça que les mâchoires mâchent. C’est dur, mais c’est mieux que mendier ». Dames Sara, une expression symbolisant la résistance de la femme vaillante haïtienne acceptant de voyager dans des conditions difficiles pour pouvoir nourrir dignement sa famille est malheureusement utilisée comme injure pour qualifier les élèves qui bavardent en classe ou ceux qui ne se taisent pas dans une assemblée.

À travers leur activité, les Dames Sara servent les paysans en achetant leurs récoltes. Elles nourrissent dignement leur famille. Enfin elles apportent la vie dans les villes parce que si les récoltes des paysans n’atteignent pas la ville, les citadins ne peuvent pas manger. Elles sont partout et elles sont fières d’être des Dames Sara.

Les réussites collectives et les réussites individuelles

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Bagunda MUHINDO René

Bukavu, République Démocratique du Congo

La société accorde beaucoup plus souvent la valeur aux grandes réalisations. Par exemple quand on évalue les facteurs qui influencent le taux de scolarisation des enfants dans un pays, aucune allusion n’est accordée aux efforts dont certains parents des familles déshéritées déploient pour la survie de leurs ménages. Quand un pays enregistre des croissances économiques considérables, le Président ou le Ministre de l’économie reçoit à l’échelle internationale une médaille de mérite. On ne pense pas au paysan qui a cultivé des hectares de terres à la main…

L’évaluation des réussites communes dans une société oublie souvent les moins forts. Quand les facteurs socio-économiques sont exclusifs et non multidimensionnels comme la production et le rendement pour une période donnée, ou le nombre d’enfants ayant achevé l’année scolaire dans un pays, il devient difficile de reconnaître le courage et la valeur de certains. Les succès reviennent de façon générale aux plus forts (souvent aux représentants des gouvernements).

Ce sont les réflexions qui me sont revenues à l’esprit après la session internationale des jeunes de la région des grands lacs tenue du 20 au 25 mars en Tanzanie avec ATD Quart-Monde. Il y avait les participants venus de la Tanzanie, de la République Démocratique du Congo, du Kenya, du Rwanda, de la France, d’Israël et d’Éthiopie. Le thème principal était « apprendre et s’engager ensemble pour être amis des sans amis ». (lire ici un article sur cette session)

L’approche « apprendre de nos réussites » proposée par Orna, une animatrice venue d’Israël m’a beaucoup fait réfléchir sur les réussites collectives et les réussites individuelles. Je ne suis pas partisan de l’égoïsme. Mais quand les réussites communes sont représentées par les personnes influentes, elles donnent l’impression d’avoir réussi grâce aux seuls efforts des plus forts. Ce qui donne parfois aux moins forts l’impression de ne servir à rien.

Dans mon engagement quotidien avec les plus pauvres, j’ai réalisé que l’un des plus grands défis auxquels ils sont confrontés c’est celui de ne pas reconnaître leur courage, leur existence, leur dignité… leur valeur.

Cette approche est particulière : sur la base des expériences contées par les participants, les principes ont été formulés… « Ne pas se décourager » m’a rappelé un événement d’il y a cinq ans. Je visitais une maman avec ses trois enfants. Pendant la discussion sa fille de 7 ans m’avait dit : « ma maman est comme une poule. Tu sais, quand celle-ci est avec ses poussins elle ne peut pas manger. Elle picore seulement pour ses petits…Hier ma maman n’a pas mangé. Elle a dit que le repas ne pouvait pas suffire pour tout le monde ».

J’étais ce jour-là complétement bouleversé en regardant la déception et la honte de la femme. J’ai vu comment les personnes en situation de précarité désespèrent et ont tendance à croire que rien ne réussit dans leur vie quand les choses semblent dures. Pourtant elles ont plusieurs exemples de réussite.

Alors à chaque fois qu’elles seront confrontées à une déception je ne manquerai plus des mots. Je les inviterai à se rappeler des exemples de leurs propres réussites. Cette approche permet à chacun d’être fier de soi-même, de découvrir sa propre valeur.

En la reconnaissant, chacun peut avoir le courage de continuer son chemin et son combat même quand personne ne la lui reconnaît. Par ailleurs je pense que les moyens dont disposent les forts et les moins forts sont disproportionnels. Ces derniers réussissent avec presque rien.

On devrait avoir aussi des médailles de mérite pour les « moins forts ».

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