De la mine d’or à la mine de développement : plaider pour la justice éducative

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Dans la photo la coordinatrice d’APEF, MWAMIKAZI Espérance BAHARANYI et le Docteur Denis Mukwege

Bagunda MUHINDO René,

Bukavu – République Démocratique du Congo

L’éducation constitue la priorité du Gouvernement de la République Démocratique du Congo. Le taux de scolarisation a connu un accroissement de 9% en l’espace de deux ans. Ces chiffres du ministère de l’Enseignement primaire, secondaire et Initiation à la nouvelle citoyenneté avaient été donnés par une radio locale (Radio Okapi) à la clôture de l’année scolaire 2015-2016.

Cependant, des disparités ont été remarquées entre le milieu urbain et le milieu rural à différents niveaux. La précarité de certaines familles est la principale cause du faible taux de scolarisation des enfants à Luhwindja. Dans cette chefferie du Territoire de Mwenga à l’Est de la RD-Congo, certains enfants travaillent dans les mines d’or artisanales pour aider leurs familles. Avec l’appui de ses partenaires, l’Action pour la Promotion de l’Enfant et de la Femme (APEF) s’est engagée à les scolariser. La communauté n’a pas cru à ce projet au début : « Ces enfants perdus dans les mines ne peuvent pas réussir à l’école », disaient certains.

Pourtant la conviction de la Coordinatrice d’APEF, MWAMIKAZI Espérance BAHARANYI était forte :

« Tous les enfants n’ont pas les mêmes chances mais tous peuvent réussir s’ils ont les moyens. Faire de leur réussite une priorité de chaque action est un devoir pour chaque citoyen ».

Ce message a été le fil conducteur de l’action d’APEF pour la réussite éducative des enfants. Les moniteurs ont multiplié leurs efforts dans l’enseignement. Les assistants psychosociaux et tout le staff APEF ont renforcé les visites aux familles pour comprendre les réalités de vie et pouvoir mieux accompagner les enfants. Aux épreuves de fin d’études primaires pour l’année scolaire 2016-2017, tous les enfants présentés ont réussi (34/34, soit 100% de réussite).

Les résultats pour l’année scolaire 2017-2018 mettent en valeur le fruit des efforts construits ensemble :

  • Une élève âgée de 14 ans a obtenu la meilleure note à l’Institut Ushirika (Une école secondaire de Luhwindja),
  • Les 36 élèves du degré terminal présentés aux tests nationaux ont tous réussi. Une fille, l’élève a obtenu la meilleure note (86%) dans le territoire de Mwenga. Avec deux autres élèves de Kamituga ils ont représenté le territoire de Mwenga pour un concours organisé par la division provinciale de l’enseignement primaire à Bukavu. Ils ont été aussi reçus par les délégations du Gouvernement Provincial et de l’Unicef.

Ces succès montrent que même dans la misère, un enfant a un savoir. Il faut l’approcher et lui donner des moyens de faire éclater son savoir. Le Dr. Denis Mukwege, président de la Fondation Panzi soutenant APEF pour ce projet n’est pas resté indifférent à ces résultats. Il a réagi en juillet : « Voilà ce dont peuvent être capables nos enfants lorsqu’ils sont aimés et soutenus… Ces enfants qui, hier étaient perdus dans les fonds obscurs des mines d’or, de cassitérite ou de coltan, peuvent, demain, devenir une véritable mine d’or pour le développement de notre pays ».

Les efforts de tous (enfants, parents, APEF et la Fondation Panzi) ont provoqué le changement de regard de la société de Luhwindja envers ces enfants. Ils montrent que chaque enfant est une chance pour l’humanité.
Rien n’est plus beau qu’investir sa vie, sa passion pour les autres comme le souligne le Père Joseph Wrensiski, fondateur d’ATD Quart Monde dans « Paroles pour demain ». Ce prêtre confia à Claudine Faure : « C’est formidable, vous savez, de lutter contre toutes ces injustices qui sont faites ! Ça vaut la peine d’y donner une partie de soi et une partie de sa vie, et même sa vie pour certains. ». En relisant ces cris jaillis de tant et de tant de poitrines angoissées et de cœurs d’enfants malheureux, je plaide pour la justice ».

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Je me joins au Dr. Denis MUKWEGE, à MWAMIKAZI Espérance BAHARANYI et au Père Joseph Wresinski pour inviter et encourager ceux et celles qui ont les cœurs percés et révoltés par l’injustice de la misère privant les enfants de l’éducation scolaire, à lutter sans cesse pour que ça change.

Mandela disait : « l’espoir c’est ce qui reste quand tout semble perdu ». En nous armant de cet espoir, nous serons capables de porter ensemble les larmes de ces enfants découragés face aux moqueries de leurs amis et de la communauté. Nous serons capables d’encourager ces parents impuissants à nourrir leurs enfants, de partager le courage et la douleur de ces enfants même quand les moyens matériels et financiers seront absents.

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Pour une école inclusive : une promesse d’excellence pour tous et toutes

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Par Anne Champagne

Royaume-Uni

Comment éviter que les circonstances familiales : pauvreté, discrimination, famille éclatée, maladie, addictions ou violence constituent des obstacles pour la réussite scolaire des élèves ? Malgré leur potentiel, les enfants issus de familles fragilisées peuvent adopter parfois un comportement perturbateur qui compromet leurs relations avec leurs enseignants et le système scolaire en général. Comment aider les enseignants à se reconnecter avec ces enfants exclus ?

C’est ce défi, éveiller l’intérêt des élèves qui ont été victimes d’exclusion ou de rejet, ou ayant un comportement perturbateur, qui a conduit deux alliés d’ATD Quart Monde à écrire un livre appelé De l’Exclusion à la réussite scolaire – Construire des relations réparatrices pour créer des écoles inclusives publié par Sense, 2016). Les auteurs, Dr Michal Razer et Dr Victor J. Friedman, ont passé trente années chacun, à enseigner, expérimenter et former les enseignants. Leur but est d’aider les enseignants pour que ceux-ci puissent accompagner tous leurs élèves et leur permettre d’atteindre leur potentiel.

La Déclaration mondiale de l’UNESCO sur l’Éducation pour Tous (1990) exige que la méthode d’approche de l’enseignement soit adaptée à la diversité des populations. Razer et Friedman croient qu’une classe peut faire d’importants progrès et réussir seulement si chacun est inclus et qu’aucun n’est laissé pour compte, quels que soient ses difficultés ou son comportement. Leur thèse est que pour atteindre cet objectif, les enseignants doivent adapter leurs techniques et leurs outils pédagogiques.

Leur décennies d’expérimentation ont permis d’identifier un cycle d’exclusion et d’aliénation. Un enfant qui subit une série de rejets aura tendance à repousser une aide potentielle par mécanisme d’auto-défense pour éviter une nouvelle déception ; la conséquence est un sentiment d’échec et de frustration pour l’enfant et pour l’enseignant. Pour briser ce cycle, il est nécessaire d’établir une collaboration entre l’enseignant, l’enfant, les parents et le directeur de l’école, chacun ayant un rôle à jouer dans la construction de « relations réparatrices ».

A travers leur travail avec les enseignants, les élèves et les parents, les auteurs ont développé avec succès des stratégies pour surmonter les obstacles que certains enfants affrontent en classe. Ils décrivent les compétences et méthodes spécifiques que les enseignants peuvent utiliser pour aller vers les élèves exclus.

Quatre principaux outils sont décrits dans le livre : le non-abandon, le recadrage, la conversation « connective » et la pose de limites catégoriques. Chacune de ces compétences est présentée en détail, y compris des études de cas, certaines réussies, et d’autres illustrant les risques d’échec. Les auteurs mettent ainsi en lumière des exemples précis et variés de l’utilisation de leurs outils. Le livre fournit également un guide étape par étape destiné aux enseignants qui veulent la réussite de tous leurs élèves, indépendamment de leur situation familiale ou sociale.

Le cycle d’échec auquel les enfants exclus font face a beaucoup de similarité avec le “piège de la pauvreté” décrit par les personnes vivant dans la pauvreté. Beaucoup disent se sentir exclus par les autres. Ils peuvent ressentir que leur voix ne compte pas et qu’ils n’ont rien à apporter à la société. De la même façon, les enfants exclus décrivent un sentiment de rejet et de souffrance d’être étiqueté comme « l’enfant à problème ». Ceci peut les piéger dans une boucle comportementale qui renforce cette étiquette et compromet leur chance d’apprendre et d’atteindre leur potentiel.

Sans entraînement spécifique, les enseignants se sentent souvent impuissants à affronter ce cycle. Pour résoudre ce problème, Razer et Friedman décrivent en détails comment s’éloigner d’un focus uniquement centré sur le transfert de connaissances et des compétences cognitives. Il peut être tout aussi important pour un enseignant de s’engager sur un plan émotionnel, utilisant des capacités d’écoute active pour construire « une relation réparatrice ». Les auteurs ont observé que l’utilisation de cette approche développée sur le terrain permet non seulement la réussite des élèves mais apporte aussi une grande satisfaction professionnelle aux professeurs qui l’utilisent.

Ce livre propose une méthode qui assure que personne ne sera laissé pour compte, pas seulement en théorie ou sur le plan politique, mais en pratique. Étant donné les similarités entre les buts d’une éducation inclusive décrite dans ce livre et la société inclusive que nous visons à atteindre dans notre lutte contre la pauvreté, il est à espérer que des professionnels travaillant avec des familles vivant dans la pauvreté étudieront ce livre, adopteront ses approches, et les appliqueront dans le cadre de leurs activités.

L’obscurité de l’indépendance

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Bagunda MUHINDO René,

Bukavu – République Démocratique du Congo

30 juin : anniversaire de l’indépendance de la République Démocratique du Congo.
Lors de cette journée, je me trouvais en mission à Luhwindja, une chefferie située à environ 90 Kilomètres de la ville de Bukavu, dans l’est du pays.
A 15 heures 30, je regardais le match France-Argentine. Un jeune me paye une bouteille de Coca-Cola en disant « Cadeau ! aujourd’hui, c’est l’indépendance du pays. On doit boire et manger ».
A 20 heures je fais un tour dans le quartier. Derrière les maisons commerciales situées le long de la route, dans la pénombre, je remarque à peine une petite maison en terre battue. Elle est particulièrement obscure. Toutes les autres maisons voisines sont éclairées, la lumière passait par les fentes des fenêtres et des portes. Je m’approche et je toque à la porte. Quelqu’un ouvre, mais je ne vois personne dans l’obscurité. J’allume la torche de mon téléphone et je vois cinq enfants avec des habits déchirés, couverts de poussière. Ils avaient joué toute la journée et n’auraient personne pour les laver le soir. L’aîné d’environ 11 ans était devant moi. C’est lui qui avait timidement ouvert la porte.

« Bonsoir », ai- je lancé.
« Bonsoir », a-t-il répondu.
« Vous allez bien ? » Personne n’a répondu.
J’ajoute : « maman est là ?  »
« Non, elle est à Bukavu et revient le samedi 7 juillet » – réagi l’aîné.

Ils avaient faim. J’en connaissais bien les signes pour avoir moi-même ressenti la même chose quand, seul avec mes sœurs, à l’âge de 6 ans, nous attendions le retour de notre mère. Je demande alors aux enfants :

« Vous avez à mangé ? »
« Non », ont simultanément répondu quatre d’entre eux. L’aîné n’a pas réagi. Dans son impuissance, il se sentait responsable des autres. Ma sœur aînée agissait ainsi quand elle n’avait rien pour nous, alors que ma sœur cadette pleurait.

« Qu’est-ce que vous allez manger ? »
« On ne sait pas. »

Aussitôt je pars au restaurant où je mange quand je suis en mission. Je prends deux plats que l’aîné rapporte. Les cinq enfants se se régalent comme des prisonniers évadés après une semaine sans manger.
Je retourne au restaurant éprouvant beaucoup d’émotions. La dame du restaurant me demande ce qui n’allait pas et j’explique. Elle n’attend pas pour répondre : « Cet enfant sale avec qui tu étais ? Ces enfants sont des voleurs ». Je ne me laisse pas emporter par ses critiques. Je lui réponds que quel que soit ce qu’ils auraient fait, aucun enfant ne mérite de passer des nuits sans manger et que dans une telle circonstance, même un adulte ne peut résister devant une casserole chaude, si personne ne le voit. La dame acquiesce et ajoute : « C’est vrai ce que tu dis ».

Le lendemain matin, je pars voir les enfants avant d’aller à l’église. Ils étaient dehors, recroquevillés les uns sur les autres. Je sentais la fraicheur, alors que j’avais un pull. Eux ne portaient rien. Dans les montagnes des villages du Sud-Kivu, il fait frais la nuit et le matin, puis la journée est réchauffée par le soleil.

Et dans ma tête tournait la question de l’indépendance. L’Indépendance ! Je reconnais sa valeur dans l’histoire du pays, mais aujourd’hui c’est devenu plutôt un concept démagogique et fantaisiste. Plus on est pauvre moins on en est concerné.
Ce 30 juin des milliers de dollars ont été dépensés pour que les riches puissent boire et manger. Les politiciens ont profité de l’occasion pour parler de leurs plans pour les élections prévues en décembre. Mais derrière les murs des villes, au fin fond des villages, des milliers d’enfants ont passé la nuit sans manger ; sans savoir s’ils auraient leurs bulletins scolaires le 2 juillet à la proclamation, parce que leurs parents n’avaient pas payé les frais scolaires. Des milliers ont passé des jours loin de l’affection de leurs mères parties chercher de quoi les nourrir.
Puis-je être fier de notre Indépendance ? Non, je le serai lorsque chaque enfant de mon pays sera libéré de la faim, du froid, de l’ignorance. Député national ou ministre, je ferais en sorte que le 30 juin se passe autrement. J’inviterais ce jour-là tout Congolais à faire une œuvre de bonne citoyenneté pour que chaque enfant et chaque adulte retrouvent le sourire. Beaucoup naissent et meurent sans avoir été libres un jour de leur vie et personne dans leur entourage ne le sait.
La véritable Indépendance, c’est la justice au cœur, c’est la paix, une vie meilleure pour tous.

L’éducation pour sortir de la pauvreté

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Par Denise NVOMERA NTEGEZA

République Démocratique du Congo

Parmi les objectifs de développement durable celui de l’éducation souligne la gratuité de l’enseignement primaire ; chose qui n’est pas respectée en RDC et dans plusieurs pays d’Afrique.

Un séminaire organisé par le Mouvement international ATD Quart Monde s’est déroulé autour du thème « Tous peuvent apprendre si… » ; les trois points de suspension constituent un ensemble d’obstacles qui freinent, qui obstruent et qui empêchent que tous les enfants aient les mêmes chances, d’accès à l’enseignement.

Il y a des obstacles liés à l’état de pauvreté des familles, ceux liés à l’insécurité grandissante dans plusieurs pays, la situation de guerre, etc.

Nous devons réfléchir à changer le regard du reste de la société envers les plus pauvres ; nous devons penser à comment mettre les personnes vivant la grande pauvreté au centre de nos préoccupations.

Nous, parents, devons commencer dans nos propres familles à assurer l’éducation de base dans le but de préparer une bonne suite. Recommandations et suggestions devront constituer un moyen efficace de notre implication dans le processus de rechercher la paix et d’autres solutions durables. Non seulement interpeller les familles à plus de responsabilité, mais aussi le gouvernement qui est le garant des institutions : l’amener d’une manière ou d’une autre à appliquer la justice à tout les niveaux ; l’amener en particulier à veiller à ce que tous les enfants – y compris ceux qui vivent dans la pauvreté – puissent jouir de leur droit à un enseignement primaire gratuit et obligatoire afin que les écoles puissent être accessibles sans danger ni coûts indirects ou frais illégaux.

Étant des ambassadeurs de la paix, nous, parents, devons commencer dans nos propres familles à solidifier d’abord l’éducation que nous donnons à nos enfants car sans l’éducation de base c’est toute une vie qui se perd. Si nous réussissons cette éducation, les résultats seront visibles. Nous ne devons pas laisser toute la charge à l’État et nous devons savoir que l’État seul ne peut rien.

Actuellement, pour certains gouvernants, c’est comme si le peuple n’existait pas, c’est comme si les enfants n’avaient pas droit à la scolarité et à la protection. Il y aura une justice lorsqu’on tiendra compte de l’existence de l’autre et que le salaire de misère n’existera plus. Les 3, 4, 5 et 6 mois impayés ne permettront pas le bien-être des personnes.

Dans chaque société les classes sociales existent, mais nous devons montrer que les inégalités conduisent à des atrocités et que certaines personnes se trouvent très lésées, très diminuées par la pauvreté.

Avec le Mouvement ATD Quart Monde nous devons aboutir à l’élaboration d’un plaidoyer auprès des gouvernements afin qu’ils appliquent les principes d’égalité et d’équité ; ainsi, même les enfants issus des familles pauvres se retrouveront sur le banc de l’école et on aura préparé des pays responsables et viables.

Les enfants vivant la grande pauvreté abandonnent du jour au lendemain l’école ou ne la fréquentent pas du tout, pour entreprendre des activités génératrices de revenu, contribuer aux tâches de ménage. Pire encore, certains se retrouvent dans la rue voués à leur triste sort.
L’éducation est un outil essentiel qui permettra à l’enfant de développer petit à petit sa personnalité, ses capacités et ses talents.
Les études seront pour lui un ensemble de chances de participer d’une manière efficace à la vie sociale et d’échapper ainsi à la pauvreté, en devenant utile pour lui et pour la communauté entière.

Le fait de ne pas arriver au terme de l’enseignement primaire et secondaire présente des conséquences économiques qui dévastent et prolongent le cycle de la pauvreté.

Écoutons nos frères de Syrie : la petite Mouna, âgée de 8 ans, s’exprimait sur Radio France Internationale : « Nous avons des écoles cachées, les parents n’acceptent pas que les enfants aillent à l’école car beaucoup sont morts puisque les écoles sont bombardées ».

Une enseignante syrienne disait qu’elle et des collègues faisaient du bénévolat avec le souci de contribuer tant soit peu à l’éducation des enfants.
L’école c’est la vie, c’est l’avenir de nos enfants, c’est l’avenir de tout un peuple. Les enfants non scolarisés sont une bombe à retardement.
« Tous peuvent apprendre si… »

Aller vers l’oublié c’est construire une société d’intégration

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BAGUMA BYAMUNGU Gentil et BAGUNDA MUHINDO René

République Démocratique du Congo

APEF (Action pour la Promotion de l’Enfant et de la Femme) de Luhwindja est une organisation  œuvrant dans la chefferie de Luhwindja en territoire de Mwenga. Cette chefferie est située à 90 km de la ville de Bukavu qui est le chef-lieu de la province du Sud-Kivu. Sa situation paradoxale est liée à celle de toute la partie Est de la République Démocratique du Congo. La chefferie regorge d’énormes quantités d’or pourtant plus de 80% de sa population vit sous le seuil de l’extrême pauvreté.

Depuis plusieurs années, cette population vivait de l’exploitation artisanale de l’or. Il y a cinq ans, une partie importante de cette exploitation a été confiée à une société multinationale. Ce qui a plongé l’entité dans une paupérisation et les conséquences  se font sentir aujourd’hui. On observe de grands écarts de niveaux de vie, entre les très pauvres et une minorité qui vit dans l’opulence. Les enfants des familles pauvres sont chassés de l’école parce que leurs parents ne sont pas en mesure de payer la prime (la quasi-totalité des charges de scolarité des enfants revient aux parents). Alors les parents se lancent dans l’économie informelle pour faire vivre leurs familles. Parfois ce qu’ils gagnent ne suffit pas à couvrir  les charges de leurs familles. Leurs enfants qui n’étudient plus, qui ne mangent pas à leur faim se voient obligés de travailler dans les mines artisanales  pour suppléer aux revenus de leurs familles. Ils sont utilisés comme une main d’œuvre moins chère. Dans ces mines  existent  prostitution, drogue, vols, viols auxquels les enfants et les jeunes (filles et garçons) sont souvent exposés.

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Depuis 2005, l’association APEF  a entrepris des activités pour mettre fin à cette situation.

Au niveau des jeunes elle a ouvert un Centre de Formation Professionnelle en métiers : mécanique, menuiserie, conduite-automobile, coupe et couture… ceux qui finissent la formation théorique (trois mois) et pratique (trois mois) sont réinsérés dans la communauté en démarrant une Activité Génératrice des Revenus qui leur permet de reprendre la vie.

Au niveau des enfants elle a commencé par un recrutement dans les carrés miniers suivi de leur orientation dans un centre de récupération scolaire qui a trois classes reparties selon l’âge. Dans l’avant-midi les enfants étudient et font des jeux divers. L’après-midi ils consacrent parfois une partie de leur temps à soutenir les activités agropastorales. Avec cela ils sont encouragés à aider leurs parents sans avoir à retourner dans les mines.

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En 2013, quinze enfants se sont présentés aux examens nationaux de fin d’études primaires et tous ont réussi. Cela a montré à la communauté locale que même ces enfants toujours couverts par la boue dans les mines sont dotés des capacités intellectuelles. C’est seulement qu’ils n’ont pas eu la chance d’aller à l’école avant.

La même année, 200 jeunes adolescents ont décidé de suivre des formations et retourner vivre dans leurs communautés. 112 enfants ont décidé de rejoindre l’école. Ils ont joué ensemble, ils ont mangé un plat à deux pour renforcer leur amitié et  leur esprit de solidarité. A la fin de chaque année lorsque les résultats scolaires sont proclamés, tous les enfants sont fiers de ce qu’ils ont accompli ensemble. Grâce à cette expérience forte de réussites des enfants et des jeunes l’APEF a réalisé que chacun peut relever la tête. Il est possible pour tous de reprendre la vie quand on a l’appui et l’acceptation des autres. Pour l’année 2018 l’APEF invite et encourage les autres organisations de la province à aller à la rencontre de ceux qui sont oubliés.

Rapprocher un oublié de la société c’est évoluer vers la construction d’une humanité d’intégration.

 

 

La cantine des solidarités

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Cantine scolaire au Cameroun, Photo web – CSFEF

Blaise Ndeenga,

Cameroun

Tout a commencé avec cette déclaration du jeune Emmanuel à sa maman : « Maman j’ai remarqué que pendant la pause de midi à l’école, lorsque nous sommes en train de manger, un de mes camarades de classe ne mange jamais. Il reste seul dans son coin et nous observe. Il est toujours triste. Alors aujourd’hui je suis allé vers lui. Je lui ai demandé pourquoi il ne venait pas manger avec les autres. Il m’a dit qu’il n’avait rien à manger. Sa maman ne peut pas lui offrir du pain car elle n’a pas d’argent. Ensuite il a dit que sa maman s’en allait très tôt vendre au marché. Elle ne rentre que le soir. Et si elle est parvenue à vendre, elle achète de quoi préparer un repas et la famille ne mange qu’une fois dans la nuit. Aussitôt j’ai partagé mon casse croûte avec lui. Il était très content. Et moi aussi. Je voudrais te demander s’il est possible que tu lui fasses aussi un casse-croûte afin qu’il ait quelque chose à manger et qu’il ne soit plus isolé des autres élèves… »

La maman fut contrariée par la demande de son fils, entre accéder à sa demande et respecter son budget très serré. Elle y a consenti pour quelques jours. Ensuite elle décida d’aller attirer l’attention des responsables de l’école sur cette situation. Ceux-ci se montrèrent très disponibles à l’écouter mais ne lui proposèrent pas de solution.

La maman du jeune Emmanuel décida donc de sensibiliser certains parents d’élèves afin de remédier à cette situation. Touchés par la situation de l’enfant, qui n’était pas la seule dans l’école, un petit groupe de parents très motivés eut l’idée de créer une cantine au sein de l’école. Une assemblée de parents a été convoquée pour imaginer une solution avec l’école et la proposer aux autres parents. Il en est sorti le projet d’une cantine qui ne devrait pas seulement s’occuper des enfants qui n’ont pas de casse-croûte, mais qui serait un lieu de repas et de rassemblement pour tous les élèves. Désormais les enfants n’auront plus à apporter leur repas, mais ils mangeront grâce à la contribution de leurs parents riches ou pauvres. L’école ayant un effectif d’environ 1300 enfants, les parents ont convenu de donner 500fcfa par mois, ce qui revient moins cher qu’un repas préparé par une famille pour son enfant, et les repas sont livrés par un service traiteur.

Il nous a été aussi rapporté qu’une pharmacie solidaire a été aussi créé au sein de l’école. Celle-ci devant parer aux petits bobos des élèves…

Voilà comment l’initiative d’un enfant de 7 ans est parvenue à améliorer et à transformer le vécu des enfants dans l’école, en créant une synergie entre tous les parents. Comme quoi la lutte contre la pauvreté est une affaire de tous.

Riches ou pauvres, adultes ou enfants chacun doit apporter sa pierre à l’édifice.

Le choix ? Quel choix ?

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Pascal Percq

France

Une phrase entendue l’autre jour dans un transport en commun m’a fait réfléchir. Une personne disait à sa voisine : « Je ne suis pas d’accord avec toi : on a toujours le choix ! » Ce jugement péremptoire commentait l’aspect d’une famille avec deux enfants qui venait de descendre du bus, dont l’attitude et les habits disaient combien ils étaient en situation de grande pauvreté. Je ne sais de quoi il était plus précisément question, sinon qu’il semblait à cette personne inadmissible de ne pas mieux habiller ces enfants, mais cette phrase à l’emporte-pièce m’a fait sursauter.

« On a toujours le choix » : rien n’est plus faux que cette affirmation simpliste.

«Être dans la misère, c’est ne pas pouvoir être libre, devoir toujours demander, toujours compter» témoignait naguère Christian, militant Quart monde à Lille. Et donc ne pas avoir la possibilité de choisir.

Ceci recoupait d’autres réflexions entendues peu de temps avant lors d’une Université populaire quart monde, sur la possibilité ou non de pouvoir habiter là on l’on voudrait.

Le choix ? Quel choix ? Christine, en colère, confiait : «moi je n’ai pas choisi: on m’a donné un logement pourri mais c’était ça ou rien. J’étais à la rue avec ma gamine : alors je l’ai pris, mais maintenant on me refuse ma mutation. »

La faculté de choisir pour soi-même, pour ses proches, pour sa vie, n’est donc pas la même pour tous : serait-elle conditionnée par sa situation sociale ?

Choisir encore : en ce début d’année 2017, année électorale en France, on nous assène jour après jour … que des choix que nous ferons lors des scrutins dépendra l’avenir du pays : le paradis ou l’apocalypse, rien moins !

Loin de ce tintamarre électoral, coïncidence, le hasard de la lecture du dernier livre de l’écrivain suédois Henning Mankell « Sable mouvant fragments de ma vie » (Ed. du Seuil, sept. 2015) , ouvrage écrit peu de temps avant sa disparition, apporte un éclairage complémentaire.

Cet auteur qui a beaucoup bourlingué dans sa vie, fait le constat: « Avoir la possibilité de choisir est un grand privilège. Pour la très grande majorité des habitants de la planète, la vie est fondamentalement une affaire de survie, dans des conditions dramatiques. Au cours des millénaires, très rares sont ceux qui ont pu se consacrer à autre chose que la survie. La moitié au moins de l’humanité, de nos jours, vit encore sans aucune possibilité de choix. »

Il poursuit: « Ceux qui vivent dans les marges extrêmes d’une société n’ont aucun choix. Se coucher dans la rue pour mourir n’est pas un choix. Se laisser mourir de faim n’est pas un choix. Nous avons aujourd’hui tous les moyens nécessaires pour éradiquer la misère absolue et hisser l’ensemble des êtres humains vivants au-dessus du seuil de malnutrition. Nous choisissons de ne pas le faire. C’est un choix que je ne peux considérer autrement que comme un acte criminel. Mais il n’existe pas de tribunal habilité à poursuivre à l’échelle globale, les criminels responsables du fait que la faim et la misère ne sont pas combattues à l’aide de toutes les ressources disponibles. Et qui nous entraînent tous à être complices et à avoir notre part de responsabilité dans ce choix.»

Il faut se souvenir de cette grave accusation de Mankell lors des prochains choix… électoraux. Et en cette année où ATD Quart Monde lance une mobilisation citoyenne mondiale, nous sommes tous invités à réaffirmer, tout comme Mankell, que la misère n’est pas une fatalité, en allant signer à partir du 12 février 2017 l’appel à l’action sur le site : www.stoppauvrete.org