Action de solidarité

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Chirac BAFURUME

République Démocratique du Congo

Le combat d’ensemble contre la pauvreté est un héritage que le père Joseph Wresinski fondateur du mouvement ATD Quart Monde a laissé à tous les humains ; convaincu qu’investir dans la jeunesse était préparer un monde plus juste et équitable, il avait donné toute sa confiance aux jeunes en disant : « les jeunes sont faits pour éclater ».

On peut dire que les jeunes de l’Association des Amis d’ATD Quart Monde en République Démocratique du Congo (AAAQM) sont de cette génération de semeurs d’espoir. C’est l’esprit du refus de la fatalité de la misère et l’engagement aux côtés de plus démunis qui les animent. Touchés par les situations difficiles, ils cherchent avec leurs intelligences et leurs mains à être utiles à ceux qui sont dans l’impasse. C’est ainsi qu’ils ont été sensibles à la détresse de maman Rosette et en une journée, ils ont rénové sa maison avec presque rien en main.

« les Tapori font des choses que personne ne peut faire pour moi, y compris ma famille », ont été les premiers mots de reconnaissance de maman Rosette.

Une grande responsabilité nous a été confiée par le père Joseph Wresinski : celle d’aller à la recherche des plus pauvres et de faire d’eux nos frères et nos premiers partenaires. Alors rénover une maison ne signifie par arriver un beau matin et se mettre au travail. Pour les Tapori, ceux d’hier devenus animateurs, et les enfants d’aujourd’hui, la priorité a été de tisser des liens avec maman Rosette et sa famille, de cheminer avec elle afin que ses aspirations, ses idées et ses perspectives d’une vie meilleure soient prises en compte sans jugement par la communauté. « Je trouve que cette activité, elle est d’amitié ; les Tapori nous donnent le courage et la fierté de vivre ensemble dans la considération de l’autre dans notre quartier », disait une voisine de maman Rosette.

Tout ceux qui passaient par là s’arrêtaient, ébahis devant ces enfants et ces jeunes bâtisseurs : « Qu’est-ce qui les pousse ces jeunes ?  » Nous pouvions leur répondre, chacun avec nos mots : au fond, c’est la conscience de l’humiliation à laquelle la famille de maman Rosette était exposée dans sa communauté et qui génère à la famille de vils mépris et d’autres difficultés. Ainsi nous avons décidé d’unir nos forces, notamment par nos contributions, tant matérielles, morales que physiques pour la rénovation de cette maison. Chacun a fait sa part, celui-là qui a apporté du Bambou, un autre des clous et quelques-uns des matériaux etc. « Depuis que je suis ici, je n’ai jamais été contente comme je le suis aujourd’hui, les gens ont dit que mon mari n’est pas sérieux ; comment pouvions-nous vivre dans une maison aussi délabrée ? » En effet, la maison de la famille qui avait auparavant quatre pièces, s’est réduite au fil du temps, faute de moyen pour les entretenir, à une seule chambre et cette dernière menaçait de s’écrouler.

« La dynamique jeune de l’AAAQM » a voulu réaffirmer son engagement au côté de la famille de maman Rosette, par la rénovation de la maison, mais aussi par des temps de rencontres et d’échanges avec elle pour qu’elle se sente en confiance. Une confiance qu’elle exprima ainsi :

« Chirac m’a dit que peu importe la taille ou la qualité de ma maison il faut en être fière, et ça m’a rassurée. Aujourd’hui notre maison est debout et je remercie beaucoup les Tapori. Jamais je ne serais plus atteinte par le froid dans ma maison ».

Ce chantier de solidarité est un exemple pratique témoignant notre soutien aux exclus en partageant avec eux des moments de joie et de présence. C’est un chemin citoyen de fierté, de liberté et de dignité pour tous qui réintroduit la famille dans la communauté et crée la paix dans le cœur de chacun.

A notre époque où la société est déchirée, où règne l’injustice sociale, nous souhaitons que le message de Joseph Wresinski touche plus les cœurs et les esprits. Dans cette société où l’on entend si peu la voix des plus faibles, comment pouvons-nous vivre la démocratie ?

 

 

 

 

 

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Rencontre avec un « dépanneur » ordinaire et solidaire

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Pascal Percq

France

L’autre jour Jean-Philippe téléphone tout content, avec un grand bonheur dans la voix : « C’est fait ! Je l’ai eu le code ! » Des mois qu’il le buchait son code de la route. A la clé, le permis de conduire. Il en a bien besoin pour développer son activité d’artisan à tout faire. Un véhicule, c’est nécessaire pour se rendre avec des outils sur un chantier. Le code… c’est fait : ne reste plus que la conduite pour avoir ce satané permis. Ce qui ne lui fait pas peur : « il y a longtemps que je conduis !» Ce permis représente un gros effort financier pour toute la famille et bien des soutiens parce qu’un permis, ça coûte !

Il est comme ça Jean-Philippe : courageux. Et généreux…  Mais d’une générosité active, militante. C’est ce qu’il a appris à ATD Quart Monde. « Le Mouvement, je suis tombé dedans quand j’étais au berceau » dit-il. Son père, sa mère, toute sa famille ont milité. Sa maman est même allée aux Nations Unies à New York avec une délégation d’ATD pour rencontrer le secrétaire général de l’ONU.

Ce qui anime Jean-Philippe depuis 45 ans, c’est cette même flamme au cœur : toutes ces injustices dont il est témoin.  Et autour de lui, à Roubaix, ça ne manque pas ! Mais lui ne se contente pas de lever les bras au ciel : il est un témoin … qui se bouge.

« Je dépanne ! Pour moi ATD c’est toujours aide à  toute détresse, explique-t-il. Un Mouvement qui se bat pour que tout le monde ait accès à ses droits.».

Accompagner les gens en difficultés, c’est important. « Avec ATD j’ai appris beaucoup de choses et je m’en sers pour ceux qui en ont besoin. Et quand je ne sais pas, je demande à ceux qui savent. Mais c’est rare que j’utilise le nom d’ATD quand j’interviens. Sauf quand on n’est pas entendu, qu’on n’arrive pas à obtenir de rendez vous. Alors là je sors le nom d’ATD Quart Monde.  Et ça réagit.»

Jean-Philippe a sa façon d’agir :

« Quand je fais… je fais sans le faire, dit-il. J’accompagne la personne mais c’est elle qui fait. Ou qui ne fait pas. C’est souvent sur des problèmes d’ordre administratif, juridique. Je discute avec la personne : ‘ Ton problème c’est quoi ? ’ Et je propose : on peut faire comme ci ou comme ça. J’explique les possibilités, je lui dis ses droits. Par exemple avec J.M. Il avait des impayés de loyer. On a monté un dossier FSL (fonds solidarité logement). Mais c’est lui qui fait. Je l’accompagne dans les démarches. Depuis son AVC il est handicapé, il a droit à l’allocation handicapé. Il ne le savait pas. Mais c’est lui qui fait, je ne suis là qu’en soutien. Pareil chez l’avocat. C’est lui qui parle. Je ne suis que l’accompagnateur.  On a préparé le rendez vous à deux :  ‘ si tu as du mal à t’expliquer je veux bien t’aider, mais c’est ton affaire ’. Le but : c’est de ne pas faire à la place de la personne. »

Les difficultés, les problèmes, les soucis, les galères : Jean-Philippe connaît. Il en retire une expérience pratique qu’il met au service des autres. Il le dit : «  C’est plus facile pour moi qui ai connu la misère d’accompagner quelqu’un qui a des problèmes parce que quand on est passé par là, on sait comment faire. Quand on a eu soi même des problèmes d’huissier, on sait comment parler des huissiers et aux huissiers ! Quand on va voir une assistante sociale, elle a tendance à te juger. Un juge c’est pareil. Je connais une maman qui ne voulait plus aller voir son assistante sociale parce qu’elle la menaçait de placer ses gosses. C’est pour ça qu’avec nous, avec ATD, les gens sont en confiance. Ils savent qu’on n’est pas là pour les juger. Et nous on a des contacts avec les services sociaux mais on ne menace pas ces parents de placer leurs enfants. Parfois, il y a quand même des cas où on se demande comment faire ? On est là pour aider. Comme on peut. On n’est pas des professionnels. On fait ce qu’on peut. Mais avec nous, il n’y a pas de jugement. »

Après des années de militantisme et d’accompagnements de familles, Jean-Philippe reste admiratifs de ces familles qu’il côtoie quotidiennement :

« Ce sont des gens incroyables, dit-il. Avec eux, j’apprends tous les jours. La première chose, c’est de voir qu’il y a plus pauvre que soi. Ces gens sont  des battants. Plus que du courage. Parfois je me dis : comment je ferais si j’étais à leur place ? Je leur demande: comment faites-vous ? Ils répondent : « on est habitué ». J’aurais déprimé pour moins que ça dans leur cas. Quand je vois dans quelle situation on les laisse vivre… laisse tomber ! Et pourtant chaque matin, leurs enfants sont tout propres pour aller à l’école ! »
Ce qui ne cesse de l’indigner: « Ma colère sur les politiques elle est connue » dit-il. Il ne manque jamais d’interpeller les élus de sa ville face aux injustices. « Quand je vois toutes ces maisons murées, inoccupées à Roubaix et des familles à la rue : ma colère elle est là. Les étrangers, les roms, on invente ici des lois uniquement contre eux pour leur pourrir la vie !»

Saine colère que celle de Jean-Philippe, dépanneur solidaire dans son quartier. Et pour lui, cette attitude est normale, ordinaire.

 

Instrumentalisation de l’engagement citoyen

Welcome to germany

Photo web – Nouvel Obs

François Jomini,

Berlin, Allemagne

L’engagement citoyen ne peut pas être l’alibi de la déresponsabilisation de l’État en matière de politique sociale, de solidarité et d’utilité publique. C’est ce que montre un certain essoufflement et un sentiment d’injustice exprimés par des associations bénévoles en Allemagne, notamment dans le contexte de l’accueil des réfugiés. « Ce n’est pas à notre honneur de faire un travail, qui sans le démantèlement de l’État social ne serait pas nécessaire. » affirme un syndicat d’associations et de travailleurs volontaires à Berlin.

Le courage politique d’Angela Merkel durant l’été 2015 fut salué comme un sursaut, laissant espérer qu’une gouvernance peut être dictée par des impératifs supérieurs à l’esprit de boutiquier commun à de nombreux États : elle peut être humaniste et visionnaire. En l’occurrence, le courage et l’humanisme furent et sont encore surtout le fait de simples citoyens, dont certains subissent de plein fouet le coût social de la politique d’austérité. « Le Ministère de la Famille (Land de Hamburg) a créé depuis le début de l’année 10 000 postes destinés à l’aide aux réfugiés dans le cadre du Bundesfreiwilligendienst (service fédéral du travail bénévole). Ces bénévoles, parmi eux des réfugiés, touchent pour leur travail un argent de poche. Le montant supérieur est de 363 €, le montant inférieur se situant entre 250 et 350 €. » (Hamburger Tagblatt, 2016). En clair, le salaire de la cohésion sociale est « un argent de poche », quand ce n’est pas l’aumône d’un job à 1.50 €… Passé la période de l’urgence et de la mobilisation citoyenne, le processus de normalisation d’une décision politique (logement décent, formation, emploi…) incombe aux pouvoirs publics bien plus qu’à la bonne volonté individuelle et associative.

Pourtant l’engagement citoyen demeure exemplaire. Nombre d’alliés d’ATD Quart Monde en Allemagne sont impliqués à titre professionnel dans ce processus d’intégration, avec une préoccupation pour les personnes les plus vulnérables qui déborde souvent le cadre d’une mission professionnelle. Je pense aussi à ces bénévoles dans la cité-satellite de l’ancienne Berlin-Est où j’habite, parfois des retraités au bénéfice d’une rente modeste, qui accompagnent des jeunes et des familles déplacées dans leurs démarches administratives, leur apprentissage de la langue et une formation. Pour nombre de ressortissants de l’ex-République démocratique d’Allemagne, les valeurs de solidarité et d’engagement citoyen font partie de leur culture politique, héritée d’un temps où le bien commun sollicitait certes un effort collectif (parfois obligatoire), mais générait aussi une solide convivialité – au dire des intéressés eux-mêmes. Même si, vu de l’ouest, ces quartiers sont décrits le plus souvent comme le repaire des néo-nazis… « La confiance dans l’État démocratique est particulièrement entamée là où l’État a instrumentalisé le civisme et l’engagement citoyen par des simulacres de démocratie » commente à ce sujet une analyste dans le journal « die Zeit ».

Cette critique de l’instrumentalisation de l’engagement citoyen par un État totalitaire disparu peut s’appliquer aujourd’hui en tous points à la conception néo-libérale de l’État. Prenons l’exemple de la politique du logement, épiphénomène d’une actualité brûlante à Berlin en raison d’une hausse des loyers libertaire et liberticide depuis cinq ans. À une extrémité, le marché immobilier est un facteur et une vitrine non-négligeables de la croissance d’un pays « où il fait bon vivre ». À l’autre extrémité on retrouve la précarisation de familles toujours plus nombreuses et l’augmentation vertigineuse du nombre de personnes expulsées sans ménagement, jetées à la rue.

Quid du rôle de l’État ? Selon Christoph Butterwegge, professeur de sciences politiques à l’université de Cologne faisant autorité sur les questions de pauvreté en Allemagne (Armut, Papyrossa Verlag 2016) : « Le secteur du logement social souffre d’une véritable asphyxie programmée : à l’heure qu’il est, disparaissent chaque année quatre fois autant de logements qu’en apparaissent de nouveaux sur le marché de la location… et les loyers augmentent dans la même proportion. Au tournant des années 2000, nombreuses sont les grandes villes qui ont bradé leur parc immobilier aux investisseurs privés pour obéir à l’esprit néo-libéral du temps » (die Freitag, 2017). C’est sous l’ère d’Helmut Kohl qu’a été supprimé le principe d’intérêt public (gemeinnütziges Wohnungsbau) qui obligeait les propriétaires à maintenir à la hauteur d’un certain quota un parc de logements en dehors du jeu spéculatif. Chaque municipalité veillait à l’intégrité de ce parc de logements accessibles aux ménages à faibles revenus. Selon une récente étude de la Fondation Hans-Böckler, qui analyse les effets pervers de l’abandon de ce principe d’utilité publique dans 77 villes du pays, l’offre de logement social à Berlin est passée de 100 000 en 2005 à 10 000 en 2015.

Parallèlement, en l’absence de statistiques officielles, le taux d’augmentation du nombre de personnes sans-abri est estimé à 18% en 5 ans (2016). Bien placée pour observer les faits, l’organisation caritative Diakonie articule le chiffre de 20 000 personnes sans-logis actuellement à Berlin. A titre indicatif, une enquête auprès d’un centre d’accueil d’urgence pour femmes à Berlin mentionne 30 lits disponibles quand 3000 seraient nécessaires. Pour cette frange particulièrement vulnérable et invisible de la population, on en est réduit à réclamer des lits supplémentaires, même plus des logements.

Là encore, ce sont les petites associations, les bénévoles, voire des chômeurs bénéficiaires du Hartz IV (aide sociale de 430 €/mois) qui suppléent à l’inconséquence des pouvoirs publics. Dans ces conditions, renvoyer systématiquement la détresse humaine à « l’entraide » sans restaurer au cœur de la mission de l’État le principe d’un bien commun mesuré à l’aune des plus vulnérables relève bel et bien de l’instrumentalisation de l’engagement citoyen.

« STOP PAUVRETE » : lancement réussi !

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La campagne de mobilisation « Stop Pauvreté », officiellement lancée à Angers le 12 février.

François Phliponeau

France

Les amis de Joseph Wresinski ont vécu intensément deux anniversaires en ce mois de février.
Les 11 et 12 d’abord, quand ATD Quart Monde et la Ville d’Angers ont organisé de nombreux rendez-vous pour le centenaire de la naissance du Père Joseph Wresinski.
Le 14 ensuite, quand le Conseil Économique Social et Environnemental (CESE),  a mis à son programme une assemblée plénière pour marquer le 30ème anniversaire de l’avis de Wresinski « Grande pauvreté et précarité économique et sociale ».
Depuis 1987, la lutte continue pour davantage de reconnaissance, de dignité, de souci des plus pauvres de nos concitoyens.

Au CESE, accueilli par le président Patrick Bernasconi, François Hollande a dénoncé « la présomption de culpabilité qui frappe les pauvres, comme s’ils l’avaient cherché. » Le Président de la République Française a souligné que « le plus cruel, c’est la représentation insidieuse de la pauvreté, comme de l’assistanat. »
De nombreux orateurs se sont succédé, affirmant la nécessité de continuer le combat pour éradiquer la misère. En conclusion, des lycéens d’Aubervilliers ont aporté de magnifiques témoignages sur les thèmes de la solidarité, la culture, le partage du Savoir, qui « ne fait pas de différences » entre les gens.

Dimanche à Angers, Christophe Béchu, sénateur – maire, Claire Hédon, présidente d’ATD Quart Monde France, et Isabelle Perrin, déléguée générale d’ATD Quart Monde, avaient lancé la campagne de mobilisation « STop Pauvreté, Agir tous pour la dignité» en présence de nombreux militants et amis d’ATD, mais aussi de jeunes du Lycée Joseph Wresinski, offrant un chèque de 3000 euros !

D’Angers à Aubervilliers, les lycéens ont bien lancé cette mobilisation 2017 qui va durer jusqu’au 17 octobre 2017.
C’est désormais à chacune et chacun d’y prendre part. Rendez-vous sur le site www.stoppauvrete.org !

Je ne demande rien et cela étonne !

EcoleAfrique

photo adverbum hautetfort.com

Jeanne-Véronique Atsam

Cameroun

A l’occasion d’une formation du groupe des Amis d’ATD Quart Monde au Cameroun, j’ai été bouleversée par le témoignage d’un membre de ce groupe que j’ai voulu partager avec les lecteurs de ce blog. Ce témoigne donne de poser un regard différent sur les personnes aveugles, de découvrir leur combat dans ce contexte où elles n’ont pas toujours les moyens de payer les frais exigés pour étudier dans des structures appropriées à leur handicap, de constater la détermination de certains d’étudier malgré toutes les difficultés.

En ouvrant un peu les yeux, en prêtant plus attention aux personnes qui nous entourent, nous pouvons découvrir que nous avons des choses non matérielles à leur apporter, et qui pourtant valent mieux que l’argent, une soupe, un vêtement, car elles sont de nature à leur donner la possibilité de retrouver confiance pour agir pour leur dignité, pour avoir une vie meilleure :

« Madame allez-vous le faire gratuitement ? » a-t-on demandé à cette dame enseignante de lycée qui se proposait d’aider sans rien attendre en retour, des enfants vivant avec handicap (aveugles).

Elle enseigne dans un lycée de la ville de Yaoundé. Un jour, elle découvre que là, dans cette salle pleine d’élèves, se trouve un enfant aveugle qui essaye tant bien que mal de poursuivre sa scolarité au milieu d’autres élèves qui eux peuvent voir ce qui est marqué sur le tableau, quand lui doit se contenter de noter en braille tout ce qu’il entend sortant de la bouche de l’enseignant. Près de lui, se trouve un autre élève qui, de bon cœur, lui rapporte de ce qui est écrit sur le tableau.

A la fois touchée et impressionnée par le courage de cet enfant qui n’a pas les moyens de payer les frais de scolarité dans une école spécialisée pour aveugle mais qui tient à étudier, elle décide de le soutenir en se rapprochant davantage de lui et se propose d’élargir cette aide à d’autres enfants du centre dans lequel il vit et qui sont dans la même situation. Elle leur propose des cours de soutien scolaire ou cours de répétition pour les aider à mieux comprendre leurs leçons et à mieux étudier. Elle les retrouve dans le centre dans lequel ils vivent pour le faire.

« Quand je me suis rapprochée des responsables du centre qui accueille et héberge ces enfants pour leur faire part de mon intention, je suis passée pour suspecte. On m’a demandé si j’allais vraiment le faire gratuitement. J’ai eu le sentiment qu’on me suspectait d’avoir des motifs non avoués. Le fait que je ne demande rien en retour était source de réserve, d’étonnement, de questionnement. On pensait que c’était un feu de paille et que j’allais vite me décourager. D’autant plus que je me trouve assez loin en transport du lieu où est situé le Centre en question. Mais depuis, je poursuis cet engagement. Mon appartenance au groupe des Amis d’ATD Quart Monde me donne des forces pour cela. J’ai pu prendre un engagement précis avec des buts à atteindre en écoutant d’autres témoigner au sein de ce groupe. Être dans le groupe m’a permis de canaliser mes énergies et ma volonté d’aider. J’ai pu constater que souvent une simple présence peut faire beaucoup de bien aux personnes dans le besoin, quand des aides matérielles peuvent parfois faire qu’elles se sentent méprisées et les enfoncer dans la dépendance. Tant que nous ne le faisons pas, nous ne saurons jamais la richesse qui est en nous et que nous pouvons partager ».

Misère 0 – Dignité 9

foot

Eiber Guarena et Beatriz Monje Barón,

La Paz, Bolivie

Bonne année 2016 à chacun et chacune, qu’elle soit l’occasion de rencontres fraternelles qui redonnent dignité à ceux qui souffrent de l’exclusion, comme Eiber avec les jeunes cireurs de chaussures des trottoirs de la Paz…

« Ces jeunes, je les ai trouvés un soir dans la rue, sous les effets de la drogue. J’ai pris beaucoup de risques pour pouvoir les rencontrer et les inviter à partager un match de football un jour de la semaine… Mais à mon grand étonnement, ils ont accepté ! »

C’est ainsi qu’Eiber Guarena débute le récit de ses matchs de football hebdomadaires. « Ce sont des jeunes cireurs de chaussures, des jeunes très pauvres, bien souvent issus de familles entières travaillant dans ce même secteur informel». Alors que je l’écoutais, les images de tous les enfants et de tous les jeunes que j’avais croisés lors de mes voyages à La Paz me revenaient. Tous ceux qui travaillaient à visage couvert, visibles à grand peine sur les trottoirs… « C’est pour ça que les jeunes cireurs de chaussures se couvrent le visage. Ronaldo, un de ceux qui vient jouer me disait « les autres nous voient comme des déchets dans la rue », explique Eiber.

Eiber est étudiant en architecture et allié d’ATD Quart Monde en Bolivie. Toutes les semaines, il rejoint le Secrétariat Tapori hispanophone pour répondre aux lettres envoyées par les enfants du monde qui, tout comme Eiber, n’acceptent pas non plus l’injustice de la misère. Tout comme les enfants Tapori, Eiber a également trouvé un chemin d’engagement personnel extraordinaire. Il a su courageusement créer les conditions propices à une rencontre vraiment humaine, un vrai face-à-face entre jeunes, de matchs en matchs : « Je me suis approché d’eux avec l’espoir qu’un jour je les verrais partager quelque chose de sain et de salutaire, comme c’est le cas du sport. Et aujourd’hui, je suis content que nous nous réunissions sur le terrain pour jouer au football tous les jeudis après-midis. Ce qui, j’ose dire, est une des choses les plus belles que nous pouvons vivre en tant qu’êtres humains. » Les mots de Ronaldo me reviennent encore : « Oui, les autres nous voient comme des déchets dans la rue, mais nous sommes heureux de pouvoir rencontrer des personnes qui nous aiment comme nous sommes, et de qui nous pouvons apprendre ».

Eiber continue à parler de ses motivations : « Si je peux aider quelqu’un, je dois le faire, et ce qui constitue ma plus grande satisfaction, c’est ce bonheur procuré par tous ceux qui sont bien souvent retirés de la société ».

J’ai tout de suite pensé que je voulais partager avec les autres ce débat avec Eiber, la profondeur de ce geste, l’émerveillement de ce match hebdomadaire DIGNITÉ contre MISÈRE. J’ai demandé à Eiber d’écrire l’essentiel en quelques phrases et son autorisation pour les réutiliser. Vous les avez lues ici. Et il n’y a pas de doute : et GOOL de Dignité ! Quel match ! Tous les jeudis, en plein centre de La Paz, la dignité l’emporte contre la misère ! 0-9, résultat historique.

Oserons-nous participer à la Coupe du Monde ?