Instrumentalisation de l’engagement citoyen

Welcome to germany

Photo web – Nouvel Obs

François Jomini,

Berlin, Allemagne

L’engagement citoyen ne peut pas être l’alibi de la déresponsabilisation de l’État en matière de politique sociale, de solidarité et d’utilité publique. C’est ce que montre un certain essoufflement et un sentiment d’injustice exprimés par des associations bénévoles en Allemagne, notamment dans le contexte de l’accueil des réfugiés. « Ce n’est pas à notre honneur de faire un travail, qui sans le démantèlement de l’État social ne serait pas nécessaire. » affirme un syndicat d’associations et de travailleurs volontaires à Berlin.

Le courage politique d’Angela Merkel durant l’été 2015 fut salué comme un sursaut, laissant espérer qu’une gouvernance peut être dictée par des impératifs supérieurs à l’esprit de boutiquier commun à de nombreux États : elle peut être humaniste et visionnaire. En l’occurrence, le courage et l’humanisme furent et sont encore surtout le fait de simples citoyens, dont certains subissent de plein fouet le coût social de la politique d’austérité. « Le Ministère de la Famille (Land de Hamburg) a créé depuis le début de l’année 10 000 postes destinés à l’aide aux réfugiés dans le cadre du Bundesfreiwilligendienst (service fédéral du travail bénévole). Ces bénévoles, parmi eux des réfugiés, touchent pour leur travail un argent de poche. Le montant supérieur est de 363 €, le montant inférieur se situant entre 250 et 350 €. » (Hamburger Tagblatt, 2016). En clair, le salaire de la cohésion sociale est « un argent de poche », quand ce n’est pas l’aumône d’un job à 1.50 €… Passé la période de l’urgence et de la mobilisation citoyenne, le processus de normalisation d’une décision politique (logement décent, formation, emploi…) incombe aux pouvoirs publics bien plus qu’à la bonne volonté individuelle et associative.

Pourtant l’engagement citoyen demeure exemplaire. Nombre d’alliés d’ATD Quart Monde en Allemagne sont impliqués à titre professionnel dans ce processus d’intégration, avec une préoccupation pour les personnes les plus vulnérables qui déborde souvent le cadre d’une mission professionnelle. Je pense aussi à ces bénévoles dans la cité-satellite de l’ancienne Berlin-Est où j’habite, parfois des retraités au bénéfice d’une rente modeste, qui accompagnent des jeunes et des familles déplacées dans leurs démarches administratives, leur apprentissage de la langue et une formation. Pour nombre de ressortissants de l’ex-République démocratique d’Allemagne, les valeurs de solidarité et d’engagement citoyen font partie de leur culture politique, héritée d’un temps où le bien commun sollicitait certes un effort collectif (parfois obligatoire), mais générait aussi une solide convivialité – au dire des intéressés eux-mêmes. Même si, vu de l’ouest, ces quartiers sont décrits le plus souvent comme le repaire des néo-nazis… « La confiance dans l’État démocratique est particulièrement entamée là où l’État a instrumentalisé le civisme et l’engagement citoyen par des simulacres de démocratie » commente à ce sujet une analyste dans le journal « die Zeit ».

Cette critique de l’instrumentalisation de l’engagement citoyen par un État totalitaire disparu peut s’appliquer aujourd’hui en tous points à la conception néo-libérale de l’État. Prenons l’exemple de la politique du logement, épiphénomène d’une actualité brûlante à Berlin en raison d’une hausse des loyers libertaire et liberticide depuis cinq ans. À une extrémité, le marché immobilier est un facteur et une vitrine non-négligeables de la croissance d’un pays « où il fait bon vivre ». À l’autre extrémité on retrouve la précarisation de familles toujours plus nombreuses et l’augmentation vertigineuse du nombre de personnes expulsées sans ménagement, jetées à la rue.

Quid du rôle de l’État ? Selon Christoph Butterwegge, professeur de sciences politiques à l’université de Cologne faisant autorité sur les questions de pauvreté en Allemagne (Armut, Papyrossa Verlag 2016) : « Le secteur du logement social souffre d’une véritable asphyxie programmée : à l’heure qu’il est, disparaissent chaque année quatre fois autant de logements qu’en apparaissent de nouveaux sur le marché de la location… et les loyers augmentent dans la même proportion. Au tournant des années 2000, nombreuses sont les grandes villes qui ont bradé leur parc immobilier aux investisseurs privés pour obéir à l’esprit néo-libéral du temps » (die Freitag, 2017). C’est sous l’ère d’Helmut Kohl qu’a été supprimé le principe d’intérêt public (gemeinnütziges Wohnungsbau) qui obligeait les propriétaires à maintenir à la hauteur d’un certain quota un parc de logements en dehors du jeu spéculatif. Chaque municipalité veillait à l’intégrité de ce parc de logements accessibles aux ménages à faibles revenus. Selon une récente étude de la Fondation Hans-Böckler, qui analyse les effets pervers de l’abandon de ce principe d’utilité publique dans 77 villes du pays, l’offre de logement social à Berlin est passée de 100 000 en 2005 à 10 000 en 2015.

Parallèlement, en l’absence de statistiques officielles, le taux d’augmentation du nombre de personnes sans-abri est estimé à 18% en 5 ans (2016). Bien placée pour observer les faits, l’organisation caritative Diakonie articule le chiffre de 20 000 personnes sans-logis actuellement à Berlin. A titre indicatif, une enquête auprès d’un centre d’accueil d’urgence pour femmes à Berlin mentionne 30 lits disponibles quand 3000 seraient nécessaires. Pour cette frange particulièrement vulnérable et invisible de la population, on en est réduit à réclamer des lits supplémentaires, même plus des logements.

Là encore, ce sont les petites associations, les bénévoles, voire des chômeurs bénéficiaires du Hartz IV (aide sociale de 430 €/mois) qui suppléent à l’inconséquence des pouvoirs publics. Dans ces conditions, renvoyer systématiquement la détresse humaine à « l’entraide » sans restaurer au cœur de la mission de l’État le principe d’un bien commun mesuré à l’aune des plus vulnérables relève bel et bien de l’instrumentalisation de l’engagement citoyen.

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« STOP PAUVRETE » : lancement réussi !

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La campagne de mobilisation « Stop Pauvreté », officiellement lancée à Angers le 12 février.

François Phliponeau

France

Les amis de Joseph Wresinski ont vécu intensément deux anniversaires en ce mois de février.
Les 11 et 12 d’abord, quand ATD Quart Monde et la Ville d’Angers ont organisé de nombreux rendez-vous pour le centenaire de la naissance du Père Joseph Wresinski.
Le 14 ensuite, quand le Conseil Économique Social et Environnemental (CESE),  a mis à son programme une assemblée plénière pour marquer le 30ème anniversaire de l’avis de Wresinski « Grande pauvreté et précarité économique et sociale ».
Depuis 1987, la lutte continue pour davantage de reconnaissance, de dignité, de souci des plus pauvres de nos concitoyens.

Au CESE, accueilli par le président Patrick Bernasconi, François Hollande a dénoncé « la présomption de culpabilité qui frappe les pauvres, comme s’ils l’avaient cherché. » Le Président de la République Française a souligné que « le plus cruel, c’est la représentation insidieuse de la pauvreté, comme de l’assistanat. »
De nombreux orateurs se sont succédé, affirmant la nécessité de continuer le combat pour éradiquer la misère. En conclusion, des lycéens d’Aubervilliers ont aporté de magnifiques témoignages sur les thèmes de la solidarité, la culture, le partage du Savoir, qui « ne fait pas de différences » entre les gens.

Dimanche à Angers, Christophe Béchu, sénateur – maire, Claire Hédon, présidente d’ATD Quart Monde France, et Isabelle Perrin, déléguée générale d’ATD Quart Monde, avaient lancé la campagne de mobilisation « STop Pauvreté, Agir tous pour la dignité» en présence de nombreux militants et amis d’ATD, mais aussi de jeunes du Lycée Joseph Wresinski, offrant un chèque de 3000 euros !

D’Angers à Aubervilliers, les lycéens ont bien lancé cette mobilisation 2017 qui va durer jusqu’au 17 octobre 2017.
C’est désormais à chacune et chacun d’y prendre part. Rendez-vous sur le site www.stoppauvrete.org !

Je ne demande rien et cela étonne !

EcoleAfrique

photo adverbum hautetfort.com

Jeanne-Véronique Atsam

Cameroun

A l’occasion d’une formation du groupe des Amis d’ATD Quart Monde au Cameroun, j’ai été bouleversée par le témoignage d’un membre de ce groupe que j’ai voulu partager avec les lecteurs de ce blog. Ce témoigne donne de poser un regard différent sur les personnes aveugles, de découvrir leur combat dans ce contexte où elles n’ont pas toujours les moyens de payer les frais exigés pour étudier dans des structures appropriées à leur handicap, de constater la détermination de certains d’étudier malgré toutes les difficultés.

En ouvrant un peu les yeux, en prêtant plus attention aux personnes qui nous entourent, nous pouvons découvrir que nous avons des choses non matérielles à leur apporter, et qui pourtant valent mieux que l’argent, une soupe, un vêtement, car elles sont de nature à leur donner la possibilité de retrouver confiance pour agir pour leur dignité, pour avoir une vie meilleure :

« Madame allez-vous le faire gratuitement ? » a-t-on demandé à cette dame enseignante de lycée qui se proposait d’aider sans rien attendre en retour, des enfants vivant avec handicap (aveugles).

Elle enseigne dans un lycée de la ville de Yaoundé. Un jour, elle découvre que là, dans cette salle pleine d’élèves, se trouve un enfant aveugle qui essaye tant bien que mal de poursuivre sa scolarité au milieu d’autres élèves qui eux peuvent voir ce qui est marqué sur le tableau, quand lui doit se contenter de noter en braille tout ce qu’il entend sortant de la bouche de l’enseignant. Près de lui, se trouve un autre élève qui, de bon cœur, lui rapporte de ce qui est écrit sur le tableau.

A la fois touchée et impressionnée par le courage de cet enfant qui n’a pas les moyens de payer les frais de scolarité dans une école spécialisée pour aveugle mais qui tient à étudier, elle décide de le soutenir en se rapprochant davantage de lui et se propose d’élargir cette aide à d’autres enfants du centre dans lequel il vit et qui sont dans la même situation. Elle leur propose des cours de soutien scolaire ou cours de répétition pour les aider à mieux comprendre leurs leçons et à mieux étudier. Elle les retrouve dans le centre dans lequel ils vivent pour le faire.

« Quand je me suis rapprochée des responsables du centre qui accueille et héberge ces enfants pour leur faire part de mon intention, je suis passée pour suspecte. On m’a demandé si j’allais vraiment le faire gratuitement. J’ai eu le sentiment qu’on me suspectait d’avoir des motifs non avoués. Le fait que je ne demande rien en retour était source de réserve, d’étonnement, de questionnement. On pensait que c’était un feu de paille et que j’allais vite me décourager. D’autant plus que je me trouve assez loin en transport du lieu où est situé le Centre en question. Mais depuis, je poursuis cet engagement. Mon appartenance au groupe des Amis d’ATD Quart Monde me donne des forces pour cela. J’ai pu prendre un engagement précis avec des buts à atteindre en écoutant d’autres témoigner au sein de ce groupe. Être dans le groupe m’a permis de canaliser mes énergies et ma volonté d’aider. J’ai pu constater que souvent une simple présence peut faire beaucoup de bien aux personnes dans le besoin, quand des aides matérielles peuvent parfois faire qu’elles se sentent méprisées et les enfoncer dans la dépendance. Tant que nous ne le faisons pas, nous ne saurons jamais la richesse qui est en nous et que nous pouvons partager ».

Misère 0 – Dignité 9

foot

Eiber Guarena et Beatriz Monje Barón,

La Paz, Bolivie

Bonne année 2016 à chacun et chacune, qu’elle soit l’occasion de rencontres fraternelles qui redonnent dignité à ceux qui souffrent de l’exclusion, comme Eiber avec les jeunes cireurs de chaussures des trottoirs de la Paz…

« Ces jeunes, je les ai trouvés un soir dans la rue, sous les effets de la drogue. J’ai pris beaucoup de risques pour pouvoir les rencontrer et les inviter à partager un match de football un jour de la semaine… Mais à mon grand étonnement, ils ont accepté ! »

C’est ainsi qu’Eiber Guarena débute le récit de ses matchs de football hebdomadaires. « Ce sont des jeunes cireurs de chaussures, des jeunes très pauvres, bien souvent issus de familles entières travaillant dans ce même secteur informel». Alors que je l’écoutais, les images de tous les enfants et de tous les jeunes que j’avais croisés lors de mes voyages à La Paz me revenaient. Tous ceux qui travaillaient à visage couvert, visibles à grand peine sur les trottoirs… « C’est pour ça que les jeunes cireurs de chaussures se couvrent le visage. Ronaldo, un de ceux qui vient jouer me disait « les autres nous voient comme des déchets dans la rue », explique Eiber.

Eiber est étudiant en architecture et allié d’ATD Quart Monde en Bolivie. Toutes les semaines, il rejoint le Secrétariat Tapori hispanophone pour répondre aux lettres envoyées par les enfants du monde qui, tout comme Eiber, n’acceptent pas non plus l’injustice de la misère. Tout comme les enfants Tapori, Eiber a également trouvé un chemin d’engagement personnel extraordinaire. Il a su courageusement créer les conditions propices à une rencontre vraiment humaine, un vrai face-à-face entre jeunes, de matchs en matchs : « Je me suis approché d’eux avec l’espoir qu’un jour je les verrais partager quelque chose de sain et de salutaire, comme c’est le cas du sport. Et aujourd’hui, je suis content que nous nous réunissions sur le terrain pour jouer au football tous les jeudis après-midis. Ce qui, j’ose dire, est une des choses les plus belles que nous pouvons vivre en tant qu’êtres humains. » Les mots de Ronaldo me reviennent encore : « Oui, les autres nous voient comme des déchets dans la rue, mais nous sommes heureux de pouvoir rencontrer des personnes qui nous aiment comme nous sommes, et de qui nous pouvons apprendre ».

Eiber continue à parler de ses motivations : « Si je peux aider quelqu’un, je dois le faire, et ce qui constitue ma plus grande satisfaction, c’est ce bonheur procuré par tous ceux qui sont bien souvent retirés de la société ».

J’ai tout de suite pensé que je voulais partager avec les autres ce débat avec Eiber, la profondeur de ce geste, l’émerveillement de ce match hebdomadaire DIGNITÉ contre MISÈRE. J’ai demandé à Eiber d’écrire l’essentiel en quelques phrases et son autorisation pour les réutiliser. Vous les avez lues ici. Et il n’y a pas de doute : et GOOL de Dignité ! Quel match ! Tous les jeudis, en plein centre de La Paz, la dignité l’emporte contre la misère ! 0-9, résultat historique.

Oserons-nous participer à la Coupe du Monde ?

 

Quand un enfant facilite l’inclusion des autres !

Montagne Nicolas - photo ATD Quart Monde

Montagne Nicolas – photo ATD Quart Monde

Saint Jean Lhérissaint

Haïti

Montagne Nicolas est un village à peine en construction. C’est un endroit assez difficile d’accès où les services de base n’existent pas. Aucun véhicule ne peut y accéder, pas d’eau, pas d’électricité, pas d’école. Pour plein de besoins bien primaires, il faut se déplacer hors du village en empruntant des routes plutôt pénibles.

C’est là que nous choisissons d’animer une bibliothèque sous les manguiers. Depuis le début de notre bibliothèque, en avril 2015, nous remarquons deux enfants qui, chaque jour de bibliothèque, nous observent avec une attention soutenue, depuis la clôture d’une maison voisine. Cette clôture est en bâche et tissus comme c’est le cas pour bien de maisons du village. Comme les deux enfants n’ont pas le droit de sortir alors que l’activité les intéresse, ils soulèvent le bout de tissu et déchirent un peu la bâche pour pouvoir voir. Un jour, pendant le temps du livre, les animateurs ont tendu un livre à ces deux enfants pour qu’ils puissent, eux aussi, voyager dans le monde de la culture, depuis là où ils se trouvent. Ils étaient bien contents et ont commencé à feuilleter le livre.

Jean-Pierre, 10 ans, un enfant très régulier dans la bibliothèque qui était avec les animateurs et les autres enfants a dit tout à coup : « Tiens, je vais regarder les livres avec ces enfants, il ne faut pas les laisser regarder seuls, et puis peut-être qu’ils auront besoin d’explications. » Il est donc allé regarder avec eux, on les a vus échanger tous les trois. Puis un autre enfant les a rejoints. Ainsi ils étaient quatre à regarder les livres ensemble, avec beaucoup de joie, d’un côté à l’autre de la clôture que les deux petits de 6 – 8 ans n’ont pas le droit de traverser. Ce jour-là, ils ont été inclus dans la bibliothèque et les échanges avec d’autres enfants. Depuis lors les deux enfants participent religieusement à la bibliothèque. De ce geste d’enfant, nous apprenons que tout le monde peut sortir de l’isolement si quelqu’un lui tend la main.

 

Stop à la discrimination

Maria Victoire

Bouaké, Côte d’Ivoire

Le thème de la Journée Mondiale du Refus de la misère de ce 17 Octobre, « Ne laisser personne de côté : réfléchir, décider et agir ensemble contre la misère », nous entraîne tous à cette réflexion là où nous sommes et avec qui nous sommes, que ce soit ceux qui subissent la misère à longueur de la journée, ceux qui sont sensibles à la cause ou ceux qui n’ont pas encore rejoint la lutte de se mettre ensemble pour vraiment éliminer la misère de notre planète.

A Bouaké en Côte d’Ivoire ceux qui subissent la misère au quotidien réfléchissent à la lumière de leur expérience de vies et disent « Venant des quartiers où toute chose manque, comme par exemple dans notre quartier il n’y a pas d’eau courante et d’eau potable, nous avons à puiser l’eau très tôt le matin pour préparer les enfants pour aller à l’école, pour préparer la nourriture et faire la vaisselle avant de partir au marché », nous disait une maman. « Quand on est né dans la misère, tout devient compliqué et difficile pour nous, pour survivre et élever nos enfants ; malgré tous nos efforts nous sommes stigmatisés à cause de notre pauvreté. Combien de fois nous ne nous sommes pas sentis humiliés en entendant : les pauvres sont des paresseux, ils ne veulent pas travailler, ils aiment tendre la main, ils ne s’occupent pas de leurs enfants, ils aiment être assistés (…) et j’en passe. Toutes ces négativités nous enferment dans notre misère. » nous disait aussi M. Soro.

Pourtant tant de familles vivant dans la pauvreté font des efforts tous les jours pour résister à la misère qui leur est imposée. Yasmine vend le pain le matin, qu’il tonne ou pleuve, elle est là avec son grand panier sur sa tête et son enfant de deux ans dans son dos. Le panier est tellement gros qu’elle a du mal à le soulever sur sa tête. Elle va de porte en porte pour vendre son pain et à la fin du mois elle ne gagne presque rien. Elle n’a pas le droit d’être malade sinon elle n’arrive pas à faire sa journée.

M. Rasmané ramasse à longueur de journée des bouteilles en plastique qu’il lave ensuite. Les revendant à 10 FCFA, il n’arrive même pas à 1000 FCFA la semaine (1,52 euros). Il plante le riz dans une rizière empruntée. Lorsqu’il moissonne 4 balles de riz, il en garde deux pour sa famille et en partage deux à ses voisins. Malgré tous ses efforts, il vit toujours dans la misère. Il n’arrive pas à subvenir aux besoins de sa famille.

Tout le monde met du sien pour survivre et personne ne voit l’effort de ces enfants et de leurs parents. Ils sont jugés comme de mauvais parents qui font travailler leurs enfants.

Face au scandale de la misère, des personnes s’indignent heureusement et agissent, comme ce directeur d’école M. Diloma qui a tout fait, malgré le manque de bancs et de tables, pour que certains enfants puissent faire leur entrée scolaire dans des bonnes conditions.

Si on se met ensemble, cela devient possible d’éliminer la pauvreté.
Mme Soro nous disait, «Il faut que nous soyons ensemble pour ne laisser personne de côté. Ce n’est pas juste de laisser les gens derrière.»

L’espoir est grand, et je pense que chaque personne est une chance pour l’humanité comme nous disait le fondateur du Mouvement ATD Quart Monde le père Joseph Wresinski. Nous vous attendons pour nous rejoindre dans cette lutte, le temps presse et nous avons besoin de TOUS pour que cela devienne possible.

Savoir oser

« Je suis né et j’ai passé mon enfance et mon adolescence dans un quartier très pauvre. J’étais entouré de personnes qui ont cessé d’espérer et de croire que la vie peut un jour être meilleure pour eux. J’ai très tôt compris la différence entre un droit et ce qu’on peut avoir. J’ai aussi tant de fois entendu des gens me dire : « ça ce n’est pas pour toi », « là tu ne peux pas, tu ne vas pas y arriver ». Et si je n’avais pas osé, je ne serais jamais devenu celui que je suis aujourd’hui. Alors je suis venu vous dire que vous n’avez pas tort d’espérer. Par contre, vous auriez tort de ne pas oser. Saisissez la chance qui vous est donnée dans cette maison d’accueil et osez aller plus loin que les limites que cette société fragmentée et hiérarchisée tentera de vous imposer. Des regards, des gestes et même des voix vous diront : « tu n’es pas à ta place ici, tu ne vas pas y arriver ». Mais si vous osez tenir bon et croire, quand vous sentez au fond de vous que c’est possible, un jour vous verrez que vous avez eu raison d’oser ».

 Ces paroles sont celles d’un artiste dont je vais taire le nom. Je l’ai rencontré dans l’orphelinat dans lequel je travaille au Cameroun. Il a entendu parler de cette maison qui essaye de redonner de l’espoir aux enfants qui l’ont perdu un moment dans la vie, et il a tenu à venir nous encourager et à dire un mot aux enfants.

Je pense comme lui qu’il est important de savoir oser. Et je réalise mieux que tant de choses qui paraissaient impossibles se sont avérées possibles, parce qu’il y a eu des hommes et des femmes qui ont osé. Je pense à Martin Luther KING, à Nelson Mandela, à Mère Theresa, au Père Joseph Wresinski et à toutes les personnes qui luttent chaque jour pour dire «  NON, ce n’est pas une fatalité, le changement est possible, une vie meilleure est possible ».

Dans le monde d’aujourd’hui où les idées reçues que nous avons les uns sur les autres et l’absence de dialogue sont à l’origine de tant de dégâts et de souffrance, nous avons grand besoin de savoir oser, oser aller à la rencontre de l’autre pour le découvrir et nous découvrir nous même, pour apprendre à le connaitre et voir tomber nos peurs, pour pouvoir le comprendre dans sa singularité et apprendre à l’aimer.

Il y a tant de choses à changer et tant de combats à mener pour que la vie soit meilleure pour tous. L’envie ne suffit pas pour y parvenir. Il faut savoir oser.

Jeanne Véronique Atsam – Cameroun