La « théorie infantile » du développement manque de chercheurs

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’photo ATD Quart Monde, chantier communautaire avec des enfants et jeunes de Bukavu

Bagunda MUHINDO  René,

Bukavu, République Démocratique du Congo

La littérature et les théories sont aujourd’hui abondantes sur la part des différents groupes au développement de la société. Les ONG de Bukavu ont ces 10 dernières années insisté sur « la théorie féministe » du développement et « le gender ». Depuis environ 17 ans je suis engagé dans les actions de promotion des droits l’enfant… Il existe beaucoup de textes bien écrits là-dessus… Ce que je n’ai pas encore eu l’occasion de lire, ce sont les recherches qui mettent en lumière le taux de participation des enfants au développement d’un pays.

Il faut creuser plus profond pour voir sa pertinence. Il y a cinq ans j’assurais l’animation d’une émission radio diffusée dans une chaîne locale. L’émission s’intitule « les enfants du courage ». Elle donne aux enfants l’occasion de s’exprimer sur différents sujets tels que la participation, la protection, les droits… Un enfant de 7 ans avait dit : « On peut penser que quand on n’a pas commencé l’école on reste à la maison à ne rien faire mais ce n’est pas le cas. Il arrive que la maman ou la bonne soit occupée par d’autres tâches ménagères et si le bébé pleure et qu’un enfant de 4 ans chante pour lui afin qu’il se taise, il participe dans ce cas au progrès de la famille ». Depuis, j’y ai réfléchi et me suis dit que cet enfant avait raison. Celui-là participe indirectement à l’économie du ménage en permettant à celui qui travaille de gagner en temps.

Le 22 mai à l’occasion de la Journée internationale des familles, un parent s’est exprimé dans une cérémonie sur l’apport d’un groupe qu’il connaît sur le développement de sa communauté. Papa Alexis disait : « Je vais parler de ce que Tapori apporte aux enfants, aux jeunes et à leurs familles. Bien que le monde connaisse des défis gouvernementaux et institutionnels face auxquels il est souvent difficile de trouver des réponses immédiates, il y a dans tous les pays du monde des gens qui s’unissent ensemble pour que les choses changent. Tapori suit aussi ce chemin et j’apprécie beaucoup cela.

Suite à certaines contraintes, des enfants et des jeunes sont en difficulté et quand c’est trop dur, certains se retrouvent dans la rue. Avec Tapori, certains ont compris l’importance de réfléchir ensemble à travers des activités éducatives, culturelles, de formation ainsi que des activités de développement pour donner la chance à ceux qui sont en difficulté d’avancer avec tout le monde dans leur société. Quand je vois tout ce qu’ils font, je suis fier de voir mon enfant participer aux activités des Tapori. Ce qu’ils font ne se limite pas uniquement dans leurs groupes mais ça contribue aussi au développement social et économique de la société. A travers leurs projets et toutes les actions dans lesquelles ils sont engagés, ces enfants et ces jeunes nous apportent beaucoup. Le fait que mes enfants participent aux activités de Tapori leur permet d’écouter leurs parents, et quand ils parlent des droits par exemple dans la famille, nous nous rappelons de l’importance de leur place dans les décisions importantes à prendre ensemble en famille».

Les exemples comme ceux-ci sont légion dans ma communauté bien qu’ils ne soient pas quantifiés pour prouver la pertinence de la participation des enfants au développement au niveau le plus élevé. Est-ce parce qu’il manque des enfants chercheurs ? Est-ce parce que les chercheurs adultes ne voient pas d’intérêt scientifique à trouver des données chiffrées là-dessus ? Ces questions me conduisent à penser que « la théorie infantile du développement» dans mon pays (si elle existe) manque de chercheurs.

Je voudrais savoir comment c’est dans votre pays.

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Gouvernance et développement Durable : les défis que nous lancent les plus pauvres

blogrene

Bagunda MUHINDO René

République Démocratique du Congo

A l’Est de la République Démocratique du Congo, à Bukavu, une marche pacifique et publique a été organisée par une Association partenaire d’ATD Quart Monde, à l’occasion de la Journée mondiale du refus de la misère dont le thème international était  « Construire un avenir durable pour tous. S’unir pour mettre fin à la pauvreté. » La marche, partie de la place de l’Indépendance, est arrivée devant le Gouvernorat de Province où un message a été lu publiquement.

Durant les préparatifs, les jeunes ont soutenu les enfants dans la fabrication des casques en papiers qui portaient des messages comme : « l’arme pour combattre la misère c’est l’amitié », « La misère n’est pas comme le soleil, on peut décider qu’elle s’en aille, pas tout seul bien sûr mais ensemble avec les autres », « Soyons une chance pour les autres », « Nous voulons que tous les enfants aient les mêmes chances », « Rien sans l’autre »…

Une partie du message remis au Gouvernorat de province disait : « Pour construire l’avenir durable du monde et mettre fin à la misère, nous devons nous battre contre nous-mêmes pour nous acharner à connaître encore des plus pauvres que nous, leur façon de voir la vie et le monde, leur prêter nos mots, s’il le faut. »

« La misère est comme une mauvaise herbe dans le champ, il faut l’arracher pied après pied, sans cesse, et pour cela on a besoin des efforts de tout le monde. Nous  devons nous sentir tous coresponsables pour endiguer définitivement la misère et donner place à la paix. »

« La coresponsabilité est comme un réservoir rempli des différentes visions, des façons de penser et de créer ensemble. La bonne raison de nous regarder tous à hauteur de nos yeux. »

Qu’est-ce que cette « gouvernance tête ensemble » ainsi mentionnée dans tous ces messages ? Elle signifie la volonté que personne ne reste en marge du chemin. Elle invite à une responsabilité partagée : se faire de la place les uns les autres, sans oublier les absents, ceux qu’on ne voit pas…

Cette journée a été aussi une occasion de penser au combat de tous ceux qui font quotidiennement face à la misère et dont les efforts physiques et intellectuels méconnus. Par exemple Khady Sy (d’un quartier Sam Sam de Dakar, au Sénégal) dont la réflexion constitue un appel d’engagement, a été cité :

« On dit que le monde évolue, mais c’est qui qui évolue dans le monde? Et dans quels lieux ça évolue ? Nous sortons tout juste de la saison des pluies. Et moi, ma maison n’est même pas encore séchée à cause des inondations. On va vers la rentrée scolaire. Mais inscrire mes enfants à l’école est un défi. Ce matin, j’ai juste de quoi donner pour le petit déjeuner à mes enfants.  Pour le déjeuner et le dîner, je n’ai pas encore. Alors parler d’avenir durable, c’est difficile pour moi. Parce que la durabilité, c’est le long terme, c’est l’avenir, c’est le futur. Or moi, je n’ai même pas pour le déjeuner. Un avenir durable doit s’appuyer sur un présent fort. Lutter contre la pauvreté a toujours été notre passé et notre présent. Ce qu’on ne veut pas c’est en faire notre futur. Ma force reste dans le fait que je sais qu’il y a des gens qui vivent pire que moi et pourtant ils arrivent à s’en sortir chaque jour. En voyant cela, je ne peux pas baisser les bras. Continuons à nous encourager à lutter pour que la misère disparaisse ».

Généralement, la Gouvernance du monde  fonctionne de manière verticale. Les plus pauvres nous montrent que la gouvernance dont le monde a besoin est celle qui permet  la participation de tout le monde, la conjugaison de toutes les forces créatives, le croisement de tous les savoirs…bref une gouvernance qui reconnaisse l’expertise des personnes qui connaissent la grande pauvreté comme des acteurs indispensables. Voilà le grand défi que les plus pauvres dressent à la face du monde pour la construction de la paix.