Sur les pas de Joseph Wresinski, un homme dans sa singularité

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Par Élie KITUMAINI

Bujumbura, Burundi

Au Burundi le mouvement ATD Quart Monde a vu le jour il y a près de deux ans. Pour nous, le temps de formation fût une occasion spéciale et unique pour nous laisser consumer par un mouvement agissant pour la dignité, la dignité humaine. Ici je voudrais parler de mon début dans ce mouvement et de mon désir ardent d’y agir pour et avec les personnes en situation de pauvreté.

Pour exposer brièvement la philosophie et l’idéal du mouvement aux nouveaux membres du Burundi, une session de deux jours a été organisée en juin 2019, nourrie par les apports de tous.

Comme Joseph Wresinski, j’ai toujours eu de l’empathie, mais je me suis toujours senti limité à cause de mon incapacité à agir avec celles et ceux qui avaient besoin de soutien. Mon esprit était taraudé par la question de comment aider l’autre. Ayant à l’esprit que l’aide était avant tout et principalement matériel, je voulais aider au sens d’Aide à Toute Détresse (premier nom d’ATD Quart Monde), car j’ai grandi moi-même dans un quartier défavorisé à l’Est de la République Démocratique du Congo, où donner un morceau de pain à un petit voisin en manque valait beaucoup. Cette ambiance du quartier a fait naître en moi une compassion mais que je n’ai jamais sue assouvir.

Il a fallu faire le premier pas à la rencontre de Joseph Wresinski et par ricochet d’ATD Quart Monde, pour me rendre compte qu’il n’y a pas de joie et d’espoir à donner aux plus pauvres que par le simple vivre pour et avec eux. Avec cette entrée progressive dans le mouvement au Burundi, j’ai eu un déclic important en moi. Désormais j’apprends à regarder la personne vivant la pauvreté non pas comme quelqu’un qui attend quelque chose de matériel de moi, mais comme quelqu’un qui attend que je me mette à son école pour apprendre dans une confiance mutuelle et une amitié, au-delà du matériel. Et s’il est vrai que pour apprendre du maître il faut avant tout se mettre en posture du disciple, je crois pour ma part qu’apprendre des plus pauvres nécessite une telle posture, une telle attitude. Atteindre les plus pauvres n’est pas une question de faire mais d’être.

Remontant à la vie de Joseph Wresinski, déjà à l’âge de quatre ans il commence à agir contre la pauvreté. Un des premiers éléments m’ayant frappé et qu’il s’est mis au service des exclus de la société le cœur joyeux, comme un ami qui sert son ami.
Cet élan éclot au camps de Noisy-le-Grand (France). Ici il frappe par son observation des faits, sa considération des choses et son agir.

Son action se veut dès le départ d’aider à se passer de toute aide.

Ce que Joseph Wresinski et ATD Quart Monde m’apprennent c’est avant tout d’être animé par un cœur joyeux de pouvoir me mettre au service des plus pauvres en leur apportant une aide qui leur permette de se passer de toute autre aide (matériel) possible. Il s’agit ici de créer, susciter à partir de rien, bâtir une confiance qui puisse permettre une relation vraie.
D’ici naît la question de Joseph Wresinski « Pourquoi ne pas s’appeler ‘ami’ ? » et comment donc ne pas rendre service à un ami, l’écouter et se faire écouter par lui ? Avec Joseph Wresinski le regard porté sur les personnes en situation de pauvreté change : je ne le regarde plus comme un étranger dans besoin mais j’en fais un ami.

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