Pauvre d’argent, riche de cœur

 

Haiti

Saint Jean Lhérissaint
Haïti

Jean Rabel (Département du Nord-Ouest d’Haïti), est le nouveau lieu d’implantation d’ATD Quart Monde en milieu rural en Haïti. Depuis le moment de la détection, une famille très pauvre attire notre attention. Les membres de cette famille sont nos tout premiers amis dans la section Guinaudée où ils vivent. C’est Narilia, une grand-mère d’environ 90 ans qui est la plus grande actrice dans le tissage de ce lien.

A l’image de la plupart des maisons se trouvant à Jean Rabel, celle de Narilia a le toit en paille, le mur non achevé, en petits morceaux de bois. La maison est toute petite, mais elle est habitée par une famille bien nombreuse. Un fils de Narilia habite là avec sa femme et ses enfants, une autre de ses filles y habite aussi avec ses enfants, pour ne citer que cela. Il faut dire qu’un simple regard sur la maisonnette au milieu de la vaste plaine semi-aride ornée de bayarondes et d’autres arbres sauvages, montre que la vie n’y est pas rose. Pas de jardins, pas de fruits, pas de légumes, pas de fontaine, pas de source. Le moindre passage du vent ou d’un véhicule sur la route soulève un nuage de poussières qui recouvrent tout.

Cependant, au milieu des difficultés, règne même la joie, l’hospitalité. Quand nous arrivons dans cette maison, un large sourire nous accueille. Tous les habitants de la maison sont accueillants. Narilia, de son côté, prend du temps pour nous raconter plein d’histoires qui lui restent encore en mémoire sans s’empêcher de se mettre à danser. Quand il y a quelque chose dans la maison, elle n’hésite pas à l’offrir. Quand il n’y a rien, elle ne se plaint pas beaucoup. Une fois arrivé dans cette maison où il fait bon vivre, on n’a pas envie de sortir.

La grande misère dans laquelle vit cette famille ne lui enlève rien de son sourire. Loin d’être découragée, elle espère quand même un lendemain meilleur et ne laisse jamais apparaître des signes de pauvreté ni de frustration sur son visage. Narilia s’assure que ses petits enfants aillent à l’école, que les animaux sont nourris et que sa petite maison soit bien maintenue. « Nous n’avons pas d’argent, mais nous avons de la joie dans notre cœur et nous voulons bien la partager », lâche Narilia.

C’est en pensant à Narilia et à toutes ces familles qui font face au manque de tout, sans se décourager, que nous avons célébré hier la 30ème Journée mondiale du refus de la misère, pour renouveler, renforcer notre engagement commun à mettre fin partout à l’extrême pauvreté.

#StopPauvreté !

 

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Poussez-vous les morts

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Par Saint Jean Lhérissaint,

Haïti

Haïti se trouve sur le passage des Ouragans qui, chaque année, prennent naissance sur l’Océan Atlantique. D’où la saison cyclonique sur l’île s’étend chaque année du 1er juin au 30 novembre. C’est dans ce contexte d’ouverture de la dite saison cette année que je visite la commune de Port à Piment, dans le département du Sud.

La situation générale de ce département est dominée par les ravages qu’avait fait Matthew, puissant ouragan qui a frappé Haïti les 2, 3, 4 et 5 Octobre 2016. La visite de ce département exige prudence et discrétion à cause de la situation de grande nécessité dans laquelle se trouve la majeure partie de la population. Toute personne inconnue attire l’attention. On découvre une situation vraiment spéciale à Port à Piment, plus que dans les autres communes touchées. C’est l’une des communes qui est loin de se relever après cet ouragan qui a tout ravagé sur son chemin : maisons, arbres, plantations.

Situés dans l’arrondissement de Chardonnières, les sinistrés de Port à Piment sont dans une situation extrêmement alarmante. Toutes les maisons sur les hauteurs qui n’avaient pas de toit en béton ont perdu leur structure. Toutes celles qui se trouvaient dans la partie basse, à côté de la mer, ont disparues. Désespérée, la population a construit de petites maisons en tôles usagées, vieux bois, bâches et haillons, dans le cimetière de la ville, à côté de la route nationale. On n’imaginait pas que cela pouvait se faire pour deux raisons : d’abord, de coutume, les Haïtiens ont peur des morts, des « zombis ». Ensuite, on respecte beaucoup la mémoire de nos défunts, on ne saurait aller troubler leur repos. Incroyable mais vrai, les gens habitent carrément dans le cimetière. Ils y mangent, reposent et font tout. Les enfants, il y en a en grand nombre qui jouent autour des caveaux. Le mur de certaines tombes sert à adosser les baraques. Tout près de moi, une jeune fille indique au téléphone son adresse à quelqu’un : « j’habite au cimetière ».

Le cimetière devient donc une nouvelle adresse pour des vivants qui attendent des autorités un vrai programme de relèvement prenant en compte leur dignité et leur droit à la participation au dit programme dès sa genèse. Car plus d’un dans la population, surtout les plus faibles qui n’ont pas d’amis parmi les décideurs, se plaignent du fait qu’ils sont mis de côté dans plusieurs programmes qui visaient à apporter une solution aux problèmes auxquels ils font face. La nouvelle saison cyclonique commence, les séquelles de l’ancienne sont encore visibles et les victimes risquent d’être à nouveau les mêmes, parce qu’elles restent vulnérables au plus haut degré.

 

 

Quand des combattants de la misère refusent de s’exiler

Saint Jean Lhérissaint

Haïti

Le travail de détection pour l’implantation en milieu rural d’ATD Quart Monde en Haïti continue lentement mais sûrement. C’est cette activité qui m’a porté à visiter la commune des Gonaïves – Département de l’Artibonite – la semaine dernière. Bien que chef-lieu de Département et d’Arrondissement, j’ai découvert qu’au-delà d’une ville active, il y a la vie nocturne où les blessés de la vie, de tout âge et en provenance de plusieurs communes, viennent à la recherche d’un mieux être. Il y a dans cette commune des coins bien misérables, comme la section Bassin. La terre y est aride et poussiéreuse. Quelques maisons précaires se trouvent non loin de la route, dans une chaleur suffocante, faute d’arbres. Les chauffeurs de taxi moto et leurs passagers font tout pour se protéger de la poussière. Seuls des bayarondes mal nourris (épineux qui servent à la fabrication du charbon de bois) et des cactus poussent là.

Nous rencontrons un homme et deux femmes, assis à côté de leurs sacs de charbon, en train d’espérer un véhicule de transport pour aller vendre leurs produits aux Gonaïves. Ils nous expliquent : « là où nous vivons, c’est comme l’enfer, mais nous sommes nés là, nous devons y rester, nous ne pouvons pas abandonner nos racines. Partir d’ici, ce n’est pas la solution, car nous allons arriver ailleurs avec nos problèmes. » Ces habitants de la zone disent qu’ils gagnent leur vie grâce à la fabrication du charbon de bois et font tout ce qu’ils peuvent pour assurer un avenir à leurs enfants. Aller à l’école est cependant l’un des plus grands sacrifices consentis par les enfants quand on tient compte de la distance à parcourir et du nombre de pentes raides à grimper. Pas d’arbres, pas d’eau, pas de fruits, pas de légumes, il faut se déplacer loin pour se procurer la moindre chose.

Trouver de l’eau potable est un véritable problème pour les habitants de cet endroit. Ils doivent faire au moins une heure de route pour monter à Trou Melon et trouver de l’eau de source. Une eau salée, en plus. Mais ils n’ont pas le choix s’ils ne veulent pas mourir de soif. Je remarque une autre activité pour les jeunes et moins jeunes de la zone: embarquer les camions avec des pierres et de sable destinés à la construction. On voit plusieurs camions qui font le même exercice dans des endroits plus ou moins dangereux à cause des falaises.

Les habitants de Bassin sont de vrais combattants contre la misère quand, malgré les difficultés quotidiennes, ils refusent d’être des acteurs de l’exode rural. J’espère qu’un jour leur bravoure sera récompensée par de l’État central qui mettra en œuvre une vraie politique de décentralisation.