Yo voto por… Je vote pour…

Les candidats à l'élection présidentielle sont nombreux, mais répondent-ils aux attentes de changement de la population ?

Les candidats à l’élection présidentielle sont nombreux, mais répondent-ils aux attentes de changement de la population ?

Christine Josse,

Guatemala

Le 6 septembre 2015 aura lieu l’élection présidentielle au Guatemala, dans un contexte de crise politique profonde. Nous avons rencontré des habitants du quartier Lomas de Santa Faz dans la zone 18 de la capitale qui nous disent comment ils vivent ce moment historique pour leur pays.

Baldizon, Sandra, Zury… les candidats à l’élection présidentielle guatémaltèque sont nombreux… Hay un empleo, hay un futuro, No mas extorsiones, Nosotros Si Podemos… Les slogans aussi sont multiples… Et en ce qui concerne les promesses pour un futur meilleur, les programmes des différents candidats omettent de détailler comment les concrétiser. La confiance n’est pas au rendez-vous de cette élection. C’est plutôt la remise en cause du système politique qui domine dans la population.

Le mouvement citoyen contre la corruption et en faveur de la Réforme de la loi électorale et des partis politiques le prouve en manifestant de manière pacifique chaque semaine et en appelant les guatémaltèques à s’impliquer pour obtenir les changements qu’ils espèrent. C’est la citoyenneté qu’ils veulent au centre du système. Cette campagne électorale et les enjeux qui l’entourent sont un moment critique pour le pays. Et pour toute la population.

Dans le quartier de Lomas de Santa Faz, l’un des quartiers les plus pauvres de la ville, pas d’affiches à l’effigie des candidats. Pas de grands panneaux publicitaires surplombant la rue pour mettre en avant un nouveau slogan. Seulement quelques candidats sont venus jusqu’ici présenter leur programme. Les habitants savent qu’une fois élus, ceux qui s’y sont présentés ne reviendront pas les soutenir pendant leur mandat. Ils vivent du coup la campagne électorale à distance. Mais, face aux promesses des candidats jamais tenues par le passé, le résultat des élections et ce qu’il implique pour leur avenir les préoccupent. Pour Don R., « il y a de la tristesse et de l’impuissance » à faire ces constats. « Les promesses ne sont pas tenues. Nos droits sont violés. Nous avons des droits, mais ils ne sont pas respectés ».

La démarche choisie par les partis politiques pour convaincre les habitants de voter pour eux va même en-deçà des mots et des promesses. Elle se transforme en distribution de petit sac alimentaire (mini bolsa) contenant parfois deux livres de maïs, une livre d’haricots rouges, une livre de riz et une petite bouteille d’huile. D’autres distribuent du café et des tamales (pâté de viande à la farine de maïs enveloppé dans des feuilles de maïs). Bien peu pour ces familles. Ceux qui les reçoivent ne sont pas dupes. Ce sont là des tentatives pour acheter les votes. Certains choisissent de marcher dans ces combines. D’autres non. « Je ne vends pas mon vote », nous dit ainsi Doña W. Don R. nous explique qu’il ne soutient pas ces candidats, « Ils veulent seulement nos voix, les acheter. Après, ils ne tiennent pas leur parole et nous oublient. Je vote parce que c’est un devoir ».

Cependant, les habitants de Lomas espèrent eux aussi que les choses changent.

« Nous devons avoir des opportunités de travail »

Les élus auraient pourtant beaucoup à faire pour que la vie dans ce quartier soit meilleure et cela en impliquant ses habitants dont la citoyenneté est niée. Éducation, travail, santé, sécurité, corruption… Sur tous ces sujets, les habitants de Lomas savent ce qu’ils ne veulent plus subir et ce qu’ils veulent améliorer.

Pour Don R., « nous devons avoir des opportunités de travail et un travail digne. Aujourd’hui, le salaire n’est pas suffisant pour acheter à manger, seulement des haricots rouges et des tortillas. Le salaire minimum n’est rien. Nous, les pauvres, n’avons pas une alimentation équilibrée. ». Et parfois rien à manger. « Il y a beaucoup de gens qui luttent pour donner du pain à leurs enfants. Les personnes qui vendent dans la rue doivent parfois s’enfuir comme des voleurs parce que la police municipale en a après eux. Ils vont jusqu’à leur enlever leur marchandise. ».

L’éducation pour tous, pour Doña S. comme pour les autres habitants, est primordiale. Elle souhaite que ses enfants aient accès à une éducation de qualité. Ce qui est difficilement faisable. « Rien n’est gratuit. Si nous n’avons pas d’argent, nos enfants ne peuvent pas aller à l’école. ». Doña W. nous parle d’un programme d’assistance sociale du gouvernement, la « Bolsa Solidaria », qui apporte chaque mois aux familles les plus pauvres un sac contenant des produits alimentaires de premières nécessités pour aider à couvrir les besoins nutritionnels de base dans un pays où une grande partie de la population et en particulier les enfants souffrent de malnutrition chronique. Outre les problèmes d’accessibilité au programme et le fait que la Bolsa Solidaria ne permet pas toujours à ces familles un apport suffisant, Doña W. ajoute qu’ « offrir la Bolsa Solidaria devient une mode. Ce n’est pas la solution. Si on nous donne quelque chose que nous n’avons pas gagné, nous ne nous sentons pas bien. On se sent bien quand on gagne quelque chose par ses propres efforts. Avec la Bolsa, nous n’avons pas à manger pour un mois, mais si on nous donne la possibilité, nous pouvons gagner les choses par nous-mêmes. ». Elle espère, comme chacun d’entre eux, que les familles les plus pauvres soient prises en compte dans les propositions des gouvernements.

« Nous devons lutter »

Doña W., Doña S., Doña M. et Don R. nous disent ne pas savoir s’ils iront voter. S’ils vont voter, ils ne savent pas pour qui ni pour quoi. Ils attendent plus d’honnêteté et de vérité de la part du personnel et des partis politiques. « Quelle éducation donnent les pères de la patrie ? Je ne crois pas en eux. Et nos enfants, en qui vont-ils croire ? ».

Ils attendent qu’on les écoute et que l’on construise avec eux ce nouveau Guatemala en paix et plus juste. Ils attendent que le système éducatif leur soit davantage accessible et leur permette d’accéder à un futur meilleur. Ils attendent que le système de santé ne les laisse pas aux portes de l’hôpital. Ils attendent d’avoir un travail qui leur permette de vivre. Ils attendent que leurs droits soient enfin respectés. Ils savent aussi que cela n’est pas suffisant d’attendre. « Nous devons avoir nous-mêmes la force pour changer, nous devons lutter, parce que les gouvernements ne font que des promesses et ne les tiennent pas. », explique Doña M. En définitive, ils savent pourquoi ils veulent voter.

Ils font partis eux aussi de ce mouvement citoyen qui veut changer le Guatemala.

Publicités

L’autre a toujours une vérité qui nous manque

qui élisons-nous ?

qui élisons-nous ?

En France dans une semaine ont lieu les élections municipales. J’en ai profité pour observer les programmes et candidats des quatre principales listes d’Angers, ville de 150 000 habitants où je travaille, et ceux des deux listes de la petite commune de 1500 habitants où je vis.

Première remarque : à Angers il est beaucoup question de tramway, d’aménagements routiers, d’équipements sportifs…Mais, bien que lisant le quotidien local chaque matin, il a fallu attendre ce matin pour voir paraître un article sur des mesures sociales claires et concrètes, comme l’idée d’une complémentaire santé pour les plus démunis . D’ailleurs le candidat en question reconnaissait lui-même que « le sujet a été peu abordé pendant la campagne électorale. »

Quant à ma petite commune de résidence, le quasi- seul sujet de débat et de tension entre les deux listes a porté sur la fiscalité…

Mais il y a plus grave encore : En observant attentivement toutes les listes en présence, je n’ai relevé, autant à Angers que dans ma commune, aucune personne qui appartienne au Quart monde ou qui porte l’expérience de la grande pauvreté et des exclusions. On a veillé à mettre dans quasiment chaque liste une personne de couleur, un handicapé moteur, mais de personne ayant une expérience de pauvreté, point…

J’en connais pourtant, à l’heure où les expulsions locatives vont reprendre, où 600 000 foyers sont menacés de coupures d’électricité et où désormais 60% des français ne partent plus du tout en vacances…qui auraient beaucoup à dire et à proposer, pour autant qu’on leur accorde la confiance, l’écoute et l’accompagnement pour que leur expérience, leur pensée et leur parole se construisent et s’expriment.

Ce constat est terrible : car tant que dans nos conseils municipaux, mais aussi nos conseils d’écoles, nos conseils d’administration de maison de quartier ou autre équipes d’animations paroissiales, on ne se donnera pas comme obligation les moyens de faire une place, une vraie, aux plus exclus, nous ne pourrons prétendre faire société ensemble, avec tous et à partir du plus fragile.

Et pourtant les plus pauvres sont si riches de leur vie même

N’oublions jamais, comme le disait joliment et justement un des moines de Tibhirine: « L’autre a toujours une vérité qui nous manque »

 

Sébastien Billon –  Angers – France

Miroir de deux peuples Même sort, même scénario lorsque la misère les accule à la mort

L’an 2012, un père de famille américain, RED, 43 ans meurt subitement dans un hôpital public faute de soins médicaux. Sa mort a choqué pas mal de gens.  Il y a eu un coup de cœur, la colère, l’indignation ; mais après les gens passent à leur quotidien et oublient.  RED est oublié,  rien n’a changé pour lui et pour sa famille, qui comme RED n’a pas le droit de se soigner.  Sa mère ; trop pauvre n’a jamais pu faire appel à la justice pour comprendre son décès. Apparemment, il n’avait pas le droit à la santé parce qu’il était pauvre ! Combien de fois nous avons été témoins des mères de familles qui n’ont même pas un antidouleur pour calmer leurs enfants. Peut-être qu’avec le projet de loi du Président Obama, le sort des pauvres aux États Unis pourrait s’améliorer au niveau de la santé ?

Même scénario pour un Ivoirien, une Ivoirienne qui tombe malade. C’est la même chose ; si le ou la malade n’a pas de quoi payer la clinique, il ou elle ne peut pas se soigner. Bien sûr il y a des dépistages gratuits mais cela ne suffit pas pour bien se soigner lorsqu’une personne est malade et que le médecin lui prescrit des médicaments qui coûtent plus que son salaire. La mort est aux aguets lorsque le paludisme ou la fièvre typhoïde ou une simple fièvre terrasse les gens.

La dernière fois, lors d’une discussion brûlante, un homme faisait cette remarque à son ami : « Dis, lorsque tu es malade, iras-tu à l’hôpital pour te faire administrer le sérum ? » « Non ! » renchérit l’autre. Les gens se débrouillent pour se soigner avec les herbes, les tisanes qui sont à leur portée. Mais lorsque la maladie demande une intervention avancée (une opération) alors là le problème devient plus grave. Combien de fois on croise des gens qui ne peuvent plus marcher et qui pleurent au bord de la route faute de soins. Des enfants pleurent parce que qu’ils ont des maux de ventre ; maux de tête ou de la fièvre et qu’il n’y a pas de médicaments (simple contre douleur). Ils pleurent jusqu’à ce que ça passe. Dans quel monde on vit ?

Maman Marguerite témoigne, « Moi j’étais malade avec un problème de cœur ; je faisais de l’hypertension et j’ai dû être admise à l’hôpital. Ils m’ont dit que je dois payer 70,000 FCFA.  J’ai dit « Je n’ai pas cet argent, Ô ! Je vais partir je ne peux pas rester à l’hôpital et le médecin m’a dit « Je ne peux pas te laisser mourir faute de soin, je vais te soigner et puis tu peux payer en sortant. » Moi je travaille et je ne peux même pas payer 70.000 FCFA. Si je paye mes médicaments je ne mange pas. C’est injuste, Ô ! » Parfois les médicaments sont plus chers que le salaire d’une personne. Une bonne mal payée  reçoit 5000 FCFA et un médicament coute parfois 10,000 FCFA.

Certaines mamans pleurent lorsque leur tests de sérologie sortent négatifs ; elles demandent de refaire les tests parce qu’elles sont sûres qu’elles sont séropositives de leur défunt mari afin de bénéficier du programme de prise en charge  alimentaire. D’autres malades de VIH pleurent lorsqu’elles vont sortir du programme de prise en charge alimentaire parce qu’elles n’auront rien à offrir à leur famille.  Donc elles préfèrent être malades pour pouvoir nourrir leurs enfants !

Les familles qui vivent dans l’extrême pauvreté ont du mal à se soigner ; à vivre tout simplement ; elles n’ont pas droit à la santé. Une loi universelle au droit à la santé doit pouvoir sortir les milliers de familles du monde de la pauvreté et que cette loi soit appliquée dans tous les pays. Nous savons que les lois dépendent des unes des autres. Elles sont indivisibles !

Maria VICTOIRE – Bouaké ( Côte d’Ivoire)

 

Savoir oser

« Je suis né et j’ai passé mon enfance et mon adolescence dans un quartier très pauvre. J’étais entouré de personnes qui ont cessé d’espérer et de croire que la vie peut un jour être meilleure pour eux. J’ai très tôt compris la différence entre un droit et ce qu’on peut avoir. J’ai aussi tant de fois entendu des gens me dire : « ça ce n’est pas pour toi », « là tu ne peux pas, tu ne vas pas y arriver ». Et si je n’avais pas osé, je ne serais jamais devenu celui que je suis aujourd’hui. Alors je suis venu vous dire que vous n’avez pas tort d’espérer. Par contre, vous auriez tort de ne pas oser. Saisissez la chance qui vous est donnée dans cette maison d’accueil et osez aller plus loin que les limites que cette société fragmentée et hiérarchisée tentera de vous imposer. Des regards, des gestes et même des voix vous diront : « tu n’es pas à ta place ici, tu ne vas pas y arriver ». Mais si vous osez tenir bon et croire, quand vous sentez au fond de vous que c’est possible, un jour vous verrez que vous avez eu raison d’oser ».

 Ces paroles sont celles d’un artiste dont je vais taire le nom. Je l’ai rencontré dans l’orphelinat dans lequel je travaille au Cameroun. Il a entendu parler de cette maison qui essaye de redonner de l’espoir aux enfants qui l’ont perdu un moment dans la vie, et il a tenu à venir nous encourager et à dire un mot aux enfants.

Je pense comme lui qu’il est important de savoir oser. Et je réalise mieux que tant de choses qui paraissaient impossibles se sont avérées possibles, parce qu’il y a eu des hommes et des femmes qui ont osé. Je pense à Martin Luther KING, à Nelson Mandela, à Mère Theresa, au Père Joseph Wresinski et à toutes les personnes qui luttent chaque jour pour dire «  NON, ce n’est pas une fatalité, le changement est possible, une vie meilleure est possible ».

Dans le monde d’aujourd’hui où les idées reçues que nous avons les uns sur les autres et l’absence de dialogue sont à l’origine de tant de dégâts et de souffrance, nous avons grand besoin de savoir oser, oser aller à la rencontre de l’autre pour le découvrir et nous découvrir nous même, pour apprendre à le connaitre et voir tomber nos peurs, pour pouvoir le comprendre dans sa singularité et apprendre à l’aimer.

Il y a tant de choses à changer et tant de combats à mener pour que la vie soit meilleure pour tous. L’envie ne suffit pas pour y parvenir. Il faut savoir oser.

Jeanne Véronique Atsam – Cameroun

Vive la fatigue !

Ce soir là, Alex, 19 ans, est rentré chez lui crevé, le dos cassé, d’avoir refait en une journée le pavage d’une terrasse. Epuisé… mais heureux. « Aujourd’hui j’ai travaillé et c’était bon, dit-il. C’est normal d’être fatigué après une journée de travail. » Et pour la première fois depuis bien longtemps : il a bien dormi !

Les autres jours, comme ses copains, il traine. Il rumine et se ronge le frein. Du boulot, il en redemande. A cor et à cris mais n’en trouve pas. C’est son obsession. Il diffuse partout ses petits messages. De vrais appels SOS. Du courage il n’en manque pas. Du savoir faire à revendre ! Dégourdi comme quatre, rien ne lui fait peur : monter un mur, abattre des arbres. La maçonnerie, le jardinage, tailler les haies, monter des meubles, déménager les bureaux ou les particuliers : il sait tout faire.

Mais personne ne veut de ses bras. Il sait qu’il n’est pas cher. Il calcule son prix au plus juste. Pour lui ça n’est pas là le problème. Il travaille « au black » au besoin mais ça ne suffit pas pour qu’on l’embauche. Aucun chef d’entreprise, aucun artisan ne s’intéresse à Alex. Et ils sont des centaines, des milliers comme Alex.

Comme lui ils sont 900 000 entre 16 et 29 ans en France à être « sans rien » : sans formation, sans diplôme, sans travail.

Plus de six millions de jeunes au chômage en Europe et 14 millions sans emploi, sans formation, sans apprentissage. Rien. En Europe un jeune de moins de 26 ans sur quatre cherche un emploi. C’est plus d’un sur deux en Irlande, Slovaquie, Italie, Espagne et au Portugal. Le chômage des jeunes actifs de moins de 25 ans atteint des records, le double de celui des adultes : 26,5% en France, 40,5% en Italie, 56,4% en Espagne et jusqu’à 62,5% en Grèce. L’Allemagne fait figure d’exception, avec un taux à 7,5%. Un gâchis humain. Alors que c’est à cet âge que ces jeunes devraient être pleins d’enthousiasme pour entrer dans la vie « active » !

Un sommet européen doit se préoccuper de cette situation dans quelques jours… Il est grand temps ! «Peut-on laisser cette absence de perspective, cette rancœur, cette rancune?», se demandait il y a quelques jours François Hollande, le président de la République en France inquiet des risques de «rupture d’une génération».

Bernadette Ségol, secrétaire générale de la Confédération européenne des syndicats, n’en dénonce pas moins la mollesse de l’Europe face à un tel fléau qui ravage tout le continent.

Lors du sommet européen des 27 et 28 juin à Bruxelles, suivi d’une rencontre des ministres à Berlin, l’objectif serait de se coordonner et de prendre des mesures concrètes. Pour aider les jeunes à trouver un emploi, un plan prévoit une enveloppe d’environ six milliards d’euros.

On peut s’en féliciter mais on voudrait pour autant être certain que ces mesures parviendront… jusqu’à Alex et ses amis !

Et qu’enfin Alex revienne régulièrement le soir chez lui… fatigué pour de bon, et non d’avoir couru pour rien !

Pascal Percq – France