De la mine d’or à la mine de développement : plaider pour la justice éducative

Mis en avant

Photo

Dans la photo la coordinatrice d’APEF, MWAMIKAZI Espérance BAHARANYI et le Docteur Denis Mukwege

Bagunda MUHINDO René,

Bukavu – République Démocratique du Congo

L’éducation constitue la priorité du Gouvernement de la République Démocratique du Congo. Le taux de scolarisation a connu un accroissement de 9% en l’espace de deux ans. Ces chiffres du ministère de l’Enseignement primaire, secondaire et Initiation à la nouvelle citoyenneté avaient été donnés par une radio locale (Radio Okapi) à la clôture de l’année scolaire 2015-2016.

Cependant, des disparités ont été remarquées entre le milieu urbain et le milieu rural à différents niveaux. La précarité de certaines familles est la principale cause du faible taux de scolarisation des enfants à Luhwindja. Dans cette chefferie du Territoire de Mwenga à l’Est de la RD-Congo, certains enfants travaillent dans les mines d’or artisanales pour aider leurs familles. Avec l’appui de ses partenaires, l’Action pour la Promotion de l’Enfant et de la Femme (APEF) s’est engagée à les scolariser. La communauté n’a pas cru à ce projet au début : « Ces enfants perdus dans les mines ne peuvent pas réussir à l’école », disaient certains.

Pourtant la conviction de la Coordinatrice d’APEF, MWAMIKAZI Espérance BAHARANYI était forte :

« Tous les enfants n’ont pas les mêmes chances mais tous peuvent réussir s’ils ont les moyens. Faire de leur réussite une priorité de chaque action est un devoir pour chaque citoyen ».

Ce message a été le fil conducteur de l’action d’APEF pour la réussite éducative des enfants. Les moniteurs ont multiplié leurs efforts dans l’enseignement. Les assistants psychosociaux et tout le staff APEF ont renforcé les visites aux familles pour comprendre les réalités de vie et pouvoir mieux accompagner les enfants. Aux épreuves de fin d’études primaires pour l’année scolaire 2016-2017, tous les enfants présentés ont réussi (34/34, soit 100% de réussite).

Les résultats pour l’année scolaire 2017-2018 mettent en valeur le fruit des efforts construits ensemble :

  • Une élève âgée de 14 ans a obtenu la meilleure note à l’Institut Ushirika (Une école secondaire de Luhwindja),
  • Les 36 élèves du degré terminal présentés aux tests nationaux ont tous réussi. Une fille, l’élève a obtenu la meilleure note (86%) dans le territoire de Mwenga. Avec deux autres élèves de Kamituga ils ont représenté le territoire de Mwenga pour un concours organisé par la division provinciale de l’enseignement primaire à Bukavu. Ils ont été aussi reçus par les délégations du Gouvernement Provincial et de l’Unicef.

Ces succès montrent que même dans la misère, un enfant a un savoir. Il faut l’approcher et lui donner des moyens de faire éclater son savoir. Le Dr. Denis Mukwege, président de la Fondation Panzi soutenant APEF pour ce projet n’est pas resté indifférent à ces résultats. Il a réagi en juillet : « Voilà ce dont peuvent être capables nos enfants lorsqu’ils sont aimés et soutenus… Ces enfants qui, hier étaient perdus dans les fonds obscurs des mines d’or, de cassitérite ou de coltan, peuvent, demain, devenir une véritable mine d’or pour le développement de notre pays ».

Les efforts de tous (enfants, parents, APEF et la Fondation Panzi) ont provoqué le changement de regard de la société de Luhwindja envers ces enfants. Ils montrent que chaque enfant est une chance pour l’humanité.
Rien n’est plus beau qu’investir sa vie, sa passion pour les autres comme le souligne le Père Joseph Wrensiski, fondateur d’ATD Quart Monde dans « Paroles pour demain ». Ce prêtre confia à Claudine Faure : « C’est formidable, vous savez, de lutter contre toutes ces injustices qui sont faites ! Ça vaut la peine d’y donner une partie de soi et une partie de sa vie, et même sa vie pour certains. ». En relisant ces cris jaillis de tant et de tant de poitrines angoissées et de cœurs d’enfants malheureux, je plaide pour la justice ».

CIJW 0070 872 052 17 05 1987 mariage buyse marteau (22)

Je me joins au Dr. Denis MUKWEGE, à MWAMIKAZI Espérance BAHARANYI et au Père Joseph Wresinski pour inviter et encourager ceux et celles qui ont les cœurs percés et révoltés par l’injustice de la misère privant les enfants de l’éducation scolaire, à lutter sans cesse pour que ça change.

Mandela disait : « l’espoir c’est ce qui reste quand tout semble perdu ». En nous armant de cet espoir, nous serons capables de porter ensemble les larmes de ces enfants découragés face aux moqueries de leurs amis et de la communauté. Nous serons capables d’encourager ces parents impuissants à nourrir leurs enfants, de partager le courage et la douleur de ces enfants même quand les moyens matériels et financiers seront absents.

Publicités

Pour une école inclusive : une promesse d’excellence pour tous et toutes

Mis en avant

Photo-livre-Anne-Champagne

Par Anne Champagne

Royaume-Uni

Comment éviter que les circonstances familiales : pauvreté, discrimination, famille éclatée, maladie, addictions ou violence constituent des obstacles pour la réussite scolaire des élèves ? Malgré leur potentiel, les enfants issus de familles fragilisées peuvent adopter parfois un comportement perturbateur qui compromet leurs relations avec leurs enseignants et le système scolaire en général. Comment aider les enseignants à se reconnecter avec ces enfants exclus ?

C’est ce défi, éveiller l’intérêt des élèves qui ont été victimes d’exclusion ou de rejet, ou ayant un comportement perturbateur, qui a conduit deux alliés d’ATD Quart Monde à écrire un livre appelé De l’Exclusion à la réussite scolaire – Construire des relations réparatrices pour créer des écoles inclusives publié par Sense, 2016). Les auteurs, Dr Michal Razer et Dr Victor J. Friedman, ont passé trente années chacun, à enseigner, expérimenter et former les enseignants. Leur but est d’aider les enseignants pour que ceux-ci puissent accompagner tous leurs élèves et leur permettre d’atteindre leur potentiel.

La Déclaration mondiale de l’UNESCO sur l’Éducation pour Tous (1990) exige que la méthode d’approche de l’enseignement soit adaptée à la diversité des populations. Razer et Friedman croient qu’une classe peut faire d’importants progrès et réussir seulement si chacun est inclus et qu’aucun n’est laissé pour compte, quels que soient ses difficultés ou son comportement. Leur thèse est que pour atteindre cet objectif, les enseignants doivent adapter leurs techniques et leurs outils pédagogiques.

Leur décennies d’expérimentation ont permis d’identifier un cycle d’exclusion et d’aliénation. Un enfant qui subit une série de rejets aura tendance à repousser une aide potentielle par mécanisme d’auto-défense pour éviter une nouvelle déception ; la conséquence est un sentiment d’échec et de frustration pour l’enfant et pour l’enseignant. Pour briser ce cycle, il est nécessaire d’établir une collaboration entre l’enseignant, l’enfant, les parents et le directeur de l’école, chacun ayant un rôle à jouer dans la construction de « relations réparatrices ».

A travers leur travail avec les enseignants, les élèves et les parents, les auteurs ont développé avec succès des stratégies pour surmonter les obstacles que certains enfants affrontent en classe. Ils décrivent les compétences et méthodes spécifiques que les enseignants peuvent utiliser pour aller vers les élèves exclus.

Quatre principaux outils sont décrits dans le livre : le non-abandon, le recadrage, la conversation « connective » et la pose de limites catégoriques. Chacune de ces compétences est présentée en détail, y compris des études de cas, certaines réussies, et d’autres illustrant les risques d’échec. Les auteurs mettent ainsi en lumière des exemples précis et variés de l’utilisation de leurs outils. Le livre fournit également un guide étape par étape destiné aux enseignants qui veulent la réussite de tous leurs élèves, indépendamment de leur situation familiale ou sociale.

Le cycle d’échec auquel les enfants exclus font face a beaucoup de similarité avec le “piège de la pauvreté” décrit par les personnes vivant dans la pauvreté. Beaucoup disent se sentir exclus par les autres. Ils peuvent ressentir que leur voix ne compte pas et qu’ils n’ont rien à apporter à la société. De la même façon, les enfants exclus décrivent un sentiment de rejet et de souffrance d’être étiqueté comme « l’enfant à problème ». Ceci peut les piéger dans une boucle comportementale qui renforce cette étiquette et compromet leur chance d’apprendre et d’atteindre leur potentiel.

Sans entraînement spécifique, les enseignants se sentent souvent impuissants à affronter ce cycle. Pour résoudre ce problème, Razer et Friedman décrivent en détails comment s’éloigner d’un focus uniquement centré sur le transfert de connaissances et des compétences cognitives. Il peut être tout aussi important pour un enseignant de s’engager sur un plan émotionnel, utilisant des capacités d’écoute active pour construire « une relation réparatrice ». Les auteurs ont observé que l’utilisation de cette approche développée sur le terrain permet non seulement la réussite des élèves mais apporte aussi une grande satisfaction professionnelle aux professeurs qui l’utilisent.

Ce livre propose une méthode qui assure que personne ne sera laissé pour compte, pas seulement en théorie ou sur le plan politique, mais en pratique. Étant donné les similarités entre les buts d’une éducation inclusive décrite dans ce livre et la société inclusive que nous visons à atteindre dans notre lutte contre la pauvreté, il est à espérer que des professionnels travaillant avec des familles vivant dans la pauvreté étudieront ce livre, adopteront ses approches, et les appliqueront dans le cadre de leurs activités.

L’obscurité de l’indépendance

Mis en avant

IMG_20180717_125410

Bagunda MUHINDO René,

Bukavu – République Démocratique du Congo

30 juin : anniversaire de l’indépendance de la République Démocratique du Congo.
Lors de cette journée, je me trouvais en mission à Luhwindja, une chefferie située à environ 90 Kilomètres de la ville de Bukavu, dans l’est du pays.
A 15 heures 30, je regardais le match France-Argentine. Un jeune me paye une bouteille de Coca-Cola en disant « Cadeau ! aujourd’hui, c’est l’indépendance du pays. On doit boire et manger ».
A 20 heures je fais un tour dans le quartier. Derrière les maisons commerciales situées le long de la route, dans la pénombre, je remarque à peine une petite maison en terre battue. Elle est particulièrement obscure. Toutes les autres maisons voisines sont éclairées, la lumière passait par les fentes des fenêtres et des portes. Je m’approche et je toque à la porte. Quelqu’un ouvre, mais je ne vois personne dans l’obscurité. J’allume la torche de mon téléphone et je vois cinq enfants avec des habits déchirés, couverts de poussière. Ils avaient joué toute la journée et n’auraient personne pour les laver le soir. L’aîné d’environ 11 ans était devant moi. C’est lui qui avait timidement ouvert la porte.

« Bonsoir », ai- je lancé.
« Bonsoir », a-t-il répondu.
« Vous allez bien ? » Personne n’a répondu.
J’ajoute : « maman est là ?  »
« Non, elle est à Bukavu et revient le samedi 7 juillet » – réagi l’aîné.

Ils avaient faim. J’en connaissais bien les signes pour avoir moi-même ressenti la même chose quand, seul avec mes sœurs, à l’âge de 6 ans, nous attendions le retour de notre mère. Je demande alors aux enfants :

« Vous avez à mangé ? »
« Non », ont simultanément répondu quatre d’entre eux. L’aîné n’a pas réagi. Dans son impuissance, il se sentait responsable des autres. Ma sœur aînée agissait ainsi quand elle n’avait rien pour nous, alors que ma sœur cadette pleurait.

« Qu’est-ce que vous allez manger ? »
« On ne sait pas. »

Aussitôt je pars au restaurant où je mange quand je suis en mission. Je prends deux plats que l’aîné rapporte. Les cinq enfants se se régalent comme des prisonniers évadés après une semaine sans manger.
Je retourne au restaurant éprouvant beaucoup d’émotions. La dame du restaurant me demande ce qui n’allait pas et j’explique. Elle n’attend pas pour répondre : « Cet enfant sale avec qui tu étais ? Ces enfants sont des voleurs ». Je ne me laisse pas emporter par ses critiques. Je lui réponds que quel que soit ce qu’ils auraient fait, aucun enfant ne mérite de passer des nuits sans manger et que dans une telle circonstance, même un adulte ne peut résister devant une casserole chaude, si personne ne le voit. La dame acquiesce et ajoute : « C’est vrai ce que tu dis ».

Le lendemain matin, je pars voir les enfants avant d’aller à l’église. Ils étaient dehors, recroquevillés les uns sur les autres. Je sentais la fraicheur, alors que j’avais un pull. Eux ne portaient rien. Dans les montagnes des villages du Sud-Kivu, il fait frais la nuit et le matin, puis la journée est réchauffée par le soleil.

Et dans ma tête tournait la question de l’indépendance. L’Indépendance ! Je reconnais sa valeur dans l’histoire du pays, mais aujourd’hui c’est devenu plutôt un concept démagogique et fantaisiste. Plus on est pauvre moins on en est concerné.
Ce 30 juin des milliers de dollars ont été dépensés pour que les riches puissent boire et manger. Les politiciens ont profité de l’occasion pour parler de leurs plans pour les élections prévues en décembre. Mais derrière les murs des villes, au fin fond des villages, des milliers d’enfants ont passé la nuit sans manger ; sans savoir s’ils auraient leurs bulletins scolaires le 2 juillet à la proclamation, parce que leurs parents n’avaient pas payé les frais scolaires. Des milliers ont passé des jours loin de l’affection de leurs mères parties chercher de quoi les nourrir.
Puis-je être fier de notre Indépendance ? Non, je le serai lorsque chaque enfant de mon pays sera libéré de la faim, du froid, de l’ignorance. Député national ou ministre, je ferais en sorte que le 30 juin se passe autrement. J’inviterais ce jour-là tout Congolais à faire une œuvre de bonne citoyenneté pour que chaque enfant et chaque adulte retrouvent le sourire. Beaucoup naissent et meurent sans avoir été libres un jour de leur vie et personne dans leur entourage ne le sait.
La véritable Indépendance, c’est la justice au cœur, c’est la paix, une vie meilleure pour tous.

La cantine des solidarités

cantine-a-l-ecole-Cameroun-CSFEF

Cantine scolaire au Cameroun, Photo web – CSFEF

Blaise Ndeenga,

Cameroun

Tout a commencé avec cette déclaration du jeune Emmanuel à sa maman : « Maman j’ai remarqué que pendant la pause de midi à l’école, lorsque nous sommes en train de manger, un de mes camarades de classe ne mange jamais. Il reste seul dans son coin et nous observe. Il est toujours triste. Alors aujourd’hui je suis allé vers lui. Je lui ai demandé pourquoi il ne venait pas manger avec les autres. Il m’a dit qu’il n’avait rien à manger. Sa maman ne peut pas lui offrir du pain car elle n’a pas d’argent. Ensuite il a dit que sa maman s’en allait très tôt vendre au marché. Elle ne rentre que le soir. Et si elle est parvenue à vendre, elle achète de quoi préparer un repas et la famille ne mange qu’une fois dans la nuit. Aussitôt j’ai partagé mon casse croûte avec lui. Il était très content. Et moi aussi. Je voudrais te demander s’il est possible que tu lui fasses aussi un casse-croûte afin qu’il ait quelque chose à manger et qu’il ne soit plus isolé des autres élèves… »

La maman fut contrariée par la demande de son fils, entre accéder à sa demande et respecter son budget très serré. Elle y a consenti pour quelques jours. Ensuite elle décida d’aller attirer l’attention des responsables de l’école sur cette situation. Ceux-ci se montrèrent très disponibles à l’écouter mais ne lui proposèrent pas de solution.

La maman du jeune Emmanuel décida donc de sensibiliser certains parents d’élèves afin de remédier à cette situation. Touchés par la situation de l’enfant, qui n’était pas la seule dans l’école, un petit groupe de parents très motivés eut l’idée de créer une cantine au sein de l’école. Une assemblée de parents a été convoquée pour imaginer une solution avec l’école et la proposer aux autres parents. Il en est sorti le projet d’une cantine qui ne devrait pas seulement s’occuper des enfants qui n’ont pas de casse-croûte, mais qui serait un lieu de repas et de rassemblement pour tous les élèves. Désormais les enfants n’auront plus à apporter leur repas, mais ils mangeront grâce à la contribution de leurs parents riches ou pauvres. L’école ayant un effectif d’environ 1300 enfants, les parents ont convenu de donner 500fcfa par mois, ce qui revient moins cher qu’un repas préparé par une famille pour son enfant, et les repas sont livrés par un service traiteur.

Il nous a été aussi rapporté qu’une pharmacie solidaire a été aussi créé au sein de l’école. Celle-ci devant parer aux petits bobos des élèves…

Voilà comment l’initiative d’un enfant de 7 ans est parvenue à améliorer et à transformer le vécu des enfants dans l’école, en créant une synergie entre tous les parents. Comme quoi la lutte contre la pauvreté est une affaire de tous.

Riches ou pauvres, adultes ou enfants chacun doit apporter sa pierre à l’édifice.

La France ne respecte pas les droits des enfants : à Calais les enfants migrants sont en grave danger

la voix du nord

photo web La voix du nord

Pascal Percq

France

Selon l’article 9 de la Convention Internationale des Droits de l’enfant (adoptée en 1989 par l’assemblée générale des Nations Unies) les Etats doivent veiller « à ce que l’enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré (1)». La France, auditionnée il y a quelques semaines par le Comité international des droits de l’enfant chargé de contrôler la mise en œuvre de ces droits par les Etats signataires, a une fois de plus, dû répondre aux graves manquements dont les associations et ONG ont fait état notamment sur cette séparation forcée qui concerne les enfants pauvres et plus particulièrement les enfants sans parents parmi les migrants. Depuis, en réponse aux « signalements » du comité, la représentante du gouvernement français s’est contentée sommairement de faire état d’« axes d’amélioration ».

Il y a quelques jours, à son tour, c’est le  « Défenseur des droits » français, Jacques Toubon, qui a interpellé les pouvoirs publics en s’inquiétant à nouveau de la « situation préoccupante » des mineurs migrants isolés à Calais et sur le littoral nordiste. Au 31 mars dernier, 310 mineurs non accompagnés de leurs parents ont été recensés. Ils partagent le sort de ces milliers d’autres personnes qui fuient les guerres, la misère, les crises économiques et climatiques et veulent rejoindre la Grande Bretagne. Ils survivent sur la côte nordiste dans des conditions misérables, en dépit des soutiens apportés par des bénévoles.

Parce qu’ils sont plus petits, parce qu’ils sont plus fragiles, les enfants doivent être davantage protégés. C’est la raison d’être de cette Convention internationale des droits de l’enfant. Pour le défenseur des droits « les mineurs non accompagnés présents à Calais ne sont aujourd’hui, dans leur grande majorité, pas protégés. Ils sont en situation de très grande vulnérabilité ». Il évoque des « conditions de vie extrêmement misérables » et fait état en outre de sévices subis par des enfants.

Pour lui, « la situation exceptionnelle des enfants exilés non accompagnés dans le Calaisis implique des réponses à la hauteur de ces enjeux ». Leur protection « constitue un enjeu de nature exceptionnelle qui relève de la responsabilité partagée de l’Etat et du département, et par conséquent les appelle à une solidarité concertée ». Comment ? En appliquant le droit (2).

Malgré les mises à l’abri d’enfants et l’augmentation du nombre de places d’accueil pour les enfants avec parents, le Défenseur des droits « déplore que le droit à l’éducation soit encore loin d’être assuré » et rappelle que la scolarisation doit se faire « au sein des écoles de la République ». Il recommande également au ministère de l’Intérieur « de poursuivre les démarches engagées avec l’Etat britannique afin de faciliter les réunifications familiales ».

Nathalie Serruques, responsable de la mission Enfance de l’Unicef France souligne à propos de ces enfants migrants : «Il n’y a pas d’accès aux droits fondamentaux, pas de mise à l’abri, pas d’accès à l’éducation ni à la santé. Jusqu’à quand ? Les condamnations pleuvent, on est montrés du doigt, ça suffit. Il n’y a pas de fatalité, c’est une question de volonté politique ».
C’est dans ce contexte que deux organisations françaises le Secours catholique et Médecins du Monde ont entrepris une autre démarche en saisissant au nom des enfants la justice en France afin que des mesures de protection soient prises en faveur des mineurs isolés étrangers en particulier pour faire appliquer un droit bien connu des services sociaux, celui du « regroupement familial ». Celui-ci autorise et oblige les services, lorsqu’un parent proche a été identifié, y compris dans un autre pays d’Europe, à ce que l’enfant puisse rejoindre celui-ci. C’est le cas de la plupart des enfants migrants du Calaisis qui ont un père, une mère, un oncle en Grande Bretagne prêt à les accueillir. Ce fut le cas il y a quelques jours de quatre enfants syriens qui ont pu rejoindre un membre de leur famille en Angleterre. Cette simple application du droit n’est respectée qu’au compte-goutte et après bien des démarches.

Le rappel est urgent : en janvier dernier, l’agence de coordination policière Europol estimait que plus de dix mille enfants migrants non accompagnés avaient disparu au cours des vingt quatre derniers mois.

1 Avec cette réserve : « … à moins que les autorités compétentes ne décident, sous réserve de révision judiciaire et conformément aux lois et procédures applicables, que cette séparation est nécessaire dans l’intérêt supérieur de l’enfant.»

2 En octobre 2015 le Défenseur des droits avait rendu public un rapport sur « exilés et droits fondamentaux à Calais » : « http://www.defenseurdesdroits.fr/sites/default/files/atoms/files/20151006-rapport_calais.pdf

Des enfants se mobilisent… pour la réussite de tous les enfants à l’école

160130 FIVES ENFANTS  - 53

Pascal Percq

France

Depuis six ans, chaque année, dans le quartier populaire de Fives, Lille (Nord de la France), les enfants des écoles, des centres sociaux et des associations du quartier se mobilisent pour célébrer à leur façon la Convention internationale des droits de l’enfant.

Et chaque année ensemble, avec l’équipe d’ATD Quart Monde (promotion familiale sociale et culturelle) ils organisent et participent à une fête en déclinant un élément de ces droits essentiels. Cette année ils ont voulu, avec les parents et les enseignants du quartier, affirmer leur volonté d’agir « pour la réussite à l‘école de tous les enfants ».

Durant deux jours, les 29 et 30 janvier 2016, plusieurs centaines d’enfants se sont retrouvés dans la salle municipale de Fives – dix classes le samedi matin – pour participer à l’un ou l’autre d’une dizaine d’ateliers proposés par d’autres écoliers ou par des parents ou encore, par des enseignants.

Rebecca, collégienne, 13 ans, membre du Conseil municipal d’enfants de la ville, proposa et anima un atelier-philo pour débattre sur ce que signifie à leurs yeux le mot « réussite », sur les pratiques en classe, les rapports entre les uns et les autres ou entre élèves et enseignants : « on ne peut pas apprendre si on n’a pas d’ami… ».

Un autre atelier était proposé par des parents du groupe ATD de Fives. Sur des panneaux interpellant les participants on pouvait y lire : « peut-on dire d’un enfant qui fait des colères en maternelle qu’il deviendra délinquant ? » Ou encore : « des enseignants disent parfois que les parents trouvent des excuses à leurs enfants : d’accord ou pas d’accord ? » Également : « En cas de mauvaises notes, est ce une bonne idée de priver son enfant de ses activités extra-scolaires ? ». Autant de questions que portent quotidiennement Coralie et Joanne, deux mamans qui animaient cet atelier. Que l’on soit parent, enfant, enseignant : chacun pouvait apporter sa réponse avec un post-it. Parmi ceux-ci, quelques réponses : « punir ? ça fait du bien au parent qui punit mais c’est tout », « priver un enfant d’activités c’est le priver de s’épanouir, de penser et de grandir », « on cherche avec les maîtresses des solutions mais on ne punit pas », « il faut prendre du recul et être juste dans l’intérêt de l’enfant ».

160130 FIVES ENFANTS  - 101

En travers de la grande salle des fêtes de Fives, d’immenses lettres cartonnées « École, familles, quartier : pour la réussite de tous » étaient constellées de petits messages rédigés et collés par les participants présents, constituant ensemble, collectivement, un message de conviction et d’espoir.

« Cette année nous avons voulu mettre en évidence toutes les actions qui cheminent en ce sens, ici et là dans le quartier, et qui contribuent dès à présent à la réussite de tous les enfants » indique Julien, membre de l’équipe ATDQM.

Un défi qui, à Fives, se veut réalité.

Travailler pour aller à l’école

Travailler dès l'âge de 7 ou 8 ans pour aider ses parents à payer les frais de l'école est la réalité de nombreux enfants en Bolivie. photo ATD Quart Monde

Travailler dès l’âge de 7 ou 8 ans pour aider ses parents à payer les frais de l’école est la réalité de nombreux enfants en Bolivie.
photo ATD Quart Monde

Pascale Tissier,

Bolivie

Cela fait un peu plus d’un an que nous avons rejoint l’équipe de Bolivie. Parfois, je rencontre Doña G, une maman qui a eu huit enfants, quatre sont morts en bas âge. Elle vit à El Alto, une ville juste au-dessus de La Paz, à 4000m. Cette ville de 850 000 d’habitants s’est développée par la migration de beaucoup de familles venant de la campagne ou des mines, espérant trouver un avenir meilleur pour leurs enfants, une meilleure scolarité et des emplois. Doña G y vit dans une petite maison en « adobe » (briques faites de paille et de terre), dans des conditions difficiles. Elle a une maladie depuis 25 ans qui l’empêche de plus en plus de bouger et la maintient au lit. Son mari l’a quittée. Doña G a plusieurs petits enfants. Elle continue de lutter pour ses enfants et petits enfants pour qu’ils ne soient pas comme elle, discriminée, pour qu’ils s’en sortent mieux.

Lors de la préparation d’une Université populaire Quart Monde sur l’éducation et sur quels efforts chacun de nous, parents ou professeurs, nous faisons pour que nos enfants apprennent à l’école, Doña G nous a dit : « Les efforts que j’ai fait pour que mes enfants puissent aller à l’école furent de leur trouver du travail dès l’âge de 7, 8 ans : vendre des sandwichs, cirer les chaussures, garder un enfant, aider au marché… De cette manière, ils pouvaient s’acheter des chaussures, toutes les affaires pour l’école… Nous élevions aussi des animaux dans la cour pour les vendre, des porcs... »

Pour moi cela fut fort d’entendre ces paroles, d’entendre la nécessité de faire travailler ses enfants dès l’âge de 7 ans pour pouvoir les envoyer à l’école !

Encore aujourd’hui, nous croisons tous les jours à La Paz, de nombreux enfants qui travaillent : lavant des voitures, criant dans les minibus pour attirer le client, fermer, ouvrir les portes, récolter le prix du trajet, ou vendant des glaces, des bonbons, cirant les chaussures, ou aidant leurs parents dans des petites boutiques… Nous savons aussi que dans les mines de nombreux enfants continuent d’y travailler.

Ici les enfants vont à l’école soit le matin, soit l’après-midi, soit le soir.

En juillet 2014 une loi a été votée concernant le travail des enfants et adolescents. Elle permet aux enfants de travailler dès 10 ans. L’âge légal reste 14 ans mais avec des exceptions : 12 ans s’ils travaillent pour autrui et 10 ans s’ils travaillent pour leur propre compte.

Pour ces exceptions, il faut trois conditions : « En premier la décision doit venir de l’enfant, en second, il faut l’autorisation des parents ou tuteurs et en troisième, la permission des défendeurs de l’enfance. Ensuite se réalise un registre qui passe par le Ministre du travail. » explique un parlementaire.
Avant, la loi fixait l’âge minimum pour travailler à 14 ans sans exceptions, en accord avec les recommandations de l’OIT (Organisation Internationale du Travail) ratifiées par la Bolivie.
Cela a entraîné des protestations de groupes d’enfants et du syndicat des enfants travailleurs.
Ils considéraient que la réalité en Bolivie est différente et que les enfants doivent travailler tôt par nécessité.

« Le but est d’éradiquer l’extrême pauvreté pour 2025 » a indiqué le député  Javier Zavaleta, un des promoteurs de cette loi.

Est-ce par une loi légalisant le travail des enfants dès 10 ans que la pauvreté sera éradiquée?

Certes, dans les familles vivant en situation de pauvreté, les enfants soutiennent les efforts de leurs parents en travaillant à leurs côtés.

Un enfant dit : « Nous devons travailler. Ce que le gouvernement doit faire c’est nous protéger, qu’on nous respecte et qu’on ne nous exploite pas. »
Sofia :
« Dans ma famille il n’y avait pas beaucoup d’argent et on ne mangeait pas beaucoup. C’est pour cela que j’ai commencé de travailler à 8 ans pour aider mes parents. Nous devrions étudier mais le coût du matériel est très élevé pour nous. »
Nelly travaille de 9h à 19h puis va suivre des cours du soir et rentre chez elle vers 22h.

J’ai entendu parler d’un projet de loi pour que l’école ait lieu toute la journée. Une maman d’une famille monoparentale me disait : « S’il y a l’école toute la journée, mes filles aînées ne pourront plus m’aider à notre petite boutique ou pour garder les derniers ; comment je ferai alors ? »

Comment changer ? Par une politique de soutien familial ? Par une politique digne de rémunération du travail ? Par une politique sur l’éducation pour qu’elle soit réellement gratuite et de qualité ? Les trois sûrement et aussi une reconnaissance des efforts des parents.