Rentrée des colères

RentreeDesColeres

photo web blog.ac-versailles.fr

Jeanne-Véronique Atsam,

Cameroun

Il y a de cela quelques jours, je prenais des nouvelles d’une personne qui a la vie très dure à cause du manque de travail et qui vit non loin de chez moi.

Nous nous sommes croisées dans la rue qui donne au marché près de chez nous et nous avons commencé à discuter un peu. Nous parlions de la rentrée scolaire car je lui ai posé la question de savoir comment ça se passait pour elle et ses enfants. C’est alors qu’elle m’a répondu : « Tu sais pour nous autres, cette période n’est pas la rentrée scolaire mais la rentrée des colères. La colère des parents qui ne savent pas par où commencer pour trouver l’argent qu’il faut pour que les enfants aillent à l’école, la colère des enfants qui voient le jour de la rentrée scolaire approcher mais qui ne voient pas les parents leur ramener sacs, cahiers, tenues de classe, ni leur dire dans quelle école ils iront. C’est comme ça chaque année. Ce n’est pas facile. Pendant que d’autres attendent avec joie cette période, nous, nous prions pour qu’elle n’arrive pas vite, en espérant qu’entre temps nous pourrons trouver un peu d’argent car ce n’est pas facile de voir ses enfants à la maison… Leur regard te pose des questions. La tension monte à la maison. C’est difficile. »

J’ai eu beaucoup de mal à trouver les mots justes pour lui répondre et dire quelque chose qui a du sens. Dans des moments pareils, on pense à beaucoup de choses en même temps. A donner un mot d’encouragement, à mettre la main dans la poche pour soutenir financièrement, on se demande si on peut et doit le faire, on se demande, on se demande. Pendant que je cherchais encore ainsi mes mots et la meilleure manière de réagir face à cette détresse qui me ramenait à la dure réalité de beaucoup de familles dans le monde en cette période de rentrée scolaire, Madame X m’a sortie de ma torpeur en me disant : « Tu sais, cette année ce sera encore plus dur, car il semble que les retardataires ne pourront plus avoir de place. Il semble qu’il y a un décret qui dit qu’il n’y aura pas plus de 60 enfants par classe cette année. Forcément, les places disponibles sont pour les 60 enfants dont les parents auront trouvé l’argent en premier. Et ce ne sont pas des personnes comme moi qui pourront y arriver. Nous on ne sait plus où donner de la tête. »

En attendant cela, j’ai soudainement pensé que la solution n’est pas de lui donner un billet car le problème est plus général et plus profond. Les enfants les plus pauvres risquent bien de ne pas pouvoir aller à l’école avec des mesures comme celle-là car en effet, ils accusent toujours du retard dans le démarrage de l’année scolaire, leurs parents peinant très souvent pour trouver à temps les moyens de les inscrire et de pourvoir au matériel scolaire. Parfois, on a vraiment l’impression que les choses sont faites pour enfoncer davantage les personnes les plus pauvres, sans chercher à voir quel impact certaines décisions auront sur leur situation. Comment atteindre dans ces cas-là l’éducation pour tous si bien annoncée ?

Madame X m’a dit : « Tout est fait pour qu’on ne s’en sorte pas. Tout est contre nous. Après on dira que nous négligeons nos enfants. Comment on va faire pour s’en sortir ? L’école c’est vraiment pour les enfants des riches. Ce n’est pas pour nous et pour nos enfants. »

Un monde riche de tout son monde, un monde en paix, c’est aussi un monde où tout est fait pour que la chance d’aller à l’école soit donnée à tous les enfants.

Des enfants se mobilisent… pour la réussite de tous les enfants à l’école

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Pascal Percq

France

Depuis six ans, chaque année, dans le quartier populaire de Fives, Lille (Nord de la France), les enfants des écoles, des centres sociaux et des associations du quartier se mobilisent pour célébrer à leur façon la Convention internationale des droits de l’enfant.

Et chaque année ensemble, avec l’équipe d’ATD Quart Monde (promotion familiale sociale et culturelle) ils organisent et participent à une fête en déclinant un élément de ces droits essentiels. Cette année ils ont voulu, avec les parents et les enseignants du quartier, affirmer leur volonté d’agir « pour la réussite à l‘école de tous les enfants ».

Durant deux jours, les 29 et 30 janvier 2016, plusieurs centaines d’enfants se sont retrouvés dans la salle municipale de Fives – dix classes le samedi matin – pour participer à l’un ou l’autre d’une dizaine d’ateliers proposés par d’autres écoliers ou par des parents ou encore, par des enseignants.

Rebecca, collégienne, 13 ans, membre du Conseil municipal d’enfants de la ville, proposa et anima un atelier-philo pour débattre sur ce que signifie à leurs yeux le mot « réussite », sur les pratiques en classe, les rapports entre les uns et les autres ou entre élèves et enseignants : « on ne peut pas apprendre si on n’a pas d’ami… ».

Un autre atelier était proposé par des parents du groupe ATD de Fives. Sur des panneaux interpellant les participants on pouvait y lire : « peut-on dire d’un enfant qui fait des colères en maternelle qu’il deviendra délinquant ? » Ou encore : « des enseignants disent parfois que les parents trouvent des excuses à leurs enfants : d’accord ou pas d’accord ? » Également : « En cas de mauvaises notes, est ce une bonne idée de priver son enfant de ses activités extra-scolaires ? ». Autant de questions que portent quotidiennement Coralie et Joanne, deux mamans qui animaient cet atelier. Que l’on soit parent, enfant, enseignant : chacun pouvait apporter sa réponse avec un post-it. Parmi ceux-ci, quelques réponses : « punir ? ça fait du bien au parent qui punit mais c’est tout », « priver un enfant d’activités c’est le priver de s’épanouir, de penser et de grandir », « on cherche avec les maîtresses des solutions mais on ne punit pas », « il faut prendre du recul et être juste dans l’intérêt de l’enfant ».

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En travers de la grande salle des fêtes de Fives, d’immenses lettres cartonnées « École, familles, quartier : pour la réussite de tous » étaient constellées de petits messages rédigés et collés par les participants présents, constituant ensemble, collectivement, un message de conviction et d’espoir.

« Cette année nous avons voulu mettre en évidence toutes les actions qui cheminent en ce sens, ici et là dans le quartier, et qui contribuent dès à présent à la réussite de tous les enfants » indique Julien, membre de l’équipe ATDQM.

Un défi qui, à Fives, se veut réalité.

Connaissance éclipsée !

En 2000, il y eut une éclipse totale de soleil à Madagascar. Sans lunettes, et mal informés, la majorité des Malgaches se sont enfermés dans leurs habitations. Seuls quelques jeunes ont pu avoir des lunettes spéciales et observer le phénomène. (Photo FP)

En 2000, il y eut une éclipse totale de soleil à Madagascar. Sans lunettes, et mal informés, la majorité des Malgaches se sont enfermés dans leurs habitations. Seuls quelques jeunes ont pu avoir des lunettes spéciales et observer le phénomène. (Photo FP

François Phliponeau

France

L’éclipse de soleil, le 20 mars dernier en France, a fait quelques heureux, et beaucoup de malheureux. Parce qu’il y avait des nuages, mais surtout parce que la majorité des enseignants n’avaient pas anticipé l’événement. Ils l’ont dit et écrit sur les cahiers de correspondance :

« N’ayant pas de lunettes homologuées, les enfants ne pourront pas sortir dans la cour ce vendredi matin. L’observation directe du soleil sans protection adéquate peut entraîner des lésions irréversibles. »

Bien sûr, mais il était possible de commander des lunettes, ou d’utiliser des sténopés et autres dispositifs appropriés, permettant sans risque d’observer le moment « magique » de la lune en train de masquer le soleil.

Pour les enfants, surtout ceux qui ont le plus de difficultés avec les livres scolaires, c’était l’occasion de faire des maths, de l’histoire, de la géographie, de l’astronomie. C’était la possibilité d’apprendre, de comprendre, de se sentir en phase avec la nature, l’univers.

Occasion ratée et double peine, les enfants étant privés de récréation.

Dans le Gers, les élèves de Fleurance ont eu plus de chance, comme le raconte « La Dépêche » : «En classe, pendant l’éclipse, on mesurera la température qui va baisser, explique une enseignante. On va mettre différentes étapes de l’éclipse en face d’une horloge. Et les enfants devront placer les aiguilles de cette horloge.» De quoi réviser la lecture de l’heure. Et de profiter d’une belle occasion pédagogique.

Anticiper, c’est imaginer à l’avance un événement, pas pour battre des records de vitesse, mais pour mieux vivre ce que sera le présent qui va arriver…

Prochaine éclipse partielle de soleil en 2020 (totale en 2081 !)

Travailler pour aller à l’école

Travailler dès l'âge de 7 ou 8 ans pour aider ses parents à payer les frais de l'école est la réalité de nombreux enfants en Bolivie. photo ATD Quart Monde

Travailler dès l’âge de 7 ou 8 ans pour aider ses parents à payer les frais de l’école est la réalité de nombreux enfants en Bolivie.
photo ATD Quart Monde

Pascale Tissier,

Bolivie

Cela fait un peu plus d’un an que nous avons rejoint l’équipe de Bolivie. Parfois, je rencontre Doña G, une maman qui a eu huit enfants, quatre sont morts en bas âge. Elle vit à El Alto, une ville juste au-dessus de La Paz, à 4000m. Cette ville de 850 000 d’habitants s’est développée par la migration de beaucoup de familles venant de la campagne ou des mines, espérant trouver un avenir meilleur pour leurs enfants, une meilleure scolarité et des emplois. Doña G y vit dans une petite maison en « adobe » (briques faites de paille et de terre), dans des conditions difficiles. Elle a une maladie depuis 25 ans qui l’empêche de plus en plus de bouger et la maintient au lit. Son mari l’a quittée. Doña G a plusieurs petits enfants. Elle continue de lutter pour ses enfants et petits enfants pour qu’ils ne soient pas comme elle, discriminée, pour qu’ils s’en sortent mieux.

Lors de la préparation d’une Université populaire Quart Monde sur l’éducation et sur quels efforts chacun de nous, parents ou professeurs, nous faisons pour que nos enfants apprennent à l’école, Doña G nous a dit : « Les efforts que j’ai fait pour que mes enfants puissent aller à l’école furent de leur trouver du travail dès l’âge de 7, 8 ans : vendre des sandwichs, cirer les chaussures, garder un enfant, aider au marché… De cette manière, ils pouvaient s’acheter des chaussures, toutes les affaires pour l’école… Nous élevions aussi des animaux dans la cour pour les vendre, des porcs... »

Pour moi cela fut fort d’entendre ces paroles, d’entendre la nécessité de faire travailler ses enfants dès l’âge de 7 ans pour pouvoir les envoyer à l’école !

Encore aujourd’hui, nous croisons tous les jours à La Paz, de nombreux enfants qui travaillent : lavant des voitures, criant dans les minibus pour attirer le client, fermer, ouvrir les portes, récolter le prix du trajet, ou vendant des glaces, des bonbons, cirant les chaussures, ou aidant leurs parents dans des petites boutiques… Nous savons aussi que dans les mines de nombreux enfants continuent d’y travailler.

Ici les enfants vont à l’école soit le matin, soit l’après-midi, soit le soir.

En juillet 2014 une loi a été votée concernant le travail des enfants et adolescents. Elle permet aux enfants de travailler dès 10 ans. L’âge légal reste 14 ans mais avec des exceptions : 12 ans s’ils travaillent pour autrui et 10 ans s’ils travaillent pour leur propre compte.

Pour ces exceptions, il faut trois conditions : « En premier la décision doit venir de l’enfant, en second, il faut l’autorisation des parents ou tuteurs et en troisième, la permission des défendeurs de l’enfance. Ensuite se réalise un registre qui passe par le Ministre du travail. » explique un parlementaire.
Avant, la loi fixait l’âge minimum pour travailler à 14 ans sans exceptions, en accord avec les recommandations de l’OIT (Organisation Internationale du Travail) ratifiées par la Bolivie.
Cela a entraîné des protestations de groupes d’enfants et du syndicat des enfants travailleurs.
Ils considéraient que la réalité en Bolivie est différente et que les enfants doivent travailler tôt par nécessité.

« Le but est d’éradiquer l’extrême pauvreté pour 2025 » a indiqué le député  Javier Zavaleta, un des promoteurs de cette loi.

Est-ce par une loi légalisant le travail des enfants dès 10 ans que la pauvreté sera éradiquée?

Certes, dans les familles vivant en situation de pauvreté, les enfants soutiennent les efforts de leurs parents en travaillant à leurs côtés.

Un enfant dit : « Nous devons travailler. Ce que le gouvernement doit faire c’est nous protéger, qu’on nous respecte et qu’on ne nous exploite pas. »
Sofia :
« Dans ma famille il n’y avait pas beaucoup d’argent et on ne mangeait pas beaucoup. C’est pour cela que j’ai commencé de travailler à 8 ans pour aider mes parents. Nous devrions étudier mais le coût du matériel est très élevé pour nous. »
Nelly travaille de 9h à 19h puis va suivre des cours du soir et rentre chez elle vers 22h.

J’ai entendu parler d’un projet de loi pour que l’école ait lieu toute la journée. Une maman d’une famille monoparentale me disait : « S’il y a l’école toute la journée, mes filles aînées ne pourront plus m’aider à notre petite boutique ou pour garder les derniers ; comment je ferai alors ? »

Comment changer ? Par une politique de soutien familial ? Par une politique digne de rémunération du travail ? Par une politique sur l’éducation pour qu’elle soit réellement gratuite et de qualité ? Les trois sûrement et aussi une reconnaissance des efforts des parents.

Éducation de qualité pour tous : un combat à mener ou une utopie ?

BLOG-FR19fev-GuatBdR

Nathalie Barrois

Guatemala

Ici au Guatemala , la rentrée des classes vient de se terminer.

Début janvier, inquiétude des parents de notre quartier en inscrivant leur enfant : le bruit court qu’il manque des professeurs. Trouveront-ils une place pour tous leurs enfants dans la même école ? En classe de 4e, des élèves sont refoulés, faute d’enseignant. C’est seulement la semaine qui précédait la rentrée que l’école a pu ouvrir une 2e classe. Quel stress. J’étais encore plus perturbée que les parents. Sans doute cette incertitude est-elle plus habituelle à Escuintla qu’en France … Quoique, là aussi, combien de parents luttent pour trouver un établissement qui accepte leur enfant en rupture scolaire…

L’éducation est tellement importante dans une société. C’est la pierre d’angle pour le futur de l’enfant. Que penser d’un gouvernement dont l’investissement par enfant à l’école est de 6,50 quetzales, soit à peine le prix d’un repas ? Comment ce chiffre dérisoire peut-il couvrir le matériel pédagogique, l’entretien, les cours … et la formation des professeurs ?

Nous en discutions avec un groupe d’amis. Et nous étions assez désespérés. Car que deviennent ces enfants qui ne peuvent bénéficier d’une école où on apprend, où on développe son esprit, où on découvre et comprend le monde qui nous entoure ? Tant de jeunes à la dérive et sans repère. Sans estime pour eux-même ni pour les autres. Prêts à entrer dans l’engrenage de l’illégalité et de la violence.

Heureusement les parents sont présents, qui enseignent leur sagesse et leur savoir faire, protégeant ainsi beaucoup de jeunes. Sans pouvoir toujours éviter des drames, parents blessés à jamais de la mort violente d’un fils.

Heureusement aussi, des associations soutiennent. Mi janvier nous passons rendre visite à nos amis de Guatelinda (quartier d’Escuintla), et quelle joie d’apprendre que des jeunes sont inscrits dans une école qui applique la gratuité (légalement l’école est gratuite) avec prêt des livres scolaires. Et la semaine suivante d’autres jeunes, dont les parents ne pouvaient se permettre de payer une inscription annuelle trop forte suivaient le même chemin !

Je pense aussi à ma famille, à des amis qui parrainent des scolarités. Quelle joie de voir les enfants réussirent, devenir médecin ou architectes !

Cependant l’Etat ne devrait-il pas être le premier à donner le maximum pour sa jeunesse ? En même temps, les ressources sont tellement inégales d’un pays à l’autre (je ne veux aborder le thème de la corruption), qu’un appui d’organisations internationales me semble juste. Or là aussi, tout ne va pas de soi : la part consentie à l’éducation dans le budget de l’aide internationale est réduite au minimum.

Un document de l’Unesco (http://unesdoc.unesco.org/images/0022/002280/228057F.pdf) montre que l’éducation est le parent pauvre de l’aide humanitaire, elle ne reçoit que 2,4 % (2013) et passe largement après l’alimentation et la santé. Quel choc d’apprendre cela !

Voilà, j’ai poussé mon cri… mais après ? Comment faire changer le regard de nos communautés, quartiers, villes et pays sur les questions de l’école et de l’enseignement ? Comment j’ouvre les yeux, et rejoins d’autres pour concrètement se soutenir entre édiles, enseignants, éducateurs et parents ? Pour marcher ensemble, se reconnaissant partenaires pour un même but, faire de nos enfants, de nos jeunes des citoyens actifs et responsables, bâtisseurs du monde de demain.

Le mythe d’une éducation pour Tous !


L’UNICEF proclame le droit à une éducation de qualité pour tous les enfants selon la Déclaration des Droits de l’Homme.  Mais bien que les droits existent, ils ne sont pas applicables car des millions d’enfants en âge de fréquenter l’école dans les pays en développement grandissent en marge de l’éducation de base.

57 millions d’enfants d’âge primaire ne sont pas scolarisés dans le monde, les filles en constituent la grande majorité d’après le rapport de l’UNESCO élaboré en consultation avec plusieurs partenaires dont l’UNICEF.

Beaucoup d’enfants ont raté leur éducation à cause des fragilités dues aux conflits et de la grande pauvreté. Nous ne pouvons plus regarder tourner les pages des calendriers et permette un tel gaspillage. Nous ne pouvons plus être témoins d’un tel gâchis.

Les institutions gouvernementales et non gouvernementales – quel que soit le pays riche ou pauvre, développé ou non développé – continuent à laisser les enfants pauvres rester analphabètes.

Les enfants vivant dans l’extrême pauvreté se retrouvent dans la rue dès leur plus jeune âge au lieu d’apprendre pour un avenir meilleur, pour sortir leur famille de la pauvreté.

Beaucoup de facteurs font que l’enfant n’est pas à l’école. Parfois les parents ne peuvent pas inscrire leurs enfants faute  d’acte de naissance.  Pendant la période de guerre en Côte d’Ivoire et dans d’autres pays d’Afrique beaucoup d’enfants ont manqué l’école. L’été dernier une vingtaine d’enfants à Bouaké se sont inscrits dans l’école de leur localité et il y a des milliers et des milliers qui n’ont même pas pris le chemin de l’école.  Les parents se battent pour que leurs enfants puissent avoir une place dans l’école. Myriam n’a pas pu faire sa rentrée faute de bancs et de tables.  Où va-t-on ? Quel avenir pour une éducation pour Tous ? Comment peut-on dire à un enfant il y a une place pour toi et à un autre il n’y a pas de place faute de banc ?

Les directeurs d’écoles ne savent plus quoi faire pour donner une place aux enfants. Mr. Didoba inspecteur de l’éducation à Bouaké parle du manque d’effectifs dans les écoles et combien c’est difficile pour satisfaire à la fois les demandes des parents et les instituteurs qui travaillent avec peu de moyens. Parfois les instituteurs ne sont pas payés pendant des mois. Il disait : « la crise a tout gâté, nous n’avons pas assez de classes pour tous les enfants. Nous n’avons pas assez d’argent pour le fonctionnement des écoles. Les parents sont aussi négligents, lorsque nous leur disons de venir inscrire les enfants ils ne viennent pas. Et puis le COGESE (c’est le groupe parents-élèves qui a pris une part de responsabilité en construisant des écoles dans leurs quartiers) ne fait plus rien. »

« Il ne suffit pas d’inscrire l’enfant à l’école, il faut aussi faire un suivi de l’enfant pour qu’il ne s’absente pas car durant la saison des pluies l’enfant ne va pas à l’école car il doit aller soutenir les parents dans les champs », témoignait Martin directeur de projet d’une association pour le droit de l’enfant.

Il est 8 heures du matin, pendant que d’autres enfants dans leur uniforme prennent le chemin de l’école, Mamadou, 8 ans part travailler dans son habit tout noir de cambouis. Il se qualifie tout fièrement « Moi je suis mécanicien de moto ! » Quel avenir pour Mamadou ! Il n’a même pas le temps de jouer avec les enfants de son âge. Il assure déjà sa responsabilité de travailleur et sera sûrement un mécanicien qualifié en gagnant sa vie à 18 ans. Il n’aura pas appris à lire, à écrire et à compter. Il sera compté parmi les analphabètes. Ses parents disent « Au moins il pourra gagner sa vie en étant mécanicien. » . Beaucoup de parents vivant dans des situations précaires voient leurs enfants apprendre un métier dès leur plus jeune âge plutôt que d’aller s’asseoir sur les bancs de l’école « où ils n’apprennent rien de bon » disent-ils ! Ils n’ont plus confiance dans une éducation de qualité pour leurs enfants.

Le problème du chômage s’ajoute à cela car les jeunes qui se retrouvent sur le marché du travail après leurs études tertiaires ne veulent plus opter pour devenir enseignant puisque c’est la « crève misère » en Afrique. Il y a des professeurs qui font deux emplois pour subvenir aux besoins de leur famille. Il y en a même qui ne sont même pas payés durant ces années de crise. « Dans les années à venir l’Afrique serait en crise dans le domaine de l’éducation à cause d’un manque d’enseignants » témoignait Tieu un jeune universitaire.

Si la Déclaration des droits de l’homme proclame une éducation de qualité pour Tous, pour des milliers de familles vivant dans la pauvreté cela reste un mythe car l’école continue à créer des analphabètes parmi les leurs.

La vision de l’éducation consacrée dans la Convention des droits de l’enfant et dans d’autres instruments des droits de l’homme reconnaît le droit à l’éducation comme le fondement de la pratique de la citoyenneté démocratique.

La révolution de l’éducation s’appuie sur deux éléments –  proclame l’UNICEF – l’accès à un enseignement de qualité et une approche fondée sur les droits de l’enfant.

Pour que l’éducation ne reste pas un mythe il faut appliquer les droits à l’éducation pour Tous. Il faut qu’il y ait une volonté politique et les ressources requises pour faire bénéficier tous les enfants du monde surtout les enfants vivant dans l’extrême pauvreté d’une éducation de qualité pour un avenir meilleur.

 

Maria VICTOIRE – Côte d’Ivoire