S’engager aux côtés des enfants et familles qui vivent l’extrême pauvreté

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Saleh Kazige ABASI,

République Démocratique du Congo

Il y a de cela 8 ans environ, j’ai été enfant Tapori. On se rencontrait une fois par semaine, autour d’une lettre Tapori, un livre, une histoire, des travaux communautaires ou simplement pour faire des jeux et des chants. C’était merveilleux! Tapori est une branche enfance d’ATD Quart Monde, un mouvement international créé en 1957 par Joseph Wresinski dans le camp de Noisy-le-Grand, près de Paris. C’est un courant mondial d’amitié entre les enfants de différents milieux qui rêvent d’un monde plus juste, de paix et où il n’y aura plus de pauvreté.

Ayant grandi dans cet esprit d’amitié, quand nous avons atteint plus de 15 ans, et puisqu’on ne pouvait plus faire partie de Tapori, il a fallu alors trouver un autre espace qui nous permettrait de conserver ce lien d’amitié et de fraternité qu’on avait bâti durant toute notre enfance.

Alors ensemble avec les amis on a créé le groupe « Dynamique jeune » : ainsi, par l’initiative des jeunes qu’on était devenus, appelés à l’origine enfants Tapori et grâce au soutien des aînés, est né un groupe d’accompagnateurs des enfants dont le but était d’aider ceux-ci à devenir des véritables citoyens de demain qui pourront servir dignement l’humanité.

C’est en fait un engagement qu’on a pris. Le rôle des animateurs étant d’animer ces enfants, les accompagner dans l’accomplissement de leurs rêves et faire en sorte qu’ils gardent leurs esprits ouverts face à l’avenir. Un avenir radieux et commun.

Sur le long du chemin, nous connaissons différentes situations qui nous rendent parfois impuissants. Dans une réunion où nous avions parlé de l’engagement des jeunes aux cotés des enfants et familles qui vivent en situation d’extrême pauvreté, Toussaint KARAGI, qui est également animateur Tapori, a fait savoir que ce qui lui, le décourageait était d’abord les propos d’autres jeunes, entre-autres ses collègues de classe : « …quand je leurs dis que je vais à la rencontre, ils me disent qu’à force de traîner avec les enfants je finirais par redevenir aussi enfant. Mais ils ont tort, parce que ces enfants sont nos petits frères et petites sœurs. Il est de notre devoir de les soutenir et d’apprendre avec eux ».

Les épreuves auxquelles nous avons été soumis à un certain moment dans notre engagement sont donc multiples. Néanmoins, au-dedans de chacune d’entre elles existait un élément qui nous a redonné espoir et nous a remis sur les rails. En fait, ce sont ces obstacles qui donnent du sens à notre engagement.

Aujourd’hui, je peux comme Toussaint, affirmer que les enfants ont des choses à nous apprendre et qu’on ne peut espérer changer le monde que si et seulement si on investit dans l’enfance.

A travers les actions qu’ils font, l’amitié et la solidarité qu’ils bâtissent entre eux, les enfants apportent le changement et contribuent à l’épanouissement de l’humanité. Si nous voulons vaincre la misère et mettre un terme à tous les autres fléaux qui, aujourd’hui comme hier, accablent l’être humain, c’est avec les enfants que nous devons commencer car, « ils sont le monde de demain ».

A savoir : Cette année le thème choisi pour le 17 octobre est « Agir ensemble pour donner aux enfants, à leurs familles et à la société les moyens de mettre fin à la pauvreté » et marque les 30 ans de la convention des droits de l’Enfant.

De l’ignorance à l’espoir

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Christian Rhugwasanye

Bujumbura – Burundi

Dans l’après-midi du dimanche 4 Novembre 2018, nous avons organisé une rencontre pour célébrer la journée mondiale du refus de la misère à Bujumbura. Elle a réuni les jeunes du Mouvement ATD Quart Monde résidant au Burundi et les enfants pris en charge par la fondation MARIA ARAFASHA Burundi ainsi que leurs encadreurs autour de deux questions principales :

C’est quoi le Mouvement ATD Quart Monde ?

Pourquoi célèbre-t-on la journée mondiale du refus de la misère ?

Parmi les invités, Papa MWEHA, un maçon et militant qui a connu le Mouvement il y a quelques mois seulement. A la fin de la célébration, au moment où tout le monde se disait au revoir, il s’est approché de moi avec un sourire plein d’espoir et m’a dit à voix basse : « C’est la première fois de ma vie que je peux profiter d’une journée où je ne travaille pas ! J’ai senti que j’ai reçu plus de ce que je reçois chaque jour, parce que dans mon travail, je subis souvent les injures et les reproches de certains de mes clients.

Malgré tous les efforts que je fais avec ma famille pour combattre notre vie de pauvreté, j’ai toujours eu l’impression de construire une maison sur le sable, et parfois je me dis qu’il serait mieux de tout arrêter, voir même mourir! Personne ne nous disait jamais « courage », personne ne nous soutenait pour nous donner espoir. Au contraire on nous dit que nous perdons notre temps et qu’il serait mieux d’accepter notre situation et d’arrêter de faire des efforts car notre situation ne pourra jamais changer.

Cela limite nos idées et aspirations, ça nous coupe vraiment les ailes pour aller loin dans notre lutte. Le plus dur est de voir des personnes qui au lieu de nous donner du courage, pensent que nous sommes condamnés à vivre comme si on n’existait pas ! Malgré les découragements et la solitude, si nous rencontrons une autre personne délaissée, mais qui a la conviction que sa situation peut prendre fin un jour, on peut s’unir avec elle pour étendre nos voix, allonger nos pieds et renforcer nos ailes pour voler très loin tous ensemble et changer nos histoires. »

Je lui ai répondu : « c’est vraiment touchant cher papa, et maintenant qu’est-ce que tu ressens ? »

« La joie, rien que la joie et je me sens très confiant en mes efforts car juste à travers le nom ‘journée mondiale du refus de la misère’, j’ai senti que j’ai de la valeur. En plus, je viens d’apprendre qu’il y a des gens qui se sont unis dans les années passées pour dire non à la pauvreté et qui continuent à combattre au jour le jour pour que les droits de toute personne défavorisée soit respecté par tous et partout ! Je me sens uni avec toutes ces personnes-là car elles ont aussi fêté cette journée d’après ce que je viens d’entendre.

Maintenant je sens que je ne construis pas sur le sable avec ma famille, car d’autres ont mis une dalle qui forme un sol dur sur laquelle est écrit « là où des Hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’Homme sont violés. S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré. » ! Moi et les autres à travers le monde nous pouvons déjà y construire et aspirer à une réussite collective de nos efforts et ainsi nos enfants viendront mettre la toiture sur notre maison. »

J’ai voulu raconter ce témoignage car à mon arrivée au Burundi depuis la République Démocratique du Congo, personne dans mon entourage comprenait le fait que la solidarité, le partage, l’entraide et le travail peuvent mettre fin à la pauvreté ! Rencontrer Papa MWEHA qui milite pour sortir de la misère, comprendre ATD Quart Monde et le sens du 17 octobre, m’a donné beaucoup d’espoir pour que le peuple burundais s’unisse pour éradiquer la pauvreté.

Forum Social Mondial 2018 Salvador de Bahia

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Guillaume Amorotti

Brésil

Le Forum social mondial, né en 2001, réunit tous les deux ans les organisations citoyennes qui pensent qu’« un autre monde est possible ». Il se présente comme une alternative sociale au Forum économique mondial qui se déroule chaque année en janvier à Davos, en Suisse.
Après Porto Alegre, Mumbai, Nairobi, Belém, Dakar, Tunis, Montréal, il a eu lieu cette année à Salvador de Bahia du 13 au 17 mars. Le choix de ce lieu n’est pas anodin dans un contexte tendu avant les prochaines présidentielles au Brésil.
Grâce au soutien du CRID Centre de Recherche et d’Information pour le Développement, ATD Quart Monde est présent aux côtés d’associations œuvrant pour les droits humains, l’environnement, la solidarité internationale, avec par exemple pour la France : FORIM, CCAS, Quartiers du monde, Politis, Attac, Mouvement de la paix, SOL, Ritimo, Dialogues en humanité, Collectif éthique sur l’étiquette, No vox, France Amérique latine, Fondation France libertés.

Il est important pour ATD Quart Monde de participer au FSM. La voix des jeunesses du monde est de plus en plus attendue et écoutée par les sociétés civiles nationales, dans des institutions et dans des forums internationaux.

Cette année, les questions d’écologie, les droits des femmes, le numérique, le droit des peuples sont au cœur des débats du Forum – que Vincent Verzat et son équipe de « Partager c’est sympa » ont couvert chaque jour.

Après la grande marche d’ouverture (cf Journal d’ATD Quart Monde d’avril), voici un retour sur les journées du Forum jusqu’à la clôture le 17 mars.

Le premier atelier est animé par un membre de la délégation française. Le thème : le projet d’une marche mondiale en 2020 de Delhi à Genève.
Cette marche portera le nom de Jai Jagat (Victoire du monde, victoire de tout le monde). Elle est proposée par Rajagopal, porte-parole d’Ekta Parishad, mouvement indien non violent qui compte 3 millions de membres avec comme objectif de promouvoir un autre modèle de développement et dont l’idéal serait « de transformer la frustration de la jeunesse dans le monde en énergie renouvelable pour l’espoir ». C’est beau, c’est fort et ça promet d’être puissant.
Un des ateliers proposés : « Ni assistance, ni assisté(e)s ? » a pour sujet « Comprendre dans quelle mesure le soutien public ou privé peut devenir l’instrument du statu quo ! ». Un autre : « Lutte des stéréotypes de genre dans la lutte contre le décrochage scolaire ». Dans cet atelier, il y a des Marocains, des Québecois, des Français et un Indien.

C’est passionnant. Les rencontres sont inattendues et immédiates, comme par exemple avec un animateur d’atelier lors du world café après un spectacle de rue mettant en scène des combats menant à l’abolition de l’esclavage.
Le forum a vécu aussi un grand moment d’émotion après l’assassinat de Marielle Franco à la veille de sa visite prévue sur le campus du FSM. Femme noire, féministe, lesbienne et défenseure des droits humains, elle dénonçait particulièrement la violence de l’armée dans les favelas – voir l’article du Monde.
Nous avons tous fait une pause pour lui rendre un hommage et nous avons marché jusque dans la ville pour bloquer la ville de Salvador de Bahia.

On pouvait entendre scander  « Le sang de Marielle alimente notre terre et notre lutte ! »  – retour en vidéo sur la manifestation spontanée en hommage à la militante.

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Le vendredi 16, l’assemblée mondiale des femmes se déroule sur la place Terreiro de Jésus, dans le centre historique. Nous sommes un peu déçus. Nous nous attendions à pouvoir échanger par groupes thématiques. Mais une grande scène nous fait face, avec un écran géant de chaque côté et un flot continu de prises de paroles.
Une énergie folle secoue la place. Les femmes du monde prennent la parole, crient parfois, car les maux dépassent les mots.

Retour au campus pour l’atelier Intercoll. Un projet pour compléter la forme existante du FSM en développant un réseau de 3 à 4 000 sites de mouvements altermondialistes et pour permettre d’échanger sur des thématiques précises. Tout ceci pour préparer au mieux les prochains Forums.

Après trois heures d’atelier, il est l’heure de partir mais une Brésilienne intervient : « Comment peut-on donner de l’espace à des personnes qui viennent d’autres communautés car je pense que le FSM devient trop intellectualisé ? ». Vaste question qui mériterait une autre table ronde.

Arrive déjà le samedi 17 mars : un moment festif et culturel est prévu l’après-midi pour clôturer le Forum. Des street-artistes en profitent pour investir tout le campus.

ATD Quart Monde est présent au FSM depuis ses débuts. Pour moi, c’était une première. J’ai fait le plein d’énergie. Je repars avec de nombreux contacts et projets, avec aussi une foule d’images, d’odeurs, de souvenirs. Mais également avec la frustration de la barrière de la langue.

Il est facile de critiquer les FSM et leur fonctionnement autogéré qui peut paraître désorganisé. Mais réussir à réunir autant de personnes engagées, c’est énorme.

Des milliers de citoyens du monde brisent les frontières visibles et invisibles. Le Forum est un lieu neutre où, par exemple, sur la même scène des femmes marocaines et Sahraouis portent les drapeaux de leurs nations respectives. Un lieu bienveillant et porteur d’un avenir plus juste.
La matière et l’énergie y est. A nous maintenant de les transformer en actions concrètes.
Je suis fier et heureux d’y avoir participé. Je vais essayer de continuer à faire rayonner tout ce qui m’a nourri pendant une semaine !

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L’avenir de l’humanité est entre nos mains

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17Octobre-Charles RPhoto : Charles Ngafo, à l’occasion de la Journée Mondiale du refus de la misère à Bangui

Jacqueline Plaisir

République de Centrafrique

L’actualité tumultueuse nous ballote d’une catastrophe à une autre, et au cœur même de ces bouleversantes crises, il y a la persistance de la misère. On peut dire : il y a la misère qui prend des galons. Et face à ce qu’on pourrait regarder impuissant, comme une fatalité, il y a des femmes et des hommes debout, qui résistent par la solidarité et le sens profond de la dignité.

De la Centrafrique, si nous sommes à l’écoute de l’appel silencieux de la misère, nous percevrons le message de tous les résistants. « Le sens de la vie, pour nous, c’est aider ceux qui sont plus faibles » déclarait Charles le 22 octobre dernier. Lui que la misère prive de tout, il nous invite simplement à regarder autrement ceux qui arrivent les pieds nus et les vêtements en lambeaux, à l’image de leur vie limée par la misère. Ils frappent à nos portes pour un peu d’amitié et retrouver dans nos yeux et à travers nos paroles l’écho de leur humanité.

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« Il y a un mois de ça, un jeune est venu dans la cour. Il m’a demandé 100 Francs (0,15 €) pour prendre la bouillie. Je lui ai demandé comment tu viens me demander ça. Il a répondu : je viens de loin, de loin

– Loin comment ?

– De Bangassou

– qu’est-ce qui fait venir ici si tu étais à Bangassou ?

Alors il raconte. Un jour, il a retrouvé la maison brûlée, et toute sa famille. C’est cette violence qui l’a poussé à fuir. Il a passé un mois en route pour arriver à Bangui, et cela faisait une semaine qu’il était à Bangui, à errer sans famille.

Lorsqu’il m’a expliqué cette histoire, cela m’a touché et je lui ai demandé « Tu vas où ? ». Il n’avait nulle part où aller, alors il est resté avec moi.

Et puis un matin, le cadet m’a dit qu’il voulait avoir un métier, se former. Nous sommes allés à Don Bosco. Nous nous sommes renseignés, çà coûte cher. Je me souviens qu’à mon époque, c’était gratuit, et j’en avais profité. J’ai demandé au jeune s’il avait des papiers, il me dit que tout cela a été brûlé. L’état du pays aujourd’hui ne rend pas service à des jeunes comme lui, dans ce qu’il vit. Tout ça me touche, j’y pense tout le temps. Parce que moi aussi, j’ai traversé des moments pas faciles, et je n’ai rien. Et nous à Bangui aussi on a vécu la crise.

Comme nous sommes dans un mouvement qui pense l’éducation, j’ai parlé avec les autres. L’idée n’est pas de lui donner de l’argent mais de l’éducation pour qu’il devienne quelqu’un de bien et à son tour aide d’autres.

« Nous voulons ensemble porter l’espoir de ce jeune, et la fraternité que Charles nous enseigne », nous dit Gisèle , une maman qui tous les jours pense que nous devons l’avenir à nos enfants. « Dans notre pays bouleversé, il y a beaucoup de jeunes comme le Cadet et d’autres comme Charles qui nous obligent à ne pas baisser les bras devant la difficulté et nous poussent à nous mettre ensemble pour construire la paix, construire un monde avec tout le monde ».

Dans le monde trop injuste, il y a trop de personnes qui sont en errance, fuyant la misère, cherchant la vie au cœur de l’urgence et la violence, cherchant la paix. Il y a de par le monde et ici des personnes qui savent aller vers eux et marcher ensemble pour créer des chemins d’avenir. Ces résistants à la pauvreté, à l’exclusion, à la violence qui minent notre humanité nous rappellent le message de Joseph Wresinski, initiateur d’une rencontre nouvelle entre les hommes «  le monde n’avance pas à cause de ses conquêtes militaires ou économiques, à cause de ses idéologies ou ses profits gagnés par les uns sur les autres. Bien au contraire ! …. Ceux qui font changer le monde, ce sont des gens comme nous qui, au-delà de l’amertume, avons retrouvé l’espoir dans la fraternité. C’est parce que nous mettons notre espoir dans la fraternité que l’avenir de l’humanité est entre nos mains. »

Pisée : le travail communautaire pour sortir de l’isolement

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Par Saint Jean Lhérissaint

Haïti

Depuis le début de janvier 2018, il existe une petite équipe d’ATD Quart Monde dans la commune de Jean Rabel (Nord-Ouest d’Haïti). Notre toute première activité consiste à aller dans toutes les localités de toutes les habitations situées dans les trois sections choisies, pour créer des liens, construire l’amitié, et aussi découvrir les petits coins que nous n’avons pas pu voir encore. Nous voulons nous assurer que nous ne ratons pas les coins les plus reculés. C’est ainsi que nous découvrons Pisée.

Pisée est l’une des 11 localités de la section communale Lacoma. On ne passe par là pour aller dans aucun lieu, encore moins des lieux célèbres. On y va seulement si on a besoin d’être dans cet endroit-là tout simplement. On ne va pas chercher grand chose non plus dans cette localité  bien isolée, sans équipement de base. Le centre de la section n’est pas tout près. Le bourg de Jean Rabel est à environ une trentaine de kilomètres.

À Pisée, il n’y a pas de centre de santé, ni d’autres infrastructures. Seule une petite école primaire dessert la population. Les enfants qui veulent commencer le troisième cycle fondamental doivent faire au moins deux heures de route par jour. Les paysans qui « osent » être malades font la même distance pour recevoir les premiers soins.

On accède à ce lieu par une petite route à peine carrossable, large d’environ 3 mètres et même moins à certains endroits. Cette route, que nous n’osons pas prendre avec notre voiture, conduit au centre de Pisée, à l’exclusion des autres localités comme Duclos, Morvan etc.… Les conditions de la dite route sont difficiles car elle est composée en majeure partie de pentes raides. Les dernières pluies qui se sont abattues sur le Nord-ouest ont empiré la situation.

Cette route a été construite par les habitants de Pisée, grâce à l’initiative « Journée communautaire », organisée chaque mercredi, pour permettre l’accès à leurs habitations en voiture. « C’est nous qui sommes isolés, nous devons nous unir pour sortir de cette situation. C’est pourquoi aucun habitant ne rate jamais l’occasion de participer à la journée communautaire », lâche Bertha, une paysanne vivant à Pisée.

Pisée : isolée, loin des yeux, loin du développement. Mais une population débout, unie et accueillante y habite. L’isolement de la zone diminue grâce à l’esprit communautaire des habitants, grâce à la construction de la route quoi que étroite et escarpée.

C’est cet effort de coopération qui fait toujours la force des petites communautés rurales isolées et défavorisées.

« C’est la différence qui est jolie… »

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Pascal Percq

France

En venant à cette rencontre j’avais en tête une mélodie entendue un soir sur les bords du Niger, chantée par le Malien Salif Keita « La différence »… Ce jour là, il était question de « différences », de « tolérance » avec des personnes qui pour beaucoup d’entre elles ont vécu l’intolérance du regard de l’autre, le jugement a priori, d’être non considéré, d’avoir été victime d’une stigmatisation liée justement au fait qu’à un moment de leur vie elles ont été considérées comme « différentes ». Dans une société normative –intolérante- qui célèbre les « gagnants » et enfonce ceux qu’elle juge, selon ses critères, des « perdants ».

Cette rencontre, c’était une Université populaire quart monde, lieu de formation mutuelle, de confrontation de paroles et de savoirs de vie, dont le thème était cette fois: « la tolérance ou comment s’enrichir de nos différences ». Un thème « sensible » donc pour tous ceux qui ont l’expérience de … l’intolérance.

« Je me fais moquer depuis que je suis en fauteuil » dit Fred. Catherine : « Mon aînée a été placée on m’a dit « tu ne sais pas t’en occuper ». Ils devraient dire pourquoi ».

Un petit groupe a listé toutes ces différences susceptibles d’engendrer des comportements intolérants. Une liste quasi inépuisable. « Croyances, originalité, religion, ses qualités, être étranger, français. Selon les vécus dès l’école, des enfants qui comprennent vite, d’autres pas tout de suite. Même dans le sport, il y a des différences. On est riche, on est pauvre. On est différent dans l’organisation de sa vie, du sommeil, de l’alimentation. Dans les relations familiales, proches ou lointaines (certains abandonnent leurs parents ou sont abandonnés). Les Rroms (qui n’ont pas de solution) et sont traités comme des malpropres, il n’y a pas de tolérance pour eux. Ceux qui ont une maison, ceux qui n’en ont pas. Selon son statut juridique. Sa couleur de peau, et même de cheveux (malheur aux rouquins dans les cours de récréation !). Différences culturelles : les Français passent des heures à table c’est différent dans d’autres cultures. Différence selon le genre, l’orientation sexuelle, l’âge. Celui qui est handicapé ou bien portant. Dans les comportements avec les autres : il y a ceux qui parlent et ceux qui ont honte de parler… »

Les différences : on pourrait en conclure que chacun est différent y compris pour la seule couleur des yeux. Mais alors ? Le groupe poursuit : « On a tous le même sang, d’une même couleur qui coule. On est tous différents mais égaux. En principe ».

Cette expérience d’avoir été victime de l’intolérance a pu conduire certains à rejeter les autres, à se sentir méprisés, à ne plus avoir confiance en soi. Et puis un jour, il se passe une rencontre. Et tout change. De pouvoir en parler à plusieurs, « ça change la vie ». « Il faut parfois du courage pour se dépasser et oser aller vers l’autre. « J’étais intolérant avec les autres, maintenant je me dis que je n’agirai plus comme je le faisais avant. Parce qu’un jour, notamment dans mon petit groupe, quelqu’un m’a écouté et j’ai compris que cette personne dont je me méfiais, elle gagnait à être mieux connue. Je me suis enrichie à son contact ». « C’est la connaissance qui nous fait dépasser le rejet, d’être confronté à quelqu’un qui n’est pas comme vous ».

Oser faire « le pas de côté ». « Sil n’y a pas de respect, il n’y a pas de tolérance ». Quelqu’un ajoute : « La tolérance ça peut être parfois négatif : on dit je tolère en fait parce qu’on est indifférent ». « Être tolérant ça peut être aussi de la lâcheté : se soumettre et ne rien dire parce que l’autre est plus fort ». « La tolérance ça commence par soi. Si on ne s’aime pas, comment être tolérant avec les autres. »

D’avoir été soi-même victime de l’intolérance, serait-ce donc une expérience… positive ? « Moi je sais ce que c’est que d’être jugée. Alors je ne veux pas juger les autres. Au contraire, je veux leur dire de dépasser ça. »

Pour Fatiha : « La tolérance, c’est le fait d’accepter la personne telle qu’elle est, même si elle réagit et a des goûts différents, car nul n’est parfait, y compris nous tous. Nous sommes tous différents et avons des défauts et des qualités. La tolérance ça s’apprend, ça apaise : tout devient plus cool. Être curieuse de connaître, de savoir et comprendre cette différence de l’autre, c’est aussi apprendre à se protéger, à ne pas se laisser marcher sur les pieds… » Catherine commente: « J’écoute beaucoup de musique. Et même dans une autre langue, je comprends ce que ça veut dire… » Musique…

Au soir de cette rencontre, je réécoute Salif Keita, le chanteur malien et sa chanson « La Différence ». Pour le chanteur : « la différence, c’est justement la richesse de la vie ». Cet Africain, albinos et mal traité pour cela depuis son enfance – jusqu’à ce qu’il devienne une vedette internationale- chante : « Je suis un noir, ma peau est blanche. Et moi j’aime bien ça. C’est la différence qui est jolie. Je voudrais que nous nous entendions dans l’amour. Que nous nous comprenions dans l’amour et dans la paix. La vie sera belle. Yeh, la vie sera belle. »

Tous héritiers de cette histoire

Par Jacqueline Plaisir

Sénégal

Jacqueline Plaisir est volontaire permanente d’ATD Quart Monde. Elle a longtemps été impliquée dans l’équipe d’Haïti, puis dans celle de la Délégation générale. Actuellement dans l’équipe de la Région Afrique, elle a eu l’occasion de visiter la maison des esclaves sur l’Ile de Gorée avec des membres du Mouvement.

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Écrit dans le livre d’or de la Maison des esclaves de Gorée, Sénégal, Novembre 1987.

 

Quelques jours après mon arrivée à Dakar, avec mon mari, je découvrais le lieu d’où mes ancêtres avaient été arrachés à leur communauté, à leur terre, pour être déportés de l’autre côté de l’océan. De la porte du non retour, je contemplai la mer qui avait englouti tant de désespoirs. Cette mer indéfiniment mouvante fut un refuge pour ceux qui voulurent se soustraire aux tortures, pour d’autres, elle fut la lugubre complice des vendeurs d’Humains, se débarrassant de corps trop faibles pour être rentables. Je contemplai l’étendu de l’océan, sans fin, sans repères comme nos siècles sans mémoire.
Je suis de ce peuple rescapé de l’enfer, créant sa propre histoire de bribes de souvenirs sauvegardés malgré la ronde imposée autour de l’arbre de l’oubli à l’arrivée dans le « nouveau monde ». Nous sommes de ce peuple des survivants, réinventant la vie là-bas, de l’autre bord de la mer, loin de notre terre originelle, terre de nos ancêtres. Que ne nous a-t-il pas fallu traverser pour continuer à exister ? Est-il trop tard pour retrouver la mémoire ? De retour sur notre continent encore meurtri, ne pouvons-nous pas nous asseoir, sous l’arbre à palabres pour se dire, avec nos mots, ce que nous pouvons saisir des méandres de nos destins ?

 

A l’écart des compagnons, j’ai pleuré en silence, j’ai gémi en cachette, je me suis recroquevillée dans le trou où l’on abandonnait les réfractaires, collée aux murs de la salle des jeunes pubères que l’on ménageait comme prometteuses de plus copieux bénéfices. Je suis restée un temps en silence, laissant défiler sous mes yeux une multitude de visages, des miens, et de ceux qui m’ont fait découvrir le sens du courage et de la dignité face à la misère qui harcèle et face à laquelle l’on résiste dans un héroïsme sans reconnaissance. Ils sont de ce peuple fier qui refusa l’ignominie de l’esclavage et qui fit naître la première république noire. Ils sont d’Haïti. Ils sont Haïti. Ils sont mes maîtres à l’école de la vie.

Ils m’ont ouvert les yeux sur tant de souffrances qui perdurent à travers le monde. Tant d’injustices parce que des hommes, certains fous de pouvoir, cupides, d’autres insensibles et ignorants, ou tout cela à la fois, se mettent à mépriser leurs semblables, et ainsi les traiter en inférieurs, les acculant à la honte et l’indigence. Comme l’esclavage et l’apartheid, dénis d’humanité, la misère est violence.

Mon mari est revenu vers moi et nous nous sommes mêlés aux autres. Nous étions là, du Sénégal, de Burkina Faso, Cameroun, Côte d’Ivoire, Centrafrique, Tanzanie, République démocratique du Congo, Rwanda, France, Angleterre, Canada, tous héritiers de cette histoire, ayant choisi notre lignée : celle des tisserands, convaincus comme Amadou Ampaté Ba que «de même que la beauté d’un tapis tient à la variété de ses couleurs, la diversité des hommes, des cultures et des civilisations fait la beauté et la richesse du monde», et qu’il nous reste à explorer cette richesse qui nous vient de ceux qui vivent les humiliations et les violences de la misère. La richesse de leur savoir forgé à lutter pour la dignité humaine, fondement des droits de l’homme.

Nous avons déambulé encore un peu dans les couloirs de la maison des esclaves, en silence. Elle est témoignage pour que jamais l’indifférence n’ensevelisse notre espoir qu’un jour l’humanité rayonne de la richesse de tous ses membres, dans la multitude de ses cultures sans que personne ne se sente supérieur ou inférieur à l’autre.

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Joseph Wresinski sur l’Ile de Gorée, 1987

 

Diplômée et courageuse

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Je suis une chef d’entreprise appelée « Beignetariat » (Roberstine, Cameroun) Photo d’une vendeuse de beignet, Kalaranet magazine

B. Ndeenga

Cameroun

La journée internationale de la femme (8 mars dernier) me donne l’occasion de montrer le courage d’une jeune femme connue dans un quartier de la ville de Yaoundé au Cameroun.

Il s’agit de Roberstine. Diplômée de l’enseignement supérieur et vendeuse de beignets…
Âgée de 25 ans,c’est depuis sa tendre enfance que Roberstine a fait ses premiers pas dans la vente des beignets auprès de sa maman. Elle l’aidait à vendre pendant que celle-ci les faisait frire. Lorsque sa maman devint totalement invalide suite à la disparition brutale de son mari, Roberstine, aînée d’une fratrie de 7enfants et mère d’une fillette, prit le relais de l’activité.

Ce fut une transition assez difficile pour cette jeune femme titulaire d’un master en communication des entreprises. Tout le quartier s’était habitué à la voir sortir chaque matin, vêtue de beaux vêtements, aller à la recherche du boulot. C’était avec plaisir que les parents et ses congénères lui souhaitaient bonne chance. Tout le quartier lui présageait un avenir radieux dans l’administration. Jusqu’au jour où l’espérance céda la place à l’étonnement et la stupéfaction. Roberstine faisait frire les beignets et les vendait.C’était l’incompréhension dans le quartier. Que lui arrivait-il donc  ?

Elle nous livre son témoignage :
« De l’extérieur, beaucoup de personnes ne pouvaient pas comprendre ce choix. L’urgence s’était faite ressentir. Ça devenait très difficile de vivre à la maison. Il n’y avait plus de sources de revenus. Papa était décédé et maman, invalide. Il fallait faire un choix et je l’ai fait sans hésiter. Dès les débuts, c’était très difficile. Comment affronter le regard de mes camarades ? Ceux-ci me disaient que je déshonorais mon diplôme et faisais honte à toutes les jeunes filles qui voulaient aller à l’école. Mais au fond de moi, je savais que je creusais un autre chemin, celui de décomplexer la jeune femme qui doit avoir le courage de vivre sa vie sous toutes ses facettes. J’avais cherché du boulot pendant 5 ans sans succès. De plus, je me sentais responsable de ma famille. Il fallait la soutenir, envoyer mes cadets à l’école, s’occuper de la santé de maman… Le temps n’était plus de se dire diplômée. J’ai retroussé mes manches. J’ai troqué mes belles tenues contre les vêtements remplis de graisse, j’ai cessé de rêver d’un bureau confortable pour la rigueur du feu du bois, j’ai abandonné la coquetterie de jeune fille pour les brûlures de l’huile bouillante, la douceur de mon lit pour la rudesse du froid, car il faut que je me réveille chaque jour à 3 h du matin pour pétrir la farine. J’ai appris à ne plus faire attention au regard des autres mais à puiser mon courage dans le regard de ma mère et dans la résilience de mes frères et soeurs qui me soutiennent.
Après 5 ans d’activité, je le dis haut et fort : je suis une chef d’entreprise appelée « Beignetariat ». Je m’occupe totalement de maman, mes frères et mon enfant vont à l’école. Toute la famille a le minimum vital. Ma ténacité et mon courage ont mis ma famille hors du besoin et je suis très contente d’accompagner des jeunes filles diplômées qui veulent suivre mon exemple. »

La liberté d’aller son propre chemin

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Encore sept kilomètres sous la pluie…

François Jomini,

Berlin, Allemagne

Avis de recherche : une famille inquiète lance un appel au sujet d’un homme, un fils, un frère. On sait qu’il vivait à la rue, on est sans nouvelle de lui. C’est dans les centres d’hébergement d’urgence, très actifs en hiver, qu’un homme, une femme ont parfois été reconnus par des semblables pour la dernière fois, avant de disparaître, happés par une bouche de métro.

Sylvia, qui porte la responsabilité d’un tel centre, un logement pour une dizaine de personnes dans une petite ville du nord-est de l’Allemagne, parle de ses hôtes avec infiniment de tendresse. Cet homme à bout de forces, qu’elle avait réussi à convaincre de son droit à prendre du repos, à se refaire une santé, à reconsidérer sa vie dans un environnement plus propice que les lieux de passage perpétuel. Il est resté deux ans, puis d’un jour à l’autre, il a repris la route. Sylvia ajoute qu’il ne les a pas quittés fâché, ou découragé, non, il a continué son chemin. Il revient de temps à autre pour la saluer, saluer des amis. Qui sait le prix qu’un homme est prêt à payer pour assumer jusqu’au bout sa liberté d’être dans un monde qui le refuse ?

Cette misère n’a pas de nationalité, puisqu’à une certaine limite, on perd jusqu’à son identité.

En cet hiver berlinois, je pense à ces quelques personnes que nous connaissons depuis peu, dont la vie est un combat de chaque jour pour ne pas sombrer, ne comptant pour personne et parfois même si peu à leurs propres yeux. Juste maintenues en vie par l’assistance, pourrait-on dire. Mais survivant tout de même, grâce à une économie faite de mille petits gestes de solidarité entre elles.

Ainsi va Mme Luzia, nouant son fichu sur ses cheveux déjà mouillés, affrontant la pluie en poussant une vieille bicyclette, boitant péniblement, courbée sous le poids de ses sacs en plastique, sa petite valise, la litière de son vieux chat presque aveugle… Ses maigres, mais encombrantes « sécurités », dont il lui coûte de se séparer. Dans la misère, on va toujours encombré de choses qui suscitent le regard amusé des gens, on n’a jamais les mains libres – pour quoi faire d’ailleurs ? – On est toujours « bien trop occupé à faire ce qu’il faut pour vivre », dit-elle. Pourtant elle participe depuis des années à un groupe d’entraide, prête à y donner du sien. Elle a tellement de capacités qui ont une valeur, mais qu’elle ne peut échanger, car même l’échange de services est organisé comme un marché. Elle réfléchit beaucoup. Elle évoque un temps où, vivant à la campagne, on s’aidait, en famille, en famille élargie, entre voisins… L’État, c’était une manière de vivre ensemble. « Depuis l’État considère la famille comme une liste d’individus. De ce fait, il ne soutient plus la famille, et maintenant l’État se désengage de l’individu lui-même. »

Plus encore que ses colis, ce qu’elle porte et qu’on ne voit pas, qui n’intéresse personne, c’est son expérience de vie. Le dur et le tendre mêlés. Cet amour qui a donné sens à sa vie et qui n’est plus – « Certes c’était toujours difficile, mais on était deux et je l’avais choisi… » Entre colère et tendresse, elle oscille. Et ses sautes d’humeur font qu’on la tient parfois pour folle.

Elle le sait, sourit malicieusement, « je m’embrouille parfois avec les gens, parce que je suis désagréable ». Et si je vois l’enfance derrière tant de visages si rudement « vieillis » par l’âpreté de la vie, dans leur yeux qui étincellent soudain d’un humour joyeux, c’est qu’ils rencontrent en moi l’enfant. Et je sais que tout n’est pas perdu.

Il y a sous l’errance un terreau où l’espoir est capable de germer.

La liberté d’aller son propre chemin…

C’est ce que Mme Luzia essayait de nous faire comprendre, ce soir-là, à la brasserie du Tramway où elle nous avait donné rendez-vous. Dans la salle fumeur, à l’abri du regard des autres consommateurs. Ce regard qui vous tient à distance.

Nous étions partis ensemble dans sa région natale, où elle avait décidé de séjourner plus longtemps, afin de renouer des liens.

Ce rendez-vous à la brasserie du Tramway avait quelque chose d’une île où on échoue, dans la lumière flottante de la petite salle enfumée… Un lieu hors du vacarme, où l’on a juste envie d’être silencieux, d’apprendre les nuances du monde qui ne sont perceptibles que du point de vue de tout en bas. Les retrouvailles lui avaient donné de la force. Tout de même, c’est terrible d’entendre qu’une femme n’ose plus aller au restaurant social, car, pauvre et allemande, elle s’y fait traiter de « nazie ». Ce n’est pas qu’elle en veuille aux gens qui, dans leur propre désarroi, la traitent de la sorte – ils ont le droit comme elle de jouer des coudes pour avoir leur place dans la file, dit-elle – mais quand on est trop pauvre, et qu’on ne peut dissimuler sa vulnérabilité, on cristallise la peur, le mépris et la haine qui ne vous sont pas destinés. Et on n’y peut rien. On peut juste s’en aller encore une fois, pour ne pas étouffer, ne pas mourir sur place. Fouler ce terreau d’espoir où nos pas sont notre dernière liberté, par-delà les décombres du jour, forts du souvenir que nous avons de ceux que nous avons aimés et qui nous ont aimé.