Sans logement on perd tout : pour un service public du logement équitable

ob_ef2510_ob-3ece46-que-serais-je-sans-toit

Photo web – CGT Dieppe

Pascal Percq

France

Contraint de quitter son logement en juin, Jacques est depuis plusieurs semaines à la recherche d’un nouveau toit. Il habite chez l’un ou chez l’autre. Ou parfois dans un logement disponible quelques semaines. Dans ce secteur rural du Sud Est, il n’existe que peu de logements sociaux. Paradoxe : beaucoup de logements sont vides, mais réservés aux vacanciers. Quelques rares logements privés sont hors de prix et leurs propriétaires n’aiment pas louer à des personnes à faibles ressources. Aujourd’hui Jacques est menacé doublement : soit il quitte la région et perd son emploi agricole, soit il reste dans cette situation précaire et on lui enlève la garde alternée de sa fille. Un choix impossible. Injuste.

Quoi de plus légitime que d’avoir un toit pour se loger ? Avoir un logement à soi est indispensable et conditionne bien d’autres droits essentiels. Avoir une adresse est une condition souvent sine qua non pour décrocher un emploi, héberger sa famille en ayant la garde de ses propres enfants, pouvoir les inscrire dans une école mais aussi pouvoir voter, avoir des voisins, participer à la vie du quartier, de la commune.

Soixante ans après le premier combat de Joseph Wresinski, fondateur d’ATD Quart Monde, qui s’est battu pour reloger dignement les familles du camp de Noisy, plus que jamais se loger demeure la préoccupation première des familles dans le besoin.

L’été 2017 qui s’achève n’aura pas été un « bel » été pour des milliers de personnes qui vivent à la rue et cela, malgré les promesses faites au printemps par le précédent gouvernement (1).

Aujourd’hui en France près de quatre millions de personnes n‘ont pas de logement. Pas de « chez soi ». Elles vivent soit chez des proches soit dans une structure d’accueil ou… à la rue. Le nombre de personnes sans domicile a augmenté de 50 % entre 2001 et 2012. Celui des personnes en hébergement contraint chez des tiers de 19 % entre 2002 et 2013 (+ 17 % entre 2006 et 2013 pour le surpeuplement accentué (2)).

Lors du précédent quinquennat présidentiel en France, des actions ont été entreprises, voulant passer des intentions aux actes, mais elles se sont souvent heurtées à des renoncements et à une austérité budgétaire qui n’a pas apporté une réponse à la hauteur de la gravité de la situation. Comme d’habitude les pauvres peuvent attendre.

Le logement social est loin de répondre à la demande. Aujourd’hui 65 % des familles vivant dans la pauvreté trouvent une solution dans le parc privé, le plus souvent dans des logements dégradés, précaires et surpeuplés. Le logement social (public) leur est de moins en moins accessible dans les grandes villes, faute de logements suffisants. En milieu rural il est quasi inexistant. Plusieurs raisons à cela. La volonté politique de construire du logement social -quand elle existe et c’est loin d’être partout le cas- doit faire face à un coût qui augmente d’année en année (+ 85 % entre 2000 et 2011 selon l’Union sociale de l’habitat) du fait de l’envolée des prix de l’immobilier depuis 2000, du foncier notamment et des contraintes d’isolation thermique et d’accessibilité des logements.

Les bailleurs de logements sociaux répercutent ces hausses sur les nouveaux loyers : le taux d’effort (part du loyer et des charges sur les revenus du ménage, en tenant compte des allocations logement) des locataires HLM ne cesse d’augmenter. Il est passé pour les ménages de 16 % en 1984 à 23 % en 2011(2). Malgré cela les locataires continuent de payer leur loyer, puisque le nombre d’impayés semble stable. Mais à quel prix… Les Français sont 44 % de plus qu’en 2006 à se priver de chauffage à cause de son coût ; 42 % de plus à subir un effort financier excessif pour payer leur logement.

Résultat, le nombre de personnes modestes ayant froid à leur domicile pour des raisons liées à la précarité s’est accru de 25 % entre 2006 et 2013.

Le nombre d’expulsions locatives avec le concours de la force publique a atteint son record en 2015, avec 14 363 expulsions, un chiffre en hausse de 33 % par rapport à 2006.

L’aide au logement, pour la construction comme pour pouvoir rester dans son logement, est donc indispensable.

Or, c’est dans ce contexte de cet été 2017 que le gouvernement français annonce, comme première mesure à l’égard du logement… une réduction de 5 euros de l’aide personnalisée au logement à partir du 1er octobre. Cette mesure financière concerne 6,5 millions de Français dont 60 % sont sous le seuil de la pauvreté. D’autres décisions devraient être précisées plus formellement en ce qui concerne un effort pour la construction du logement ou un allégement des loyers. Mais au final, les objectifs gouvernementaux visent plus à réduire la charge financière sociale que de répondre aux besoins immédiats (on n’ose plus prononcer le mot « droit ») des personnes à faibles ressources.

Sans ironiser sur le fait qu’« en même temps  » ce gouvernement décide d’alléger l’impôt sur la fortune, ce mauvais signal accrédite l’idée d’un pouvoir dur avec les pauvres et doux avec les riches.

Ce qui serait souhaitable, c’est une toute autre politique du logement. D’abord en finançant la construction de nouveaux logements chaque année avec un minimum de 60.000 Prêts locatifs aidés d’intégration (PLAI) : il s’agit là des seuls logements sociaux accessibles aux plus démunis. D’autre part, à l’égard des bailleurs, en imposant qu’en cas de refus d’attribution d’un logement dans le cadre du Droit au logement opposable (DALO), le bailleur recherche lui-même une solution dans un délai de 2 mois, à défaut de quoi le préfet procéderait lui-même à l’attribution. Rien que ces deux mesures signifieraient une toute autre attitude et un geste à l’égard d’une vraie politique sociale du logement.

Le Mouvement ATD Quart Monde, avec d’autres, développe un tout autre argumentaire en proposant de mettre en place un réel service public du logement en préconisant à l’égard des loyers un raisonnement s’appuyant sur trois principes simples :

– La contribution du ménage à son logement social doit être strictement corrélée à ses ressources : chacun paie ce qu’il peut pour un service de qualité égale pour tous. L’État assure l’équilibre économique du bailleur par une combinaison des aides à l’exploitation et des aides à la pierre, qu’il convient au minimum de décupler. L’attribution effective se focalise sur la situation sociale de la famille et les conditions d’un éventuel accompagnement.

– Réquisitionner tous les terrains en zone tendue en donnant à un ou plusieurs établissements fonciers un pouvoir de préemption systématique au profit du logement social. De multiples preuves de l’efficacité d’une telle action existent au niveau local. Il faut la généraliser en contrôlant de ce fait la spéculation foncière.

– Supprimer toute possibilité de recours contre les opérations de logement sociaux dès lors qu’elles sont conformes aux textes, notamment au Plan local d’urbanisme. L’intérêt de particuliers, appuyés sur une idéologie du refus de la mixité et les craintes de pertes de valeurs immobilières, attisés par la complicité de certains élus, ne doit plus passer devant l’intérêt général et bloquer des années durant l’accès au logement de milliers de familles.

C’est possible. Des initiatives locales, trop rares mais réelles, montrent la voie d’un tel service public du logement qui conjugue politique de loyers, vision sociale, approche patrimoniale et urbanistique. Encore faut-il qu’au sommet de l’État on accomplisse cet autre geste attendu par tant de familles.

Mais Jacques, lui, dans sa vallée, ne peut attendre les effets de telles décisions. Il ne peut compter que sur la solidarité de ses proches. Est-ce normal ?

 

(1) La ministre du logement avait annoncé en mars 2017 l’objectif « zéro sortie d’hébergement hivernal sans proposition de relogement ». On en est loin…

(2) Source Fondation Abbé Pierre février 2017.

 

Publicités

SIMONE VEIL, UNE GRANDE DAME, UNE GRANDE AMIE

2017 (21b)

Simone Veil et Joseph Wresinski, Photo Alain Pinoges – Agence Ciric

François Phliponeau

France

Depuis vendredi, et l’annonce de son décès, les hommages pour Simone Veil arrivent de partout.
Tout le monde a entendu parler de sa déportation à Auschwitz, de son engagement pour le droit des femmes, de son ambition pour l’Europe. On sait moins qu’elle était amie de Joseph Wresinski et de Geneviève de Gaulle.

La déportation en 1944, les camps de concentration, « simplement » parce qu’elle était juive ! Toute sa vie, elle témoignera de l’horreur du génocide. Rescapée, comme Geneviève de Gaulle, elle fera preuve de l’immense énergie des survivants, gardant visible sur le bras le tatouage de son numéro matricule.

Ministre de la Santé en 1974, elle dépénalisera l’IVG, non qu’elle soit favorable à l’interruption volontaire de grossesse, mais pour que les femmes acculées à cette décision (il y avait alors 300.000 avortements clandestins par an), puissent le faire dans des conditions sanitaires et humaines acceptables.

Cinq ans plus tard, elle sera la première Présidente du Parlement européen élue au suffrage universel. Consciente des difficultés de la construction de l’Europe, anticipant les questions, elle fera partager sa conviction que l’Europe n’est pas un problème mais la solution.

Simone Veil était aussi une amie d’ATD Quart Monde. Ministre de la Santé, elle a souvent dialogué avec le Père Joseph. Témoin privilégiée, Gabrielle Erpicum se souvient des accords et des désaccords. « Ce qui est sûr, c’est qu’elle avait le souci des plus pauvres. »
Le 17 octobre 1987, c’est elle qui dévoilera la Dalle sur le parvis du Trocadéro.
C’est une grande dame à qui la France rendra hommage mercredi aux Invalides, à Paris. Avant, on le souhaite, qu’elle rejoigne Geneviève de Gaulle au Panthéon.

Guatemala : la démocratie ne se fera pas sans le peuple

Manifestations au Guatemala - photo Reuters, Le Monde

Manifestations au Guatemala – photo Reuters, Le Monde

Nathalie Barrois,

Guatemala

Depuis plus de deux mois, suite à des révélations de corruption a commencé ce que l’on peut appeler un mouvement citoyen qu’un ami guatémaltèque a décrit comme ‘historique’. Dans un pays où 36 années de guerre civile et un taux de violence important imposent parfois silence à la liberté d’expression, je comprends son enthousiasme.

Un réseau de détournement des impôts a été mis à jour, impliquant le président, la vice-présidente et des personnes importantes de leur environnement (lire article dans le journal le Monde)  : des millions de quetzales (la monnaie nationale) ont été détournés . Depuis plusieurs années, des campagnes ont lieu pour diminuer la fraude fiscale, incitant à l’usage de factures par exemple, expliquant que le pays a besoin de cet argent pour avancer. Comme en écho, des tracts rapidement diffusés disaient : « On aurait pu payer une année de l’éducation nationale, les médicaments pour les hôpitaux au niveau national… » Revendications justifiées quand on connaît les difficultés des écoles qui manquent de matériel, des hôpitaux qui doivent parfois fermer un service par manque de médicaments, etc.

Samedi après samedi, des personnes sont descendues dans la rue, toujours plus nombreuses, pour dire leur mécontentement, demander la démission du président, réclamer justice. Et même si on n’échappe pas aux récupérations politiques à l’approche des élections présidentielles prévues en septembre (tel candidat se dit ni corrompu ni voleur par exemple), on sent une réelle prise de conscience chez nombreux citoyens qui veulent que cela change et semblent prêts à investir de leur personne pour cela.

Argent vol+®

Argent volé

Dans les quartiers très pauvres où nous avons nos actions de bibliothèque de rue, on parle peu de ces événements, et pourtant combien sont concernées ces familles qui sont les premières à souffrir du manque d’accès à la santé, à lutter pour que leurs enfants réussissent à l’école alors qu’elles-mêmes parfois ne savent ni lire ni écrire ! Comment leur permettre de prendre la mesure de ce qui se passe, et surtout de croire en leur propre participation de citoyens, à l’importance de leur jugement, de leurs idées ?

La campagne présidentielle saura-t-elle tenir compte de ces aspirations populaires à une véritable démocratie et à un état de droits, en délaissant les vieilles pratiques qui consistent à faire de vaines promesses ? Une amie me racontait comment un candidat avait offert une chaise roulante à un handicapé et l’avait lui-même posé sur la chaise. Touchée par ce geste, elle se disait prête à voter pour lui, alors que les médias fustigent ce candidat impliqué dans des affaires…Tant de mises en scène qui nient la capacité de réflexion et de décision des personnes. Une autre candidate offre des sacs d’aliments, des outils scolaires aux parents nécessiteux ; façon de dire qu’elle se préoccupera de leur sort s’ils votent pour elle. Mais est-ce l’assistance qu’attendent ces parents, ou n’est-ce pas plutôt une école de qualité, une vie digne, comme tout un chacun ?

Ici au Guatemala, comme dans tant d’autres pays, permettre une vie digne où chacun ait les moyens de contribuer au niveau de son quartier comme au niveau de son pays pour le bien de tous, reste un des grands défis pour nos démocraties. Un enjeu citoyen pour une planète plus juste et viable, qui offre un avenir à tous les enfants.

La géographie de l’échec scolaire

echecscolaire

Pascal Percq, France

 

« Le jour de la rentrée, les enfants sont beaux. Les parents se sont ingéniés à les habiller de neuf pour dire tout l’espoir qu’ils mettent dans une nouvelle année qui commence » écrit Martine, militante en Normandie. Ce jour « heureux » de la rentrée est souvent suivi hélas de grandes désillusions.

En France, cette année, deux accrocs importants marquent cette rentrée scolaire : la réforme des rythmes scolaires et l’accueil de tous les enfants. Sur les rythmes scolaires : thème polémique, on observe deux aspects, l’un, positif qui favorise l’accès à certaines pratiques pour des enfants de familles à faibles ressources et l’autre, négatif, qui accentue les inégalités d’une commune à l’autre. Sur la scolarisation de tous les enfants, on constate que le consensus national sur « l’école pour tous avant 16 ans » est largement entamé par le sort fait aux enfants Roms dont plus de la moitié ne sont pas scolarisés souvent en raison d’obstacles placés par les maires sur le chemin de l’école, dissuadant les parents de pouvoir les y inscrire.

Revenons sur les inégalités permanentes.

Dans une récente étude publiée cet été, le Ministère de l’Éducation nationale dresse une « géographie de l’école » qui souligne le lien entre les territoires et le niveau de formation 1. Celui-ci n’est pas sans rapport entre l’élève et son environnement plus ou moins propice à la réussite scolaire. L’étude prend en compte quatre indicateurs : l’environnement économique et social, le contexte scolaire, les moyens et les ressources humaines, les parcours scolaires et les résultats. Affinée au niveau cantonal, l’analyse porte sur sept autres variables de conditions de vie : le niveau du revenu, le taux de chômage, la précarité de l’emploi, le niveau de diplôme des parents, le taux de familles monoparentales et de familles nombreuses ainsi que les conditions de logement.

Le résultat est impressionnant. Alors que les détracteurs de la réforme des rythmes scolaires critiquent des inégalités dans les activités périscolaires laissées à la charge des communes, la lecture de cette étude confirme que de multiples inégalités à l’école existaient déjà, illustrées au niveau de la trentaine d’académies, des régions, des départements ou des cantons. Tous les élèves n’ont pas les mêmes probabilités de décrocher leur bac, ou de se retrouver en échec scolaire, suivant leur lieu d’habitation, leur milieu socio-économique et leur structure familiale.

On apprend par exemple que la proportion d’élèves en retard à l’entrée en sixième s’échelonne entre 8 % et 47 % (la Guyane). Dans les académies de Grenoble et de Besançon, elle est en moyenne inférieure à 10,5 %. Dans celles d’Amiens et de Reims, elle se situe entre 12 % et 15 % et. Le risque de terminer sa scolarité sans aucun diplôme varie du simple au triple. À Paris, environ 5 % des jeunes de 18 à 24 ans ont terminé leur cursus sans diplôme en 2010. En Corse, ils sont plus de 15 %. Le taux de réussite au bac est inférieur à 90 % dans l’académie d’Amiens et d’Aix-Marseille, supérieur à 93 % dans celle de Grenoble. Plus des trois quarts des nouveaux bacheliers s’inscrivent dans l’enseignement supérieur à Paris et Versailles, moins de 65 % à Grenoble, Nantes, Poitiers.

Cette étude du ministère, bien comprise, ne doit pas être considérée comme les « zones à éviter » (sic !) mais au contraire comme une « feuille de route » pour tous les acteurs de l’éducation. Et parmi ceux-ci on n’oubliera pas d’inclure ni les élèves, ni les parents y compris ceux des milieux défavorisés. C’est avec eux que pourra être imaginée cette « école de la réussite de tous les enfants ».

Cette carte de l’échec scolaire est en quelque sorte l’aveu de faiblesse d’un système scolaire en cours de rénovation mais aussi la carte des défis à relever par tous les acteurs de l’école, qu’ils soient enseignants, responsables politiques, locaux ou nationaux. On rêve d’une prochaine livraison du même Ministère qui nous donnerait à voir la carte des réussites scolaires et pédagogiques dans le pays, car elles existent !

 

 

L’autre a toujours une vérité qui nous manque

qui élisons-nous ?

qui élisons-nous ?

En France dans une semaine ont lieu les élections municipales. J’en ai profité pour observer les programmes et candidats des quatre principales listes d’Angers, ville de 150 000 habitants où je travaille, et ceux des deux listes de la petite commune de 1500 habitants où je vis.

Première remarque : à Angers il est beaucoup question de tramway, d’aménagements routiers, d’équipements sportifs…Mais, bien que lisant le quotidien local chaque matin, il a fallu attendre ce matin pour voir paraître un article sur des mesures sociales claires et concrètes, comme l’idée d’une complémentaire santé pour les plus démunis . D’ailleurs le candidat en question reconnaissait lui-même que « le sujet a été peu abordé pendant la campagne électorale. »

Quant à ma petite commune de résidence, le quasi- seul sujet de débat et de tension entre les deux listes a porté sur la fiscalité…

Mais il y a plus grave encore : En observant attentivement toutes les listes en présence, je n’ai relevé, autant à Angers que dans ma commune, aucune personne qui appartienne au Quart monde ou qui porte l’expérience de la grande pauvreté et des exclusions. On a veillé à mettre dans quasiment chaque liste une personne de couleur, un handicapé moteur, mais de personne ayant une expérience de pauvreté, point…

J’en connais pourtant, à l’heure où les expulsions locatives vont reprendre, où 600 000 foyers sont menacés de coupures d’électricité et où désormais 60% des français ne partent plus du tout en vacances…qui auraient beaucoup à dire et à proposer, pour autant qu’on leur accorde la confiance, l’écoute et l’accompagnement pour que leur expérience, leur pensée et leur parole se construisent et s’expriment.

Ce constat est terrible : car tant que dans nos conseils municipaux, mais aussi nos conseils d’écoles, nos conseils d’administration de maison de quartier ou autre équipes d’animations paroissiales, on ne se donnera pas comme obligation les moyens de faire une place, une vraie, aux plus exclus, nous ne pourrons prétendre faire société ensemble, avec tous et à partir du plus fragile.

Et pourtant les plus pauvres sont si riches de leur vie même

N’oublions jamais, comme le disait joliment et justement un des moines de Tibhirine: « L’autre a toujours une vérité qui nous manque »

 

Sébastien Billon –  Angers – France

Liberté, j’écris ton nom ! (1)

liberté

 

Durant mes années collège, j’ai eu la chance de participer à la célébration du cinquantième anniversaire du débarquement sur les plages normandes en France : c’est le lieu où les « alliés » sont entrés en Europe pour renverser les différents gouvernements totalitaires du vieux continent.

A cette occasion, nous nous étions réunis sur une plage de Normandie. Sur place, nous ne pouvions voir que des dizaines d’adolescents de toute la région rangés et organisés autour de cordes tendues. Vue du ciel, la photographie prise ce jour-là révélait cette phrase : « Liberté, j’écris ton nom ».

En ce début d’année 2014, j’ai trouvé la nouvelle édition de mon « Agenda Latinoamercana Mundial ». Ce livre Latino-américain Mondial est un agenda annuel, collectif et altermondialiste qui inclut des articles sur un sujet spécifique chaque année. J’ai eu le plaisir de découvrir le thème 2014 : Liberté, Liberté ! Je ne peux que faire le lien entre mes premiers pas d’adolescent sur ces plages du débarquement et les pas qu’aujourd’hui je pose sur le continent du « nouveau monde ». Je vous en partage quelques extraits  qui m’accompagneront tout au long de cette année.

De Pedro CASALDALIGA qui nous présente cet agenda : « Liberté, liberté! En ton nom ont été vécus les plus beaux héroïsmes mais ont aussi été commis les plus grandes inégalités. Tu es drapeau de vie et drapeau de mort.

Nous parlons de liberté et nous parlons de libération. La liberté est politique.
Je suis libre si tu es libre. Il n’y a pas de liberté sans égalité. Il n’y a pas non plus de liberté sans dignité, une dignité tant de fois massacrée par des idéologies et des systèmes, une liberté victime d’égoïsmes individuels ou collectifs, mais aussi victorieuse avec les résistances exemplaires qui ouvrent un chemin entre les grilles, les marginalisations, les tortures et les censures. La liste des martyrs de la liberté est infinie. »

De José María VIGIL qui nous propose une introduction fraternelle à l’ouvrage : « Liberté, Liberté! »… Un cri, un drapeau, un soupir, une utopie poursuivie et rêvée le long de toute l’histoire humaine… Tout peut se lire au travers du prisme de la liberté et, de fait, la liberté est sur toutes les lèvres, invoquée par les uns et par les autres, par les secteurs opposés du spectre social. Mais il y a ceux qui appellent liberté le droit supposé de soumettre les autres à leurs ambitions de pouvoir ou d’argent. Pour ceux-là, la frontière connue n’existe pas : ma liberté finit où commence celle du voisin…

Dans cet Agenda, nous essayons d’y réfléchir  depuis les pauvres, depuis les petits, toujours depuis le revers de l’Histoire, car c’est la seule manière de la faire possible pour tous… »

 

Pedro CASALDALIGA conclue son article en nous invitant à cheminer tout au long de 2014 comme … la chanson de Mercedes Sosa nous le demande : « Allons chercher ensemble » la liberté et la libération. Faisons vivre notre conscience et portons « le peuple dans notre voix ». Ne permettons pas de nous faire arracher « cette petite chose » qu’est la liberté et qui garantit notre dignité.
Contre tous les tyrans, malgré tous les empires, en nous indignant chaque jour et en traduisant dans des actes et processus imparables notre indignation.
Définitivement:

Sans la peur de la Liberté, qui est la plus déshumanisante des peurs.
Sans la peur de la Liberté, c’est-à-dire sans la peur de la Vie. »

 

(1)    Poème de Paul Eluard

 

Romain FOSSEY – Guatemala