Pour une école inclusive : une promesse d’excellence pour tous et toutes

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Par Anne Champagne

Royaume-Uni

Comment éviter que les circonstances familiales : pauvreté, discrimination, famille éclatée, maladie, addictions ou violence constituent des obstacles pour la réussite scolaire des élèves ? Malgré leur potentiel, les enfants issus de familles fragilisées peuvent adopter parfois un comportement perturbateur qui compromet leurs relations avec leurs enseignants et le système scolaire en général. Comment aider les enseignants à se reconnecter avec ces enfants exclus ?

C’est ce défi, éveiller l’intérêt des élèves qui ont été victimes d’exclusion ou de rejet, ou ayant un comportement perturbateur, qui a conduit deux alliés d’ATD Quart Monde à écrire un livre appelé De l’Exclusion à la réussite scolaire – Construire des relations réparatrices pour créer des écoles inclusives publié par Sense, 2016). Les auteurs, Dr Michal Razer et Dr Victor J. Friedman, ont passé trente années chacun, à enseigner, expérimenter et former les enseignants. Leur but est d’aider les enseignants pour que ceux-ci puissent accompagner tous leurs élèves et leur permettre d’atteindre leur potentiel.

La Déclaration mondiale de l’UNESCO sur l’Éducation pour Tous (1990) exige que la méthode d’approche de l’enseignement soit adaptée à la diversité des populations. Razer et Friedman croient qu’une classe peut faire d’importants progrès et réussir seulement si chacun est inclus et qu’aucun n’est laissé pour compte, quels que soient ses difficultés ou son comportement. Leur thèse est que pour atteindre cet objectif, les enseignants doivent adapter leurs techniques et leurs outils pédagogiques.

Leur décennies d’expérimentation ont permis d’identifier un cycle d’exclusion et d’aliénation. Un enfant qui subit une série de rejets aura tendance à repousser une aide potentielle par mécanisme d’auto-défense pour éviter une nouvelle déception ; la conséquence est un sentiment d’échec et de frustration pour l’enfant et pour l’enseignant. Pour briser ce cycle, il est nécessaire d’établir une collaboration entre l’enseignant, l’enfant, les parents et le directeur de l’école, chacun ayant un rôle à jouer dans la construction de « relations réparatrices ».

A travers leur travail avec les enseignants, les élèves et les parents, les auteurs ont développé avec succès des stratégies pour surmonter les obstacles que certains enfants affrontent en classe. Ils décrivent les compétences et méthodes spécifiques que les enseignants peuvent utiliser pour aller vers les élèves exclus.

Quatre principaux outils sont décrits dans le livre : le non-abandon, le recadrage, la conversation « connective » et la pose de limites catégoriques. Chacune de ces compétences est présentée en détail, y compris des études de cas, certaines réussies, et d’autres illustrant les risques d’échec. Les auteurs mettent ainsi en lumière des exemples précis et variés de l’utilisation de leurs outils. Le livre fournit également un guide étape par étape destiné aux enseignants qui veulent la réussite de tous leurs élèves, indépendamment de leur situation familiale ou sociale.

Le cycle d’échec auquel les enfants exclus font face a beaucoup de similarité avec le “piège de la pauvreté” décrit par les personnes vivant dans la pauvreté. Beaucoup disent se sentir exclus par les autres. Ils peuvent ressentir que leur voix ne compte pas et qu’ils n’ont rien à apporter à la société. De la même façon, les enfants exclus décrivent un sentiment de rejet et de souffrance d’être étiqueté comme « l’enfant à problème ». Ceci peut les piéger dans une boucle comportementale qui renforce cette étiquette et compromet leur chance d’apprendre et d’atteindre leur potentiel.

Sans entraînement spécifique, les enseignants se sentent souvent impuissants à affronter ce cycle. Pour résoudre ce problème, Razer et Friedman décrivent en détails comment s’éloigner d’un focus uniquement centré sur le transfert de connaissances et des compétences cognitives. Il peut être tout aussi important pour un enseignant de s’engager sur un plan émotionnel, utilisant des capacités d’écoute active pour construire « une relation réparatrice ». Les auteurs ont observé que l’utilisation de cette approche développée sur le terrain permet non seulement la réussite des élèves mais apporte aussi une grande satisfaction professionnelle aux professeurs qui l’utilisent.

Ce livre propose une méthode qui assure que personne ne sera laissé pour compte, pas seulement en théorie ou sur le plan politique, mais en pratique. Étant donné les similarités entre les buts d’une éducation inclusive décrite dans ce livre et la société inclusive que nous visons à atteindre dans notre lutte contre la pauvreté, il est à espérer que des professionnels travaillant avec des familles vivant dans la pauvreté étudieront ce livre, adopteront ses approches, et les appliqueront dans le cadre de leurs activités.

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Une réflexion au sujet de « Pour une école inclusive : une promesse d’excellence pour tous et toutes »

  1. Par Chantal Eyango Cameroun Le problème de l’échec scolaire me touche particulièrement parce que je m’y suis engagée personnellement. Et comme je l’ai lu avec l’expérience du Royaume-Uni citée plus bas, nous sommes aussi passés de l’échec scolaire à la réussite. Dans mon cas, j’avais constaté la présence d’élèves non voyants et mal voyants dans nos salles de classe. On appelle cela éducation inclusive, le but est de ne plus séparer les élèves valides des invalides. Seulement le personnel enseignant n’étant pas formé pour prendre en charge ces élèves spéciaux, ceux ci n’ont accès qu’à 50% de la substance des cours (pas d’accès ce qui est écrit au tableau, ni aux livres au programme, ni aux oeuvres littéraires). Il est donc évident que nos structures publiques n’accueillent que les plus pauvres ,ceux qui sont exclus parceque n’ayant pas les moyens  de payer pour accéder à des écoles spécialisées qui sont vraiment onéreuses. Nous avons formé une chaîne de solidarité de professeurs bénévoles pour le soutien scolaire dans le Centre qui les héberge, c’est une sorte de pensionnat et les résultats sont extraordinaires depuis 2ansTous étaient en situation d’échec scolaire, et on stigmatisait le handicap, comme si la perte de la vue faisait d’eux des personnes de seconde catégorie. Les résultats sont passés de 0,6% à 96% l’an dernier et 100% cette année . Mieux encore que les élèves valides ! Je crois qu’il faut approcher les personnes vulnérables sans les juger, et là parfois on découvre qu’elles ont un potentiel qu’on ne pourrait soupçonner. 

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