S’inspirer du courage des plus pauvres pour bâtir nos gouvernances

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Christian Rhugwasanye,

République Démocratique du Congo.

J’ai grandi en RDC, à Bukavu dans un groupe des jeunes de la dynamique ATD Quart-Monde. Notre groupe des jeunes menait des actions avec les familles en situation de précarité. Depuis deux ans, je fais mes études au Burundi où je rencontre des familles qui sont dans la même situation. Je suis marqué de la manière dont elles s’engagent pour faire face aux difficultés de la vie.

Le père d’une famille de cinq enfants est un maçon exceptionnel. Il est presque polyvalent. Il fait de la peinture, du carrelage, de la charpenterie, en plus de la maçonnerie. Le propriétaire de mon logement fait souvent appel à lui quand il y a un travail à faire à la maison. Quand cet homme est appelé quelque part pour un travail, il est toujours matinal, ponctuel, accompagné de sa femme. Ses enfants les rejoignent parfois à midi après l’école.

Toute la famille travaille pour finir le chantier. La femme transporte le sable depuis la route jusqu’au chantier. Elle fait aussi le mélange du mortier tandis que son mari arrange l’échafaudage. Une fois le mortier  prêt, elle le lui tend avec les briques. Les enfants donnent aussi à leur père le mortier et les briques, mêmes affamés et fatigués. Ils sont très courageux.

Cette famille me fait penser aux valeurs prônées par le père Joseph pour l’éradication de l’extrême pauvreté dans le monde, entre autres la confiance en soi, le courage, l’endurance. Du fils aîné au cadet, et malgré leur différence d’âge, chacun est convaincu que son apport est très important pour le travail de toute la famille. C’est cela qui fait vivre la famille.

Les personnes qui vivent en situation d’extrême pauvreté ont des atouts, des expériences utiles pour la société. Dans cette famille, chacun respecte et considère l’appui de l’autre. C’est une vraie leçon et cela rejoint la conviction du Père Joseph dans le camp de Noisy-le-Grand en France : « Connaître ce qu’on est et ce que l’autre est capable de faire, est un atout primordial pour faire face à un problème. La misère écrase les hommes, les femmes et les enfants innocents de leurs situations. » «Les pauvres sont nos maîtres». Revue Quart Monde, N°202 » 

Quand je regarde le père de cette famille je me dis : et si la gouvernance et l’économie de chaque pays prenaient exemple sur lui ?

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Pisée : le travail communautaire pour sortir de l’isolement

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Par Saint Jean Lhérissaint

Haïti

Depuis le début de janvier 2018, il existe une petite équipe d’ATD Quart Monde dans la commune de Jean Rabel (Nord-Ouest d’Haïti). Notre toute première activité consiste à aller dans toutes les localités de toutes les habitations situées dans les trois sections choisies, pour créer des liens, construire l’amitié, et aussi découvrir les petits coins que nous n’avons pas pu voir encore. Nous voulons nous assurer que nous ne ratons pas les coins les plus reculés. C’est ainsi que nous découvrons Pisée.

Pisée est l’une des 11 localités de la section communale Lacoma. On ne passe par là pour aller dans aucun lieu, encore moins des lieux célèbres. On y va seulement si on a besoin d’être dans cet endroit-là tout simplement. On ne va pas chercher grand chose non plus dans cette localité  bien isolée, sans équipement de base. Le centre de la section n’est pas tout près. Le bourg de Jean Rabel est à environ une trentaine de kilomètres.

À Pisée, il n’y a pas de centre de santé, ni d’autres infrastructures. Seule une petite école primaire dessert la population. Les enfants qui veulent commencer le troisième cycle fondamental doivent faire au moins deux heures de route par jour. Les paysans qui « osent » être malades font la même distance pour recevoir les premiers soins.

On accède à ce lieu par une petite route à peine carrossable, large d’environ 3 mètres et même moins à certains endroits. Cette route, que nous n’osons pas prendre avec notre voiture, conduit au centre de Pisée, à l’exclusion des autres localités comme Duclos, Morvan etc.… Les conditions de la dite route sont difficiles car elle est composée en majeure partie de pentes raides. Les dernières pluies qui se sont abattues sur le Nord-ouest ont empiré la situation.

Cette route a été construite par les habitants de Pisée, grâce à l’initiative « Journée communautaire », organisée chaque mercredi, pour permettre l’accès à leurs habitations en voiture. « C’est nous qui sommes isolés, nous devons nous unir pour sortir de cette situation. C’est pourquoi aucun habitant ne rate jamais l’occasion de participer à la journée communautaire », lâche Bertha, une paysanne vivant à Pisée.

Pisée : isolée, loin des yeux, loin du développement. Mais une population débout, unie et accueillante y habite. L’isolement de la zone diminue grâce à l’esprit communautaire des habitants, grâce à la construction de la route quoi que étroite et escarpée.

C’est cet effort de coopération qui fait toujours la force des petites communautés rurales isolées et défavorisées.

La visite

les peluches

Isabelle Thibault

France

En arrivant chez Loredana que je respecte et admire beaucoup, j’avais l’impression de transgresser les règles que je connais : impossible de l’avertir de notre venue tant elle est démunie de moyens de communication.

Loredana, jeune mère de famille, vit dans un wagon sur une friche industrielle avec trois de ses enfants (Francisa 10 ans, Estefania quatre ans,Valentin 9 mois). Il est vingt heures lorsque mon compagnon François et moi arrivons. Malgré l’heure tardive, les rires et les câlins des enfants, les gestes attentifs de Loredana nous attendent, comme s’il était naturel de passer cette soirée ensemble. Sans même savoir l’objet de notre visite elle nous invite à nous asseoir sur le matelas, principal “meuble” de l’habitacle de neuf mètres carrés. Valentin, le bébé s’agrippe à François, l’escalade et se jette dans ses bras. Baisers chocolatés. Gloussement de Francisa, la grande sœur. Bien que ce soit la première fois qu’ils le rencontre François est vite apprivoisé, Oncle d’un soir, bienvenu dans ce lieu où Loredana est la seule adulte. Son mari est en Roumanie avec leurs trois filles aînées de seize, quatorze et douze ans. Elle vit ici, un peu à l’écart des autres habitants du bidonville et se bat pour élever ses enfants. C’est dur quand on ne ramène qu’un à deux euros par jour. Cela fait neuf mois que son mari est reparti.

Loredana ne se plaint jamais, ne réclame jamais rien. Dans tout l’amour qu’elle a pour ses enfants elle puise le courage d’affronter la dureté du bidonville ; les difficultés sont amplifiées du fait d’être seule à assumer une famille sans homme. De plus sa santé n’est pas bonne. Francisa, l’aînée, accompagne chaque matin le départ de sa mère de recommandations. La fillette, elle même si frêle, si responsable, a la charge des deux plus jeunes, toute la journée quand sa maman va «faire monnaie», nettoyer des pare-brises ou faire des ménages. Le visage de Francisa est grave, il semble être d’albâtre. Ses formes graciles, ses gestes délicats, sa vigilance à contenir les deux plus jeunes en font une toute petite femme malgré son âge d’enfant. Parce que dans notre pays dit civilisé où la population mange souvent trop, la malnutrition est encore plus inacceptable. Parce que pour chacun d’entre nous, il est impossible de faire semblant de ne pas savoir. Parce qu’il suffit de regarder pour voir ces corps dénutris. Parce que, dans le wagon, il n’y avait que quelques morceaux de chou-fleur sur le brasero pour toute la maisonnée…Il est vital d’agir. Il est aussi important de garder la spécificité de notre démarche d’accompagnement et de connaissance des familles des bidonvilles. Nous y arrivons chaque semaine avec les livres, les crayons…la régularité et la tendresse font le reste. Par respect pour sa dignité, nous ne voulons pas instaurer de relation de dépendance matérielle avec Loredana.

Des associations ont vocation à l’aide alimentaire d’urgence. Ce soir, à quelques centaines de mètres du wagon d’habitation, nous avons rendez-vous avec l’une d’entre elles à 21 heures. En attendant le wagon est un lieu de confidences. Seul objet de valeur : une machine à coudre prêtée, enfouie dans un carton et cachée sous des vêtements. La maman est si fière d’avoir ce trésor, de s’en servir quand l’électricité fonctionne, de détenir des connaissances de couturière qui donnent droit de troquer un ourlet contre une assiette de spaghettis avec son voisin. Échange de compétences. Qualification valorisante. Reconnaissance. Ce soir il y a de la lumière. Le voisin a raccordé le wagon au réseau EDF. Cela permet de voir la télévision, floue. Francisa grimpe sur un tabouret et tire sur le câble qui sert d’antenne ; l’image s’améliore un moment, celui de la météo. La lumière faiblit. L’ampoule passe du jaune à l’orange puis s’éteint. Estefania n’arrête pas de gigoter, bruyante, drôle, vivante. Elle danse. Elle chante. Elle veut qu’on fasse attention à elle. Ma lampe de poche permet d’atteindre la bougie et de craquer une allumette. Clair obscur. Estefania s’empare de la lampe, elle devient un phare, un gyrophare, éclaire les visages. Loredana ressemble à une madone de Georges de la Tour. Francisa dessine, comme toujours très concentrée, très précise à colorier le quadrillage bigarré de l’éléphant Elmer. Elle range ensuite ses feutres avec précaution, prend soin des feuilles de couleur. Ces matières à création ont une grande valeur. Elles permettent à Francisa de s’exprimer, à chacun de la féliciter et de recueillir son précieux sourire et la joie de voir ses joues rosir sous nos compliments. La lumière revient puis l’obscurité gagne à nouveau. Francisa devient câline. Son calme, son mutisme est encore plus frappant par rapport à l’excitation de Estefania. Valentin se balance d’avant en arrière sur les genoux de la fillette. Elle ne fait pas le contrepoids nécessaire et bascule avec son frère. Mouvement de va et vient où son dos touche le lit, se redresse et repart en arrière de plus belle. Ils sont heureux. Un instant de quiétude ; Loredana s’éclipse hors du wagon, ramène quelques brindilles et morceaux de bois. Le froid l’avait forcé à sortir. Elle est descendue avec ses chaussures nus-pieds, sur la planche glissante. La seule issue de ce wagon rouge sans marchepied, comme sur pilotis, isolé du sol du bidonville. L’humidité gagne, l’obscurité aussi. François descend et rapporte une brassée de bois. Le voisin avait débité une palette par gentillesse, par solidarité ou peut-être pour une couture. Loredana est radieuse et si reconnaissante.

La dignité de Loredana est une leçon de vie. Son moteur : les rires de ses enfants. Un froncement de sourcil fait baisser les décibels. Des bras toujours disponibles pour Estefania, la hanche prête à accueillir Valentin. Sa tendre complicité avec Francisa impressionne. Une journée pénible de plus pour gagner un à deux euros ne l’empêche pas de rire aux éclats, de nous accueillir chaleureusement.

L’heure de notre rendez-vous approche. Francisa maugrée quand nous sortons. Elle avait attendu sa mère toute la journée, et venait tout juste de redevenir une enfant sans responsabilité. Un fichu sur la tête et un tissu sur les épaules, Loredana est prête. Comment peut-elle avoir tant de grâce dans ce monde qui ne lui fait justement grâce de rien ? On évite les rails, les tire-fonds, les ordures. On essaye de discerner les obstacles dans l’obscurité et nos démarches d’échassiers sont amusantes. François, marche devant. Loredana survole presque les embûches et parle sans reprendre son souffle. Silencieuse chez elle, elle profite de notre virée pour dire ses joies et ses peines. Les enfants pourraient aller à l’école, mais on lui demande des photos d’identité et c’est quatre euros multipliés par deux enfants. « Pas possible ». « Pas possible Madame ». Elle avale ses mots tellement la somme semble démesurée, inadaptée à son revenu journalier.

Sur le boulevard proche, notre père Noël se prénomme Jean-Pierre. Il a du lait, des plats gardés au chaud, des couches, des petits pots, des compotes, du thon, du pain, des œufs.…tout est bien emballé. Deux jeunes femmes sont présentes aussi pour créer un lien avec ceux qui ne veulent plus pénétrer dans des Centres. Ceux qui ne veulent plus quitter leur plaque de chauffage, leur porche d’immeuble, leur carton. Ceux qui ne veulent plus voir personne. Avec beaucoup de retenue et d’humilité il est parfois encore possible de se faire proche, un moment. La chaleur d’un café, d’une soupe, d’une couverture et celle de quelques mots bienveillants. De retour avec Loredana, chargés, nous traversons le terrain pour retrouver les enfants. Elle rit, plus volubile, elle rit encore, ses yeux brillent et je perçois qu’elle n’avait aucune idée de ce qui l’attendait. Elle m’aurait suivi presque pour rien. Parce que je lui demandais, parce que dans sa situation, l’on n’a pas d’autre possibilité que de faire confiance.

Au wagon, c’est la fête. Loredana insiste pour nous inviter à dîner…

Aller vers l’oublié c’est construire une société d’intégration

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BAGUMA BYAMUNGU Gentil et BAGUNDA MUHINDO René

République Démocratique du Congo

APEF (Action pour la Promotion de l’Enfant et de la Femme) de Luhwindja est une organisation  œuvrant dans la chefferie de Luhwindja en territoire de Mwenga. Cette chefferie est située à 90 km de la ville de Bukavu qui est le chef-lieu de la province du Sud-Kivu. Sa situation paradoxale est liée à celle de toute la partie Est de la République Démocratique du Congo. La chefferie regorge d’énormes quantités d’or pourtant plus de 80% de sa population vit sous le seuil de l’extrême pauvreté.

Depuis plusieurs années, cette population vivait de l’exploitation artisanale de l’or. Il y a cinq ans, une partie importante de cette exploitation a été confiée à une société multinationale. Ce qui a plongé l’entité dans une paupérisation et les conséquences  se font sentir aujourd’hui. On observe de grands écarts de niveaux de vie, entre les très pauvres et une minorité qui vit dans l’opulence. Les enfants des familles pauvres sont chassés de l’école parce que leurs parents ne sont pas en mesure de payer la prime (la quasi-totalité des charges de scolarité des enfants revient aux parents). Alors les parents se lancent dans l’économie informelle pour faire vivre leurs familles. Parfois ce qu’ils gagnent ne suffit pas à couvrir  les charges de leurs familles. Leurs enfants qui n’étudient plus, qui ne mangent pas à leur faim se voient obligés de travailler dans les mines artisanales  pour suppléer aux revenus de leurs familles. Ils sont utilisés comme une main d’œuvre moins chère. Dans ces mines  existent  prostitution, drogue, vols, viols auxquels les enfants et les jeunes (filles et garçons) sont souvent exposés.

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Depuis 2005, l’association APEF  a entrepris des activités pour mettre fin à cette situation.

Au niveau des jeunes elle a ouvert un Centre de Formation Professionnelle en métiers : mécanique, menuiserie, conduite-automobile, coupe et couture… ceux qui finissent la formation théorique (trois mois) et pratique (trois mois) sont réinsérés dans la communauté en démarrant une Activité Génératrice des Revenus qui leur permet de reprendre la vie.

Au niveau des enfants elle a commencé par un recrutement dans les carrés miniers suivi de leur orientation dans un centre de récupération scolaire qui a trois classes reparties selon l’âge. Dans l’avant-midi les enfants étudient et font des jeux divers. L’après-midi ils consacrent parfois une partie de leur temps à soutenir les activités agropastorales. Avec cela ils sont encouragés à aider leurs parents sans avoir à retourner dans les mines.

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En 2013, quinze enfants se sont présentés aux examens nationaux de fin d’études primaires et tous ont réussi. Cela a montré à la communauté locale que même ces enfants toujours couverts par la boue dans les mines sont dotés des capacités intellectuelles. C’est seulement qu’ils n’ont pas eu la chance d’aller à l’école avant.

La même année, 200 jeunes adolescents ont décidé de suivre des formations et retourner vivre dans leurs communautés. 112 enfants ont décidé de rejoindre l’école. Ils ont joué ensemble, ils ont mangé un plat à deux pour renforcer leur amitié et  leur esprit de solidarité. A la fin de chaque année lorsque les résultats scolaires sont proclamés, tous les enfants sont fiers de ce qu’ils ont accompli ensemble. Grâce à cette expérience forte de réussites des enfants et des jeunes l’APEF a réalisé que chacun peut relever la tête. Il est possible pour tous de reprendre la vie quand on a l’appui et l’acceptation des autres. Pour l’année 2018 l’APEF invite et encourage les autres organisations de la province à aller à la rencontre de ceux qui sont oubliés.

Rapprocher un oublié de la société c’est évoluer vers la construction d’une humanité d’intégration.

 

 

Pauvre d’argent, riche de cœur

 

Haiti

Saint Jean Lhérissaint
Haïti

Jean Rabel (Département du Nord-Ouest d’Haïti), est le nouveau lieu d’implantation d’ATD Quart Monde en milieu rural en Haïti. Depuis le moment de la détection, une famille très pauvre attire notre attention. Les membres de cette famille sont nos tout premiers amis dans la section Guinaudée où ils vivent. C’est Narilia, une grand-mère d’environ 90 ans qui est la plus grande actrice dans le tissage de ce lien.

A l’image de la plupart des maisons se trouvant à Jean Rabel, celle de Narilia a le toit en paille, le mur non achevé, en petits morceaux de bois. La maison est toute petite, mais elle est habitée par une famille bien nombreuse. Un fils de Narilia habite là avec sa femme et ses enfants, une autre de ses filles y habite aussi avec ses enfants, pour ne citer que cela. Il faut dire qu’un simple regard sur la maisonnette au milieu de la vaste plaine semi-aride ornée de bayarondes et d’autres arbres sauvages, montre que la vie n’y est pas rose. Pas de jardins, pas de fruits, pas de légumes, pas de fontaine, pas de source. Le moindre passage du vent ou d’un véhicule sur la route soulève un nuage de poussières qui recouvrent tout.

Cependant, au milieu des difficultés, règne même la joie, l’hospitalité. Quand nous arrivons dans cette maison, un large sourire nous accueille. Tous les habitants de la maison sont accueillants. Narilia, de son côté, prend du temps pour nous raconter plein d’histoires qui lui restent encore en mémoire sans s’empêcher de se mettre à danser. Quand il y a quelque chose dans la maison, elle n’hésite pas à l’offrir. Quand il n’y a rien, elle ne se plaint pas beaucoup. Une fois arrivé dans cette maison où il fait bon vivre, on n’a pas envie de sortir.

La grande misère dans laquelle vit cette famille ne lui enlève rien de son sourire. Loin d’être découragée, elle espère quand même un lendemain meilleur et ne laisse jamais apparaître des signes de pauvreté ni de frustration sur son visage. Narilia s’assure que ses petits enfants aillent à l’école, que les animaux sont nourris et que sa petite maison soit bien maintenue. « Nous n’avons pas d’argent, mais nous avons de la joie dans notre cœur et nous voulons bien la partager », lâche Narilia.

C’est en pensant à Narilia et à toutes ces familles qui font face au manque de tout, sans se décourager, que nous avons célébré hier la 30ème Journée mondiale du refus de la misère, pour renouveler, renforcer notre engagement commun à mettre fin partout à l’extrême pauvreté.

#StopPauvreté !

 

La fierté des familles très pauvres… et ses mystères

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Photo © ATD Quart Monde, République Centrafricaine – mai 2015

René Bagunda Muhindo

République Démocratique du Congo

Étiquetées par la société, les familles très pauvres voient souvent leur fierté et leur honneur méconnus. Le regard de la société qui se limite souvent aux apparences extérieures n’arrive pas à percer le mystère caché dans leurs cœurs, dans leurs yeux, dans leurs gestes. Pourtant ces familles sont fières de ce qu’elles bâtissent, de ce qu’elles possèdent, de ce qu’elles vivent dans leur maison au quotidien.

Il y a un mois, lors d’un rassemblement d’enfants, un parent a rappelé : « c’était une excellente occasion de dire oui, nous bâtissons la fierté au sein de nos familles». Il faisait allusion à la journée de la famille célébrée à Bukavu le 28 mai 2017. De manière libre et égale, les participants ont partagé les expériences sur comment chacun essaie de bâtir la fierté au sein de sa famille malgré les difficultés de la vie.

Pour elles, la fierté de la famille c’est arriver à se parler, se comprendre, être fier de l’effort de chacun pour faire avancer l’ensemble.

Herman Muhamiriza: « Je suis très fier de ma famille car chaque soir nous faisons le point de la journée. Chacun (papa, maman et les enfants) dit aux autres comment il a passé sa journée… A la fin, nous décidons ensemble de comment sera utilisé l’argent gagné. Cette manière de faire permet à chacun de nous de se reconnaître membre à part entière de la famille et ça nous évite des préjugés et des arrière-pensées ».

C’est aussi accepter de porter ensemble le fardeau de la famille en toutes circonstances. Être fier du travail de chacun même quand il n’apporte pas beaucoup.

Papa Emile Habamungu : « Je suis fier de ma famille devant laquelle je me sens responsable, car nous supportons mutuellement les difficultés d’ordre vital devant lesquelles nous faisons face au quotidien. Nous ne nous pointons pas le doigt pour dire par exemple que si on passe la nuit ventre creux, c’est tel ou tel qui en est le responsable. Chacun supporte. Je suis fier de ma femme qui accepte que je me lève très tôt le matin et passe le maximum de mon temps journalier à la borne fontaine paroissiale même si la petite somme gagnée en termes de salaire ne couvre même pas notre besoin en nourriture pour une semaine. »

Louise Mulamba (familles solidaires) : « Aujourd’hui la fierté est une réalité dans ma famille. Avant je me battais dans la vie, mais pas avec beaucoup de précision et de détermination comme c’est le cas actuellement…Avant j’avais du mal à m’exprimer devant les gens, aujourd’hui je partage mes idées avec d’autres personnes. Je trouve des personnes qui viennent me demander mon point de vue pour l’une ou l’autre question qui surgit au sein de la famille ou de la communauté. Le fait d’asseoir un dialogue permanent entre mes enfants et moi en nous fixant les yeux dans les yeux, ça nous a tous permis d’avancer et de grandir petit à petit ensemble dans notre manière commune d’aborder, de comprendre et de gérer différentes questions, défis, espoirs et décisions vécus au niveau familial et de cimenter la fierté qui loge dans nos cœurs. Je suis fière de cela.»

Ces témoignages m’ont rappelé une image d’il y a 27 ans, quand j’avais encore six ans. Un enfant passait dans mon quartier avec des habits déchirés. Des passants se sont moqués de ses parents mais il s’en moquait. Une semaine après je lui ai demandé s’il n’était pas dérangé et il m’avait répondu : « Maman m’a dit qu’on doit être fier de ce qu’on reçoit de ses parents ».

Herman, Louise et Émile m’ont fait comprendre ce secret des familles pauvres. Chacun porte en lui le secret de la fierté de sa famille. Chacun sait mieux que quiconque ce qu’il y a de plus difficile dans sa vie et ce qui fait qu’il en soit fier malgré tout. Et aujourd’hui quand j’y repense je me dis : dans ces culottes déchirées des enfants que je rencontre dans mon quartier, il y a la sueur de leurs parents qui ont travaillé durant toute la journée pendant des jours pour les acheter. La fierté des familles en situation d’extrême pauvreté a ses mystères et ses secrets. Il faut du courage, de la sagesse, de la persévérance et de la patience pour arriver à les percer.