AGIR AVEC LES PLUS PAUVRES POUR UN MONDE JUSTE ET SANS PAUVRETÉ

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Par Christian RHUGWASANYE

BURUNDI, Bujumbura

Les personnes vivant l’extrême pauvreté dans ce monde, réfléchissent et travaillent au jour le jour pour sortir de leur situation difficile en espérant vivre réellement une vie qu’elles méritent. Chaque jour elles sont debout, prêtes à se battre avec force et détermination, mais malheureusement avec désespoir et dégoût à cause du regard et des préjugés de la société face à leurs efforts.

Certes, pour trouver confiance, courage et espoir, elles n’ont pas besoin des biens matériels qui sont souvent accompagnés de paroles blessantes mais plutôt d’encouragements, de soutien et de notre temps à leurs côtés, d’être écoutées et considérées utiles et pouvoir jouir de sa dignité.

Le fait de n’avoir personne à ses côtés est finalement la plus grande souffrance dans la misère, car être seul, c’est être invisible aux yeux du monde. Pourtant, les personnes vivant la pauvreté ont le droit d’exister parmi les autres, de s’exprimer, de participer à la prise de décisions du plus bas au plus haut niveau, car tous les citoyens ont leur place dans la société.

La non reconnaissance de la dignité, des droits et de l’intelligence des personnes en situation d’extrême pauvreté dans le monde c’est un fait qui les condamne à vivre une vie qui n’est pas vraiment leur choix, une vie dans laquelle elles sont obligées de se taire malgré l’expérience et les savoirs qu’elles pourraient partager aux autres ;

c’est vraiment un crime et à cela s’ajoute le fait que l’humanité ignore leurs efforts en ne leur donnant pas la parole et la place. Pourtant, leurs idées comptent beaucoup pour bâtir un monde plus juste et solidaire.

Leur sagesse est grande, les relations qu’elles bâtissent entre elles pour se soutenir sans condition ni discrimination devraient inspirer tout le monde et nous pousser tous à agir avec elles en menant ce combat ensemble contre la misère qui est l’affaire de tous;

Nous ne pouvons pas concevoir un monde équitable et solidaire en laissant certains en arrière car on ne pourra jamais y arriver sans leur participation. Enfants, jeunes et adultes ; personne du Nord, du Sud, nous sommes tous un !

Nous avons tous intérêt à nous battre avec les plus pauvres, les écouter et cheminer avec eux, c’est notre devoir en tant qu’humains.

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De l’ignorance à l’espoir

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Christian Rhugwasanye

Bujumbura – Burundi

Dans l’après-midi du dimanche 4 Novembre 2018, nous avons organisé une rencontre pour célébrer la journée mondiale du refus de la misère à Bujumbura. Elle a réuni les jeunes du Mouvement ATD Quart Monde résidant au Burundi et les enfants pris en charge par la fondation MARIA ARAFASHA Burundi ainsi que leurs encadreurs autour de deux questions principales :

C’est quoi le Mouvement ATD Quart Monde ?

Pourquoi célèbre-t-on la journée mondiale du refus de la misère ?

Parmi les invités, Papa MWEHA, un maçon et militant qui a connu le Mouvement il y a quelques mois seulement. A la fin de la célébration, au moment où tout le monde se disait au revoir, il s’est approché de moi avec un sourire plein d’espoir et m’a dit à voix basse : « C’est la première fois de ma vie que je peux profiter d’une journée où je ne travaille pas ! J’ai senti que j’ai reçu plus de ce que je reçois chaque jour, parce que dans mon travail, je subis souvent les injures et les reproches de certains de mes clients.

Malgré tous les efforts que je fais avec ma famille pour combattre notre vie de pauvreté, j’ai toujours eu l’impression de construire une maison sur le sable, et parfois je me dis qu’il serait mieux de tout arrêter, voir même mourir! Personne ne nous disait jamais « courage », personne ne nous soutenait pour nous donner espoir. Au contraire on nous dit que nous perdons notre temps et qu’il serait mieux d’accepter notre situation et d’arrêter de faire des efforts car notre situation ne pourra jamais changer.

Cela limite nos idées et aspirations, ça nous coupe vraiment les ailes pour aller loin dans notre lutte. Le plus dur est de voir des personnes qui au lieu de nous donner du courage, pensent que nous sommes condamnés à vivre comme si on n’existait pas ! Malgré les découragements et la solitude, si nous rencontrons une autre personne délaissée, mais qui a la conviction que sa situation peut prendre fin un jour, on peut s’unir avec elle pour étendre nos voix, allonger nos pieds et renforcer nos ailes pour voler très loin tous ensemble et changer nos histoires. »

Je lui ai répondu : « c’est vraiment touchant cher papa, et maintenant qu’est-ce que tu ressens ? »

« La joie, rien que la joie et je me sens très confiant en mes efforts car juste à travers le nom ‘journée mondiale du refus de la misère’, j’ai senti que j’ai de la valeur. En plus, je viens d’apprendre qu’il y a des gens qui se sont unis dans les années passées pour dire non à la pauvreté et qui continuent à combattre au jour le jour pour que les droits de toute personne défavorisée soit respecté par tous et partout ! Je me sens uni avec toutes ces personnes-là car elles ont aussi fêté cette journée d’après ce que je viens d’entendre.

Maintenant je sens que je ne construis pas sur le sable avec ma famille, car d’autres ont mis une dalle qui forme un sol dur sur laquelle est écrit « là où des Hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’Homme sont violés. S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré. » ! Moi et les autres à travers le monde nous pouvons déjà y construire et aspirer à une réussite collective de nos efforts et ainsi nos enfants viendront mettre la toiture sur notre maison. »

J’ai voulu raconter ce témoignage car à mon arrivée au Burundi depuis la République Démocratique du Congo, personne dans mon entourage comprenait le fait que la solidarité, le partage, l’entraide et le travail peuvent mettre fin à la pauvreté ! Rencontrer Papa MWEHA qui milite pour sortir de la misère, comprendre ATD Quart Monde et le sens du 17 octobre, m’a donné beaucoup d’espoir pour que le peuple burundais s’unisse pour éradiquer la pauvreté.

Jimy

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Penture réalisée par Bruno Mazzolini

Maïmouna Kebe et Bruno Mazzolini

Sénégal

Ce samedi, à l’Antenne régionale à Dakar quelques membres du Mouvement ATD Quart Monde se retrouvaient pour discuter du thème du 17 octobre, Journée Mondiale du refus de la misère. Cette année, le Comité International propose de mettre en lumière l’ambition de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948, à l’occasion des 70 ans de ce texte de référence !

« Qu’est-qui fait que je suis un Homme ? » La question lancée, tous les participants ont répondu unanimement en se référant au respect de la dignité.

Tout au long de la réflexion, j’avais sous les yeux en face de moi, un tableau aux couleurs vives : les trois couleurs rouge, jaune, vert de notre drapeau comme fond, avec sur la partie gauche dessinée en noir la silhouette d’un homme assis et sur la partie droite écrit en blanc, presque en graffiti, l’inscription « Tous, nous sommes des Hommes. M. Sow »

Et je pensais à cet homme qui aurait pu n’être dans nos mémoires qu’une ombre vite estompée, mais qui nous a si profondément instruit sur « ce qui fait qu’on est un Homme » qu’il continue à habiter nos cœurs et nos esprits : Mamadou Sow. Nous l’appelions tous Jimy. Il était un homme de la misère, d’une misère épaisse qui l’éloignait de ses voisins, une misère qui ne le laissait pas en paix, même dans sa solitude.

Pourtant à un moment il avait eu des rêves, des rêves simples comme tout le monde : se marier, avoir des enfants et de quoi les faire grandir. Pour les réaliser, il avait pensé immigrer en Europe. Il était parti puis 4 ans plus tard, il était revenu… Sans rien…. Devenant la risée de tous.

Dans le quartier, il insultait les voisins. Les tensions entre lui et son voisinage avaient incité le propriétaire de la maison qu’il squattait à lui demander de partir. Alors, il avait trouvé refuge quelque temps à la maison Gestu And Xeex Ndool, qui veut dire « rechercher et combattre ensemble la pauvreté ». C’était la maison de tout le monde, une maison de paix où tous ceux qui y entraient se sentaient respectés. Là, dans notre maison Quart Monde (lieu de rencontre des membres du mouvement), Mamadou se sentait en sécurité.

Il avait le talent de façonner le bois. Il réalisait des petits bracelets qu’il vendait au marché. Mais de tout ça, gagnait peu… si peu. Il avait ensuite trouvé une autre maison tout aussi insalubre. Notre équipe s’était solidarisée pour qu’elle soit remblayée, mais l’eau revenait sans cesse. Pourtant ce n’était pas le pire. Ce qui blessait le plus Mamadou, c’était les préjugés. Sans le connaître les voisins le jugeaient, se moquaient de lui, le traitaient de fou… Dans son cœur la colère, comme l’eau, stagnait et jamais ne se tarissait. Elle sortait de lui par des insultes en réponse aux humiliations reçues. C’était toujours des conflits, des menaces. Il le sentait bien : personne ne le respectait.

Nous allions lui rendre visite, volontaires et jeunes bénévoles. Et petit à petit nos visites, qui intriguaient les gens, ont transformé les regards. Dans sa petite chambre humide, il nous recevait et cela faisait de lui une personne comme les autres, il n’était plus tout à fait isolé, il y avait de la solidarité. Chez certains voisins, il pouvait aller chercher de l’eau à boire.

Cet homme abattu par la misère cherchait son chemin, comme tout être humain cherche à être reconnu comme un Homme.

Il souffrait de la relation qu’il avait avec le voisinage, alors qu’au fond, tous voulaient la paix.

Les volontaires ont eu l’idée d’inviter Mamadou à venir sculpter un objet qui symbolise la paix dans la cour de la maison Gestu. Mamadou, qui insultait les voisins et faisait peur aux enfants, se retrouvait avec eux, là dans la cour à sculpter le bois, cherchant ensemble à dire la paix.

Après une querelle Mamadou cherchait toujours à se rattraper, redevenir un parmi les autres ; alors il répétait comme une vérité incontournable et pleine de sagesse : « tous nous sommes des Hommes ». Ces mots tintaient comme un appel au respect de la dignité de tous, mais également comme un appel au pardon inconditionnel. En les étalant sur sa toile, un volontaire a voulu partager la force de cet homme au-delà de la violence de la misère qui l’oppressait.

Ce tableau à l’Antenne régionale d’ATD Quart Monde à Dakar contribue à ce que Mamadou Sow, alias Jimy, ne soit pas oublié.

C’est l’occasion de témoigner de sa vie à tous les gens qui passent ici.

Le voyage absurde des Rroms : aller-retour éclair entre France et Belgique

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Pascal Percq

France

Ce matin là, tout comme un autre matin identique deux mois plus tôt, une vingtaine de personnes, familles Rroms avec enfants, sont rassemblées à l’entrée du camp improvisé –un bidonville organisé depuis de nombreux mois aux portes de la ville.

Entre deux bras d’autoroute périphérique, une centaine de Rroms sont installés là, à demeure, dans leur caravane, selon une utilisation assez rationnelle de l’espace.

Ce mercredi matin, plusieurs d’entre eux se préparent à partir non pas pour un long voyage mais pour un aller-retour absurde, digne de Kafka, de quelques kilomètres…

Il est 9h. Cinq voitures approchent et se garent à l’entrée du camp. Leurs conducteurs et conductrices sont des amis, membres du collectif de soutien aux Rroms. Ils rejoignent les familles et ensemble ils attendent. Qui ? Deux policiers déjà venus quelques jours plus tôt et qui avaient saisi un peu au hasard leurs papiers d’identité lors d’un contrôle de routine dans le camp.

Ces papiers d’identité, les familles en ont besoin, pour travailler, pour se déplacer, pour inscrire les enfants à l’école. Presque tous sont scolarisés. Plusieurs de ces femmes travaillent à temps partiel. Qu’importe, une décision administrative prise par le préfet leur ordonne de quitter le territoire. En échange de leurs papiers ils sont mis en demeure de partir dans les trente jours… par « leurs propres moyens ».

Cela s’appelle une « OQTF : Obligation de Quitter le Territoire Français ». Une décision administrative prise par le préfet en application d’une réglementation légale sans besoin de passer devant un juge. Leur tort ? Ils n’ont commis aucun délit. Ils sont considérés comme représentant une charge excessive pour l’État français, parce que leurs revenus sont insuffisants, qu’ils n’ont pas de logement, etc.

Le fait qu’ils soient citoyens Européens, Roumains certes mais membres de l’Union Européenne, ne change rien à leur sort. Le droit de mobilité dans l’espace Schengen est battu en brèche. Plusieurs recours ont d’ailleurs été déposés par le passé devant le tribunal administratif pour « excès de pouvoir ». Peine perdue. Le temps que le juge administratif délibère… les personnes sont tenues d’appliquer l’obligation légale. Et donc de quitter le territoire.

Il est 9h20. Les familles prennent place dans les cinq véhicules. Parmi les « expulsés » une maman avec un bébé de trois mois. L’enfant n’est pas expulsable… mais la maman si. Alors, on ne sépare pas la mère de l’enfant. Une autre jeune femme est furieuse. Elle habite la région sud depuis plus de quinze ans et était simplement de passage. On lui a pris ses papiers comme aux autres.

Le petit groupe part en convoi, escorté par le véhicule de police jusqu’à la frontière franco-belge six kilomètres plus loin.

Il est à peine 10h. La frontière franchie, tout le monde descend des véhicules. Les policiers constatent alors que les familles ont bien quitté le territoire français. Ils leurs rendent  à chacun en main propre, contre une signature, leurs papiers d’identité. Puis ils repartent…

Alors tout le monde remonte dans les voitures et l’on revient au point de départ. Il ne s’est pas passé deux heures… entre le départ et le retour.

Cette –sinistre- comédie est ainsi jouée tous les deux mois. Avec quasiment les mêmes acteurs. Pour Francesca, c‘est la troisième fois qu’elle fait cet aller-retour. Elle ne s’en émeut guère. Mais chacun redoute une mesure plus sévère encore qui serait l’interdiction de retour en France : l’arsenal administratif a bien des ressources pour embêter les pauvres gens, Rroms et autres.

Plusieurs organisations ont saisi la Cour Européenne des Droits de l’Homme. Sans résultat jusqu’à présent.

Le ballet de ces reconduites à la frontière entre la France et la Belgique, peut ainsi continuer à ce rythme de mois en mois durant des années. D’autant qu’il paraît qu’en faisant un peu de zèle, ces aimables fonctionnaires, préfet compris, seraient ainsi bien notés en haut lieu…

Je souhaite un monde sans enfants soldats

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Par Christian RHUGWASANYE

République Démocratique du Congo

Pour un enfant grandir dans la chaleur familiale et dans une société solidaire est un pas pour son développement.

Le monde souffre, des guerres, des conflits et surtout de l’extrême pauvreté. Les gens qui les endurent deviennent comme inexistants alors qu’ils ont pleinement le droit d’apparaitre comme tout Homme!

Tout humain a besoin d’une personne à ses côtés dans les meilleures et les pires situations de sa vie. Un enfant ressent encore plus ce besoin. Son corps, sa réflexion, son esprit et sa manière d’agir se développent selon son entourage, les personnes qui s’occupent de lui, les personnes qu’il voit ; ce qu’il subit et endure…..

Je suis choqué aujourd’hui de voir que des milliers d’enfants sont actuellement délaissés, drogués dans des rues de pays de cette terre. Certains sont victimes des conflits armés et politiques, coincés dans les forêts et envoyés au front sans consentement libre de leurs part ! Là leur avenir se noircit, ils sont transformés, détruits, tués.

Ces  enfants aussi ont besoin de l’école. Ils ont besoin d’être considérés et de jouir des mêmes droits que tout autre enfant. Ils ont besoin de l’affection et de la chaleur familiale. Au lieu d’une natte pour dormir dans la forêt ils ont besoin d’un matelas et d’une chambre.

Cela va plus loin que leurs propres besoins : il s’agit d’une exigence éthique fondamentale pour un monde juste, sans guerre, sans misère.

Je souhaite un monde sans enfants abandonnés, exclus, discriminés, traumatisés, enrôlés dans les groupes armés. Un monde sans enfants privés de solidarité, un monde avec du travail en commun, de l’amour et de la dignité dans la société.

Pour l’avenir, il est temps de faire que chaque enfant devienne un bon citoyen.

Un nouvel ordre mondial

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Par Nick Edwards

Royaume-Uni

Les nombreuses campagnes menées actuellement, telles que « Me Too » et « Time’s up », s’attaquent aux problèmes des inégalités, des comportements inappropriés, et de l’exploitation des femmes sur leur lieu de travail. Elles succèdent à d’autres campagnes qui ont levé le voile sur des abus de pouvoir de tous types, particulièrement, mais pas exclusivement, de la part des hommes. Ces justes causes arrivent à point nommé.

L’expérience vécue par les femmes riches et célèbres qui ont initié la campagne « Time’s up » est partagée, tous les jours, à une échelle colossale et inimaginable, par tellement de personnes, notamment les membres les plus pauvres et les plus vulnérables de notre société. Cette souffrance qui fait parfois les gros titres, est vite éclipsée par l’événement médiatique suivant. Pourtant, le problème, lui, reste d’actualité.

Ces dix dernières années, tous les projets d’ATD ont été construits en se basant sur le refus du silence qui pèse sur l’extrême pauvreté, vécue comme une violence. Notre volonté est d’aider les personnes à comprendre de quelle façon, de manière institutionnelle et profondément enracinée dans notre société, l’exclusion et l’exploitation piègent les gens et affaiblissent leur dignité humaine. Notre priorité a toujours été de donner une voix à la pauvreté, et de permettre à cette histoire d’être racontée par ceux et celles qui sont les mieux placés pour en parler – c’est-à-dire, les militants et autres personnes qui vivent quotidiennement dans une situation de précarité.

Ce message est peu entendu pour deux raisons : la nature égoïste et matérialiste de notre monde, et la façon dont les gouvernements et les médias manipulent les faits pour les faire coïncider avec leurs propres intérêts et ceux des personnes qui détiennent richesses et pouvoir. Il en a toujours été ainsi, et il peut être facile pour nous de tomber dans la croyance que les choses ne pourront jamais changer.

Ce qui est sûr, c’est qu’en ne faisant rien, cela ne changera jamais ! La bonne nouvelle est que, grâce à nos efforts, ainsi qu’à ceux de tant d’autres qui se sont unis à nous de par le monde, il y a aujourd’hui une bien meilleure compréhension que par le passé de la réalité de l’exploitation et des abus de pouvoir. Cependant cela reste fragile, et soumis à des attaques de toutes sortes de la part de groupes d’intérêt. C’est la raison pour laquelle nous avons besoin d’un réel changement de culture, afin que les problématiques cruciales soient identifiées, non pas comme une énième campagne mais comme une nécessité pour notre survie et pour le bien-être de notre planète et de tous ses habitants.

Le fondateur d’ATD Quart Monde, Joseph Wresinski, a dit un jour : « Un nouvel ordre mondial, sans pauvreté, verra le jour ». Pour que cette déclaration se réalise et ne soit pas qu’un rêve lointain, nous devons essayer de persuader ceux qui ne nous écoutent pas encore. Nous devons unir nos voix, nos « Me too », pour changer l’obscurité de l’extrême pauvreté en un nouvel ordre mondial où tout le monde aura la chance de donner le meilleur de lui-même.

Nous, rassemblés au sein d’ATD Quart Monde, sommes à l’avant-garde de ce mouvement. Cela fait longtemps que nous sommes présents et nous devons continuer à raconter notre histoire jusqu’à ce que le monde écoute enfin et que personne ne soit plus laissé derrière.

 

Anniversaires : de 1948 à 1998… et maintenant ?

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Pascal Percq

France

Cette année 2018 est celle d’un double anniversaire : les 70 ans de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme votée par les Nations Unies et signée par 50 États le 10 décembre 1948 à Paris et, d’autre part, il y a 20 ans, le vote en France le 28 juillet 1998, par le Parlement, de la loi d’orientation « de lutte contre l’exclusion ».

Quel lien, quels points communs entre ces deux textes, ces deux actes ?

C’est à cet exercice que trois membres d’ATD Quart Monde Nord-Pas de Calais ont été conviés à participer avec les membres d’Amnesty International de cette même région.

Cet échange a donné lieu à une réflexion en amont qui fait référence à des repères qu’il est intéressant de rappeler ici.

La première référence commune est le mot : « dignité ».

Tout officielle qu’elle soit, cette Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (DUDH) ne présente pas de caractère contraignant, mais elle est considérée comme une référence internationale fondamentale dans le domaine des droits de l’Homme par de nombreux pays et des centaines d’organisations.

Avant elle, il y eut la Déclaration Américaine des Droits (1776) intégrée à la Constitution américaine et en France la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, adoptée par la première Assemblée nationale en 1789.

Paul Bouchet, juriste notoire, président d’honneur d’ATD Quart Monde et ancien président de la CNCDH (Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme) remonte encore plus loin en indiquant  que ces textes ont été inspirés par ce qu’il nomme des « lois non écrites » qui imprégnaient cultures et religions : « avant même qu’il y ait des états modernes, il y a toujours eu au cœur de l’Homme digne, l’idée qu’il y avait « quelque chose » qu’aucun pouvoir ne pouvait dominer ou abolir mais au contraire que les pouvoirs devaient servir ». Au cours des siècles, dans toutes les grandes traditions religieuses ou philosophiques –également dans des pays comme la Chine où les traditions sont plutôt agnostiques– on trouve cette espèce de reconnaissance d’une dignité inhérente à la nature humaine. Le philosophe Kant, en Allemagne, a été jusqu’à dire « l’humanité est une dignité ».

« Dignité » est le fondement premier des Droits de l´Homme.

La Déclaration de 1948 a été rédigée par le juriste français René Cassin avec Eléonor Roosevelt. Cassin avait parmi ses jeunes collaborateurs Stéphane Hessel, auteur des années plus tard du fameux « Indignez-vous ! ». Stéphane Hessel confia lors du « Forum des engagements contre la misère » organisé par ATD Quart Monde en mars 2011 à Paris, que c’est sur ce mot « dignité » qu’on trouva un accord entre les auteurs de la Déclaration. Dans un premier texte, Cassin était parti de l’idée d’égalité des Droits de l’Homme. Mais il manquait quelque chose : le mot même de « droit » créant des difficultés de traduction dans certains pays. Alors, il a ajouté le mot « dignité » comme fondement des droits.

Mais ce n’était pas suffisant, raconte Paul Bouchet. Dans le passé, on a assisté à des déviances: au nom de la dignité de l’homme, les régimes fascistes ont dit : « Il y a des sous-hommes qui ne sont pas dignes de vivre et donc, on les écarte ». C’est ainsi que Cassin est arrivé à la formule d’« égale dignité ». C’est pourquoi l’article premier de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme s’énonce finalement :

« Tous les Hommes naissent et demeurent libres et égaux en dignité et en droits ».

La Déclaration française de 1789 disait seulement : « Libres et égaux en droits » (en oubliant les femmes !). L’égale dignité signifie que tout Homme, quel qu’il soit, est égal à un autre en dignité.

La Déclaration universelle a inspiré une importante activité normative et a servi de modèle conduisant à la rédaction de traités ou de la Convention  Européenne des Droits de l’Homme.

C’est sur ce terme d’« égale dignité » que se situe le lien entre la Loi de Lutte contre l’Exclusion de 1998 en France et la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Pour lutter contre l’extrême pauvreté autrement que par des mesures catégorielles vite usées et insuffisantes, il fallait remonter à ce concept fondateur des droits de l’Homme qu’est l’égale dignité. Ce fut un débat « serré » entre associations et législateurs. La loi votée compte 151 articles et reprend surtout les différents droits « fondamentaux ». Son premier article a été adopté avec le texte suivant :

« La lutte contre les exclusions est un impératif national fondé sur le respect de l’égale dignité de tous les êtres humains et une priorité de l’ensemble des politiques publiques de la nation. »

Entre 1948 et 1998 il s’est passé… 50 ans ! Le texte de cet article se poursuit ainsi : « La présente loi tend à garantir sur l’ensemble du territoire l’accès effectif de tous aux droits fondamentaux dans les domaines de l’emploi, du logement, de la protection de la santé, de la justice, de l’éducation, de la formation et de la culture, de la protection de la famille et de l’enfance.

L’État, les collectivités territoriales, les établissements publics dont les centres communaux et intercommunaux d’action sociale, les organismes de sécurité sociale ainsi que les institutions sociales et médico-sociales participent à la mise en œuvre de ces principes. Ils poursuivent une politique destinée à connaître, prévenir et supprimer toutes les situations pouvant engendrer des exclusions. »

Après cette « proclamation », il reste un autre combat,celui de  l’effectivité de ces droits. L’accès aux droits de tous, pour tous, doit être le souci de tous. Il ne s’agit pas seulement de la reconnaissance d’un principe mais de son application à tous et notamment à ceux qui en sont le plus privés.

C’est le combat initié par Joseph Wresinski, fondateur d’ATD Quart Monde qui fit graver, dans le marbre du parvis des libertés au Trocadéro à Paris, cet appel très clair à tous les défenseurs des droits de l’Homme :

« LA OU DES HOMMES SONT CONDAMNES A VIVRE DANS LA MISÈRE, LES DROITS DE L’HOMME SONT VIOLES. S’UNIR POUR LES FAIRE RESPECTER EST UN DEVOIR SACRE. »

Plus que jamais, cette année d’anniversaire(s) doit être, non pas une commémoration mais une mobilisation, pour rendre effective l’égale dignité par l’accès aux droits de tous pour tous, avec tous.