Les enfants se soutiennent mutuellement pour la rentrée scolaire

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rentrée scolaire

Par Shahidi Muhigirwa MUHARABU

République Démocratique du Congo

Le lundi 2 septembre 2019, les écoliers ont repris le chemin de l’école après deux mois des vacances. Les parents préparent leurs enfants en leur achetant les fournitures scolaires : les uniformes, les mallettes et d’autres matériels importants pour leur scolarité.

Certains parents peuvent payer tout le matériel nécessaire pour la rentrée des classes, d’autres achètent seulement des uniformes sans les cahiers, d’autres encore n’ont pas le choix et se font discrets. Des fois, certains enfants refusent d’aller à l’école s’ils n’ont pas le matériel pour la rentrée scolaire car ils ont honte et non pas parce qu’ils ne veulent pas étudier. Ils ont peur d’être discriminés par les autres, d’être sujet de moquerie et se retrouver seul dans un coin.

Les enfants font confiance à leurs parents. Des fois, ils pensent que leurs parents ont le pouvoir de tout, que tout est possible pour eux. Je me rappelle de la parole de Guy, un enfant Tapori : « mon père est riche plus que tout le monde, il est au-dessus du président Kabila ». Lorsque les enfants savent que leurs parents sont capables de tout, ils ne pensent pas qu’ils peuvent manquer quelque chose.
Malgré le fait que les enfants n’aient pas ces fournitures scolaires à cause du manque de moyens de leurs parents, ils gardent toujours l’espoir, de la considération et de la confiance envers leurs parents.

Un jour, lors d’une animation Tapori, un enfant dit : « moi et ma petite sœur nous n’étudions pas ». Nous avons donc demandé aux autres enfants qui parmi eux étudie. Tous ont levé la main sauf un frère et sœur : ils n’ont pas pu reprendre les études car ils n’ont aucune fourniture scolaire. Quand les enfants ont appris cela, l’un d’entre eux dit « moi j’ai déjà commencé à étudier, mais je n’ai pas la mallette. Je pars avec mes cahiers dans un sachet que ma mère m’avait donné. Malgré ça cela, vous aussi vous pouvez aller à l’école même si vous n’avez pas des cahiers, peut être vos parents pourront vous acheter les cahiers plus tard… ».
Un autre dit : « nous pouvons chacun apporter un ou deux cahiers pour aider nos amis et pour qu’ils partent aussi à l’école ! »

Les erentrée2nfants n’ont pas pu être indifférents à la situation difficile de leurs amis et à la rencontre Tapori suivante, plusieurs ont apporté des cahiers, d’autres des stylos pour soutenir leurs amis. Don et Anna ont pu reprendre les études ! C’est ceci le fruit de l’amitié !

Fidelie, une enfant Tapori, a dit : « je n’ai pas trouvée beaucoup des cahiers, j’en ai trouvée seulement deux, un pour toi Don et un autre pour Anna. Si j’en aurai d’autres je vous les donnerai ».

Cette attention avait touché plusieurs parents dont leurs enfants demandaient la contribution pour venir en aide à leurs amis.

Prenons exemple des enfants, ils ont beaucoup de choses à nous apprendre : surtout l’amour, l’amitié et l’espoir.

LE REGARD

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Blaise NDEENGA

Cameroun

Il est des gestes, des attitudes et des mimes qui expriment parfois des modes de communication envers l’autre. Bien des fois nous ne faisons même pas attention. Le regard entre dans cette catégorie. Il est celui qui, d’un coup, transmet des informations, des jugements et des interrogations, des doutes, du rejet, de l’acceptation…

Cette prise de conscience du Regard m’est apparue de façon ferme après une rencontre. Je vous livre le témoignage de cette dame. Je suis allé chez elle, alerté par des amis. Elle vivait une situation forte. En fait elle a été accusée de sorcellerie. Chassée de son village, elle avait trouvé refuge dans une autre contrée et vivait dans une cabane délabrée et presque répugnante. Voici ce qu’elle me dira plus tard :

« Mon fils, le jour où tu es entré dans ma maison, ce n’est que tes yeux que je fixais… je voulais savoir à travers ton regard, si tu avais peur du titre de sorcière que le village me fait porter…

Je t’ai vu entrer dans ma maison. Tu n’a regardé ni l’état de ma maison, ni le désordre, ni la saleté…Tu es entré en me regardant droit dans les yeux et moi je faisais de même…Tu t’es assis sans même regarder le banc sur lequel tu t’asseyais…Pourtant il était sale. Tu étais préoccupé à me regarder…Ce qui comptait c’était moi. Les gens me parlent sans me regarder…Lorsque je sors de ma maison, les gens regardent ailleurs ; les plus courageux me saluent, mais en tournant le visage. Mon fils est-ce que j’ai le visage d’un animal? Je suis comme vous ou pas ?

J’ai senti beaucoup de joie quand ton regard a croisé le mien. J’ai compris enfin que j’étais quelqu’un car ton attention était sur moi…Je me suis sentie considérée. Ton regard montrait ton cœur. Tu m’as aimée et je t’ai ouvert mon cœur…Enfin quelqu’un m’a regardée donc j’étais importante ».

Voilà un témoignage qui m’a bouleversé et en même temps enseigné. Quelle force a le regard ? Valorisant, condescendant, compatissant, méprisant, attachant ? Généralement on n’y fait même pas attention. Avec cette dame, j’ai compris qu’un petit regard jeté vers quelqu’un l’humanise et lui donne un visage…

L’avenir de l’humanité est entre nos mains

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17Octobre-Charles RPhoto : Charles Ngafo, à l’occasion de la Journée Mondiale du refus de la misère à Bangui

Jacqueline Plaisir

République de Centrafrique

L’actualité tumultueuse nous ballote d’une catastrophe à une autre, et au cœur même de ces bouleversantes crises, il y a la persistance de la misère. On peut dire : il y a la misère qui prend des galons. Et face à ce qu’on pourrait regarder impuissant, comme une fatalité, il y a des femmes et des hommes debout, qui résistent par la solidarité et le sens profond de la dignité.

De la Centrafrique, si nous sommes à l’écoute de l’appel silencieux de la misère, nous percevrons le message de tous les résistants. « Le sens de la vie, pour nous, c’est aider ceux qui sont plus faibles » déclarait Charles le 22 octobre dernier. Lui que la misère prive de tout, il nous invite simplement à regarder autrement ceux qui arrivent les pieds nus et les vêtements en lambeaux, à l’image de leur vie limée par la misère. Ils frappent à nos portes pour un peu d’amitié et retrouver dans nos yeux et à travers nos paroles l’écho de leur humanité.

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« Il y a un mois de ça, un jeune est venu dans la cour. Il m’a demandé 100 Francs (0,15 €) pour prendre la bouillie. Je lui ai demandé comment tu viens me demander ça. Il a répondu : je viens de loin, de loin

– Loin comment ?

– De Bangassou

– qu’est-ce qui fait venir ici si tu étais à Bangassou ?

Alors il raconte. Un jour, il a retrouvé la maison brûlée, et toute sa famille. C’est cette violence qui l’a poussé à fuir. Il a passé un mois en route pour arriver à Bangui, et cela faisait une semaine qu’il était à Bangui, à errer sans famille.

Lorsqu’il m’a expliqué cette histoire, cela m’a touché et je lui ai demandé « Tu vas où ? ». Il n’avait nulle part où aller, alors il est resté avec moi.

Et puis un matin, le cadet m’a dit qu’il voulait avoir un métier, se former. Nous sommes allés à Don Bosco. Nous nous sommes renseignés, çà coûte cher. Je me souviens qu’à mon époque, c’était gratuit, et j’en avais profité. J’ai demandé au jeune s’il avait des papiers, il me dit que tout cela a été brûlé. L’état du pays aujourd’hui ne rend pas service à des jeunes comme lui, dans ce qu’il vit. Tout ça me touche, j’y pense tout le temps. Parce que moi aussi, j’ai traversé des moments pas faciles, et je n’ai rien. Et nous à Bangui aussi on a vécu la crise.

Comme nous sommes dans un mouvement qui pense l’éducation, j’ai parlé avec les autres. L’idée n’est pas de lui donner de l’argent mais de l’éducation pour qu’il devienne quelqu’un de bien et à son tour aide d’autres.

« Nous voulons ensemble porter l’espoir de ce jeune, et la fraternité que Charles nous enseigne », nous dit Gisèle , une maman qui tous les jours pense que nous devons l’avenir à nos enfants. « Dans notre pays bouleversé, il y a beaucoup de jeunes comme le Cadet et d’autres comme Charles qui nous obligent à ne pas baisser les bras devant la difficulté et nous poussent à nous mettre ensemble pour construire la paix, construire un monde avec tout le monde ».

Dans le monde trop injuste, il y a trop de personnes qui sont en errance, fuyant la misère, cherchant la vie au cœur de l’urgence et la violence, cherchant la paix. Il y a de par le monde et ici des personnes qui savent aller vers eux et marcher ensemble pour créer des chemins d’avenir. Ces résistants à la pauvreté, à l’exclusion, à la violence qui minent notre humanité nous rappellent le message de Joseph Wresinski, initiateur d’une rencontre nouvelle entre les hommes «  le monde n’avance pas à cause de ses conquêtes militaires ou économiques, à cause de ses idéologies ou ses profits gagnés par les uns sur les autres. Bien au contraire ! …. Ceux qui font changer le monde, ce sont des gens comme nous qui, au-delà de l’amertume, avons retrouvé l’espoir dans la fraternité. C’est parce que nous mettons notre espoir dans la fraternité que l’avenir de l’humanité est entre nos mains. »

SIMONE VEIL, UNE GRANDE DAME, UNE GRANDE AMIE

2017 (21b)

Simone Veil et Joseph Wresinski, Photo Alain Pinoges – Agence Ciric

François Phliponeau

France

Depuis vendredi, et l’annonce de son décès, les hommages pour Simone Veil arrivent de partout.
Tout le monde a entendu parler de sa déportation à Auschwitz, de son engagement pour le droit des femmes, de son ambition pour l’Europe. On sait moins qu’elle était amie de Joseph Wresinski et de Geneviève de Gaulle.

La déportation en 1944, les camps de concentration, « simplement » parce qu’elle était juive ! Toute sa vie, elle témoignera de l’horreur du génocide. Rescapée, comme Geneviève de Gaulle, elle fera preuve de l’immense énergie des survivants, gardant visible sur le bras le tatouage de son numéro matricule.

Ministre de la Santé en 1974, elle dépénalisera l’IVG, non qu’elle soit favorable à l’interruption volontaire de grossesse, mais pour que les femmes acculées à cette décision (il y avait alors 300.000 avortements clandestins par an), puissent le faire dans des conditions sanitaires et humaines acceptables.

Cinq ans plus tard, elle sera la première Présidente du Parlement européen élue au suffrage universel. Consciente des difficultés de la construction de l’Europe, anticipant les questions, elle fera partager sa conviction que l’Europe n’est pas un problème mais la solution.

Simone Veil était aussi une amie d’ATD Quart Monde. Ministre de la Santé, elle a souvent dialogué avec le Père Joseph. Témoin privilégiée, Gabrielle Erpicum se souvient des accords et des désaccords. « Ce qui est sûr, c’est qu’elle avait le souci des plus pauvres. »
Le 17 octobre 1987, c’est elle qui dévoilera la Dalle sur le parvis du Trocadéro.
C’est une grande dame à qui la France rendra hommage mercredi aux Invalides, à Paris. Avant, on le souhaite, qu’elle rejoigne Geneviève de Gaulle au Panthéon.

Magie de Noël chez les Houmeaux

Caroline Blanchard

France

« Quand ça se termine et qu’il faut tout éteindre, je ne vous cache pas qu’on a tous le cafard » dit un des acteurs de cette féérie de Noël. « Chez les Houmeaux » est un petit village perdu dans les Deux-Sèvres, environ 50 habitants, pas d’éclairage public (enfin pas encore, les autorités ont promis de les alimenter grâce au nouveau parc éolien en cours d’aménagement à proximité) mais avec un grand cœur, et un goût pour le festif !

Donc cette année, pour la première fois, je suis en vacances dans les Deux-Sèvres pour Noël. Quand mon beau-frère évoque ce projet de ballade pour le 25 décembre, j’accepte, intriguée. Et je ne suis pas déçue : les habitants de ce tout petit village rivalisent d’ingéniosité pour illuminer leurs jardins aux couleurs de Noël. Crèches traditionnelles côtoient Pères Noëls et bonhommes de neige en tenue de ski, il y a même une Tour Eiffel, et des étoiles perchées au sommet de conifères de près de 10 mètres de haut… Un gentil Père Noël se promène et ne se lasse pas de demander aux enfants s’ils sont heureux des cadeaux qu’il leur a apporté, et qu’ils ont ouvert le matin même ! Il distribue des bonbons. Mais d’où vient cette idée ? Et pourquoi ces décorations ?

Selon le journal local, un couple ayant décidé d’illuminer son jardin à la naissance de leur premier enfant a été suivi progressivement par tous les habitants du village (ou presque). Et ce n’est pas tout : chaque soir, les habitants vendent vin chaud, crêpes, café… au profit d’une association qui lutte pour la mucoviscidose. Alors là je suis éblouie de voir comment Noël reprend vie, le Noël que j’aime, celui qui fait une place au partage à l’accueil du plus faible ! Et allez voir par curiosité les sommes gagnées, sur le lien vers le journal local, vous serez vous aussi ébahis !

Ce projet annuel fédère tout le village. En effet, comme l’explique cet habitant qui n’aime pas le moment où il faut tout éteindre, ils cherchent des aides pour avoir œufs et lait à des tarifs préférentiels, voire un peu de soutien des collectivités locales, pour confectionner crêpes et vin chaud sans trop dépenser, et augmenter ainsi leur bénéfice. Comme quoi  3 guirlandes allumées dans un jardin peuvent être la première étape d’un merveilleux élan de générosité. Parfois il ne faut pas grand-chose pour se mettre ensemble et vivre Noël autrement !

Frères ou idiots

Texte et photos : François Phliponeau

France

Le 15 août à Jambville, les scouts ont organisé un rassemblement de 5000 jeunes de 50 pays, sur le thème de la culture. Magnifique expérience de fraternité malgré, ou plutôt grâce à leurs nationalités, religions, cultures différentes.

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A Mayotte, département français de l’Océan indien, Mahorais arabes et européens « voisinent » en bonne intelligence, dans de nombreux quartiers.

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A Méry-sur-Oise, à l’occasion d’un regroupement, des volontaires d’ATD Quart Monde de dix pays ont exprimé la joie de bâtir ensemble…

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A Rio pendant deux semaines, Métisses des Amériques, Africains du Nord et du Sud, Français des Antilles et de l’hexagone ont fait la démonstration de la valeur universelle du sport.

Plus fort encore : après l’assassinat du Père Jacques à Saint-Etienne du Rouvray, la réponse, religieuse et laïque, a été à la hauteur du drame. Cette réponse, nous devons la mettre en œuvre chaque jour, fidèle au conseil de Martin Luther King : « Apprenons à vivre ensemble comme des frères, ou nous mourrons tous comme des idiots. »