De la mine d’or à la mine de développement : plaider pour la justice éducative

Mis en avant

Photo

Dans la photo la coordinatrice d’APEF, MWAMIKAZI Espérance BAHARANYI et le Docteur Denis Mukwege

Bagunda MUHINDO René,

Bukavu – République Démocratique du Congo

L’éducation constitue la priorité du Gouvernement de la République Démocratique du Congo. Le taux de scolarisation a connu un accroissement de 9% en l’espace de deux ans. Ces chiffres du ministère de l’Enseignement primaire, secondaire et Initiation à la nouvelle citoyenneté avaient été donnés par une radio locale (Radio Okapi) à la clôture de l’année scolaire 2015-2016.

Cependant, des disparités ont été remarquées entre le milieu urbain et le milieu rural à différents niveaux. La précarité de certaines familles est la principale cause du faible taux de scolarisation des enfants à Luhwindja. Dans cette chefferie du Territoire de Mwenga à l’Est de la RD-Congo, certains enfants travaillent dans les mines d’or artisanales pour aider leurs familles. Avec l’appui de ses partenaires, l’Action pour la Promotion de l’Enfant et de la Femme (APEF) s’est engagée à les scolariser. La communauté n’a pas cru à ce projet au début : « Ces enfants perdus dans les mines ne peuvent pas réussir à l’école », disaient certains.

Pourtant la conviction de la Coordinatrice d’APEF, MWAMIKAZI Espérance BAHARANYI était forte :

« Tous les enfants n’ont pas les mêmes chances mais tous peuvent réussir s’ils ont les moyens. Faire de leur réussite une priorité de chaque action est un devoir pour chaque citoyen ».

Ce message a été le fil conducteur de l’action d’APEF pour la réussite éducative des enfants. Les moniteurs ont multiplié leurs efforts dans l’enseignement. Les assistants psychosociaux et tout le staff APEF ont renforcé les visites aux familles pour comprendre les réalités de vie et pouvoir mieux accompagner les enfants. Aux épreuves de fin d’études primaires pour l’année scolaire 2016-2017, tous les enfants présentés ont réussi (34/34, soit 100% de réussite).

Les résultats pour l’année scolaire 2017-2018 mettent en valeur le fruit des efforts construits ensemble :

  • Une élève âgée de 14 ans a obtenu la meilleure note à l’Institut Ushirika (Une école secondaire de Luhwindja),
  • Les 36 élèves du degré terminal présentés aux tests nationaux ont tous réussi. Une fille, l’élève a obtenu la meilleure note (86%) dans le territoire de Mwenga. Avec deux autres élèves de Kamituga ils ont représenté le territoire de Mwenga pour un concours organisé par la division provinciale de l’enseignement primaire à Bukavu. Ils ont été aussi reçus par les délégations du Gouvernement Provincial et de l’Unicef.

Ces succès montrent que même dans la misère, un enfant a un savoir. Il faut l’approcher et lui donner des moyens de faire éclater son savoir. Le Dr. Denis Mukwege, président de la Fondation Panzi soutenant APEF pour ce projet n’est pas resté indifférent à ces résultats. Il a réagi en juillet : « Voilà ce dont peuvent être capables nos enfants lorsqu’ils sont aimés et soutenus… Ces enfants qui, hier étaient perdus dans les fonds obscurs des mines d’or, de cassitérite ou de coltan, peuvent, demain, devenir une véritable mine d’or pour le développement de notre pays ».

Les efforts de tous (enfants, parents, APEF et la Fondation Panzi) ont provoqué le changement de regard de la société de Luhwindja envers ces enfants. Ils montrent que chaque enfant est une chance pour l’humanité.
Rien n’est plus beau qu’investir sa vie, sa passion pour les autres comme le souligne le Père Joseph Wrensiski, fondateur d’ATD Quart Monde dans « Paroles pour demain ». Ce prêtre confia à Claudine Faure : « C’est formidable, vous savez, de lutter contre toutes ces injustices qui sont faites ! Ça vaut la peine d’y donner une partie de soi et une partie de sa vie, et même sa vie pour certains. ». En relisant ces cris jaillis de tant et de tant de poitrines angoissées et de cœurs d’enfants malheureux, je plaide pour la justice ».

CIJW 0070 872 052 17 05 1987 mariage buyse marteau (22)

Je me joins au Dr. Denis MUKWEGE, à MWAMIKAZI Espérance BAHARANYI et au Père Joseph Wresinski pour inviter et encourager ceux et celles qui ont les cœurs percés et révoltés par l’injustice de la misère privant les enfants de l’éducation scolaire, à lutter sans cesse pour que ça change.

Mandela disait : « l’espoir c’est ce qui reste quand tout semble perdu ». En nous armant de cet espoir, nous serons capables de porter ensemble les larmes de ces enfants découragés face aux moqueries de leurs amis et de la communauté. Nous serons capables d’encourager ces parents impuissants à nourrir leurs enfants, de partager le courage et la douleur de ces enfants même quand les moyens matériels et financiers seront absents.

Publicités

L’obscurité de l’indépendance

Mis en avant

IMG_20180717_125410

Bagunda MUHINDO René,

Bukavu – République Démocratique du Congo

30 juin : anniversaire de l’indépendance de la République Démocratique du Congo.
Lors de cette journée, je me trouvais en mission à Luhwindja, une chefferie située à environ 90 Kilomètres de la ville de Bukavu, dans l’est du pays.
A 15 heures 30, je regardais le match France-Argentine. Un jeune me paye une bouteille de Coca-Cola en disant « Cadeau ! aujourd’hui, c’est l’indépendance du pays. On doit boire et manger ».
A 20 heures je fais un tour dans le quartier. Derrière les maisons commerciales situées le long de la route, dans la pénombre, je remarque à peine une petite maison en terre battue. Elle est particulièrement obscure. Toutes les autres maisons voisines sont éclairées, la lumière passait par les fentes des fenêtres et des portes. Je m’approche et je toque à la porte. Quelqu’un ouvre, mais je ne vois personne dans l’obscurité. J’allume la torche de mon téléphone et je vois cinq enfants avec des habits déchirés, couverts de poussière. Ils avaient joué toute la journée et n’auraient personne pour les laver le soir. L’aîné d’environ 11 ans était devant moi. C’est lui qui avait timidement ouvert la porte.

« Bonsoir », ai- je lancé.
« Bonsoir », a-t-il répondu.
« Vous allez bien ? » Personne n’a répondu.
J’ajoute : « maman est là ?  »
« Non, elle est à Bukavu et revient le samedi 7 juillet » – réagi l’aîné.

Ils avaient faim. J’en connaissais bien les signes pour avoir moi-même ressenti la même chose quand, seul avec mes sœurs, à l’âge de 6 ans, nous attendions le retour de notre mère. Je demande alors aux enfants :

« Vous avez à mangé ? »
« Non », ont simultanément répondu quatre d’entre eux. L’aîné n’a pas réagi. Dans son impuissance, il se sentait responsable des autres. Ma sœur aînée agissait ainsi quand elle n’avait rien pour nous, alors que ma sœur cadette pleurait.

« Qu’est-ce que vous allez manger ? »
« On ne sait pas. »

Aussitôt je pars au restaurant où je mange quand je suis en mission. Je prends deux plats que l’aîné rapporte. Les cinq enfants se se régalent comme des prisonniers évadés après une semaine sans manger.
Je retourne au restaurant éprouvant beaucoup d’émotions. La dame du restaurant me demande ce qui n’allait pas et j’explique. Elle n’attend pas pour répondre : « Cet enfant sale avec qui tu étais ? Ces enfants sont des voleurs ». Je ne me laisse pas emporter par ses critiques. Je lui réponds que quel que soit ce qu’ils auraient fait, aucun enfant ne mérite de passer des nuits sans manger et que dans une telle circonstance, même un adulte ne peut résister devant une casserole chaude, si personne ne le voit. La dame acquiesce et ajoute : « C’est vrai ce que tu dis ».

Le lendemain matin, je pars voir les enfants avant d’aller à l’église. Ils étaient dehors, recroquevillés les uns sur les autres. Je sentais la fraicheur, alors que j’avais un pull. Eux ne portaient rien. Dans les montagnes des villages du Sud-Kivu, il fait frais la nuit et le matin, puis la journée est réchauffée par le soleil.

Et dans ma tête tournait la question de l’indépendance. L’Indépendance ! Je reconnais sa valeur dans l’histoire du pays, mais aujourd’hui c’est devenu plutôt un concept démagogique et fantaisiste. Plus on est pauvre moins on en est concerné.
Ce 30 juin des milliers de dollars ont été dépensés pour que les riches puissent boire et manger. Les politiciens ont profité de l’occasion pour parler de leurs plans pour les élections prévues en décembre. Mais derrière les murs des villes, au fin fond des villages, des milliers d’enfants ont passé la nuit sans manger ; sans savoir s’ils auraient leurs bulletins scolaires le 2 juillet à la proclamation, parce que leurs parents n’avaient pas payé les frais scolaires. Des milliers ont passé des jours loin de l’affection de leurs mères parties chercher de quoi les nourrir.
Puis-je être fier de notre Indépendance ? Non, je le serai lorsque chaque enfant de mon pays sera libéré de la faim, du froid, de l’ignorance. Député national ou ministre, je ferais en sorte que le 30 juin se passe autrement. J’inviterais ce jour-là tout Congolais à faire une œuvre de bonne citoyenneté pour que chaque enfant et chaque adulte retrouvent le sourire. Beaucoup naissent et meurent sans avoir été libres un jour de leur vie et personne dans leur entourage ne le sait.
La véritable Indépendance, c’est la justice au cœur, c’est la paix, une vie meilleure pour tous.

L’éducation pour sortir de la pauvreté

Mis en avant

photo Mme Denise RDC 2

Par Denise NVOMERA NTEGEZA

République Démocratique du Congo

Parmi les objectifs de développement durable celui de l’éducation souligne la gratuité de l’enseignement primaire ; chose qui n’est pas respectée en RDC et dans plusieurs pays d’Afrique.

Un séminaire organisé par le Mouvement international ATD Quart Monde s’est déroulé autour du thème « Tous peuvent apprendre si… » ; les trois points de suspension constituent un ensemble d’obstacles qui freinent, qui obstruent et qui empêchent que tous les enfants aient les mêmes chances, d’accès à l’enseignement.

Il y a des obstacles liés à l’état de pauvreté des familles, ceux liés à l’insécurité grandissante dans plusieurs pays, la situation de guerre, etc.

Nous devons réfléchir à changer le regard du reste de la société envers les plus pauvres ; nous devons penser à comment mettre les personnes vivant la grande pauvreté au centre de nos préoccupations.

Nous, parents, devons commencer dans nos propres familles à assurer l’éducation de base dans le but de préparer une bonne suite. Recommandations et suggestions devront constituer un moyen efficace de notre implication dans le processus de rechercher la paix et d’autres solutions durables. Non seulement interpeller les familles à plus de responsabilité, mais aussi le gouvernement qui est le garant des institutions : l’amener d’une manière ou d’une autre à appliquer la justice à tout les niveaux ; l’amener en particulier à veiller à ce que tous les enfants – y compris ceux qui vivent dans la pauvreté – puissent jouir de leur droit à un enseignement primaire gratuit et obligatoire afin que les écoles puissent être accessibles sans danger ni coûts indirects ou frais illégaux.

Étant des ambassadeurs de la paix, nous, parents, devons commencer dans nos propres familles à solidifier d’abord l’éducation que nous donnons à nos enfants car sans l’éducation de base c’est toute une vie qui se perd. Si nous réussissons cette éducation, les résultats seront visibles. Nous ne devons pas laisser toute la charge à l’État et nous devons savoir que l’État seul ne peut rien.

Actuellement, pour certains gouvernants, c’est comme si le peuple n’existait pas, c’est comme si les enfants n’avaient pas droit à la scolarité et à la protection. Il y aura une justice lorsqu’on tiendra compte de l’existence de l’autre et que le salaire de misère n’existera plus. Les 3, 4, 5 et 6 mois impayés ne permettront pas le bien-être des personnes.

Dans chaque société les classes sociales existent, mais nous devons montrer que les inégalités conduisent à des atrocités et que certaines personnes se trouvent très lésées, très diminuées par la pauvreté.

Avec le Mouvement ATD Quart Monde nous devons aboutir à l’élaboration d’un plaidoyer auprès des gouvernements afin qu’ils appliquent les principes d’égalité et d’équité ; ainsi, même les enfants issus des familles pauvres se retrouveront sur le banc de l’école et on aura préparé des pays responsables et viables.

Les enfants vivant la grande pauvreté abandonnent du jour au lendemain l’école ou ne la fréquentent pas du tout, pour entreprendre des activités génératrices de revenu, contribuer aux tâches de ménage. Pire encore, certains se retrouvent dans la rue voués à leur triste sort.
L’éducation est un outil essentiel qui permettra à l’enfant de développer petit à petit sa personnalité, ses capacités et ses talents.
Les études seront pour lui un ensemble de chances de participer d’une manière efficace à la vie sociale et d’échapper ainsi à la pauvreté, en devenant utile pour lui et pour la communauté entière.

Le fait de ne pas arriver au terme de l’enseignement primaire et secondaire présente des conséquences économiques qui dévastent et prolongent le cycle de la pauvreté.

Écoutons nos frères de Syrie : la petite Mouna, âgée de 8 ans, s’exprimait sur Radio France Internationale : « Nous avons des écoles cachées, les parents n’acceptent pas que les enfants aillent à l’école car beaucoup sont morts puisque les écoles sont bombardées ».

Une enseignante syrienne disait qu’elle et des collègues faisaient du bénévolat avec le souci de contribuer tant soit peu à l’éducation des enfants.
L’école c’est la vie, c’est l’avenir de nos enfants, c’est l’avenir de tout un peuple. Les enfants non scolarisés sont une bombe à retardement.
« Tous peuvent apprendre si… »

Voir avec son corps

Mis en avant

DSCN3668

Saint Jean Lhérissaint

Haïti

Vivre en dignité est la plus grande nécessité de tout être humain. Qu’on ait toutes ses capacités ou non, se donner une occupation pour trouver de quoi vivre est essentiel. Ici, à Jean Rabel, en Haïti, Dérilus en est un bon exemple. Depuis l’installation de la nouvelle petite équipe d’ATD Quart Monde Haïti dans cette commune très pauvre, Dérilus attire notre attention au point que nous décidons un jour d’aller lui parler.

Dérilus est aveugle de naissance. Il vit au centre ville de Jean Rabel, mais est originaire de Barbe Pagnole, lieu où nous animons une bibliothèque de rue chaque vendredi. Sa femme est aveugle aussi, ensemble ils ont une fille. Cet homme aveugle est courageux et nourrit dignement sa petite famille grâce à la peine qu’il se donne. Chaque jour, on le voit sous sa petite tente située sur la grande rue en train de taper avec son marteau. Mais son travail est beaucoup plus large que ça et demande encore plus d’habileté. Il exige aussi une force physique adéquate.

À l’aide d’une brouette qu’il conduit depuis chez lui jusqu’à la rivière à environ un kilomètre, il ramasse des pierres et va les déposer sous sa tente – Sachant que pour faire ce travail, il doit traverser des rues en faisant attention aux vélos, motocyclettes, voitures, piétons, canaux, ravins. –  Après avoir transporté assez de pierres, il se met à les casser à coups de marteau pour en faire du gravier qu’il vend à ceux qui construisent leur maison. « Avec ce travail, je gagne assez pour vivre. Ce qui est intéressant aussi, c’est que je ne travaille qu’avec moi-même. Le seul problème qu’il y a, c’est que parfois je n’arrive pas à trouver facilement des clients », lâche Dérilus qui confirme que le travail qu’il fait n’est pas simple.

À côté de cette activité génératrice de revenus, Dérilus travaille aussi bénévolement pour sa communauté et son église. C’est bien lui qui frappe du tambour à l’église catholique du bourg, au moins chaque dimanche. C’est d’ailleurs là que nous l’avons vu pour la première fois. « Je n’hésite jamais à participer aux activités communautaires visant à embellir mon quartier », ajoute Dérilus. Il fait toutes ces choses, et bien d’autres, comme s’il voyait avec son corps. Il est un symbole de courage qui nous apprend qu’on peut vivre en dignité même si on n’est pas à 100% de ses capacités.

Jimy

Mis en avant

1

Penture réalisée par Bruno Mazzolini

Maïmouna Kebe et Bruno Mazzolini

Sénégal

Ce samedi, à l’Antenne régionale à Dakar quelques membres du Mouvement ATD Quart Monde se retrouvaient pour discuter du thème du 17 octobre, Journée Mondiale du refus de la misère. Cette année, le Comité International propose de mettre en lumière l’ambition de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948, à l’occasion des 70 ans de ce texte de référence !

« Qu’est-qui fait que je suis un Homme ? » La question lancée, tous les participants ont répondu unanimement en se référant au respect de la dignité.

Tout au long de la réflexion, j’avais sous les yeux en face de moi, un tableau aux couleurs vives : les trois couleurs rouge, jaune, vert de notre drapeau comme fond, avec sur la partie gauche dessinée en noir la silhouette d’un homme assis et sur la partie droite écrit en blanc, presque en graffiti, l’inscription « Tous, nous sommes des Hommes. M. Sow »

Et je pensais à cet homme qui aurait pu n’être dans nos mémoires qu’une ombre vite estompée, mais qui nous a si profondément instruit sur « ce qui fait qu’on est un Homme » qu’il continue à habiter nos cœurs et nos esprits : Mamadou Sow. Nous l’appelions tous Jimy. Il était un homme de la misère, d’une misère épaisse qui l’éloignait de ses voisins, une misère qui ne le laissait pas en paix, même dans sa solitude.

Pourtant à un moment il avait eu des rêves, des rêves simples comme tout le monde : se marier, avoir des enfants et de quoi les faire grandir. Pour les réaliser, il avait pensé immigrer en Europe. Il était parti puis 4 ans plus tard, il était revenu… Sans rien…. Devenant la risée de tous.

Dans le quartier, il insultait les voisins. Les tensions entre lui et son voisinage avaient incité le propriétaire de la maison qu’il squattait à lui demander de partir. Alors, il avait trouvé refuge quelque temps à la maison Gestu And Xeex Ndool, qui veut dire « rechercher et combattre ensemble la pauvreté ». C’était la maison de tout le monde, une maison de paix où tous ceux qui y entraient se sentaient respectés. Là, dans notre maison Quart Monde (lieu de rencontre des membres du mouvement), Mamadou se sentait en sécurité.

Il avait le talent de façonner le bois. Il réalisait des petits bracelets qu’il vendait au marché. Mais de tout ça, gagnait peu… si peu. Il avait ensuite trouvé une autre maison tout aussi insalubre. Notre équipe s’était solidarisée pour qu’elle soit remblayée, mais l’eau revenait sans cesse. Pourtant ce n’était pas le pire. Ce qui blessait le plus Mamadou, c’était les préjugés. Sans le connaître les voisins le jugeaient, se moquaient de lui, le traitaient de fou… Dans son cœur la colère, comme l’eau, stagnait et jamais ne se tarissait. Elle sortait de lui par des insultes en réponse aux humiliations reçues. C’était toujours des conflits, des menaces. Il le sentait bien : personne ne le respectait.

Nous allions lui rendre visite, volontaires et jeunes bénévoles. Et petit à petit nos visites, qui intriguaient les gens, ont transformé les regards. Dans sa petite chambre humide, il nous recevait et cela faisait de lui une personne comme les autres, il n’était plus tout à fait isolé, il y avait de la solidarité. Chez certains voisins, il pouvait aller chercher de l’eau à boire.

Cet homme abattu par la misère cherchait son chemin, comme tout être humain cherche à être reconnu comme un Homme.

Il souffrait de la relation qu’il avait avec le voisinage, alors qu’au fond, tous voulaient la paix.

Les volontaires ont eu l’idée d’inviter Mamadou à venir sculpter un objet qui symbolise la paix dans la cour de la maison Gestu. Mamadou, qui insultait les voisins et faisait peur aux enfants, se retrouvait avec eux, là dans la cour à sculpter le bois, cherchant ensemble à dire la paix.

Après une querelle Mamadou cherchait toujours à se rattraper, redevenir un parmi les autres ; alors il répétait comme une vérité incontournable et pleine de sagesse : « tous nous sommes des Hommes ». Ces mots tintaient comme un appel au respect de la dignité de tous, mais également comme un appel au pardon inconditionnel. En les étalant sur sa toile, un volontaire a voulu partager la force de cet homme au-delà de la violence de la misère qui l’oppressait.

Ce tableau à l’Antenne régionale d’ATD Quart Monde à Dakar contribue à ce que Mamadou Sow, alias Jimy, ne soit pas oublié.

C’est l’occasion de témoigner de sa vie à tous les gens qui passent ici.

Le voyage absurde des Rroms : aller-retour éclair entre France et Belgique

Mis en avant

rom

Pascal Percq

France

Ce matin là, tout comme un autre matin identique deux mois plus tôt, une vingtaine de personnes, familles Rroms avec enfants, sont rassemblées à l’entrée du camp improvisé –un bidonville organisé depuis de nombreux mois aux portes de la ville.

Entre deux bras d’autoroute périphérique, une centaine de Rroms sont installés là, à demeure, dans leur caravane, selon une utilisation assez rationnelle de l’espace.

Ce mercredi matin, plusieurs d’entre eux se préparent à partir non pas pour un long voyage mais pour un aller-retour absurde, digne de Kafka, de quelques kilomètres…

Il est 9h. Cinq voitures approchent et se garent à l’entrée du camp. Leurs conducteurs et conductrices sont des amis, membres du collectif de soutien aux Rroms. Ils rejoignent les familles et ensemble ils attendent. Qui ? Deux policiers déjà venus quelques jours plus tôt et qui avaient saisi un peu au hasard leurs papiers d’identité lors d’un contrôle de routine dans le camp.

Ces papiers d’identité, les familles en ont besoin, pour travailler, pour se déplacer, pour inscrire les enfants à l’école. Presque tous sont scolarisés. Plusieurs de ces femmes travaillent à temps partiel. Qu’importe, une décision administrative prise par le préfet leur ordonne de quitter le territoire. En échange de leurs papiers ils sont mis en demeure de partir dans les trente jours… par « leurs propres moyens ».

Cela s’appelle une « OQTF : Obligation de Quitter le Territoire Français ». Une décision administrative prise par le préfet en application d’une réglementation légale sans besoin de passer devant un juge. Leur tort ? Ils n’ont commis aucun délit. Ils sont considérés comme représentant une charge excessive pour l’État français, parce que leurs revenus sont insuffisants, qu’ils n’ont pas de logement, etc.

Le fait qu’ils soient citoyens Européens, Roumains certes mais membres de l’Union Européenne, ne change rien à leur sort. Le droit de mobilité dans l’espace Schengen est battu en brèche. Plusieurs recours ont d’ailleurs été déposés par le passé devant le tribunal administratif pour « excès de pouvoir ». Peine perdue. Le temps que le juge administratif délibère… les personnes sont tenues d’appliquer l’obligation légale. Et donc de quitter le territoire.

Il est 9h20. Les familles prennent place dans les cinq véhicules. Parmi les « expulsés » une maman avec un bébé de trois mois. L’enfant n’est pas expulsable… mais la maman si. Alors, on ne sépare pas la mère de l’enfant. Une autre jeune femme est furieuse. Elle habite la région sud depuis plus de quinze ans et était simplement de passage. On lui a pris ses papiers comme aux autres.

Le petit groupe part en convoi, escorté par le véhicule de police jusqu’à la frontière franco-belge six kilomètres plus loin.

Il est à peine 10h. La frontière franchie, tout le monde descend des véhicules. Les policiers constatent alors que les familles ont bien quitté le territoire français. Ils leurs rendent  à chacun en main propre, contre une signature, leurs papiers d’identité. Puis ils repartent…

Alors tout le monde remonte dans les voitures et l’on revient au point de départ. Il ne s’est pas passé deux heures… entre le départ et le retour.

Cette –sinistre- comédie est ainsi jouée tous les deux mois. Avec quasiment les mêmes acteurs. Pour Francesca, c‘est la troisième fois qu’elle fait cet aller-retour. Elle ne s’en émeut guère. Mais chacun redoute une mesure plus sévère encore qui serait l’interdiction de retour en France : l’arsenal administratif a bien des ressources pour embêter les pauvres gens, Rroms et autres.

Plusieurs organisations ont saisi la Cour Européenne des Droits de l’Homme. Sans résultat jusqu’à présent.

Le ballet de ces reconduites à la frontière entre la France et la Belgique, peut ainsi continuer à ce rythme de mois en mois durant des années. D’autant qu’il paraît qu’en faisant un peu de zèle, ces aimables fonctionnaires, préfet compris, seraient ainsi bien notés en haut lieu…

Je souhaite un monde sans enfants soldats

Mis en avant

enfant soldat 11

Par Christian RHUGWASANYE

République Démocratique du Congo

Pour un enfant grandir dans la chaleur familiale et dans une société solidaire est un pas pour son développement.

Le monde souffre, des guerres, des conflits et surtout de l’extrême pauvreté. Les gens qui les endurent deviennent comme inexistants alors qu’ils ont pleinement le droit d’apparaitre comme tout Homme!

Tout humain a besoin d’une personne à ses côtés dans les meilleures et les pires situations de sa vie. Un enfant ressent encore plus ce besoin. Son corps, sa réflexion, son esprit et sa manière d’agir se développent selon son entourage, les personnes qui s’occupent de lui, les personnes qu’il voit ; ce qu’il subit et endure…..

Je suis choqué aujourd’hui de voir que des milliers d’enfants sont actuellement délaissés, drogués dans des rues de pays de cette terre. Certains sont victimes des conflits armés et politiques, coincés dans les forêts et envoyés au front sans consentement libre de leurs part ! Là leur avenir se noircit, ils sont transformés, détruits, tués.

Ces  enfants aussi ont besoin de l’école. Ils ont besoin d’être considérés et de jouir des mêmes droits que tout autre enfant. Ils ont besoin de l’affection et de la chaleur familiale. Au lieu d’une natte pour dormir dans la forêt ils ont besoin d’un matelas et d’une chambre.

Cela va plus loin que leurs propres besoins : il s’agit d’une exigence éthique fondamentale pour un monde juste, sans guerre, sans misère.

Je souhaite un monde sans enfants abandonnés, exclus, discriminés, traumatisés, enrôlés dans les groupes armés. Un monde sans enfants privés de solidarité, un monde avec du travail en commun, de l’amour et de la dignité dans la société.

Pour l’avenir, il est temps de faire que chaque enfant devienne un bon citoyen.