Sur les pas de Joseph Wresinski, un homme dans sa singularité

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Par Élie KITUMAINI

Bujumbura, Burundi

Au Burundi le mouvement ATD Quart Monde a vu le jour il y a près de deux ans. Pour nous, le temps de formation fût une occasion spéciale et unique pour nous laisser consumer par un mouvement agissant pour la dignité, la dignité humaine. Ici je voudrais parler de mon début dans ce mouvement et de mon désir ardent d’y agir pour et avec les personnes en situation de pauvreté.

Pour exposer brièvement la philosophie et l’idéal du mouvement aux nouveaux membres du Burundi, une session de deux jours a été organisée en juin 2019, nourrie par les apports de tous.

Comme Joseph Wresinski, j’ai toujours eu de l’empathie, mais je me suis toujours senti limité à cause de mon incapacité à agir avec celles et ceux qui avaient besoin de soutien. Mon esprit était taraudé par la question de comment aider l’autre. Ayant à l’esprit que l’aide était avant tout et principalement matériel, je voulais aider au sens d’Aide à Toute Détresse (premier nom d’ATD Quart Monde), car j’ai grandi moi-même dans un quartier défavorisé à l’Est de la République Démocratique du Congo, où donner un morceau de pain à un petit voisin en manque valait beaucoup. Cette ambiance du quartier a fait naître en moi une compassion mais que je n’ai jamais sue assouvir.

Il a fallu faire le premier pas à la rencontre de Joseph Wresinski et par ricochet d’ATD Quart Monde, pour me rendre compte qu’il n’y a pas de joie et d’espoir à donner aux plus pauvres que par le simple vivre pour et avec eux. Avec cette entrée progressive dans le mouvement au Burundi, j’ai eu un déclic important en moi. Désormais j’apprends à regarder la personne vivant la pauvreté non pas comme quelqu’un qui attend quelque chose de matériel de moi, mais comme quelqu’un qui attend que je me mette à son école pour apprendre dans une confiance mutuelle et une amitié, au-delà du matériel. Et s’il est vrai que pour apprendre du maître il faut avant tout se mettre en posture du disciple, je crois pour ma part qu’apprendre des plus pauvres nécessite une telle posture, une telle attitude. Atteindre les plus pauvres n’est pas une question de faire mais d’être.

Remontant à la vie de Joseph Wresinski, déjà à l’âge de quatre ans il commence à agir contre la pauvreté. Un des premiers éléments m’ayant frappé et qu’il s’est mis au service des exclus de la société le cœur joyeux, comme un ami qui sert son ami.
Cet élan éclot au camps de Noisy-le-Grand (France). Ici il frappe par son observation des faits, sa considération des choses et son agir.

Son action se veut dès le départ d’aider à se passer de toute aide.

Ce que Joseph Wresinski et ATD Quart Monde m’apprennent c’est avant tout d’être animé par un cœur joyeux de pouvoir me mettre au service des plus pauvres en leur apportant une aide qui leur permette de se passer de toute autre aide (matériel) possible. Il s’agit ici de créer, susciter à partir de rien, bâtir une confiance qui puisse permettre une relation vraie.
D’ici naît la question de Joseph Wresinski « Pourquoi ne pas s’appeler ‘ami’ ? » et comment donc ne pas rendre service à un ami, l’écouter et se faire écouter par lui ? Avec Joseph Wresinski le regard porté sur les personnes en situation de pauvreté change : je ne le regarde plus comme un étranger dans besoin mais j’en fais un ami.

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AGIR AVEC LES PLUS PAUVRES POUR UN MONDE JUSTE ET SANS PAUVRETÉ

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Par Christian RHUGWASANYE

BURUNDI, Bujumbura

Les personnes vivant l’extrême pauvreté dans ce monde, réfléchissent et travaillent au jour le jour pour sortir de leur situation difficile en espérant vivre réellement une vie qu’elles méritent. Chaque jour elles sont debout, prêtes à se battre avec force et détermination, mais malheureusement avec désespoir et dégoût à cause du regard et des préjugés de la société face à leurs efforts.

Certes, pour trouver confiance, courage et espoir, elles n’ont pas besoin des biens matériels qui sont souvent accompagnés de paroles blessantes mais plutôt d’encouragements, de soutien et de notre temps à leurs côtés, d’être écoutées et considérées utiles et pouvoir jouir de sa dignité.

Le fait de n’avoir personne à ses côtés est finalement la plus grande souffrance dans la misère, car être seul, c’est être invisible aux yeux du monde. Pourtant, les personnes vivant la pauvreté ont le droit d’exister parmi les autres, de s’exprimer, de participer à la prise de décisions du plus bas au plus haut niveau, car tous les citoyens ont leur place dans la société.

La non reconnaissance de la dignité, des droits et de l’intelligence des personnes en situation d’extrême pauvreté dans le monde c’est un fait qui les condamne à vivre une vie qui n’est pas vraiment leur choix, une vie dans laquelle elles sont obligées de se taire malgré l’expérience et les savoirs qu’elles pourraient partager aux autres ;

c’est vraiment un crime et à cela s’ajoute le fait que l’humanité ignore leurs efforts en ne leur donnant pas la parole et la place. Pourtant, leurs idées comptent beaucoup pour bâtir un monde plus juste et solidaire.

Leur sagesse est grande, les relations qu’elles bâtissent entre elles pour se soutenir sans condition ni discrimination devraient inspirer tout le monde et nous pousser tous à agir avec elles en menant ce combat ensemble contre la misère qui est l’affaire de tous;

Nous ne pouvons pas concevoir un monde équitable et solidaire en laissant certains en arrière car on ne pourra jamais y arriver sans leur participation. Enfants, jeunes et adultes ; personne du Nord, du Sud, nous sommes tous un !

Nous avons tous intérêt à nous battre avec les plus pauvres, les écouter et cheminer avec eux, c’est notre devoir en tant qu’humains.

S’engager aux côtés des enfants et familles qui vivent l’extrême pauvreté

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Saleh Kazige ABASI,

République Démocratique du Congo

Il y a de cela 8 ans environ, j’ai été enfant Tapori. On se rencontrait une fois par semaine, autour d’une lettre Tapori, un livre, une histoire, des travaux communautaires ou simplement pour faire des jeux et des chants. C’était merveilleux! Tapori est une branche enfance d’ATD Quart Monde, un mouvement international créé en 1957 par Joseph Wresinski dans le camp de Noisy-le-Grand, près de Paris. C’est un courant mondial d’amitié entre les enfants de différents milieux qui rêvent d’un monde plus juste, de paix et où il n’y aura plus de pauvreté.

Ayant grandi dans cet esprit d’amitié, quand nous avons atteint plus de 15 ans, et puisqu’on ne pouvait plus faire partie de Tapori, il a fallu alors trouver un autre espace qui nous permettrait de conserver ce lien d’amitié et de fraternité qu’on avait bâti durant toute notre enfance.

Alors ensemble avec les amis on a créé le groupe « Dynamique jeune » : ainsi, par l’initiative des jeunes qu’on était devenus, appelés à l’origine enfants Tapori et grâce au soutien des aînés, est né un groupe d’accompagnateurs des enfants dont le but était d’aider ceux-ci à devenir des véritables citoyens de demain qui pourront servir dignement l’humanité.

C’est en fait un engagement qu’on a pris. Le rôle des animateurs étant d’animer ces enfants, les accompagner dans l’accomplissement de leurs rêves et faire en sorte qu’ils gardent leurs esprits ouverts face à l’avenir. Un avenir radieux et commun.

Sur le long du chemin, nous connaissons différentes situations qui nous rendent parfois impuissants. Dans une réunion où nous avions parlé de l’engagement des jeunes aux cotés des enfants et familles qui vivent en situation d’extrême pauvreté, Toussaint KARAGI, qui est également animateur Tapori, a fait savoir que ce qui lui, le décourageait était d’abord les propos d’autres jeunes, entre-autres ses collègues de classe : « …quand je leurs dis que je vais à la rencontre, ils me disent qu’à force de traîner avec les enfants je finirais par redevenir aussi enfant. Mais ils ont tort, parce que ces enfants sont nos petits frères et petites sœurs. Il est de notre devoir de les soutenir et d’apprendre avec eux ».

Les épreuves auxquelles nous avons été soumis à un certain moment dans notre engagement sont donc multiples. Néanmoins, au-dedans de chacune d’entre elles existait un élément qui nous a redonné espoir et nous a remis sur les rails. En fait, ce sont ces obstacles qui donnent du sens à notre engagement.

Aujourd’hui, je peux comme Toussaint, affirmer que les enfants ont des choses à nous apprendre et qu’on ne peut espérer changer le monde que si et seulement si on investit dans l’enfance.

A travers les actions qu’ils font, l’amitié et la solidarité qu’ils bâtissent entre eux, les enfants apportent le changement et contribuent à l’épanouissement de l’humanité. Si nous voulons vaincre la misère et mettre un terme à tous les autres fléaux qui, aujourd’hui comme hier, accablent l’être humain, c’est avec les enfants que nous devons commencer car, « ils sont le monde de demain ».

A savoir : Cette année le thème choisi pour le 17 octobre est « Agir ensemble pour donner aux enfants, à leurs familles et à la société les moyens de mettre fin à la pauvreté » et marque les 30 ans de la convention des droits de l’Enfant.

La journée internationale des droits des femmes et les mamans de Luhwindja

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Bagunda MUHINDO René

Bukavu – République Démocratique du Congo

Je me suis toujours posé des questions sur la journée du 8 mars. J’ai toujours été dubitatif à ce sujet. Quand on accorde une journée aux femmes pour célébrer le respect de leurs droits c’est comme si tous les autres jours on autorise implicitement que ceux-ci soient piétinés. Les femmes m’ont révélé un autre sens à cette journée à Luhwindja. Ce village surplombe les montagnes situées à environ 90 Kilomètres de la ville de Bukavu. Après la guerre de 1996 qui a empêché le développement du pays, la population a décidé de travailler pour un nouveau départ. Les femmes ne sont pas restées en marge du processus.

En 2003, une centaine de femmes se mobilise pour mener des Actions pour la Promotion de l’Enfant et de la Femme. L’initiative aboutit à la création de l’association APEF. Depuis, elles réfléchissent sur des activités à mener solidairement pour participer au développement de leur communauté. Elles ont utilisé comme ressources leur force et leurs savoirs. Les femmes qui possédaient des parcelles de terre ont invité d’autres à les cultiver ensemble. Grâce à l’argent qu’elles ont gagné elles ont acheté des chèvres et des porcs pour un élevage rotatif. A la mise bas, les porcins sont partagés entre elles, l’objectif étant de permettre à toutes de mener une activité. Elles font attention aux plus démunies d’entre elles.

L’initiative louable a poussé l’autorité locale MWAMI NALUHWINDJA CIBWIRE Tony à leur accorder un champ pour les activités rurales. Pour les encourager il leur disait : « notre Chefferie a besoin de la force de chacun pour se développer. »

En 2017, ces femmes ont tourné leur regard vers les autres de la communauté, meurtries par la misère et des violences diverses. Surtout vers celles qui ont été abandonnées par leurs maris partis chercher la vie loin sans revenir depuis plusieurs années.

Ces mamans ont entre 4 et 10 enfants, et pour les nourrir elles travaillaient dans les carrés miniers. Certaines sont tombées dans le piège de la prostitution. Grâce à l’appui de la Fondation Panzi du Dr Denis MUKWEGE elles ont toutes suivi des formations dans différents métiers.

Nsimire Zihindula, une femme de 30 ans ayant abandonné les mines explique comment elle gagne sa vie à travers la formation qu’elle a suivie en vannerie: « le plus souvent ce sont des commandes que les gens font. Je vends en moyenne un panier à 4.500 FC. L’argent me permet d’assumer les dépenses de ma famille. Avant je cultivais pour les gens et gagnais très peu. Je ne pouvais pas me reposer. Des fois quand j’étais malade je ne pouvais pas cultiver et mes enfants ne mangeaient pas.

Cette formation a apporté un soulagement dans ma vie. Je fais l’alternance des travaux de champs avec ceux de confection des paniers. Je gagne l’argent aussi à partir de la culture des choux et des amarantes. J’ai acquis un savoir qui reste en moi. J’en suis très fière et j’ai commencé à l’apprendre à mes enfants. »

« Le savoir est le meilleur héritage qu’un parent puisse transmettre à ses enfants. Tant qu’une femme aura de quoi transmettre à ses enfants, elle aura de la valeur ».

Le dimanche 25 mars ces femmes se sont rassemblées pour réfléchir sur ce qui fait leur fierté. Maman NGWASI, présidente du groupe disait : « la magie d’une femme se trouve entre ses mains. Elle cultive avec elles pour nourrir ses enfants. Lorsque la famille s’épanouit elle a de quoi être fière. Une journée ne peut pas suffire pour honorer cette valeur de la femme. Cet honneur se vit chaque fois que nous faisons quelque chose de bien pour nos familles ».

Maman Valentine a expliqué sa victoire face à une solitude de 14 ans : « mon mari est parti il y a 14 ans. J’ai élevé mes enfants seule grâce aux travaux des champs. C’est pour moi un grand succès. Aujourd’hui mon mari est revenu et m’a retrouvée avec mes enfants. Nous avons fêté et la vie continue, nous nous soutenons ».

Lorsque les autres femmes ont entendu ce retour toute l’assemblée s’est levée pour danser. Chacune s’est sentie soulagée et victorieuse face aux souffrances qu’elles endurent.

Chaque année des institutions dépensent des millions de dollars pour fêter la journée des droits de la femme. Cet argent n’atteint pas beaucoup les femmes des villages qui se battent quotidiennement contre l’injustice, le mépris et l’exclusion.

Celles de Luhwindja n’ont pas acheté de pagnes pour marcher dans la rue, elles n’ont demandé à personne d’acheter à manger ou à boire pour elles. Elles ont réfléchi ensemble sur la dignité, l’honneur et la fierté.

Pour moi le 8 mars ne peut être la journée de la femme, mais celle commémorant le respect pour le courage de la femme à travailler dans les mines pour épargner à sa famille l’humiliation, malgré tout ce qu’elle doit endurer; pour son honneur à apprendre un métier et le transmettre à son enfant comme héritage; pour mettre fin à toute violence y compris celle qui minimise sa valeur.

C’est une occasion de s’arrêter un moment pour méditer et comprendre la magie qu’il y a dans les mains, les têtes et les cœurs de femmes qui permettent à leurs familles de vivre dignement.

Le Prix Nobel du Dr DENIS MUKWEGE qui les a soutenues nous invite à y réfléchir.

Les plus pauvres, acteurs de paix et de développement

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Saleh KAZIGE ABASI

Bukavu – République Démocratique du Congo

Dans la vie de tous les jours, à travers les actes qu’il pose, l’être humain cherche le bonheur et le sentiment de bien-être. Trouver de quoi manger et être au milieu des autres, c’est notre quête perpétuelle. Cela, ne dépend en aucun cas du statut social de la personne, la position qu’elle occupe au sein la société, sa situation physique, son niveau de vie, ses origines, etc. Cette recherche d’harmonie au sein du groupe se construit au quotidien et par tous. De même, la paix et le développement, qui sont deux dimensions consubstantielles, se bâtissent de la même manière.
Ces deux notions peuvent s’entendre de diverses façons. Pour certains, la paix serait « une réponse à ces familles qui vivent sans abri, à ces enfants qui veulent partir à l’école mais qui trouvent toujours le malheur sur leur chemin ». Dans sa définition, UMUSEKE, une association Rwandaise pour la promotion de l’éducation à la paix, a fait savoir que la paix « c’est le développement du pays et de ses habitants. C’est quand le peuple est libre dans ses activités et quand la production du pays est suffisante et bénéficie à tous ses citoyens ».

Ainsi, le terme paix est intrinsèquement lié au développement : tous les êtres humains doivent lutter pour la paix et chacun y est invité, ajoute UMUSEKE. Le mot « TOUS » inclut également les personnes qui vivent en situation d’extrême pauvreté, victimes de rejet et de discrimination et dont les droits sont bafoués.

Généralement lorsqu’on parle de combat pour la paix et même dans des projets de développement, les efforts des plus pauvres semblent être inscrits dans leurs dos, méconnus ou simplement ignorés.

Ils sont privés de tous les moyens d’assumer leurs responsabilités et d’exercer leurs droits, de telle sorte que, quelques fois les institutions et les structures sociales ne leur sont d’aucun recours. Pourtant, il faut les placer au centre de cette action car ils disposent aussi d’un pouvoir de penser et d’agir. Cette situation ne pourra changer que si les hommes et les femmes de courage risqueraient leur situation personnelle pour le bien des personnes écrasées par la souffrance de la misère.

La construction de la paix et du développement ne doit donc pas être l’apanage d’une minorité de personnes identifiables (politiciens, agents de l’ordre, intellectuels, organisations locales et internationales…). Il faudrait reconnaître plutôt, qu’il s’agit de l’affaire de tous, sans ignorer les efforts des uns pour ne considérer que ceux des autres. Ceux qui subissent ou ont subi la violence de la misère, nous rappelle Eugen BRAND (Ancien délégué général d’ATD Quart Monde), n’acceptent pas une paix de façade, une paix de bons sentiments, ils veulent une paix de changement.

Le premier changement, c’est d’exister au milieu des autres et de jouir pleinement de ses droits.

La beauté dans la recherche de sa dignité

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Svet Mendoza

Philippines

Je milite pour l’alphabétisation et je désire profondément que chacun-e puisse avoir accès facilement et équitablement à la lecture et à l’écriture. Depuis près de dix ans désormais, je me suis impliquée comme bénévole dans des projets d’alphabétisation. Parmi toutes les expériences de bénévolat, les programmes d’alphabétisation d’ATD Quart Monde Philippines, avec leur flexibilité et leur manque apparent de structure, ont certainement piqué au vif ma curiosité. Être tutrice pour Ang Galing, aller aux rencontres, participer aux ateliers, ce n’était pas suffisant. Il y avait tant de questions qui se bousculaient dans ma tête qu’il me fallait plus que les réponses des membres de l’organisation. Je voulais aussi comprendre le sens derrière l’idée de « Quart Monde » dans le nom d’ATD.

Mon objectif premier, en posant ma candidature de stagiaire, c’était donc de comprendre plus en profondeur les méthodes employées par ATD Quart Monde Philippines pour organiser les communautés partenaires, avec leurs facilitateurs. Après avoir lu la Pédagogie des opprimés de Paulo Freire, j’ai voulu découvrir s’il était vraiment possible d’adopter une approche participative dans le cadre du développement communautaire.

Svet Mendoza pendant un Festival des savoirs en 2018.

Durant les trois mois que j’ai passés au sein de l’organisation, j’en appris bien plus qu’il n’était strictement nécessaire pour satisfaire ma curiosité et répondre à mes interrogations. On a répondu au-delà de mes attentes aux questions que j’avais, à mesure qu’on partageait généreusement avec moi les divers points de vue de l’équipe et des facilitateurs au sein des communautés. J’ai vraiment apprécié l’ouverture et le soutien constant dont on fait preuve tous les membres de l’organisation. Ils m’ont offert de merveilleuses opportunités, afin que je remplisse mon objectif et que je me forme une compréhension plus profonde. J’ai pu observer l’attention particulière qu’ils s’accordaient entre eux et le souci de l’autre. Ils forment une grande famille.

J’ai appris que l’expression « quart monde » désigne celles et ceux qui sont invisibles dans notre société.

J’ai eu la surprise de découvrir que parmi les personnes en situation de pauvreté, les gens sont classés entre bons et mauvais pauvres. Les bons sont ceux qui reçoivent en général le plus d’aides et de subventions de la part du gouvernement et des institutions privées. Les mauvais, en revanche, sont encore plus marginalisés et exclus, parce qu’ils ne se fondent pas dans le moule. ATD Quart Monde préfèrent se concentrer sur les mauvais. Cette idée d’avoir une attention particulière pour celles et ceux qui sont privés de tout et aux plus discriminés est véritablement digne d’être saluée.

J’ai aussi beaucoup aimé la manière différente dont ATD Quart Monde soutient et accompagne celles et ceux qui sont plongés dans une pauvreté chronique. Au contraire d’autres ONG qui développent des programmes d’alphabétisation et de développement communautaire classiques, ATD Quart Monde commence par changer la façon de penser, la mentalité et la perspective de celles et ceux qui font l’expérience de l’extrême pauvreté. Le mouvement crée des espaces pour échanger autour des inquiétudes pressantes et des problèmes liés à la pauvreté, grâce à des rencontres et des temps de dialogue. Chacun peut s’exprimer dans ces lieux d’éducation. Chacun est entendu et respecté : chaque voix et chaque expérience comptent.

Les personnes vulnérables et exclues sont écoutées et impliquées dans les processus mis en place pour changer leurs conditions sociales.

De cette manière, un vrai changement peut enfin se produire. Ces personnes transformées peuvent devenir des acteurs de changement et j’ai personnellement pu observer ce phénomène dans la vie des facilitateurs communautaires.

La possibilité d’interagir au quotidien avec les facilitateurs communautaires a beaucoup contribué à rendre mon expérience de stagiaire mémorable. Je n’ai jamais rencontré un groupe de personnes plus douées pour résoudre les problèmes de manière créative, ni avec tant de connaissances. Les facilitateurs communautaires ont partagé avec moi en toute sincérité leurs épreuves et leur vérité profonde, ce qui m’a énormément marqué. Leurs histoires, vraies et sans détour, et le courage remarquable avec lequel ils ont laissé voir leurs faiblesses ont suscité en moi un profond respect. Ils partagent généreusement leurs idées et leurs perspectives sur la vie. Ils ont atteint un degré de lucidité qui leur permet de cerner et de discuter des problèmes qui les touchent au plus près.

Puisqu’ils ont tous fait l’expérience de l’injustice sociale, en tant que militants, ils se battent pour leurs propres droits en même temps que les droits des autres. Ils mettent en pratique une citoyenneté active et s’efforcent d’aider ceux qui ne peuvent pas se défendre eux-mêmes. C’est une quête pour sa propre dignité qu’ATD Quart Monde a rendu possible pour ces facilitateurs communautaires.

J’ai commencé à comprendre la beauté qui se cachait derrière leurs rires, leurs discours, leurs débats, leurs opinions. J’ai été fascinée en les observant préparer le matériel pour les ateliers artistiques avec un soin méticuleux et méthodique. Leurs sourires timides quand leur travail et leurs efforts sont reconnus les rendent encore plus saisissants.

Durant mon stage, je me suis aussi interrogée sur les programmes du mouvement ATD Quart Monde. Quelle est la philosophie derrière les projets ? Quelles sont les raisons derrière leurs méthodes ? J’ai trouvé la réponse à mes questions alors que j’aidais un enfant avec son projet artistique, dans le cadre d’un atelier au sein de l’une des communautés partenaires de l’organisation. Après avoir guidé l’enfant, j’ai regardé tout autour de moi et j’ai eu la surprise de voir que tout le monde était en train de faire de l’art. Tout le monde était en train d’assembler des matériaux recyclés pour créer des œuvres. Tout devint clair pour moi ! Les programmes d’ATD Quart Monde sont conçus pour soutenir ces personnes à apprécier la richesse de leurs expériences et de leurs réalités quotidiennes. De la même manière que ces matériaux recyclés sont soigneusement travaillés et assemblés pour former une incroyable œuvre d’art, l’organisation accompagne avec soin des personnes défavorisées dans la valorisation de leurs expériences, pour qu’elles puissent y voir des éléments essentiels au développement d’un esprit critique. C’est ce qui, à son tour, permet à ces personnes de s’engager pour la transformation de leurs conditions de vie.
Ce qui était auparavant considéré uniquement comme des expériences et des réalités, sont devenus maintenant des témoignages d’une grande beauté.

ATD Quart Monde a partagé cette beauté avec tous ceux qui sont impliqués dans le mouvement. Vous pouvez la retrouver dans leurs projets, l’observer dans toutes leurs discussions. Elle se reflète dans les yeux et les actions des membres. Une fois que vous la découvrez, elle est difficile à manquer. Elle sort du lot, comme une fleur au milieu d’un champ, et vous la voyez partout. Toujours présente.

De plus, ATD Quart Monde est une organisation qui vous aide à consolider vos forces et à trouver des alternatives pour compenser vos faiblesses. L’échec y est utilisé comme un outil qui permet d’apprendre et de s’améliorer. L’approche flexible dans l’organisation des projets est louable, parce qu’elle témoigne de l’engagement à respecter avant tout les personnes impliquées.

Par dessus tout, ATD Quart Monde est centré autour des personnes, des enfants, de l’apprentissage et de la communauté. J’y ai trouvé une famille qui partage ma passion de rendre service.

Pour reprendre la belle expression d’Antoine de Saint-Exupéry : « on ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. » Parfois, l’invisible et l’inaudible sont ce qui offre les impressions les plus vives et les plus déterminantes pour les autres. Et parfois, c’est ce qui nous permet d’apprécier une beauté différente, une beauté qui naît de l’endurance, de l’espoir et de la conquête de sa propre dignité.

De l’ignorance à l’espoir

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Christian Rhugwasanye

Bujumbura – Burundi

Dans l’après-midi du dimanche 4 Novembre 2018, nous avons organisé une rencontre pour célébrer la journée mondiale du refus de la misère à Bujumbura. Elle a réuni les jeunes du Mouvement ATD Quart Monde résidant au Burundi et les enfants pris en charge par la fondation MARIA ARAFASHA Burundi ainsi que leurs encadreurs autour de deux questions principales :

C’est quoi le Mouvement ATD Quart Monde ?

Pourquoi célèbre-t-on la journée mondiale du refus de la misère ?

Parmi les invités, Papa MWEHA, un maçon et militant qui a connu le Mouvement il y a quelques mois seulement. A la fin de la célébration, au moment où tout le monde se disait au revoir, il s’est approché de moi avec un sourire plein d’espoir et m’a dit à voix basse : « C’est la première fois de ma vie que je peux profiter d’une journée où je ne travaille pas ! J’ai senti que j’ai reçu plus de ce que je reçois chaque jour, parce que dans mon travail, je subis souvent les injures et les reproches de certains de mes clients.

Malgré tous les efforts que je fais avec ma famille pour combattre notre vie de pauvreté, j’ai toujours eu l’impression de construire une maison sur le sable, et parfois je me dis qu’il serait mieux de tout arrêter, voir même mourir! Personne ne nous disait jamais « courage », personne ne nous soutenait pour nous donner espoir. Au contraire on nous dit que nous perdons notre temps et qu’il serait mieux d’accepter notre situation et d’arrêter de faire des efforts car notre situation ne pourra jamais changer.

Cela limite nos idées et aspirations, ça nous coupe vraiment les ailes pour aller loin dans notre lutte. Le plus dur est de voir des personnes qui au lieu de nous donner du courage, pensent que nous sommes condamnés à vivre comme si on n’existait pas ! Malgré les découragements et la solitude, si nous rencontrons une autre personne délaissée, mais qui a la conviction que sa situation peut prendre fin un jour, on peut s’unir avec elle pour étendre nos voix, allonger nos pieds et renforcer nos ailes pour voler très loin tous ensemble et changer nos histoires. »

Je lui ai répondu : « c’est vraiment touchant cher papa, et maintenant qu’est-ce que tu ressens ? »

« La joie, rien que la joie et je me sens très confiant en mes efforts car juste à travers le nom ‘journée mondiale du refus de la misère’, j’ai senti que j’ai de la valeur. En plus, je viens d’apprendre qu’il y a des gens qui se sont unis dans les années passées pour dire non à la pauvreté et qui continuent à combattre au jour le jour pour que les droits de toute personne défavorisée soit respecté par tous et partout ! Je me sens uni avec toutes ces personnes-là car elles ont aussi fêté cette journée d’après ce que je viens d’entendre.

Maintenant je sens que je ne construis pas sur le sable avec ma famille, car d’autres ont mis une dalle qui forme un sol dur sur laquelle est écrit « là où des Hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’Homme sont violés. S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré. » ! Moi et les autres à travers le monde nous pouvons déjà y construire et aspirer à une réussite collective de nos efforts et ainsi nos enfants viendront mettre la toiture sur notre maison. »

J’ai voulu raconter ce témoignage car à mon arrivée au Burundi depuis la République Démocratique du Congo, personne dans mon entourage comprenait le fait que la solidarité, le partage, l’entraide et le travail peuvent mettre fin à la pauvreté ! Rencontrer Papa MWEHA qui milite pour sortir de la misère, comprendre ATD Quart Monde et le sens du 17 octobre, m’a donné beaucoup d’espoir pour que le peuple burundais s’unisse pour éradiquer la pauvreté.