Avoir accès à l’éducation quand on est réfugié

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Dans un camp de réfugiés.

Traduit du blog Together in Dignity

De Kristy McCaskill

Ahmed a 21 ans, il vient d’Irak et il est étudiant en médecine. La crise qui agite son pays l’a contraint, l’année passée, à s’enfuir avec sa famille et à abandonner ses études. Brillant et plein de compassion, Ahmed ne demande rien de mieux que de retourner à l’université pour y finir ses études et devenir médecin-anesthésiste.

Fatima est une jeune fille brillante. Elle vient de Syrie. A 16 ans, elle n’a pas pu aller à l’école depuis plus d’un an, le temps pour sa famille de faire le voyage entre Alep et la Grèce. Alors même que sa ville est devenue une zone de guerre, elle m’a raconté qu’elle voulait y retourner, pour pouvoir aller à l’école.

Ahmed et Fatima sont tous les deux bloqués dans un camp-prison, en Grèce, sans avoir accès ni à l’éducation, ni au développement. La crise actuelle des réfugiés est en train de créer une « génération perdue », un ensemble de jeunes gens pour qui la privation d’éducation n’est pas seulement un refus de leurs droits les plus fondamentaux mais aussi un facteur accélérant la croissance du travail des enfants, des mariages forcés et de la radicalisation.

Durant les quatre mois que j’ai passés à travailler avec les réfugiés en Grèce et en Turquie, j’ai rencontré bien des enfants qui, alors qu’ils rêvent de recevoir une éducation et de construire une vie meilleure, sont incapables de seulement écrire leurs prénoms. Selon un rapport récent de Save the Children, plus d’1 enfant sur 5 en âge de scolarisation qui vit actuellement en Grèce n’a jamais été à l’école et, en moyenne, les enfants syriens sont déscolarisés depuis plus de deux ans. Les rapports récents ont montré que seulement 30% des enfants syriens qui vivent en Turquie ont accès aux services éducatifs.

Cependant, l’impact du conflit sur les enfants ne se limite pas à ceux dont les familles se sont enfuies en Europe. 2.8 millions d’enfants syriens environ ne sont plus à l’école et 1 école sur 5, en Syrie, a été détruite ou bien est occupée par des forces militaires.

La réaction de la communauté internationale à la crise des réfugiés a été insuffisante à bien des égards mais la réaction à la crise éducative est particulièrement inappropriée. Il y a de l’espoir toutefois. Le gouvernement grec avait annoncé avant l’été qu’il mettrait en place des programmes éducatifs dans les camps des réfugiés sur tout son territoire, avec pour but de développer un programme éducatif complet d’ici l’automne. La Turquie s’est fixée pour but de scolariser tous les enfants syriens réfugiés d’ici l’année prochaine.

Mes expériences en Grèce et en Turquie m’ont rendu très sceptique devant ces promesses mais l’attention nouvelle à l’éducation du Haut Commissariat des Nations pour les Réfugiés me donne des raisons de garder espoir. Des pays comme la Suède et l’Allemagne, où beaucoup de réfugiés ont cherché asile, commencent à mettre petit à petit en place des initiatives éducatives pour aider les jeunes gens à s’intégrer à leur nouveau pays et à la société.

Offrir un accès à l’éducation est l’un des gestes les plus importants et les plus significatifs qui puissent être faits pour les enfants affectés par les conflits. L’éducation suscite la cohésion sociale, nourrit l’indépendance et donnent aux enfants et à leurs familles de l’espoir pour le futur, un espoir qui revêt une importance toute particulière pour ceux qui vivent dans l’incertitude de la guerre et de l’exil. J’espère que les gouvernements du monde entier vont se rendre compte de l’importance de l’éducation pour les jeunes réfugiés afin que des jeunes gens comme Ahmed et Fatima, et des millions d’autres comme eux, se voient offrir la chance de développer pleinement leur potentiel.

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Rencontre provocatrice et inattendue !

Caroline Blanchard

Yaoundé, Cameroun

« T’es bénévole ? Moi je vous aime pas vous les bénévoles. »

Je ne l’ai pas vu arriver. Il s’est assis en face de moi, dans cette salle du foyer qui accueille le jour les enfants qui vivent et dorment dans la rue, et leur propose diverses activités. Tous les mardis, je viens là proposer lecture et jeux à ces enfants, tenter de leur donner envie de s’accrocher pour apprendre à lire, raconter des histoires et les faire rêver.

Je suis en train de lire une histoire avec un jeune, assez endormi c’est vrai. « Puisque mon travail est inutile, je vais continuer la lecture avec ce jeune », dis-je énervée d’être attaquée comme ça dans ma bonne volonté.

« Ton travail là ne sert à rien, regarde ce jeune, cela fait 5 ans qu’il est là, il vient là juste pour avoir les 200 à la fin. Tu crois qu’il vient pour lire ? Non il vient parce qu’à la fin il aura 200. Moi j’ai fait ça pendant des années. Est-ce que cela a changé ma vie ? Non, pas du tout. »  Dans le foyer, quand les jeunes participent aux activités, ils reçoivent à la fin 200 Fcfa, soit 30 centimes d’€, le prix d’un plat de riz avec un peu de sauce au marché.

Là son questionnement m’interpelle. J’interromps mon activité et j’écoute. Même si c’est un peu agressif. « Moi je vous aime pas vous les bénévoles. Votre travail ne sert à rien, ça ne nous fait pas sortir de la rue. »

En effet, à quoi cela sert de venir tous les mardis faire la lecture à des enfants qui ont souvent décroché d’avec l’école et qui vivent dans la rue ? Est-ce que leur offrir un moment de paix et leur donner envie de lire, d’apprendre, leur proposer des activités pour qu’ils goûtent au beau et à la fierté du travail accompli ne sont pas des objectifs un peu dérisoires, face à la violence de la rue ?

Quelques jours plus tard, nous nous retrouvons. Je lui ai proposé une rencontre en-dehors du temps de lecture, pour avoir plus le temps de comprendre son histoire. Il raconte : il a grandi au Gabon dans une famille sans difficultés. Il était un peu turbulent. Quand il a eu 15 ans, sa grand-mère l’a emmené pour des vacances au Cameroun, avec un de ses oncles, dans le village d’origine de sa maman, près de Bafia. Pour des vacances… C’est ce qu’on lui avait dit. Il devait passer les grandes vacances au village, puis rentrer au Gabon pour la rentrée. Mais une fois arrivés au Cameroun, sa grand-mère a pris son passeport et il n’était plus question de retour. JC n’a pas supporté cette situation, cette trahison de sa famille. « Si on m’avait dit au moins j’aurai pu dire au revoir à mes amis. » Révolté, blessé, ayant le sentiment d’être méprisé et sans valeur pour les siens, il est parti dans la rue. Il se retrouve à Yaoundé.

Il parle de son temps au foyer où nous nous sommes rencontrés : « Je participais aux activités, mais je m’en foutais, je restais juste assis dans un coin. Je voulais juste les 200. Ça, ça nous tue quand vous nous donnez de l’argent. Moi j’ai vite compris comment il fallait faire pour apitoyer l’un ou l’autre… tu promets que tu travailles, que tu as juste un petit problème, tu pleures, tu insistes, on te donne. Tu promets que c’est la dernière fois… »

« Moi j’ai compris qu’il faut trouver en soi la solution » dit-il. Actuellement, JC est sorti de la rue, même si sa situation reste précaire. Il est logé par un homme qui l’emploie dans son commerce de whisky entre le Cameroun et le Gabon. Une semaine par mois, il va à la frontière du Gabon, se ravitailler, et il vend ensuite à Yaoundé ce qu’il ramène. L’homme le paie chaque semaine.

Son témoignage me donne la force d’aller plus loin avec tous les jeunes que je rencontre au foyer, et de chercher une autre rencontre que la demande d’argent. C’est difficile. Il y en a un qui est dans une détresse telle, que j’hésite à ouvrir le porte-monnaie. Sa compagne est sur le point d’accoucher, il est sans travail, sans ressource, et il a déjà trois enfants qu’il ne sait comment nourrir. Mais je suis convaincue, et JC renforce ma conviction, qu’un autre type de rencontre est possible. Que pour que l’homme soit debout, il ne faut pas se rencontrer d’abord dans un échange d’argent.

JC est un peu différent des autres jeunes du foyer : il a eu un long temps à l’école, en famille, une acquisition de savoirs jusqu’à 15 ans. Beaucoup des jeunes que je côtoie n’ont pas eu cette sécurité, ils sont partis dans la rue très tôt. Avant 10 ans souvent. Alors un moment de paix autour des livres répond à leur soif d’apprendre, de comprendre, de découvrir le monde. C’est dérisoire, mais peut-être qu’il y a quelque chose de dérisoire dans l’essentiel. Peut-être que ces bouts d’enfance en sécurité que nous leur offrons seront des pierres repères dans leur construction intérieure. Peut-être que cela ne suffira pas. Peut-être que cela sera un début de socle sur lequel bâtir.

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Bibliothèque de rue avec des jeunes qui vivent à la rue en Haïti, photo François Phliponeau, ATD Quart Monde

Pour JC la solution est de « se prendre soi-même en charge, ne plus compter sur les gens. » Il parle d’un « changement d’attitude. » « On ne peut pas laisser tout le fardeau de notre existence sur les autres. On ne peut jamais miser sur une seule personne. » Pour lui, il y a des gens qui vivent seulement pour manger. Ils ont arrêté de rêver. Ce n’est pas une vie ça. Savoir que si tu fais un repas avec ce que tu as mendié aujourd’hui, tu attends demain. Ne plus avoir de rêves et d’ambitions… Pour lui, il faudrait que les jeunes bâtissent un projet, alors ils pourraient être soutenus pour un projet concret, de formation ou de micro entreprise. « Mais donner comme ça quand la personne vient pleurer, c’est négatif. Ça rend paresseux. »

C’est sans doute pour ça que je me suis sentie proche de lui tout de suite : chacun à notre façon, nous voulons faire rêver ces enfants pour qu’ils bâtissent leur avenir en ayant construit eux-mêmes leur propre rêve.

Peut-être aussi que pour certains des enfants et des jeunes qui sont dans une détresse terrible, la solution des 200 est la sécurité pour retrouver le chemin de l’école, puisque le foyer propose aussi pour ceux qui le souhaitent une école aux horaires adaptés à la vie dans la rue, et que nombreux sont ceux qui ont réussi comme ça à apprendre à lire, et à aller jusqu’au CEPE (Certificat d’Etudes Primaires Elémentaires, donné à la fin du CM2). Ce qui est sûr JC nous bouscule, et nous appelle à aller plus loin dans la rencontre, à chercher un chemin qui remette debout, digne et fier.

Un nouveau regard

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Blaise N.

Cameroun

J’ai partagé cette histoire avec les jeunes d’un Lycée Français à Yaoundé. Il s’agissait de leur parler des difficultés d’une jeunesse défavorisée au Cameroun. A la fin de mon exposé, j’ai été particulièrement touché par la réaction d’une jeune lycéenne.

J’ai rencontré ce jeune garçon âgé de 14 ans il y de cela six ans en prison. J’y faisais du soutien scolaire et j’étais aussi un relais entre les familles et ces jeunes détenus. Notre jeune ami était connu sous le pseudonyme de « Big heart » (gros cœur) à cause de son caractère difficile et de ses ambitions sans cesse démesurées. Big heart comme tous les mineurs de la prison était très intelligent. Cela m’ a emmené à m’intéresser davantage à lui afin de connaître son histoire. Pour cela il fallait créer une bonne dose de confiance pour avoir un peu de vérité de sa part. En prison ils ne vous diront jamais les vrais mobiles de leur condamnation. Il m’a affirmé qu’il avait été conduit en prison pour vol dans une boutique. Il a eu juste le temps de voler une boite de sardines et une barre de chocolat. Surpris par les cris de la population, il fut attrapé et battu sérieusement. Conduit dans un commissariat, il fut déferré en prison sans jamais être jugé. A l’époque des faits, il avait 12 ans et vivait chez son oncle…

Cette même année je décidai de le présenter à un examen (le certificat d’Études primaires) qu’il eût très brillamment. J’entrepris alors une action chez le juge afin qu’il soit libéré. Ce qui fut fait. A sa sortie de prison nous sommes allés rendre visite à sa famille. Sa maman vivait dans un village. Frappée d’une cécité, elle était aveugle à 36 ans. La famille de Big Heart vivait très pauvrement. Sa maman avait 4 enfants et Big heart en était l’aîné. Sa famille ne survivait que grâce à un petit champs tenu par sa grand mère derrière la maison. Elle n’avait jamais su que leur fils avait séjourné en prison alors qu’elle l’avait laissé chez un oncle pensant lui donner un avenir en ville…

Je rentrai très bouleversé de cette visite. Il me fallait alors trouver une famille d’accueil à mon jeune ami. Mon ambition étant de lui donner une scolarité normale.Toutes mes tentatives furent négatives. Les réactions des familles étaient les mêmes : « C’est dangereux! » « Ah non c’est un ancien prisonnier » « Non j’ai peur pour mes enfants…« Je fus obligé de le ramener chez son oncle contre le gré de Big Heart. Entre temps, j’étais appelé à d’autres obligations hors de mon pays.

Après trois semaines d’absence, je revins tout brûlant d’envie de revoir mon protégé. Je me rendis directement chez son oncle. Big heart n’était plus là. Sa famille non plus n’avait pas d’informations à son sujet. Je me rendis dans les postes de gendarmerie et dans les différents hôpitaux à sa recherche. Je ne le vis point.

Quelque temps après, je repris mes activités à la prison. Me rendant alors au quartier des mineurs, Big heart m’aperçut et se dirigea vers moi sans que je ne me rende compte. Je pouvais imaginer tous les scénarii sauf celui de revoir Big Heart à la prison. Pourtant c’était bien ce qui se déroulait. Le temps de réaliser que c’était Big heart qui s’avançait vers moi il se jeta sur moi et me serra très fort. J’étais sans voix. Il me regarde, sourit et me dit : « Écoute je vais tout te dire. Ne me pose pas de questions. Je suis à l’aise ici. Personne ne me jette un regard méchant, ne m’insulte pas et ne me rejette. Je suis en sécurité. En liberté c’était tout le contraire…Tout le quartier m’insultait. J’étais traité de voleur. Tous les parents demandaient à leurs enfants de ne pas jouer avec moi en leur disant que j’étais un dangereux criminel. Même dans ma maison, on ne m’a pas donné de lit. Je dormais sur le sol. Il m’était interdit de m’asseoir avec les autres enfants. Je n’avais pas de repas. Non ! c’était trop dur pour moi. Il fallait que je retourne en prison. C’est alors que j’ai décidé de voler dans un étalage de chaussures. J’ai pris juste un pied de chaussures et je me suis enfui. Face à la population qui me suivait, je suis allé me réfugier dans un poste de gendarmerie.Voilà, à cause d’un pied de chaussures, à cause du regard des hommes, du jugement des personnes je suis retourné en prison. Personne ne m’a rejeté ici. »

A la fin de ce témoignage une lycéenne prit la parole : « Je suis très touchée par ce témoignage car ce sont les personnes comme moi qui avons remis Big Heart en prison à cause de notre regard figé, rempli de préjugés et même parfois de haine. Dès aujourd’hui je prendrai la peine de me rapprocher de ces enfants en difficulté, de parler avec eux pour pouvoir mieux les comprendre. Mon regard va changer maintenant… »

Quel présent, quel avenir pour nos jeunes ?

Pascale Tissier

Bolivie

C’est une question que chaque pays devrait prendre au sérieux mais que nous avons bien du mal à assumer. Une des préoccupations importantes que portent les mamans que je rencontre à El Alto (ville, à 4050 mètres, de plus de 800 000 habitants, au-dessus de la Paz) c’est leurs jeunes.

La plupart d’entre elles vivent en situation de pauvreté. Plusieurs assument seules le foyer, pour d’autres le mari part au loin durant une semaine ou plus pour travailler. Elles ont peur pour leurs jeunes de 13 à 18 ans. L’école les accueille soit le matin, soit l’après-midi soit le soir. Le reste de la journée, dans de nombreux quartiers, rien ne leur est proposé. Certains travaillent, d’autres vont dans les boutiques internet sur facebook.

Les parents ont peur des bandes qui se créent et de l’alcool. Une maman a retrouvé par hasard son jeune de 12 ans complètement saoul, en plein après-midi, dans une rue pas très loin de chez elle. On l’avait poussé à boire. Elle l’a ramené chez elle dans une brouette, inanimé.

Solidaire de Somain ATD Quart Monde

Photo  ATD Quart Monde

Des jeunes filles se retrouvent enceintes dès l’âge de 13 ans. Leur compagnon souvent les abandonnera. Du coup beaucoup quittent l’école à ce moment-là. J’en connais qui se cachent chez elles et n’ont plus de vie sociale. « Depuis 2 ans, dans les collèges, on observe que des jeunes filles sont enceintes plus précocement et ce dès l’âge de 13 ans. Pour le gouvernement c’est une grande préoccupation. A La Paz, le service de santé a enregistré, en septembre 2014, 5000 adolescentes enceintes entre 12 et 18 ans » pouvait-on lire récemment dans un journal bolivien. « J’ai peur pour ma fille de 17 ans, je la vois traîner avec Amélie, 15 ans, qui a quitté ses parents et vit à la rue maintenant. Je sais qu’elle boit. Qu’est-ce que je peux faire ? » disait une maman.

Des personnes diront c’est la période de l’adolescence, ça passera mais pour certains jeunes, cela détruit leur avenir. L’an dernier, Marco s’est jeté de la falaise qui se trouve au bord de El Alto et « ce n’est pas le seul » m’a-t-on dit. En Bolivie, comme en France, l’alcool pour certains ou la drogue pour d’autres entraînent les jeunes sur une fausse route. Certaines associations les invitent à se réunir, proposent des activités, des temps de réflexion. Je connais par exemple « la casa de la solidaridad » qui se situe tout au bout d’un quartier non asphalté de El Alto et qui accueille tous les après-midi des jeunes pour des ateliers de danses, de théâtre ou de musique et des temps de réflexions en commun. Des adultes bien engagés sont avec eux. Nous aussi, nous avons voulu répondre à l’appel de ces parents et de ces jeunes que nous rencontrons. Depuis l’an dernier un groupe de jeunes s’est constitué et se réunit tous les jeudis après-midi autour de différents projets dans les locaux d’ATD Quart Monde.

Nous, en tant que citoyens, parents y réfléchissons-nous assez, agissons-nous ? Ou essayons-nous seulement de protéger nos propres enfants ?

Droits de l’enfant et de la famille à Bukavu et à Ouagadougou

Les enfants animent des émissions à la radio

Les enfants animent des émissions à la radio

René MUHINDO

Ouagadougou, Burkina Faso

Depuis 2006 mon association (les Amis d’ATD Quart-Monde) m’a permis d’être en lien avec des enfants et les familles ayant connu la grande pauvreté. Elle trouve des façons simples d’agir pour que ceux-ci jouent un rôle primordial dans la promotion des «droits de l’enfant ». Les animateurs impliquent les enfants et les familles dans les actions qui créent des conditions de « réussite » et d’ « épanouissement » pour tous les enfants. Ils accordent à ces derniers une place de premier choix dans le débat.

Tous les mardis, les enfants sont réunis autour des activités de « partage des savoirs » qui permettent à chacun de partager sa connaissance et sa solidarité avec les autres. Selon le cas, ils font des pièces de théâtre, des sketchs, chants, activités de dessin et participent à des émissions radiodiffusées ouvertes à tous les enfants. Parfois aussi les animateurs sont impliqués dans les campagnes de sensibilisation contre certaines maladies dans la communauté – la poliomyélite, la rougeole, le paludisme -…

Un dimanche lors d’une émission radiodiffusée, Justin Byamungu, l’un des animateurs de l’émission, demande aux enfants de parler de ce dont ils avaient le plus besoin pour apprendre à l’école. Un enfant répond : Lorsque nous apprenons ensemble, l’apprentissage se fait vite. Nous nous encourageons mutuellement et nous nous sentons plus forts. Partout dans le monde, personne ne peut apprendre seul. Tout le monde a besoin de quelqu’un pour connaître.”

parents RDC

Avec les parents, les rencontres ont lieu une fois par mois. Après le partage de nouvelles, les  parents se questionnent sur les conditions de réalisation et de réussite de l’éducation de leurs enfants. Souvent ils disent : « il est difficile que tous les droits d’un enfant vivant dans une famille pauvre soient respectés. Les parents savent que leurs enfants ont droit à une nourriture saine et équilibrée, qu’ils doivent s’habiller, qu’ils doivent aller à l’école… Mais si la famille n’a pas les moyens, certains de ces droits restent difficiles à réaliser ».

Je suis à Ouagadougou depuis Septembre 2014. J’ai appris qu’en février les acteurs de différents milieux éducatifs (parents des familles ainsi que les représentants des institutions sociales et politiques…)  ont réfléchi sur les conditions d’une réussite éducative pour tous les enfants. Pendant le séminaire, un parent a dit : « un jour ma fille m’a dit : – papa, on m’a dit à l’école que j’étudie pour rien et que je n’aurai jamais mon certificat parce que mon papa est pauvre. Il vide les WC, il fait des cordes pour les vendre-».

A partir de ça, les participants ont formulé la 5ème des 8 recommandations pour la réussite éducative pour tous, fondée sur la coopération entre tous les acteurs. Elle stipule : « mettre fin à la discrimination et à la stigmatisation subies par les enfants pauvres et leurs parents ».

Le 20 Novembre 2014, en ce 25ème anniversaire de la Convention Internationale des droits de l’enfant, je pense à ces familles en quête des droits de leurs enfants. Et toi ?

 

J’ai été déçu…

la force de la vieJ’ai été déçu quand elle m’a dit qu’elle attendait un enfant pour ses 19 ans.

J’ai été déçu qu’elle arrête ses études aux portes de l’université alors que toute sa famille avait lutté de toutes ses forces au prix de nombreux sacrifices pour lui permettre d’étudier dans de bonnes conditions.

J’ai été déçu de la percevoir seulement comme une femme au foyer soumise aux bons soins de son compagnon.

J’ai été déçu de voir cette grossesse entrer dans cette problématique des grossesses adolescentes qui devient aujourd’hui un des problèmes sociaux les plus graves du Guatemala. 26 % des naissances correspondent à des adolescentes de moins de 19 ans. En 2012, il a été recensé 3100 accouchements de mineures de moins de 14 ans.

J’ai été déçu qu’elle n’ait pas attendu un autre moment de sa vie pour espérer cet enfant. Attendre pour terminer ses études, soutenir sa famille, devenir femme, montrer l’exemple, continuer à aider ses voisins, profiter de la vie…

Je me suis déçu.

Je me suis déçu en n’accueillant pas cette belle nouvelle.

Je me suis déçu en projetant sur cette jeune femme mes propres représentations personnelles sans prendre en compte son histoire de vie et familiale.

Je me suis déçu de ne pas prendre en compte non plus, cette force et pulsion de vie que représente cette grossesse au milieu de la misère qui a profondément marqué sa vie.

Je me suis déçu en la culpabilisant inconsciemment et en renforçant les préjugés qui, déjà, entouraient cette grossesse.

Je me suis déçu de n’avoir pas su comprendre combien cet enfant à venir était une chance et qu’il changerait à jamais la vie et l’avenir de ses parents : sans être un frein mais incontestablement un moteur pour aller de l’avant!

Je suis impatient de l’arrivée de ce bébé dans quelques jours et je me réjouis de continuer à cheminer avec ses parents.

Romain Fossey – Guatemala

L’engagement n’est il qu’un « passe-temps » ?

Il y a quelques jours, je me trouvais avec un petit groupe d’adolescents autour de bénévoles ayant mis en place un accueil des personnes sans domicile en milieu rural. La discussion en vient à évoquer le bénévolat et deux jeunes disent alors:

« Le bénévolat, c’est pour quand on est en retraite. »

Cette réflexion me surprend sur le coup et me fait « cogiter » après coup. Ainsi, je découvre que pour certains jeunes, la notion de bénévolat, avec tout ce que cela comporte de don, d’ouverture à l’autre, de solidarité et de fraternité,  est et sera réservée et assimilée à une sorte de hobby ou d’occupation post-vie active…

Terrible aveu me semble-t-il d’une société matérialiste obnubilée par le travail, par l’argent, par la construction de la vie personnelle et la réussite individuelle…

Avec le recul, cette phrase me donne envie d’écrire et de crier: Engagez-vous!

Oui, engagez-vous ! Et non « indignez-vous » comme le préconisait Stéphane Hessel (qui a toutefois écrit ensuite : « engagez-vous ! »). Car là où l’indignation, même si elle est salutaire parfois, souvent me semble véhémente mais personnelle, épidermique, ponctuelle, un peu aigre même et à l’effet et l’emprise limités sur l’Histoire et la réalité quotidienne, l’engagement est synonyme de durée et de continuité, de démarche collective, de vivre ensemble, d’enthousiasme et de conviction profonde; bref une volonté intérieure et ancrée qui se donne le temps et les moyens pour changer, un peu ou beaucoup, le monde où nous vivons.

Alors oui, engagez-vous! Dans les associations, politiquement, spirituellement, au travail, dans vos quartiers, dans les écoles de vos enfants…

Et si la précarité galopante, le découragement, la fatigue, le sentiment d’inutilité sont autant de freins et de raisons de douter, cessons de craindre et rappelons-nous cette belle phrase de l’Histoire de Pi :

« Le doute est utile pour un temps; nous avons nous aussi le droit de douter. Mais il nous faut aller de l’avant. Choisir le doute comme philosophie de vie, c’est comme choisir l’immobilité comme mode de transport. »

Alors osons, fonçons, engageons-nous (sans attendre la retraite !!!). Et c’est au prix de cette audace qu’ensemble nous changerons les choses et notre vie du même coup, que par-delà l’indignation, nous gagnerons le droit à la dignité pour tous

Sébastien Billon  – Angers –  (France)