Tour du monde

 

 

 

 

 

 

 

Atelier Slam de Chalon-sur-Saône,

France

Au crayon à papier ou à bille,  avec une plume, un pinceau, un feutre ou une craie-pastel, des jeunes et des adultes de l’« atelier Matisse » et de l’« atelier Slam » de Châlon-sur-Saône (France) s’expriment, scandent, crient ou murmurent ce qu’ils ont dans leur coeur, en mots ou en couleurs… « Tour du monde » est tiré de leur recueil de slams illustrés, publié par ATD Quart Monde en décembre 2015 sous le nom « Ensemble et chacun son crayon, une parole, un dessin pour dire… ». Il parle simplement de la solidarité au quotidien, des petits gestes invisibles que posent les habitants d’un quartier défavorisé…

Je descends de ma tour infernale
J’oublie ces prises de tête en spirale
Allant de détour en détour
Je vais tour à tour
De tour en tour.
Et au détour de mon parcours :
Avec ATD Quart Monde
Je rencontre les peuples du monde

Si ton voyage à toi se passe avec Sélectour
Le mien est bien plus sélect, il vaut le détour
Il va de tour en tour
Les peuples sont réunis et accueillis, c’est du lourd.

Je te parle tour à tour
D’Anita, seule avec son fils
la peur lui sert de nourriture
Dans la cage d’escalier, au bas de l’immeuble
Elle ne croise que des insultes,
Sous ses pieds le terrain est meuble
Accompagner son fils à l’école c’est le parcours du combattant

Tepereck, handicapé se débrouillant seul
Il soigne son propre père, malade, âgé
Assure les tâches ménagères
Courage et volonté
Toujours motivé il ne se plaint jamais

Thaï de dispute en dispute pour des bagatelles
Thaï pourquoi se prendre la tête
On vit la même maladie,
Elle nous ronge de l’intérieur
Pourtant, on peut se comprendre
Se pardonner mutuellement

Asia, rejetée par son pays a subi des atrocité
Elle est venue demander le droit d’asile
Démunie, sans papier, sans travail, sans logement,
Ta vie n’est que souffrance,
Elle est loin de toute romance

Estéban ne sait ni lire ni écrire
C’est sa fille de 10 ans qui lui vient en aide !
Administration, information, réclamation
Sa vie risque de tourner en rond

Margarita, portugaise 58 ans,
Sans famille, sans papier, sans travail
Sans toit, sans repère, sans rien
Juste un ordre de quitter le territoire français

Abdou et Mariana sans appartement
Ils dorment à l’hôtel
Ils attendent les clefs du bonheur.
Sans vouloir faire une bonne action
Je les ai hébergés
C’est juste ma mission
8 décembre, illuminations !
Je croise Olga
Ce soir-là elle a voulu se sortir
Mais se sortir de quoi ?
Seule, veuve, gravement malade
De ça elle veut s’en sortir.
Le lendemain…coup de fil !
Elle me dit : « fini les idées noires »
C’est ça son illumination

La solidarité est annoncée pour Noël
Malika ne verra pas ses filles.
A force de la croiser,
De jour en jour
De semaine en semaine
De mois en mois
Je la rencontre
Je lui parle,
La porte s’ouvre
Elle rentre chez moi
Chocolat et petits gâteaux se partagent
Pour elle, c’est Noël avant l’heure

Au coin de la rue, une main se tend, elle mendie,
Elle s’appelle Pédro, Fatima, Alaïs, Noura ou…
Elle n’attend qu’une main tendue
Au creux de cette main mendiante
Je ne trouve que ses larmes
Et je dépose un morceau de pain.

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Des enfants se mobilisent… pour la réussite de tous les enfants à l’école

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Pascal Percq

France

Depuis six ans, chaque année, dans le quartier populaire de Fives, Lille (Nord de la France), les enfants des écoles, des centres sociaux et des associations du quartier se mobilisent pour célébrer à leur façon la Convention internationale des droits de l’enfant.

Et chaque année ensemble, avec l’équipe d’ATD Quart Monde (promotion familiale sociale et culturelle) ils organisent et participent à une fête en déclinant un élément de ces droits essentiels. Cette année ils ont voulu, avec les parents et les enseignants du quartier, affirmer leur volonté d’agir « pour la réussite à l‘école de tous les enfants ».

Durant deux jours, les 29 et 30 janvier 2016, plusieurs centaines d’enfants se sont retrouvés dans la salle municipale de Fives – dix classes le samedi matin – pour participer à l’un ou l’autre d’une dizaine d’ateliers proposés par d’autres écoliers ou par des parents ou encore, par des enseignants.

Rebecca, collégienne, 13 ans, membre du Conseil municipal d’enfants de la ville, proposa et anima un atelier-philo pour débattre sur ce que signifie à leurs yeux le mot « réussite », sur les pratiques en classe, les rapports entre les uns et les autres ou entre élèves et enseignants : « on ne peut pas apprendre si on n’a pas d’ami… ».

Un autre atelier était proposé par des parents du groupe ATD de Fives. Sur des panneaux interpellant les participants on pouvait y lire : « peut-on dire d’un enfant qui fait des colères en maternelle qu’il deviendra délinquant ? » Ou encore : « des enseignants disent parfois que les parents trouvent des excuses à leurs enfants : d’accord ou pas d’accord ? » Également : « En cas de mauvaises notes, est ce une bonne idée de priver son enfant de ses activités extra-scolaires ? ». Autant de questions que portent quotidiennement Coralie et Joanne, deux mamans qui animaient cet atelier. Que l’on soit parent, enfant, enseignant : chacun pouvait apporter sa réponse avec un post-it. Parmi ceux-ci, quelques réponses : « punir ? ça fait du bien au parent qui punit mais c’est tout », « priver un enfant d’activités c’est le priver de s’épanouir, de penser et de grandir », « on cherche avec les maîtresses des solutions mais on ne punit pas », « il faut prendre du recul et être juste dans l’intérêt de l’enfant ».

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En travers de la grande salle des fêtes de Fives, d’immenses lettres cartonnées « École, familles, quartier : pour la réussite de tous » étaient constellées de petits messages rédigés et collés par les participants présents, constituant ensemble, collectivement, un message de conviction et d’espoir.

« Cette année nous avons voulu mettre en évidence toutes les actions qui cheminent en ce sens, ici et là dans le quartier, et qui contribuent dès à présent à la réussite de tous les enfants » indique Julien, membre de l’équipe ATDQM.

Un défi qui, à Fives, se veut réalité.

Tout le Monde a besoin de tout le Monde

tout le monde a besoin de tout le monde

Certains rapports du PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) nous rappellent que les 20 % des plus riches de la planète possèdent 80 % des ressources mondiales et que 20 % des plus pauvres doivent se contenter de 1,6 % de ces richesses.

Face à ces chiffres, de nombreuses voix s’élèvent pour revendiquer, proposer et imaginer une « autre économie ». Mais celle-ci ne peut être seulement économique, elle doit aussi être intégrale, écologique, interculturelle, au service du bien-être et du vivre ensemble.

De nombreuses organisations, syndicats ou associations élaborent et vivent quotidiennement de nouvelles expériences de travail et de « vivre ensemble » alternatives. En France, des employés conservent leur travail et leur entreprise en créant une SCOP : Société Coopérative et Participative. Une organisation comme Colibri, créée en 2007 sous l’impulsion de Pierre Rabhi, a pour mission d’inspirer, relier et soutenir tous ceux qui participent à construire un nouveau projet de société.

De son côté, le Mouvement ATD Quart Monde a initié les projets TAE : Travailler et Apprendre Ensemble. Des personnes de milieux sociaux très éloignés s’associent pour repenser ensemble la façon de vivre le travail et les relations dans l’entreprise. En France, à Noisy le Grand (banlieue parisienne), les acteurs de ce projet affirment qu’un travail permet à tout un chacun de gagner sa vie. C’est aussi un lieu où on souhaite pouvoir se sentir bien, se former, transmettre ses savoir-faire, créer des liens et être fier de soi. Aussi l’objectif est de ne laisser personne de côté, afin que l’entreprise devienne un lieu de fraternité, un lieu de partage des savoirs et de fierté.

Plusieurs ateliers de production ont été lancés, notamment à Madagascar,
au Guatemala, et au Sénégal, avec la même volonté qu’à TAE de faire la preuve qu’il est possible de penser l’entreprise autrement avec tous les travailleurs.

Au Guatemala, le projet TAJ (traduction en espagnol de TAE) met en évidence les bénéfices de cet atelier de production d’artisanat à base de papier recyclé. La force ne se situe pas tant au niveau des ressources économiques, qui font cruellement défaut aux participants, qu’à la découverte de leurs talents, au développement de leurs capacités et à la transformation personnelle de chacun. Ceci permet aux travailleurs de se sentir plus libres, acteurs de leur propre vie et de celle de leur famille même si les conditions de vie continuent d’être extrêmement précaires. Astrid Itzep, une des actrices de ce projet, résume sa participation à cette expérience de travail alternatif en disant qu’elle était une chenille et qu’aujourd’hui elle est devenue un papillon qui peut voler !

Maritza Orozco, autre artisan du groupe TAJ au Guatemala, nous dit l’importance de sa participation à ce type de projet : « Parfois on nous appelle les pauvres : ce n’est pas tant pour le manque d’argent que pour notre manque de connaissance de notre propre valeur ! ».

Le besoin n’est donc plus tant d’inventer de nouvelles initiatives (même si la recherche reste primordiale dans un certain nombre de domaines), avance Cyril Dion – président de Terre et Humanisme – que de les relier entre elles, de créer des synergies puissantes et de les communiquer à toutes celles et tous ceux qui cherchent des moyens de mettre en cohérence leur aspiration et leurs modes de vie.

 

Romain Fossey – Guatemala

L’autre a toujours une vérité qui nous manque

qui élisons-nous ?

qui élisons-nous ?

En France dans une semaine ont lieu les élections municipales. J’en ai profité pour observer les programmes et candidats des quatre principales listes d’Angers, ville de 150 000 habitants où je travaille, et ceux des deux listes de la petite commune de 1500 habitants où je vis.

Première remarque : à Angers il est beaucoup question de tramway, d’aménagements routiers, d’équipements sportifs…Mais, bien que lisant le quotidien local chaque matin, il a fallu attendre ce matin pour voir paraître un article sur des mesures sociales claires et concrètes, comme l’idée d’une complémentaire santé pour les plus démunis . D’ailleurs le candidat en question reconnaissait lui-même que « le sujet a été peu abordé pendant la campagne électorale. »

Quant à ma petite commune de résidence, le quasi- seul sujet de débat et de tension entre les deux listes a porté sur la fiscalité…

Mais il y a plus grave encore : En observant attentivement toutes les listes en présence, je n’ai relevé, autant à Angers que dans ma commune, aucune personne qui appartienne au Quart monde ou qui porte l’expérience de la grande pauvreté et des exclusions. On a veillé à mettre dans quasiment chaque liste une personne de couleur, un handicapé moteur, mais de personne ayant une expérience de pauvreté, point…

J’en connais pourtant, à l’heure où les expulsions locatives vont reprendre, où 600 000 foyers sont menacés de coupures d’électricité et où désormais 60% des français ne partent plus du tout en vacances…qui auraient beaucoup à dire et à proposer, pour autant qu’on leur accorde la confiance, l’écoute et l’accompagnement pour que leur expérience, leur pensée et leur parole se construisent et s’expriment.

Ce constat est terrible : car tant que dans nos conseils municipaux, mais aussi nos conseils d’écoles, nos conseils d’administration de maison de quartier ou autre équipes d’animations paroissiales, on ne se donnera pas comme obligation les moyens de faire une place, une vraie, aux plus exclus, nous ne pourrons prétendre faire société ensemble, avec tous et à partir du plus fragile.

Et pourtant les plus pauvres sont si riches de leur vie même

N’oublions jamais, comme le disait joliment et justement un des moines de Tibhirine: « L’autre a toujours une vérité qui nous manque »

 

Sébastien Billon –  Angers – France

TV : les grands absents

les séries à la télé

les séries à la télé

Ici même il est arrivé parfois que l’on s’étonne du comportement des médias s’enthousiasmant pour tel fait ou tel évènement, manifestant un engouement indécent à l’égard de telle ou telle personnalité (les fameux « people ») mais restant de manière inexplicable désespérément muets et indifférents au sort de milliers d’autres personnes.

La « fabrique » de l’information ressemble à une étrange spirale un peu folle dont nul ne sait vraiment qui décide de ce qu’est ou n’est pas une information, un évènement, un fait susceptible d’être communiqué , ou comme on dit parfois, de faire le « buzz ».

Il n’existe pas vraiment de loi en ce domaine, tout au plus des observations et des analyses des contenus, a posteriori, tentent d’interpréter le phénomène.

Or, puisque ces médias occupent de plus en plus de temps et qu’ils envahissent nos vies, nos pensées et nos pratiques, il serait temps de les examiner de façon plus attentive. Et qu’observe-t-on ?

A qui -et de qui- parlent les médias ? De tout le monde… ne serait-ce pour faire de l’audience ? Rien n’est moins sûr…

Prenons l’un de ces médias, « ancêtre » d’Internet : la télévision. Son contenu peut être observé, analysé, comptabilisé, quantifié, et donc commenté.

Depuis 2009 existe en France, à l’initiative du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) un baromètre de la diversité. Publié une fois par an il a pour objectif de mesurer la diversité à la télévision selon quatre critères : la catégorie socioprofessionnelle, le sexe, l’origine perçue et le handicap. En deux vagues d’observation, en juin et en septembre, 1450 heures de programme diffusées sur 18 chaines de télévision ont été examinées à la loupe.

Il en résulte un constat évident : ce ne sont pas les catégories les plus nombreuses qui sont le plus représentées, loin s’en faut. La télévision montre surtout les classes privilégiées. Les personnes considérées parmi les inactifs (hors retraités) représentent 39% de la population française. Mais elles ne sont montrées à l’écran qu’à raison de 10% du temps des programmes. Les cadres supérieurs, eux, ne représentent que 10% de la population française mais ils occupent 71% du temps d’antenne, tous programmes confondus.

On peut commenter ces données de plusieurs façons. En premier lieu, les médias télévisés s’adressent essentiellement à un public avec un pouvoir d’achat important : la télévision est donc surtout un support publicitaire pour la consommation.

La sous-représentation des inactifs – alors qu’ils sont les plus nombreux devant leur téléviseur- n’introduit pas la notion d’égalité de traitement, que ce soit dans les documentaires, les fictions ou les journaux d’information. Et donc cette non-représentation, cette insuffisance de visibilité, contribuent à mal faire connaitre les personnes ayant des difficultés de vie. De plus, lorsqu’elles sont représentées, dans les journaux télévisés ou les fictions, elles le sont à leur détriment, rarement à leur avantage, dans la chronique des faits divers ou faits de sociétés ou dans le rôle du « méchant » ou du « violent » dans les fictions. Les personnes pauvres sont non seulement caricaturées, elles ont une fonction : faire peur. Peur du pauvre… ou peur de basculer dans la pauvreté. Le sentiment de perdre son statut social et de passer à la trappe de l’exclusion sociale serait partagé par plus de 60% des Français, ce qui est une aberration.

Cette méconnaissance et cette stigmatisation ont des conséquences. Elles contribuent à développer les préjugés, clichés et autres images négatives des personnes inactives. Elles favorisent un double axe : celui de la peur de l’autre, ou dans d’autres cas, la pitié, la commisération, la compassion. Rarement la dignité, jamais l’égalité.

Le « modèle » de société imposé par la télévision est celui d’une catégorie de personnes aisées. Il contribue à développer cette image de « gagnants » contre des « perdants ». Un modèle qui est loin d’être démocratique.

Un tel traitement peut s’expliquer par les lois du marché… il est inadmissible quand il s’agit d’une programmation définie dans le cadre d’une télévision de service public.

A quand une télévision qui présenterait le courage de ceux qui ont la vie difficile ?

Pascal Percq – France

L’engagement n’est il qu’un « passe-temps » ?

Il y a quelques jours, je me trouvais avec un petit groupe d’adolescents autour de bénévoles ayant mis en place un accueil des personnes sans domicile en milieu rural. La discussion en vient à évoquer le bénévolat et deux jeunes disent alors:

« Le bénévolat, c’est pour quand on est en retraite. »

Cette réflexion me surprend sur le coup et me fait « cogiter » après coup. Ainsi, je découvre que pour certains jeunes, la notion de bénévolat, avec tout ce que cela comporte de don, d’ouverture à l’autre, de solidarité et de fraternité,  est et sera réservée et assimilée à une sorte de hobby ou d’occupation post-vie active…

Terrible aveu me semble-t-il d’une société matérialiste obnubilée par le travail, par l’argent, par la construction de la vie personnelle et la réussite individuelle…

Avec le recul, cette phrase me donne envie d’écrire et de crier: Engagez-vous!

Oui, engagez-vous ! Et non « indignez-vous » comme le préconisait Stéphane Hessel (qui a toutefois écrit ensuite : « engagez-vous ! »). Car là où l’indignation, même si elle est salutaire parfois, souvent me semble véhémente mais personnelle, épidermique, ponctuelle, un peu aigre même et à l’effet et l’emprise limités sur l’Histoire et la réalité quotidienne, l’engagement est synonyme de durée et de continuité, de démarche collective, de vivre ensemble, d’enthousiasme et de conviction profonde; bref une volonté intérieure et ancrée qui se donne le temps et les moyens pour changer, un peu ou beaucoup, le monde où nous vivons.

Alors oui, engagez-vous! Dans les associations, politiquement, spirituellement, au travail, dans vos quartiers, dans les écoles de vos enfants…

Et si la précarité galopante, le découragement, la fatigue, le sentiment d’inutilité sont autant de freins et de raisons de douter, cessons de craindre et rappelons-nous cette belle phrase de l’Histoire de Pi :

« Le doute est utile pour un temps; nous avons nous aussi le droit de douter. Mais il nous faut aller de l’avant. Choisir le doute comme philosophie de vie, c’est comme choisir l’immobilité comme mode de transport. »

Alors osons, fonçons, engageons-nous (sans attendre la retraite !!!). Et c’est au prix de cette audace qu’ensemble nous changerons les choses et notre vie du même coup, que par-delà l’indignation, nous gagnerons le droit à la dignité pour tous

Sébastien Billon  – Angers –  (France)