De l’ignorance à l’espoir

Mis en avant

img_20181104_170309

Christian Rhugwasanye

Bujumbura – Burundi

Dans l’après-midi du dimanche 4 Novembre 2018, nous avons organisé une rencontre pour célébrer la journée mondiale du refus de la misère à Bujumbura. Elle a réuni les jeunes du Mouvement ATD Quart Monde résidant au Burundi et les enfants pris en charge par la fondation MARIA ARAFASHA Burundi ainsi que leurs encadreurs autour de deux questions principales :

C’est quoi le Mouvement ATD Quart Monde ?

Pourquoi célèbre-t-on la journée mondiale du refus de la misère ?

Parmi les invités, Papa MWEHA, un maçon et militant qui a connu le Mouvement il y a quelques mois seulement. A la fin de la célébration, au moment où tout le monde se disait au revoir, il s’est approché de moi avec un sourire plein d’espoir et m’a dit à voix basse : « C’est la première fois de ma vie que je peux profiter d’une journée où je ne travaille pas ! J’ai senti que j’ai reçu plus de ce que je reçois chaque jour, parce que dans mon travail, je subis souvent les injures et les reproches de certains de mes clients.

Malgré tous les efforts que je fais avec ma famille pour combattre notre vie de pauvreté, j’ai toujours eu l’impression de construire une maison sur le sable, et parfois je me dis qu’il serait mieux de tout arrêter, voir même mourir! Personne ne nous disait jamais « courage », personne ne nous soutenait pour nous donner espoir. Au contraire on nous dit que nous perdons notre temps et qu’il serait mieux d’accepter notre situation et d’arrêter de faire des efforts car notre situation ne pourra jamais changer.

Cela limite nos idées et aspirations, ça nous coupe vraiment les ailes pour aller loin dans notre lutte. Le plus dur est de voir des personnes qui au lieu de nous donner du courage, pensent que nous sommes condamnés à vivre comme si on n’existait pas ! Malgré les découragements et la solitude, si nous rencontrons une autre personne délaissée, mais qui a la conviction que sa situation peut prendre fin un jour, on peut s’unir avec elle pour étendre nos voix, allonger nos pieds et renforcer nos ailes pour voler très loin tous ensemble et changer nos histoires. »

Je lui ai répondu : « c’est vraiment touchant cher papa, et maintenant qu’est-ce que tu ressens ? »

« La joie, rien que la joie et je me sens très confiant en mes efforts car juste à travers le nom ‘journée mondiale du refus de la misère’, j’ai senti que j’ai de la valeur. En plus, je viens d’apprendre qu’il y a des gens qui se sont unis dans les années passées pour dire non à la pauvreté et qui continuent à combattre au jour le jour pour que les droits de toute personne défavorisée soit respecté par tous et partout ! Je me sens uni avec toutes ces personnes-là car elles ont aussi fêté cette journée d’après ce que je viens d’entendre.

Maintenant je sens que je ne construis pas sur le sable avec ma famille, car d’autres ont mis une dalle qui forme un sol dur sur laquelle est écrit « là où des Hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’Homme sont violés. S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré. » ! Moi et les autres à travers le monde nous pouvons déjà y construire et aspirer à une réussite collective de nos efforts et ainsi nos enfants viendront mettre la toiture sur notre maison. »

J’ai voulu raconter ce témoignage car à mon arrivée au Burundi depuis la République Démocratique du Congo, personne dans mon entourage comprenait le fait que la solidarité, le partage, l’entraide et le travail peuvent mettre fin à la pauvreté ! Rencontrer Papa MWEHA qui milite pour sortir de la misère, comprendre ATD Quart Monde et le sens du 17 octobre, m’a donné beaucoup d’espoir pour que le peuple burundais s’unisse pour éradiquer la pauvreté.

Publicités

Tout le Monde a besoin de tout le Monde

tout le monde a besoin de tout le monde

Certains rapports du PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) nous rappellent que les 20 % des plus riches de la planète possèdent 80 % des ressources mondiales et que 20 % des plus pauvres doivent se contenter de 1,6 % de ces richesses.

Face à ces chiffres, de nombreuses voix s’élèvent pour revendiquer, proposer et imaginer une « autre économie ». Mais celle-ci ne peut être seulement économique, elle doit aussi être intégrale, écologique, interculturelle, au service du bien-être et du vivre ensemble.

De nombreuses organisations, syndicats ou associations élaborent et vivent quotidiennement de nouvelles expériences de travail et de « vivre ensemble » alternatives. En France, des employés conservent leur travail et leur entreprise en créant une SCOP : Société Coopérative et Participative. Une organisation comme Colibri, créée en 2007 sous l’impulsion de Pierre Rabhi, a pour mission d’inspirer, relier et soutenir tous ceux qui participent à construire un nouveau projet de société.

De son côté, le Mouvement ATD Quart Monde a initié les projets TAE : Travailler et Apprendre Ensemble. Des personnes de milieux sociaux très éloignés s’associent pour repenser ensemble la façon de vivre le travail et les relations dans l’entreprise. En France, à Noisy le Grand (banlieue parisienne), les acteurs de ce projet affirment qu’un travail permet à tout un chacun de gagner sa vie. C’est aussi un lieu où on souhaite pouvoir se sentir bien, se former, transmettre ses savoir-faire, créer des liens et être fier de soi. Aussi l’objectif est de ne laisser personne de côté, afin que l’entreprise devienne un lieu de fraternité, un lieu de partage des savoirs et de fierté.

Plusieurs ateliers de production ont été lancés, notamment à Madagascar,
au Guatemala, et au Sénégal, avec la même volonté qu’à TAE de faire la preuve qu’il est possible de penser l’entreprise autrement avec tous les travailleurs.

Au Guatemala, le projet TAJ (traduction en espagnol de TAE) met en évidence les bénéfices de cet atelier de production d’artisanat à base de papier recyclé. La force ne se situe pas tant au niveau des ressources économiques, qui font cruellement défaut aux participants, qu’à la découverte de leurs talents, au développement de leurs capacités et à la transformation personnelle de chacun. Ceci permet aux travailleurs de se sentir plus libres, acteurs de leur propre vie et de celle de leur famille même si les conditions de vie continuent d’être extrêmement précaires. Astrid Itzep, une des actrices de ce projet, résume sa participation à cette expérience de travail alternatif en disant qu’elle était une chenille et qu’aujourd’hui elle est devenue un papillon qui peut voler !

Maritza Orozco, autre artisan du groupe TAJ au Guatemala, nous dit l’importance de sa participation à ce type de projet : « Parfois on nous appelle les pauvres : ce n’est pas tant pour le manque d’argent que pour notre manque de connaissance de notre propre valeur ! ».

Le besoin n’est donc plus tant d’inventer de nouvelles initiatives (même si la recherche reste primordiale dans un certain nombre de domaines), avance Cyril Dion – président de Terre et Humanisme – que de les relier entre elles, de créer des synergies puissantes et de les communiquer à toutes celles et tous ceux qui cherchent des moyens de mettre en cohérence leur aspiration et leurs modes de vie.

 

Romain Fossey – Guatemala