L’avenir de l’humanité est entre nos mains

Mis en avant

17Octobre-Charles Rphoto : Charles Ngafo, à l’occasion de la Journée Mondiale du refus de la misère à Bangui

Jacqueline Plaisir

République de Centre Afrique

L’actualité tumultueuse nous ballote d’une catastrophe à une autre, et au cœur même de ces bouleversantes crises, il y a la persistance de la misère. On peut dire : il y a la misère qui prend des galons. Et face à ce qu’on pourrait regarder impuissant, comme une fatalité, il y a des femmes et des hommes debout, qui résistent par la solidarité et le sens profond de la dignité.

De la Centrafrique, si nous sommes à l’écoute de l’appel silencieux de la misère, nous percevrons le message de tous les résistants. « Le sens de la vie, pour nous, c’est aider ceux qui sont plus faibles » déclarait Charles le 22 octobre dernier. Lui que la misère prive de tout, il nous invite simplement à regarder autrement ceux qui arrivent les pieds nus et les vêtements en lambeaux, à l’image de leur vie limée par la misère. Ils frappent à nos portes pour un peu d’amitié et retrouver dans nos yeux et à travers nos paroles l’écho de leur humanité.

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« Il y a un mois de ça, un jeune est venu dans la cour. Il m’a demandé 100 Francs (0,15 €) pour prendre la bouillie. Je lui ai demandé comment tu viens me demander ça. Il a répondu : je viens de loin, de loin

– Loin comment ?

– De Bangassou

– qu’est-ce qui fait venir ici si tu étais à Bangassou ?

Alors il raconte. Un jour, il a retrouvé la maison brûlée, et toute sa famille. C’est cette violence qui l’a poussé à fuir. Il a passé un mois en route pour arriver à Bangui, et cela faisait une semaine qu’il était à Bangui, à errer sans famille.

Lorsqu’il m’a expliqué cette histoire, cela m’a touché et je lui ai demandé « Tu vas où ? ». Il n’avait nulle part où aller, alors il est resté avec moi.

Et puis un matin, le cadet m’a dit qu’il voulait avoir un métier, se former. Nous sommes allés à Don Bosco. Nous nous sommes renseignés, çà coûte cher. Je me souviens qu’à mon époque, c’était gratuit, et j’en avais profité. J’ai demandé au jeune s’il avait des papiers, il me dit que tout cela a été brûlé. L’état du pays aujourd’hui ne rend pas service à des jeunes comme lui, dans ce qu’il vit. Tout ça me touche, j’y pense tout le temps. Parce que moi aussi, j’ai traversé des moments pas faciles, et je n’ai rien. Et nous à Bangui aussi on a vécu la crise.

Comme nous sommes dans un mouvement qui pense l’éducation, j’ai parlé avec les autres. L’idée n’est pas de lui donner de l’argent mais de l’éducation pour qu’il devienne quelqu’un de bien et à son tour aide d’autres.

« Nous voulons ensemble porter l’espoir de ce jeune, et la fraternité que Charles nous enseigne », nous dit Gisèle , une maman qui tous les jours pense que nous devons l’avenir à nos enfants. « Dans notre pays bouleversé, il y a beaucoup de jeunes comme le Cadet et d’autres comme Charles qui nous obligent à ne pas baisser les bras devant la difficulté et nous poussent à nous mettre ensemble pour construire la paix, construire un monde avec tout le monde ».

Dans le monde trop injuste, il y a trop de personnes qui sont en errance, fuyant la misère, cherchant la vie au cœur de l’urgence et la violence, cherchant la paix. Il y a de par le monde et ici des personnes qui savent aller vers eux et marcher ensemble pour créer des chemins d’avenir. Ces résistants à la pauvreté, à l’exclusion, à la violence qui minent notre humanité nous rappellent le message de Joseph Wresinski, initiateur d’une rencontre nouvelle entre les hommes «  le monde n’avance pas à cause de ses conquêtes militaires ou économiques, à cause de ses idéologies ou ses profits gagnés par les uns sur les autres. Bien au contraire ! …. Ceux qui font changer le monde, ce sont des gens comme nous qui, au-delà de l’amertume, avons retrouvé l’espoir dans la fraternité. C’est parce que nous mettons notre espoir dans la fraternité que l’avenir de l’humanité est entre nos mains. »

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Planches révélatrices

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Répétition du spectacle « Couleurs cachées » © ATD Quart Monde

François Philiponeau

France

Quand des amateurs et des professionnels de théâtre associent leurs talents

Le théâtre est à l’honneur cette année, particulièrement en France et en Suisse, où des centaines de personnes sont mobilisées pour monter sur scène en évoquant des réalités proches de leur vie.

En Suisse, « Couleurs cachées » témoigne de la vie des plus pauvres, avec ses cauchemars et ses espoirs. C’est surtout une formidable aventure humaine, avec les exigences d’une tournée (17 lieux différents).
Les membres d’ATD et leurs amis ont fait les costumes, les décors, ont appris des chants dans les langues de la Confédération (allemand, français, italien, romanche et… anglais).
Surtout, ils ont cohabité merveilleusement avec un metteur en scène (Jean-Marie Curti), des mimes et des musiciens professionnels, se remerciant mutuellement d’être ensemble.

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Répétition du spectacle « Couleurs cachées » © ATD Quart Monde

En France, c’est aussi un metteur en scène de métier (Philippe Osmalin), qui a proposé « Un peuple les yeux ouverts ». Contrairement à la Suisse, tout le monde parle français. Des jeunes et moins jeunes de Paris (et banlieue), Dôle, Saint-Etienne, Rennes s’expriment dans la langue de Molière pour évoquer Joseph Wresinski confronté à la misère et l’exclusion ; puis les « infortunés » sous la Révolution Française défendus par Dufourny ; les pauvres des bidonvilles en mai 68 ; les militants des Universités Populaires Quart Monde ; la foule au Trocadéro en 1987 ; et les acteurs du combat d’aujourd’hui.

En Suisse comme en France, tout le monde se réjouit de ce travail d’équipe. Chacun-e apporte sa pierre et prend conscience, physiquement, de sa place dans la réussite collective.
La première victoire est là, pour les participants eux-mêmes.
La seconde est pour le public, qui ouvre les yeux, découvre des couleurs cachées et trouve des forces dans ces belles évocations.

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Répétition du spectacle « Couleurs cachées » © ATD Quart Monde

Renseignements, dates et lieux :
Couleurs cachées : www.atd-quartmonde.ch
Un peuple les yeux ouverts : www.atd-quartmonde.fr

« STOP PAUVRETE » : lancement réussi !

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La campagne de mobilisation « Stop Pauvreté », officiellement lancée à Angers le 12 février.

François Phliponeau

France

Les amis de Joseph Wresinski ont vécu intensément deux anniversaires en ce mois de février.
Les 11 et 12 d’abord, quand ATD Quart Monde et la Ville d’Angers ont organisé de nombreux rendez-vous pour le centenaire de la naissance du Père Joseph Wresinski.
Le 14 ensuite, quand le Conseil Économique Social et Environnemental (CESE),  a mis à son programme une assemblée plénière pour marquer le 30ème anniversaire de l’avis de Wresinski « Grande pauvreté et précarité économique et sociale ».
Depuis 1987, la lutte continue pour davantage de reconnaissance, de dignité, de souci des plus pauvres de nos concitoyens.

Au CESE, accueilli par le président Patrick Bernasconi, François Hollande a dénoncé « la présomption de culpabilité qui frappe les pauvres, comme s’ils l’avaient cherché. » Le Président de la République Française a souligné que « le plus cruel, c’est la représentation insidieuse de la pauvreté, comme de l’assistanat. »
De nombreux orateurs se sont succédé, affirmant la nécessité de continuer le combat pour éradiquer la misère. En conclusion, des lycéens d’Aubervilliers ont aporté de magnifiques témoignages sur les thèmes de la solidarité, la culture, le partage du Savoir, qui « ne fait pas de différences » entre les gens.

Dimanche à Angers, Christophe Béchu, sénateur – maire, Claire Hédon, présidente d’ATD Quart Monde France, et Isabelle Perrin, déléguée générale d’ATD Quart Monde, avaient lancé la campagne de mobilisation « STop Pauvreté, Agir tous pour la dignité» en présence de nombreux militants et amis d’ATD, mais aussi de jeunes du Lycée Joseph Wresinski, offrant un chèque de 3000 euros !

D’Angers à Aubervilliers, les lycéens ont bien lancé cette mobilisation 2017 qui va durer jusqu’au 17 octobre 2017.
C’est désormais à chacune et chacun d’y prendre part. Rendez-vous sur le site www.stoppauvrete.org !