La beauté dans la recherche de sa dignité

Mis en avant

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Svet Mendoza

Philippines

Je milite pour l’alphabétisation et je désire profondément que chacun-e puisse avoir accès facilement et équitablement à la lecture et à l’écriture. Depuis près de dix ans désormais, je me suis impliquée comme bénévole dans des projets d’alphabétisation. Parmi toutes les expériences de bénévolat, les programmes d’alphabétisation d’ATD Quart Monde Philippines, avec leur flexibilité et leur manque apparent de structure, ont certainement piqué au vif ma curiosité. Être tutrice pour Ang Galing, aller aux rencontres, participer aux ateliers, ce n’était pas suffisant. Il y avait tant de questions qui se bousculaient dans ma tête qu’il me fallait plus que les réponses des membres de l’organisation. Je voulais aussi comprendre le sens derrière l’idée de « Quart Monde » dans le nom d’ATD.

Mon objectif premier, en posant ma candidature de stagiaire, c’était donc de comprendre plus en profondeur les méthodes employées par ATD Quart Monde Philippines pour organiser les communautés partenaires, avec leurs facilitateurs. Après avoir lu la Pédagogie des opprimés de Paulo Freire, j’ai voulu découvrir s’il était vraiment possible d’adopter une approche participative dans le cadre du développement communautaire.

Svet Mendoza pendant un Festival des savoirs en 2018.

Durant les trois mois que j’ai passés au sein de l’organisation, j’en appris bien plus qu’il n’était strictement nécessaire pour satisfaire ma curiosité et répondre à mes interrogations. On a répondu au-delà de mes attentes aux questions que j’avais, à mesure qu’on partageait généreusement avec moi les divers points de vue de l’équipe et des facilitateurs au sein des communautés. J’ai vraiment apprécié l’ouverture et le soutien constant dont on fait preuve tous les membres de l’organisation. Ils m’ont offert de merveilleuses opportunités, afin que je remplisse mon objectif et que je me forme une compréhension plus profonde. J’ai pu observer l’attention particulière qu’ils s’accordaient entre eux et le souci de l’autre. Ils forment une grande famille.

J’ai appris que l’expression « quart monde » désigne celles et ceux qui sont invisibles dans notre société.

J’ai eu la surprise de découvrir que parmi les personnes en situation de pauvreté, les gens sont classés entre bons et mauvais pauvres. Les bons sont ceux qui reçoivent en général le plus d’aides et de subventions de la part du gouvernement et des institutions privées. Les mauvais, en revanche, sont encore plus marginalisés et exclus, parce qu’ils ne se fondent pas dans le moule. ATD Quart Monde préfèrent se concentrer sur les mauvais. Cette idée d’avoir une attention particulière pour celles et ceux qui sont privés de tout et aux plus discriminés est véritablement digne d’être saluée.

J’ai aussi beaucoup aimé la manière différente dont ATD Quart Monde soutient et accompagne celles et ceux qui sont plongés dans une pauvreté chronique. Au contraire d’autres ONG qui développent des programmes d’alphabétisation et de développement communautaire classiques, ATD Quart Monde commence par changer la façon de penser, la mentalité et la perspective de celles et ceux qui font l’expérience de l’extrême pauvreté. Le mouvement crée des espaces pour échanger autour des inquiétudes pressantes et des problèmes liés à la pauvreté, grâce à des rencontres et des temps de dialogue. Chacun peut s’exprimer dans ces lieux d’éducation. Chacun est entendu et respecté : chaque voix et chaque expérience comptent.

Les personnes vulnérables et exclues sont écoutées et impliquées dans les processus mis en place pour changer leurs conditions sociales.

De cette manière, un vrai changement peut enfin se produire. Ces personnes transformées peuvent devenir des acteurs de changement et j’ai personnellement pu observer ce phénomène dans la vie des facilitateurs communautaires.

La possibilité d’interagir au quotidien avec les facilitateurs communautaires a beaucoup contribué à rendre mon expérience de stagiaire mémorable. Je n’ai jamais rencontré un groupe de personnes plus douées pour résoudre les problèmes de manière créative, ni avec tant de connaissances. Les facilitateurs communautaires ont partagé avec moi en toute sincérité leurs épreuves et leur vérité profonde, ce qui m’a énormément marqué. Leurs histoires, vraies et sans détour, et le courage remarquable avec lequel ils ont laissé voir leurs faiblesses ont suscité en moi un profond respect. Ils partagent généreusement leurs idées et leurs perspectives sur la vie. Ils ont atteint un degré de lucidité qui leur permet de cerner et de discuter des problèmes qui les touchent au plus près.

Puisqu’ils ont tous fait l’expérience de l’injustice sociale, en tant que militants, ils se battent pour leurs propres droits en même temps que les droits des autres. Ils mettent en pratique une citoyenneté active et s’efforcent d’aider ceux qui ne peuvent pas se défendre eux-mêmes. C’est une quête pour sa propre dignité qu’ATD Quart Monde a rendu possible pour ces facilitateurs communautaires.

J’ai commencé à comprendre la beauté qui se cachait derrière leurs rires, leurs discours, leurs débats, leurs opinions. J’ai été fascinée en les observant préparer le matériel pour les ateliers artistiques avec un soin méticuleux et méthodique. Leurs sourires timides quand leur travail et leurs efforts sont reconnus les rendent encore plus saisissants.

Durant mon stage, je me suis aussi interrogée sur les programmes du mouvement ATD Quart Monde. Quelle est la philosophie derrière les projets ? Quelles sont les raisons derrière leurs méthodes ? J’ai trouvé la réponse à mes questions alors que j’aidais un enfant avec son projet artistique, dans le cadre d’un atelier au sein de l’une des communautés partenaires de l’organisation. Après avoir guidé l’enfant, j’ai regardé tout autour de moi et j’ai eu la surprise de voir que tout le monde était en train de faire de l’art. Tout le monde était en train d’assembler des matériaux recyclés pour créer des œuvres. Tout devint clair pour moi ! Les programmes d’ATD Quart Monde sont conçus pour soutenir ces personnes à apprécier la richesse de leurs expériences et de leurs réalités quotidiennes. De la même manière que ces matériaux recyclés sont soigneusement travaillés et assemblés pour former une incroyable œuvre d’art, l’organisation accompagne avec soin des personnes défavorisées dans la valorisation de leurs expériences, pour qu’elles puissent y voir des éléments essentiels au développement d’un esprit critique. C’est ce qui, à son tour, permet à ces personnes de s’engager pour la transformation de leurs conditions de vie.
Ce qui était auparavant considéré uniquement comme des expériences et des réalités, sont devenus maintenant des témoignages d’une grande beauté.

ATD Quart Monde a partagé cette beauté avec tous ceux qui sont impliqués dans le mouvement. Vous pouvez la retrouver dans leurs projets, l’observer dans toutes leurs discussions. Elle se reflète dans les yeux et les actions des membres. Une fois que vous la découvrez, elle est difficile à manquer. Elle sort du lot, comme une fleur au milieu d’un champ, et vous la voyez partout. Toujours présente.

De plus, ATD Quart Monde est une organisation qui vous aide à consolider vos forces et à trouver des alternatives pour compenser vos faiblesses. L’échec y est utilisé comme un outil qui permet d’apprendre et de s’améliorer. L’approche flexible dans l’organisation des projets est louable, parce qu’elle témoigne de l’engagement à respecter avant tout les personnes impliquées.

Par dessus tout, ATD Quart Monde est centré autour des personnes, des enfants, de l’apprentissage et de la communauté. J’y ai trouvé une famille qui partage ma passion de rendre service.

Pour reprendre la belle expression d’Antoine de Saint-Exupéry : « on ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. » Parfois, l’invisible et l’inaudible sont ce qui offre les impressions les plus vives et les plus déterminantes pour les autres. Et parfois, c’est ce qui nous permet d’apprécier une beauté différente, une beauté qui naît de l’endurance, de l’espoir et de la conquête de sa propre dignité.

En chemin avec des familles de Manille

Manille "ville de contraste" - photo espacestemps.net

Manille « ville de contraste » – photo espacestemps.net

Jeremy Ianni,

Manille

Manille, ville aux milles facettes et aspects, immensément pauvre, immensément riche de diversité et d’opulence. Des richesses inégalement partagées. Loin d’être un pays pauvre, les Philippines traversent aujourd’hui une période de fort dynamisme économique. Des grattes ciels poussent dans tous les coins, et les mouvements d’exode ruraux continuent, si bien que dans la capitale habitent aujourd’hui près de 20 millions de personnes.

Lorsque je suis arrivé en janvier dernier, je me suis demandé comment j’allais entrer dans la réalité du pays pour pouvoir le comprendre et ainsi aider des personnes pauvres à retrouver un peu de sécurité dans leurs vies. Je commençai par suivre mes coéquipiers qui soutiennent une communauté vivant sous un pont et aident les familles à remplir les papiers pour bénéficier d’un programme de relogement massif diligenté par le gouvernement philippin pour environ 100,000 familles. Les sites de relogement offrent la possibilité d’acquérir sur trente ans des maisons en dur entourées d’une petite terrasse pour les gens venus s’entasser dans les bidonvilles de la capitale. Ils sont souvent loin de tout et il y est pour le moment très difficile d’y trouver un travail stable.

En janvier dernier, je rencontrai X qui vivait encore sous le pont, mais qui allait être relogée. Quelques mois plus tard, elle faisait ce constat : « Il n’y a pas de travail ici, mon compagnon est resté à Manille ! ». Les conditions de vie sur le site de relogement n’étaient pas faciles : elle était seule avec ses 4 enfants, enceinte, avec un père très affaibli par la malnutrition qui décéda quelques mois plus tard. X retourna rapidement sous le pont, espérant pouvoir y gagner de l’argent en lavant du linge.

Lors d’une visite sous le pont au mois de mai, je compris que la prime accordée par le gouvernement philippin n’avait pas encore été versée aux familles. Difficile de faire valoir ses droits quand on ne sait pas bien lire ni écrire. X demanda à une voisine d’écrire une lettre pour l’administration. Je me rendis compte en l’accompagnant dans ses trajets, de l’absence de communication entre les familles et les administrations et de la difficulté pour les familles relogées à se repérer dans les processus administratifs.

X retourna sur le site de relogement quelques semaines plus tard avec l’intention d’inscrire ses enfants à l’école. Autre parcours du combattant. Sans certificat de naissance, les enfants ne peuvent pas étudier. Trois des enfants de X ne sont pas enregistrés au service de l’état civil et « n’existent » donc pas du point de vue administratif. Nous lui proposâmes de l’aider à collecter les documents pour faire enregistrer deux de ses enfants à l’état civil.

Lors d’une visite au mois de juillet sur le site de relogement, X venait d’accoucher. J’ai été frappé par la fatigue extrême de cette jeune maman et le dénuement de la famille qui n’avait pu récupérer que quelques morceaux de bois de son ancien logement avec lesquels ils avaient fabriqué un petit berceau pour le bébé. Le papa a aussi entrepris des démarches pour que ses enfants puissent porter son nom. Il avait une conjonctivite ce jour-là et les agents administratifs refusèrent de lui ouvrir la porte et de le laisser entrer dans le bureau. Je dus parler pour lui en répétant sans cesse que je n’étais pas le père des enfants et qu’ils devaient parler avec lui, mais cela n’a pas été possible. J’ai trouvé cette situation révoltante.

Le fait d’aider cette famille m’a aidé à comprendre l’errance dans laquelle ils vivaient et les conséquences du relogement sur la vie familiale : comment la famille a mobilisé une énergie folle pour ne pas disparaître et conquérir certains droits. Lorsque X et son conjoint reçurent la prime du gouvernement philippin, ils achetèrent du lino pour leur maison, ils avaient l’air profondément heureux.

J’ai aussi pu découvrir le fonctionnement de l’administration, de l’hôpital. Cela m’a été utile pour avoir petit à petit des repères dans ce pays bouillonnant d’énergie.

Le relogement sur un site éloigné des lieux de travail des familles continue de me questionner. X m’avait dit qu’elle aimait cuisiner des choses sucrées, et qu’elle aimerait avoir un petit magasin pour vendre ce qu’elle aurait cuisiné, mais la réalité a fini par trancher: «Qui va acheter quoique ce soit ici?»

L’ami du pont

François Phliponeau, France Les personnes vivant dans la misère sont très souvent stigmatisées, exclues. Cette semaine, en France, le chef de l’État reconnaissait que la pauvreté est « une humiliation pour la République ». Exclusion, stigmatisation, humiliation, ce n’est pas une fatalité. Les photos ci-jointes montrent M. Castro à Manille chez lui et à son travail. « Chez lui », c’est sous un pont où il a trouvé refuge avec son épouse et leurs trois filles. Dans un espace si bas qu’ils ne peuvent pas se tenir debout.

M.Castro et sa famille sous le pont à Manille

M.Castro et sa famille sous le pont à Manille

Son lieu de travail est juste au-dessus de chez lui. C’est sur le pont qu’il vend des journaux, des boissons fraiches, des biscuits, des mouchoirs en papier…

l'ami du pont

l’ami du pont

C’est aussi sur ce pont qu’il retrouve des habitués dans les transports en communs (les célèbres jeepneys), et les voitures bloquées par les feux rouges, 200 mètres plus loin. Avec eux, il n’est pas un exclu, un humilié, un pauvre, il est le commerçant, parfois même l’ami que l’on salue, avec qui on partage des nouvelles.

M.Castro vendeur

M.Castro vendeur

Dignité, reconnaissance, respect du travail et du travailleur, voilà ce qu’attendent tous les humains. Voilà ce que proclame depuis 27 ans la Journée mondiale du refus de la misère, le 17 octobre. Sur ce pont, Castro gagne plus que de l’argent, il gagne sa vie. (Photos François Phliponeau)

Une vie « paria »

C’est le titre d’un livre (*) qui m’a beaucoup intéressée : récit de vie – effectué à la première personne – de Viramma, femme « paria » d’Inde du Sud. Mariée « traditionnellement » avant sa puberté, n’ayant gardé vivants que 3 enfants sur 12, travaillant du matin au soir dans la ferme et les champs de son « Reddiar » (propriétaire terrien, auquel elle est asservie) ; elle parle, parle, chante, raconte toutes sortes d’histoires (dont certaines des plus « vertes » !).

Il y a en Inde – où domine la religion hindoue – plus de 130 millions d’ « intouchables », considérés comme « impurs » depuis des millénaires. Au 18° siècle, le père Coeurdoux (ça ne s’invente pas !) un jésuite, parle d’eux ainsi : « ils n’ont ni éducation, ni principes d’honneur… d’une malpropreté à faire horreur et la grossièreté de leur esprit répond ordinairement à celle de leur figure … attirés par la puanteur d’une charogne, ils vont la disputer aux chiens et aux corbeaux…. Si la caste des parias est réputée fort basse,… elle mérite effectivement de l’être. »

Au 19° siècle, un autre « missionnaire » écrit : « Tout paria est élevé dans l’idée qu’il est né pour être asservi aux autres castes …  jamais on ne les persuadera que la Nature a créé les hommes égaux ».

Pourtant, sans misérabilisme, Viramma nous conte la richesse d’une vie que la pauvreté et la dépendance n’ont pas réduite à néant. Le monde de Viramma est fondé sur une philosophie simple : être paria, c’est accepter une longue suite d’interdits, de mesures d’exclusion, mais c’est ne pas être totalement exclu ; l’intouchabilité dégrade, mais ne place pas « hors système ».

Viramma témoigne d’une forme de « résistance » qui peut nous sembler choquante, voire inacceptable. Ainsi, quand elle dit à son fils (qui aspire à autre chose) : « notre devoir est d’obéir à notre maître ; on n’est pas malhonnête envers celui qui nous nourrit » ; ou encore : « si le maître te frappe, baisse toi et laisse toi faire. En voyant ton attitude, son cœur fondra et il laissera retomber son bras ».

Gandhi pariait aussi sur ce sens du « devoir partagé » (les castes supérieures ayant aussi des « obligations » envers les « parias ») pour faire avancer les choses par la non-violence…

Quels que soient les drames qui ont marqué sa vie, Viramma les a contés souvent le rire à la bouche. Dans son  rire qui accompagne même l’évocation des brutalités subies, il y a une distance prise vis-à-vis de la douleur, une sagesse ou une force d’âme qui accepte la vie comme elle vient, avec la mort et le malheur comme compagnons.

Toute exclusion appelle deux réactions possibles : ou bien l’on vise – au sein du système – à des améliorations purement matérielles ; ou bien  l’on conteste le système en l’attaquant de front. L’idéal – non exprimé – de Viramma semble être de combiner les améliorations du système avec un maintien de « l’intouchabilité ».  En effet, ne plus accepter d’être « paria », c’est s’engager dans une aventure qui risque de coûter très cher.

Au plus profond d’elle-même, elle sait pourtant qu’elle a été  façonnée par des valeurs  trompeuses. En même temps, elle est pétrie de cette  « harmonie » inégalitaire ( !) comprise comme étant « l’ordre des choses ». Cette inégalité acceptée lui donne paradoxalement les maigres garanties qui permettent que la précarité ne tourne pas au désastre. Vieille fable du loup et du chien (http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/jean_de_la_fontaine/le_loup_et_le_chien.html) !

Le récit de cette vie déborde son cadre indien et pose la question de l’inégalité et de l’asservissement.  Viramma est la sœur des opprimés, nés et morts dans un système fondé sur la discrimination ; elle est la figure emblématique de tous les asservis qui semblent « accepter » leur statut. Par elle, on comprend  mieux la pensée de ceux qui se sentent si menacés qu’ils préfèrent la « sécurité » de la sujétion à l’inconnu du changement. Elle éclaire aussi la force des méprisés qui trouvent dans les espoirs qu’ils s’autorisent, dans la convivialité, les contrefeux aidant à tenir.

Fascinante conjonction de faiblesse et de force d’âme….

Dire ainsi ce qu’est la grandeur des asservis n’est pas nier l’asservissement, ni le minimiser.

Ce récit montre, je crois, qu’il convient d’être très prudent dans l’expression de notre  désir de « combattre l’injustice », d’écouter d’abord ceux qui la subissent, de dépasser les jugements hâtifs qu’on pourrait avoir sur leur apparente servilité, de régler notre pas sur le leur…

La femme qui a recueilli ce récit – grâce à sa double origine tamoule et française – conclut ainsi : « J’espère  avoir apporté une pierre à l’histoire des plus modestes, des plus silencieux ; mémoire vivante où ont leur part l’oppression et les peurs mais aussi les joies, les savoirs, les manières d’être, tout ce qui fait en somme une culture au quotidien. Puisse ainsi ce récit vrai contribuer modestement au mouvement d’émancipation des humiliés pour qu’ils gagnent leur pleine place dans une société où tous honoreraient le simple mot : « MANUSANGA » c’est-à-dire HUMAINS ».

Anne LEGUIL-DUQUESNE (Ain – France)

(*)  « Une vie paria »  de Viramma , Josiane et Jean Luc Racine – Terre Humaine Poche chez Pocket

 

Comme une fleur de lotus sans sa tige

Depuis septembre 2010, grâce à l’aide d’instituteurs de l’école de Ban Prai Pattana dans la province de Sisaket (frontière avec le Cambodge), des activités de sensibilisation au courage d’enfants du monde sont proposés. Une quarantaine d’écoliers, majoritairement issus de familles vivant des situations de grande précarité ont participé à ces activités. Et c’est ainsi que nous avons rencontré la famille Wattana ( les parents et leurs quatre enfants ) dont les conditions de vie sont très précaires.
Fleur de lotus, la maman est âgée de 37 ans. Elle parle comme la majorité des villageois un Khmer simplifié dit « inférieur ». En 1975, Fleur de lotus est née dans le camp de travail de Battambang dans le nord du Cambodge. Elle fera ses premiers pas dans ce camp où des centaines de familles essaient de survivre à la folie meurtrière des khmers rouges. A partir de l’automne 1979, suite à l’invasion vietnamienne, des milliers de cambodgiens, autant oppresseurs qu’oppressés fuient vers le nord, sur les routes de l’exode. Cette nuée d’ombres s’agglutinent aux portes de la Thaïlande. La famille de Fleur de lotus réussira à rejoindre un des nombreux camps de réfugiés installés en Thaïlande.
En mars 1987, les familles cambodgiennes dites hors programmes de rapatriement sont jugées illégales. La famille de Fleur de lotus refuse ce rapatriement et s’accroche à un espoir : celui de rejoindre des membres de sa famille réfugiés dans le centre d’accueil du village de Ser Prai, village voisin de celui de Ban Prai Pattana.
La famille de Fleur de lotus décide alors de faire un long périple dans la savane et la forêt, le long de la frontière. Mais cette nouvelle fuite les met face à une lutte pour la survie et les confronte aux épreuves imprévues de la route. Ainsi sa mère et une de ses sœurs mourront des suites de morsures de serpents. Puis dans les mois qui suivent leur arrivée dans ce village, c’est son père qui décède. A l’âge de 13 ans, Fleur de lotus et sa sœur sont orphelines. Travailleuses dans les rizières, elles réussissent à s’intégrer dans ce village.
En Thaïlande, Fleur de lotus a fondé une famille, elle veut rester dans ce village. Trente deux ans plus tard, sans papier officiel, elle est toujours apatride dans ce pays. Elle n’a pas accès aux soins de santé gratuits. Elle est dans l’impossibilité de régulariser sa situation administrative.
Combien d’apatrides en Thaïlande vivent une situation identique à celle de Fleur de lotus ? Cette situation rappelle étrangement l’inscription cambodgienne du VIIIe siècle, du temple d’Angkor Thom : « Un lotus assurément, mais sans sa tige. » Le dernier chiffre connu estime les apatrides à trois millions. Mais depuis 2005, plus aucune estimation officielle n’a été communiquée au grand public par les autorités thaïlandaises.
Toutefois, en reconsidération de situations concrètes d’apatridie dans l’histoire des migrations des peuples de l’Asie du sud-est et en tenant compte des contextes sociopolitiques tourmentés de chaque pays, je pense que devrait exister une jurisprudence dans l’accès à une citoyenneté nationale et régionale dans l’Asean incluant un droit transfrontalier permettant à tous les peuples de l’Asie du sud-est de circuler et de vivre librement.

Alain Souchard – Bangkok (Thaïlande)

Éloge du sarong

Parfois, des objets de notre vie quotidienne, tel que le sarong thaïlandais mériteraient d’être mis à l’honneur. Selon une chanson populaire :
« Le sarong est apprécié de tous ; riche ou pauvre, de la campagne ou de la ville. Son prix est très abordable et sa taille est juste comme il faut, ni trop grande ni trop petite. Ses usages sont innombrables. Il est entre tous, l’objet le plus populaire.»
Le sarong est un textile éphémère, avec ses lignes agencées sur différents plans et aux volumes multicolores dans un espace délimité. Sa forme simplifiée et modulable a généré différents usages, habitudes quotidiennes autour de comportements fondamentaux et universels tels que se protéger, se laver ou se vêtir chez de nombreux peuples d’Afrique et d’Asie. C’est à la fois un bien populaire et un signe d’appartenance à une culture locale. Le sarong est tellement populaire qu’il en existe de multiples motifs géométriques et artistiques.

A ma connaissance, les plus belles peintures murales du XIXe siècle de femmes thaïes en sarong se trouvent dans le temple bouddhiste de Wat Phumin dans la province de Nan.

Le sarong thaï est une pièce de tissu porté en guise de jupe, de pagne lorsque l’on va prendre sa douche. Nous pouvons nous essuyer le corps avec et le porter en vêtement de détente après une dure journée de travail. A l’extérieur, il peut être utilisé comme couvre-chef pour se protéger la tête des rayons du soleil, de la pluie ; de châle pour se protéger du vent ou du froid. A la saison chaude, il est apprécié comme tissu pour essuyer la sueur de notre front et de notre cou. Pour les enfants, ses usages sont aussi très nombreux : porte-bébé, hamac-berceau, couche culotte, voir même en jouet modulable. Dans l’usage quotidien, il est aussi souvent utilisé comme ceinture, corde, emballage, sac transport de provisions, tablier de cuisine, couvre table, essuie tout pour la vaisselle ou pour envelopper des instruments de cuisine voir des outils travail. Enfin, il peut aussi finir comme linceul pour un défunt.

Lorsque je pense à une personne qui serait l’expression de cette valeur du sarong thaïlandais, celle de Mr.Yen Kaew Manee s’impose à moi. En décembre 2008, avec un premier sarong en guise de pagne et un deuxième comme couvre chef, il faisait la une de plusieurs magazines. Le récit de son histoire personnelle avait ému toute la Thaïlande. A l’âge de 107 ans, avec une joie de vivre extraordinaire, il habitait seul dans sa barque. Sa pêche quotidienne, au fil du courant de la rivière Phetchaburi lui permettait de subvenir à ses besoins élémentaires. Il disait alors : « Les bigorneaux n’ont pas de main, ni de pied et portant ils doivent chercher de quoi se nourrir. Pourquoi l’homme livré à lui-même avec encore ses deux mains et ses deux pieds ne pourrait pas faire de même ?»

Alain Souchard, Sisaket ( Thaïlande )

L’école au chevet de la grossesse adolescente

Un jour de juin 2002, dans le quartier de Haat Wat Tai en bordure de la rivière Moun, j’ai rencontré un groupe de poissonnières vendeuses au marché de nuit d’Ubon Ratchathani dans le nord-est de la Thaïlande. Ce jour là, alors que nous conversions, des jeunes enfants s’amusaient à grimper sur les branches d’un grand arbre. Parmi ces enfants, j’avais repéré Poupée, une fillette de sept ans. Elle jouait avec toujours la peur d’être moquée. Les poissonnières m’avaient alors expliqué : « Poupée est élevée par Pii Jeck, un homme du quartier respecté pour sa bonhomie. Elle a été abandonnée par sa mère peu de temps après sa naissance. Cette dernière est partie avec son nouveau compagnon. C’est son père qui a pris soin d’elle. Il y a deux ans, il a confié Poupée à Pii Jeck, le temps de trouver un travail à Bangkok. Mais, il n’est plus jamais revenu reprendre sa petite fille. Pii Jeck aimerait bien trouver une famille adoptive plutôt que de la donner aux services de l’aide sociale.»

En avril 2010, dans le quartier de Non Say Thong dans la ville de Sisaket toujours dans le nord-est, j’ai rencontré une grand-mère Yay Wan. Elle vivait avec son fils handicapé et trois de ses petits-enfants. Leur mère était partie dans la province de Rayong où elle avait pu trouver un travail de caissière. Lors de cette première rencontre, Yay Wan m’avait dit qu’elle angoissait de n’avoir plus de nouvelles de sa fille depuis plus d’une année. La famille paternelle avait toujours refusé de reconnaître les enfants. Leur père avait entretenu des liens de passage avec eux et cela jusqu’au moment où il ne leur avait plus donné aucun signe de vie.

Huit années séparent ces deux rencontres. Et pourtant, elles ont un point commun : ces enfants sont nés d’une mère adolescente. Ces deux situations sont-elles isolées ?

Le 14 février 2011, Mr Samatchai Chomvinya, responsable du service des affaires sociales annonçait : « La Thaïlande est le deuxième pays au monde derrière l’Afrique du sud avec le plus haut taux de grossesse chez les adolescentes âgées entre 15 et 19 ans. Et 84 % d’entre elles ne se sentent pas prêtes à être mère. »

Dans le journal « The Nation » du 11 juin 2011, l’Institut de recherche sur le système de santé thaïlandais reconnaissait : « Le pourcentage de mères adolescentes a triplé en cinquante ans. Le nombre total des femmes âgées de moins de 20 ans ayant un enfant est passé de 5.6 % en 1958 à 15,5 % en 2008. »

Le ministère de l’éducation nationale est conscient que cette situation des mères adolescentes à une forte incidence sur la poursuite de leurs études. En janvier 2011, une loi a été promulguée afin que l’éducation nationale autorise et protège les mères adolescentes pendant leur grossesse et facilite leur retour dans le cycle scolaire normal, après la naissance de leur enfant.

A cette loi, Nutjari Temgnam, étudiante thaïe réagissait : «  Cette loi est très importante. Mais même si une loi est votée, aussi bonne soit-elle ; si elle n’est pas réellement appliquée, elle ne restera que de l’encre sur un bout de papier.»

Alain Souchard – Sisaket (Thaïlande)

Ces enfants flottants emportés par le courant 

En septembre 2010, le Dr Sompong Chitradup, de Chulalongkorn université, est un des rares universitaires à s’insurger sur le fait que, sur 14 millions d’enfants de 4 à 17 ans en âge d’être scolarisés en 2005, seulement 9 millions vont réellement à l’école. A l’époque, la réaction la plus commune au sujet de ces 5 millions d’enfants en dehors du système scolaire était de dire : « C’est leur problème, ce n’est pas notre problème à nous les (vrais) thaïs.»

Le 28 octobre 2010, j’ai rencontré Wet Rawe, plus connue sous le surnom de « Tante Deum ». Elle est vendeuse ambulante de fruits et légumes. Elle sillonne les rues de Sisaket (nord-est de la Thaïlande) avec ses deux paniers en suspension sur son balancier de bambou. Son mari, anciennement vélo taxi, est resté handicapé suite à un accident vasculaire cérébral. Ils ont trois enfants dont deux garçons âgés autour de la vingtaine vivent toujours avec eux. Ils sont journaliers sur des chantiers de construction. Ils sont à l’occasion porteurs de chariots au marché de fruits et légumes de la ville. Ils aident aussi leur mère à ramasser des fruits sauvages, arracher les plants de patates douces, de cacahouètes ou de cueillir le tamarin et les mangues vertes.

Ils ont arrêté leurs études à la fin du primaire sans savoir ni lire ni écrire. Leur mère, les larmes aux yeux : “Ils sont juste bons à faire du troc de poulets. Certaines personnes n’aiment pas les études. De toute façon, ils en avaient marre de perdre leur temps à l’école du temple bouddhiste. Lorsqu’ils ont du travail, ils boivent et fument tout ce qu’ils gagnent. C’est plus la peine de leur faire la morale, ils n’écoutent plus leurs parents depuis déjà longtemps.”

Le 23 juin dernier, dans une école du canton de Praï Pattana à la frontière avec le Cambodge, une institutrice me confiait : «Aujourd’hui dans ma classe (enfants de 12 ans), huit écoliers sur vingt et un manquent à l’appel. Ils fréquentent très irrégulièrement l’école. Ils doivent aider leur famille pour que chacun puisse manger à sa faim. A l’école, c’est une seule bouche qui est nourrie. Si l’écolier travaille, il pourra aussi contribuer à ce que ses frères et sœurs aient un repas.»

Ce 12 septembre, un an plus tard le Dr Sompong Chitradup par voie de presse a remis sur le tapis les disfonctionnements du système éducatif thaïlandais envers ces enfants en dehors du système scolaire ; «ces enfants flottants emportés par le courant ». Mais cette année, avec de nouvelles propositions, il semble avoir réussi à faire prendre conscience à l’opinion publique et aux autorités politiques du danger qu’ils risquent de représenter pour la sécurité de leurs propres enfants et la société thaïe de demain si rien n’est fait rapidement.

Alain Souchard – Sisaket (Thaïlande)

Non ! Aux fauves

En juin dernier, le long des rues de Bangkok, il était difficile de ne pas se sentir interpellé par la campagne d’affichage des élections législatives de 2011.
Parmi toutes les affiches, celles du PAD ( Parti de l’Alliance populaire pour la Démocratie ) m’ont particulièrement frappé. Le PAD, créé en 2006 en tant que mouvement d’opposition à la politique de l’ancien premier ministre Thaksin Shinawatra, est composé de divers groupes de la société ; étudiants, jeunes, universitaires, agriculteurs, travailleurs sociaux et surtout de militants de quelques 99 ONG thaïlandaises. Pour manifester son désaccord sur le processus des élections, le PAD avait choisi de « faire parler » ses affiches avec des animaux. Pour les concepteurs, les politiciens sont corrompus. Ils ne font que spolier les richesses et nuire au pays.
D’où leurs slogans : “Ne laissez pas des animaux entrer à l’assemblée nationale : Voter Non !”  ; “Ils vous semblent inoffensifs, mais derrière ces animaux se cachent des fauves !” ; “Ces politiciens sont des fauves, ne leur faites pas confiance !”
Sur d’autres affiches, les messages faisaient des amalgames encore plus saisissants entre les animaux et les politiciens:
“Le buffle est stupide, jouez-lui du violon, il est incapable de reconnaître ce qui est beau. Le buffle ne peut être éduqué.” ;“Le tigre aime à se reposer et manger. Il veut s’enrichir sans faire le moindre effort.” ; “Les chiens ne savent qu’aboyer contre des feuilles de bananiers séchées. Ils parlent, se chamaillent mais n’agissent pas.” ; “ Les crocodiles ne sont que des trouble-fêtes.” ; “ Le singe aime décevoir son maître et tromper les gens.”
Sur un immeuble de Bangkok, une immense affiche avait été posée, avec le message suivant : “Dans la jungle vous pouvez rencontrer un tigre féroce. Vous pouvez lui échapper en plongeant dans l’eau . Mais par contre, vous risquez de rencontrer un crocodile affamé.” Autrement dit c’est échapper à un péril pour aller vers un autre plus grand encore.
Le 03 juillet, lors des élections , 74 % des 47 millions d’électeurs thaïlandais se sont déplacés aux urnes. Le PAD ( et ses animaux ) ont recueilli 6.78 % des suffrages. Il n’atteint pas la moitié de son objectif de 5 millions de suffrages. Les leaders de PAD relativisent cet échec en l’attribuant au 3,6 millions de bulletins invalidés.
Mon analyse, c’est que lorsque le verbe est trop haut et le mépris trop grand, ceux qui réclament des droits et de la justice se perdent, se discréditent dans un combat idéologique où l’homme le plus fragile est souvent ignoré et reste toujours oublié.
Propulsée candidate tête de liste du parti Puea Thai, Mme Shinawatra, Yingluck petite sœur de l’ancien premier ministre Thaksin Shinawatra, a remporté une victoire écrasante avec 265 sièges sur 500 à l’assemblée nationale. Elle aura désormais la charge de mener un vent de réformes en Thaïlande vers l’unité et la réconciliation de son peuple.

Alain Souchard – Sisaket (Thaïlande).

Dans la fêlure du bol de riz

La Thaïlande est le premier pays exportateur de riz au monde. Le mode de vie et les habitudes alimentaires des thaïlandais sont intimement liés à la culture du riz. Les adages populaires ne manquent pas à ce sujet : « Le riz est la colonne vertébrale du pays» ; “Dans les rivières, il y a du poisson et dans les rizières du riz.» ; « Chanceux le thaïlandais qui a des champs de culture de riz. Malheureux celui qui ne sait pas les cultiver. »
En 2006, la Thaïlande comptait un peu plus de quatre millions de foyers d’agriculteurs, dont 18 % de foyers sans terre et 67 % avec moins de deux hectares. Pour la majorité de ces foyers de petits agriculteurs, la moitié de leur récolte de riz rembourse leurs emprunts contractés auprès de la banque agricole et 17 à 20 % est vendue à une coopérative agricole. Cette vente est parfois leur unique source de revenu. Le riz restant est réservé à la consommation familiale des mois à venir.


Mais le désarroi de nombreuses familles de petits paysans est immense: « La culture du riz n’est plus rentable. Les investissements sont trop lourds pour une récolte toujours plus faible année après année. Avec une récolte de riz de 300-400 kilos par Rai (0.16 hectare), nous avons juste de quoi nourrir notre famille. Pourquoi continuer à se fatiguer à cultiver du riz ? Il serait préférable d’aller chercher du travail ailleurs ; de gagner de l’argent et d’acheter son riz au marché ! »
En 2009, Mme Fon Sengsawang avec sa maman, son mari et leurs deux enfants ont décidé de quitter leur village du district de Prang Ku, (nord est de la Thaïlande ). Ils ont migré vers Bangkok où ils vivent, depuis deux ans, dans un slum (bidonville) du quartier de Thonburi. Mme Fon Sengsawang et son mari sont maintenant récupérateurs de déchets (papier, plastique, verre ou bois). Ils sillonnent les rues de Bangkok avec leur chariot. Mme Sengsawang se souvient :
« En 2007, dans notre village ce fut la sécheresse. La seule récolte de l’année fut détruite. Nous avons du emprunter 50,000 bahts (1,200 Euros) à la banque agricole pour avoir de quoi nous nourrir et préparer la prochaine culture de riz. En 2008, la sécheresse nous a épargnés mais pas les inondations. Notre riz a pourri sur pied. Comme nous ne pouvions pas rembourser nos dettes, nous avons du vendre le peu de terre que nous possédions pour une misère. Au village, il nous reste encore notre maison ; c’est au moins un lieu où nous pourrons toujours revenir. »
Face à ces grands bouleversements, quelle espérance ? En janvier dernier, dans le petit village isolé de Jongko, proche de la frontière cambodgienne, j’ai rencontré une femme au visage marqué par des épreuves de la vie : «Avec mon mari, nous possédons deux hectares de terre. Chaque tiers est reparti entre la culture du riz, celle du manioc et celle du caoutchouc. Si nous étions restés à une culture unique de riz, nous ne nous serions jamais sortis du cercle vicieux des dettes. Les fruits et légumes de notre jardin, l’élevage de poissons de nos deux étangs et les produits de la forêt toute proche sont aussi source de revenus complémentaires pour notre famille. En re-choisissant une agriculture traditionnelle et diversifiée, nous sommes heureux de continuer à vivre dans ce petit village. »

Alain Souchard – (Sisaket)