AGIR AVEC LES PLUS PAUVRES POUR UN MONDE JUSTE ET SANS PAUVRETÉ

Mis en avant

Bukavu 120505 Cibandihwe 27

Par Christian RHUGWASANYE

BURUNDI, Bujumbura

Les personnes vivant l’extrême pauvreté dans ce monde, réfléchissent et travaillent au jour le jour pour sortir de leur situation difficile en espérant vivre réellement une vie qu’elles méritent. Chaque jour elles sont debout, prêtes à se battre avec force et détermination, mais malheureusement avec désespoir et dégoût à cause du regard et des préjugés de la société face à leurs efforts.

Certes, pour trouver confiance, courage et espoir, elles n’ont pas besoin des biens matériels qui sont souvent accompagnés de paroles blessantes mais plutôt d’encouragements, de soutien et de notre temps à leurs côtés, d’être écoutées et considérées utiles et pouvoir jouir de sa dignité.

Le fait de n’avoir personne à ses côtés est finalement la plus grande souffrance dans la misère, car être seul, c’est être invisible aux yeux du monde. Pourtant, les personnes vivant la pauvreté ont le droit d’exister parmi les autres, de s’exprimer, de participer à la prise de décisions du plus bas au plus haut niveau, car tous les citoyens ont leur place dans la société.

La non reconnaissance de la dignité, des droits et de l’intelligence des personnes en situation d’extrême pauvreté dans le monde c’est un fait qui les condamne à vivre une vie qui n’est pas vraiment leur choix, une vie dans laquelle elles sont obligées de se taire malgré l’expérience et les savoirs qu’elles pourraient partager aux autres ;

c’est vraiment un crime et à cela s’ajoute le fait que l’humanité ignore leurs efforts en ne leur donnant pas la parole et la place. Pourtant, leurs idées comptent beaucoup pour bâtir un monde plus juste et solidaire.

Leur sagesse est grande, les relations qu’elles bâtissent entre elles pour se soutenir sans condition ni discrimination devraient inspirer tout le monde et nous pousser tous à agir avec elles en menant ce combat ensemble contre la misère qui est l’affaire de tous;

Nous ne pouvons pas concevoir un monde équitable et solidaire en laissant certains en arrière car on ne pourra jamais y arriver sans leur participation. Enfants, jeunes et adultes ; personne du Nord, du Sud, nous sommes tous un !

Nous avons tous intérêt à nous battre avec les plus pauvres, les écouter et cheminer avec eux, c’est notre devoir en tant qu’humains.

La journée internationale des droits des femmes et les mamans de Luhwindja

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25-03-2019 Mamans APEF Après la Rencontre - Copie

Bagunda MUHINDO René

Bukavu – République Démocratique du Congo

Je me suis toujours posé des questions sur la journée du 8 mars. J’ai toujours été dubitatif à ce sujet. Quand on accorde une journée aux femmes pour célébrer le respect de leurs droits c’est comme si tous les autres jours on autorise implicitement que ceux-ci soient piétinés. Les femmes m’ont révélé un autre sens à cette journée à Luhwindja. Ce village surplombe les montagnes situées à environ 90 Kilomètres de la ville de Bukavu. Après la guerre de 1996 qui a empêché le développement du pays, la population a décidé de travailler pour un nouveau départ. Les femmes ne sont pas restées en marge du processus.

En 2003, une centaine de femmes se mobilise pour mener des Actions pour la Promotion de l’Enfant et de la Femme. L’initiative aboutit à la création de l’association APEF. Depuis, elles réfléchissent sur des activités à mener solidairement pour participer au développement de leur communauté. Elles ont utilisé comme ressources leur force et leurs savoirs. Les femmes qui possédaient des parcelles de terre ont invité d’autres à les cultiver ensemble. Grâce à l’argent qu’elles ont gagné elles ont acheté des chèvres et des porcs pour un élevage rotatif. A la mise bas, les porcins sont partagés entre elles, l’objectif étant de permettre à toutes de mener une activité. Elles font attention aux plus démunies d’entre elles.

L’initiative louable a poussé l’autorité locale MWAMI NALUHWINDJA CIBWIRE Tony à leur accorder un champ pour les activités rurales. Pour les encourager il leur disait : « notre Chefferie a besoin de la force de chacun pour se développer. »

En 2017, ces femmes ont tourné leur regard vers les autres de la communauté, meurtries par la misère et des violences diverses. Surtout vers celles qui ont été abandonnées par leurs maris partis chercher la vie loin sans revenir depuis plusieurs années.

Ces mamans ont entre 4 et 10 enfants, et pour les nourrir elles travaillaient dans les carrés miniers. Certaines sont tombées dans le piège de la prostitution. Grâce à l’appui de la Fondation Panzi du Dr Denis MUKWEGE elles ont toutes suivi des formations dans différents métiers.

Nsimire Zihindula, une femme de 30 ans ayant abandonné les mines explique comment elle gagne sa vie à travers la formation qu’elle a suivie en vannerie: « le plus souvent ce sont des commandes que les gens font. Je vends en moyenne un panier à 4.500 FC. L’argent me permet d’assumer les dépenses de ma famille. Avant je cultivais pour les gens et gagnais très peu. Je ne pouvais pas me reposer. Des fois quand j’étais malade je ne pouvais pas cultiver et mes enfants ne mangeaient pas.

Cette formation a apporté un soulagement dans ma vie. Je fais l’alternance des travaux de champs avec ceux de confection des paniers. Je gagne l’argent aussi à partir de la culture des choux et des amarantes. J’ai acquis un savoir qui reste en moi. J’en suis très fière et j’ai commencé à l’apprendre à mes enfants. »

« Le savoir est le meilleur héritage qu’un parent puisse transmettre à ses enfants. Tant qu’une femme aura de quoi transmettre à ses enfants, elle aura de la valeur ».

Le dimanche 25 mars ces femmes se sont rassemblées pour réfléchir sur ce qui fait leur fierté. Maman NGWASI, présidente du groupe disait : « la magie d’une femme se trouve entre ses mains. Elle cultive avec elles pour nourrir ses enfants. Lorsque la famille s’épanouit elle a de quoi être fière. Une journée ne peut pas suffire pour honorer cette valeur de la femme. Cet honneur se vit chaque fois que nous faisons quelque chose de bien pour nos familles ».

Maman Valentine a expliqué sa victoire face à une solitude de 14 ans : « mon mari est parti il y a 14 ans. J’ai élevé mes enfants seule grâce aux travaux des champs. C’est pour moi un grand succès. Aujourd’hui mon mari est revenu et m’a retrouvée avec mes enfants. Nous avons fêté et la vie continue, nous nous soutenons ».

Lorsque les autres femmes ont entendu ce retour toute l’assemblée s’est levée pour danser. Chacune s’est sentie soulagée et victorieuse face aux souffrances qu’elles endurent.

Chaque année des institutions dépensent des millions de dollars pour fêter la journée des droits de la femme. Cet argent n’atteint pas beaucoup les femmes des villages qui se battent quotidiennement contre l’injustice, le mépris et l’exclusion.

Celles de Luhwindja n’ont pas acheté de pagnes pour marcher dans la rue, elles n’ont demandé à personne d’acheter à manger ou à boire pour elles. Elles ont réfléchi ensemble sur la dignité, l’honneur et la fierté.

Pour moi le 8 mars ne peut être la journée de la femme, mais celle commémorant le respect pour le courage de la femme à travailler dans les mines pour épargner à sa famille l’humiliation, malgré tout ce qu’elle doit endurer; pour son honneur à apprendre un métier et le transmettre à son enfant comme héritage; pour mettre fin à toute violence y compris celle qui minimise sa valeur.

C’est une occasion de s’arrêter un moment pour méditer et comprendre la magie qu’il y a dans les mains, les têtes et les cœurs de femmes qui permettent à leurs familles de vivre dignement.

Le Prix Nobel du Dr DENIS MUKWEGE qui les a soutenues nous invite à y réfléchir.