Hommage aux héros méconnus de Newham

Mis en avant

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Par Martin Spafford

Royaume-Uni

Le rythme et l’ivresse du pouvoir, la frénésie du développement urbain, l’opulence évidente de vastes quartiers de la ville : voilà ce qui peut inspirer une idée tout à fait erronée de Londres et de ses inégalités profondes. Certains secteurs de l’est et du sud londoniens restent aussi isolés et éloignés de la prospérité que bien des villes du nord de l’Angleterre. Selon l’État, sept des dix tutelles administratives les plus insuffisantes en matière de protection de la vieillesse se trouvent à Londres, ainsi que huit des dix les plus insuffisantes en matière de protection de l’enfance. Dans ces domaines, Newham se classe respectivement troisième et septième. Il faut plus de temps pour faire les 21 kilomètres entre Chelsea et Beckton par métro puis par train qu’il n’en faut pour couvrir les 195 kilomètres qui séparent Londres de la ville de Birmingham.

C’est ce qui fait du centre d’éducation Beckton Globe un endroit idéal pour accueillir « Journey to Justice » [le Voyage vers la Justice]. Le centre est situé au cœur d’un quartier ouvrier, dans la partie la plus pauvre d’un district qui partage avec Sunderland l’histoire classique de docks désertés et d’industries qui s’effondrent, avec le sentiment d’être laissés complètement sur la touche. La conséquence, c’est qu’à Beckton, les plus pauvres sont confrontés sur le pas de leur porte à une opulence ostentatoire, à mesure que des immeubles de luxe surgissent au milieu des anciennes zones industrielles abandonnées. Quoi qu’il en soit, jouxtant un immense supermarché ASDA et une école secondaire en pleine croissance, le Globe, vibrant d’activité, jouit d’une atmosphère accueillante et chaleureuse.

Deux jours avant le lancement, l’exposition « Journey to Justice », était livrée à toutes les intempéries. L’essentiel du contenu de l’exposition, bloqué à Newcastle, à cause de la neige, ne pouvait être acheminé, le chauffage de la halle des sports du centre ne fonctionnait plus, et la principale oratrice, notre mécène Leyla Hussein, était bloquée aux États-Unis, tous les vols en direction du Royaume-Uni étant annulés. Mais nous nous étions tous tant investis dans la programmation d’événements exceptionnels que rien n’allait pouvoir nous arrêter.

Alors que nous nous installions, entourés par des élèves concentrés sur leur tâche, des familles arrivaient pour une projection cinématographique et des chœurs répétaient dans les salles d’à côté. Nous savions que la totalité des 120 places de devant avait été réservée et que d’autres personnes avaient aussi annoncé leur venue. Mais la neige et la pluie ne finiraient-elles pas par avoir raison du public ? Hé bien, quand les jeunes cheffes de chœur de Newham, Amina et Itoya, lancèrent les festivités en entonnant avec nous « Oh Freedom », la salle était comble au point que la grande équipe des volontaires londoniens de « Journey to Justice », et quelques retardataires, furent obligés de rester debout. Nous avons compté 143 personnes ! Naomi Scarlett, une chanteuse et DJ de la région qui animait la soirée, a ensuite lancé le mouvement. Plusieurs discours de militants de Newham se sont enchaînés, notamment celui d’Amina Gichinga, sur la manière dont les syndicats de Renters s’organisaient pour soutenir les gens pour trouver un logement privé. Il n’y a peut-être pas de question plus pressante que celle du logement.

Ensuite, un vrai moment d’émotion : un film ITV de 1996, réalisé par une élève de sixième, Shamima Patel, avec l’aide de sa classe qui a milité avec succès pour empêcher l’expulsion de sa camarade d’Angola, suivi par la chanson des Forest Voices composée pour leur rendre hommage, « Let Natasha Stay ». Maria Xavier, une travailleuse sociale de Newham, a ensuite raconté l’histoire de son père Asquith, un cheminot qui a réussi par ses propres moyens à lutter contre le « bar pour Blancs » de la gare d’Euston. A la fin de son histoire, le talentueux chœur de jeunes NewYVC a chanté « Lineage » et la chanson tanzanienne « Imbakwa » (Le Chant venu du coeur), avant de laisser la place à Solid Harmony, un chœur basé au lycée de Newham, qui a chanté « Justice for All », composée pour l’occasion.

Ensuite, une autre militante, Halima Hamid, a fait un discours courageux et sans détour à propos de son organisation « Health is Wealth » (La Santé est un Trésor), qui traite les problèmes de santé mentale à l’échelle locale. Le musicien bengali de renommée internationale, Gouri Choudhury, lui a succédé pour nous apprendre à chanter « Jodi tor dak shune ». Après cela, j’ai présenté les histoires locales de notre exposition, qui montrent que ce sont des militants enracinés et oubliés depuis, qui à Newham ont été les premiers à remporter des victoires essentielles pour toute la population du Royaume-Uni : l’assistance juridique gratuite, la sécurité des grands ensembles, la lutte contre le racisme policier et la protection des femmes souffrant de difficultés d’apprentissage et de violences domestiques. Goga Khan a pris la suite : le plus jeune des « 8 de Newham », dont l’affaire a marqué un tournant des années 1980, quand des centaines d’élèves se sont mis en grève à Newham, a raconté son histoire et a médité sur son importance, tout en remerciant le député Steven Timms, assis au premier rang, pour son soutien à l’époque. Alors que Goga parlait, j’ai observé l’assistance, dans toute sa diversité, avec ces jeunes gens de couleur désormais en mesure de profiter pleinement de la bibliothèque, et je me suis souvenu que c’était précisément dans ce quartier que jadis, les jeunes Noirs et les jeunes Asiatiques ne mettaient pas les pieds, de peur d’être pris pour cible. Des affaires comme celles de « 8 de Newham » ont permis de faire changer les choses.

Mais la communauté affronte désormais d’autres menaces. Nous avons pris part à une performance musicale profondément émouvante des chanteurs d’ASTA, un groupe d’habitants des Royal Docks, communauté ignorée de tous alors qu’elle est victime d’une véritable épidémie de violence meurtrière au sein de sa jeunesse. Les habitants, jeunes et plus âgés, ont chanté ensemble leur propre création, « We Have a Voice » (nous avons une voix). Ensuite, la soirée s’est terminée sur une interprétation exquise de la « Mighty River » de Mari J. Blige par Solid Harmony, dédiée par le chœur à la Tamise.

Nous avions pensé que les conditions climatiques et l’absence du contenu central de notre exposition ne donneraient pas à grand monde l’envie de s’attarder. En réalité, après que le député et Peter Mawengi, un jeune qui participe aux NewYVC, ont coupé le ruban, les gens sont restés un long moment. L’une des conséquences inattendues de l’absence de notre contenu central, consacré à la lutte pour les droits civiques aux États-Unis, a été que les gens se sont vraiment concentrés sur les histoires locales des Plainstow Land Grabbers, du Centre Stardust pour la Jeunesse Asiatique, des Révolutionnaires contre la Violence Domestique [Domestic Violence Revolutionaries], de l’Avocat des Pauvres [Poor Man’s Lawyer], de la campagne pour la sécurité à Ronan Point, de la lutte d’Asquith Xavier contre British Railways et des grèves étudiantes en soutien aux « 8 de Newham ».

Notre exposition est arrivée cinq jours plus tard, lors de la Journée Mondiale de la Femme, et s’est ouverte au public le 30 avril.

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L’attitude qui peut changer la vie

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photo habarirdc.net

Saleh Kazige

Bukavu, République Démocratique du Congo

Emmanuel vit avec Wivine et Pasi, ses deux sœurs, Elie, son frère, et leur mère, dans un quartier nommé Kalengera. C’est un quartier situé au bord du lac Kivu, réputé pour son énorme quantité de gaz méthane. Il contient aussi beaucoup de poissons. Enfants, nous nagions au large…

Mon ami Emmanuel y travaille depuis qu’il a 12 ans. Il faisait partie des enfants qui ne dorment pas la nuit parce qu’ils travaillent avec les pêcheurs. Leur rôle consiste à retirer les fretins restants des mailles du filet pour recevoir une somme d’argent ou une quantité de fretins à revendre. Aujourd’hui encore, en 2017, il fait ce même travail.

Au mois de mai, lors des préparatifs de la célébration de la Journée internationale de l’enfant africain, notre groupe de la Dynamique jeunesse d’ATD Quart Monde a décidé de visiter ces enfants et jeunes qui travaillent au lac.

Anne, une animatrice du groupe Tapori, et moi-même, avons rencontré Emmanuel pour préparer ensemble un échange avec les enfants. Nous avons noté tout ce qu’il disait. A la fin, il nous a demandé pourquoi on écrivait et on lui a répondu que ce qu’il disait était important. Il nous a expliqué comment il est méprisé par d’autres jeunes. « C’est malheureux quand tu te réveilles le matin et tu vois d’autres jeunes aller à l’école alors que toi, tu te poses encore la question : que dois-je faire pour trouver de quoi nourrir ma famille ? Si je ne travaille pas dur, ma famille peut mourir de faim. Je n’ai pas le temps de sortir comme d’autres jeunes. Si les jeunes m’approchent comme vous, alors ils peuvent comprendre le prix de ce que je sacrifie pour que ma famille vive. » J’ai été touché par ses mots qui m’ont fait changer le regard sur les jeunes qui font ce travail.

J’ai réfléchi à cela et j’ai compris que tous les jeunes n’ont pas les mêmes chances. Certains commencent « en haut de la montagne », dans une bonne famille, ils sont acceptés dans la société et vivent dans un monde qui facilite l’épanouissement, l’ouverture ; d’autres naissent « dans la vallée », leur famille connaît la pauvreté, ils font l’expérience du rejet et doivent se battre au prix de leur sueur pour s’en sortir. Mais nous avons tous reçu quelque chose : l’intelligence et la valeur humaine qui constituent la dignité de chacun. Chacun a besoin d’être accepté, de trouver sa place pour se faire valoir.

Emmanuel n’a pas beaucoup d’amis. Beaucoup de jeunes de mon âge supposent que le travail qu’il fait est réservé à ceux dont les parents m’ont pas les moyens de les envoyer à l’école. D’autres disent qu’ils ne peuvent pas approcher un jeune qui a parfois l’odeur des poissons. Cela le met toujours dans la peur d’aller vers les autres. Pourtant mon expérience dans notre groupe de jeunes montre qu’on est véritablement homme quand on peut écouter les autres et être écouté. Quand on peut respecter les autres et être respecté. Quand on a le courage d’affronter le plus difficile pour gagner sa vie et aider sa famille.

J’ai fait l’effort d’aller le voir souvent avec d’autres amis de mon groupe et Emmanuel a trouvé que certains jeunes accordent de la valeur au travail qu’il fait et à son courage. Cela le rend fier. Aujourd’hui il étale sa marchandise et circule quand il le faut dans tout le quartier pour trouver des clients.

Les pauvres n’attendent pas beaucoup de nous. Notre présence leur suffit pour relever la tête et devenir acteur. Un simple geste de dédain, de mépris peut anéantir une personne. Notre attitude, notre comportement de jeunes peut changer toute une vie. Cela commence par considérer chaque personne et le respecter.

Emmanuel m’a appris cela.

Pour que le monde que l’on souhaite ne soit pas qu’un rêve …

une exposition de peintures réalisées par des jeunes de la Nouvelle Orléans, dénonçant le relogement loin de leur quartier d'origine après l'ouragan Katrina en  2005

une exposition de peintures réalisées par des jeunes de la Nouvelle Orléans, dénonçant le relogement loin de leur quartier d’origine après l’ouragan Katrina en 2005

Maria Victoire,

Nouvelle-Orléans

Les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) n’auront pas atteint leur but initial d’éliminer la pauvreté de 50% en 2015. Les Objectifs pour le Développement Durable (ODD)  qui prendront la relève pour 2015 -2030 pour tenter de mettre à fin à la pauvreté, y parviendront-ils ?

Le monde se rappelle du lancement des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) en l’an 2000 par les Nations Unies. Et bien des peuples dans le monde ont vibré d’un grand espoir de voir que la pauvreté allait enfin être réduite à 50 %.

L’attente était grande et certaines institutions dont ATD Quart Monde ont critiqué cet objectif de 50 %, en disant qu’il laissait de côté toute une partie des personnes les plus pauvres. ATD a même lancé une évaluation de ces objectifs avec les personnes même vivant dans des conditions de pauvreté, pour réfléchir à un développement durable qui n’exclut personne.

Les huit Objectifs du Millénaire pour le Développement proclamés par les Nations Unies et ses partenaires de réduire la pauvreté de 50% en l’an 2015 n’ont pas été atteints, un milliard d’individus vivent  toujours avec moins de 1,25 dollar par jour, le seuil d’extrême pauvreté. Si  le nombre de personnes extrêmement pauvres a baissé en beaucoup d’endroits, en Afrique, il a augmenté. Ce chiffre a même doublé, passant de 210 millions en 1981 à 415 millions en 2011 (sources : observatoire des inégalités).

Qu’est-ce qui n’a pas bien fonctionné ?

Beaucoup ont constaté que parmi les Objectifs, les droits de l’homme n’ont pas été mentionnés ni pris en compte. Il est sûr que pour les personnes qui vivent en situation d’extrême pauvreté, les droits de l’homme sont loin d’être une réalité.

Que ce soit à Bouaké, en Côte d’Ivoire ou à la Nouvelle Orléans aux États-Unis ou dans d’autres pays, les familles vivant dans l’extrême pauvreté luttent toujours  pour avoir le droit à la santé, à une bonne éducation pour leurs enfants, à un bon travail qui rapporte assez pour nourrir leur famille, un logement décent ou encore le droit à la culture et aux loisirs, aux vacances.

Une maman de la Nouvelle Orléans disait « On dit qu’il y a du changement au niveau de la santé mais lorsque l’on va aux urgences, on attend toujours dix heures pour avoir les premiers soins. Et encore on te prescrit les médicaments que tu ne peux même pas payer.» Un père de famille, allant chercher ses médicaments à la pharmacie, fou de rage disait tout haut « Comment je vais payer mes médicaments pour mon hypertension ? ça coûte 67 dollars, je n’ai pas l’argent pour payer. »

Dans un hôpital en Afrique de l’Ouest, une jeune maman était admise à l’hôpital en urgence et lorsque les infirmières ont demandé à son mari de payer pour les analyses et d’acheter les gants et les seringues pour que sa femme puisse être soignée, ce dernier leur a répondu qu’il n’avait pas l’argent nécessaire. On l’a renvoyé lui et sa femme à la maison en disant, « lorsque vous aurez l’argent on pourra soigner votre femme. »

Certaines personnes atteintes du VIH et qui ont déjà bénéficié de trois mois d’aide alimentaire pleurent pour pouvoir revenir sur le programme car elles dépendent de celle-ci pour nourrir leur famille. Certains doivent mentir pour bénéficier de ces aides.

On peut parler longuement sur le droit à la santé, le droit au logement décent et d’autres droits. Au nom du développement durable, les investisseurs, les États acculent les familles très pauvres dans des zones de pauvreté où il n’y a aucun investissement, où l’école est loin, où les commerces et les services ne sont pas accessibles. A croire que les très pauvres sont des nuisances à la société. Les droits des plus pauvres sont de plus en plus bafoués.

Le comble c’est que certaines institutions d’aide aux plus pauvres ferment leurs portes faute de fonds pour soutenir leurs programmes. C’est un choc de voir les petites organisations qui faisaient leur travail avec les moyens du bord fermant leurs portes pour des raisons de non renouvellement de leur subvention.

Les Nations Unies et une centaine de partenaires ont lancé une enquête sur internet « My World » ; ils invitent tout le monde à voter six priorités pour le prochain agenda mondial pour le développement durable, « le Monde que nous voulons voir » et engager la société Civile à participer aux choix des objectifs.

A nous de proposer de nouvelles priorités qui prennent réellement en compte la voix et l’expérience des plus pauvres, qui nous disent qu’un monde meilleur n’est possible qu’en permettant la participation réelle de tous, en garantissant les mêmes droits pour tous.

Tant que les très pauvres sont laissés derrière et que les droits de l’homme ne sont pas pris en compte, aucun objectif ne sera mesurable et réalisable. Bien sûr les plus dynamiques en bénéficieront, mais il faut voir plus loin et faire en sorte que les droits de l’homme et les familles vivant dans l’extrême pauvreté soient respectés dans les Objectifs pour le Développement Durable.

Rendez-vous en Septembre 2015 pour le lancement des ODD.

La géographie de l’échec scolaire

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Pascal Percq, France

 

« Le jour de la rentrée, les enfants sont beaux. Les parents se sont ingéniés à les habiller de neuf pour dire tout l’espoir qu’ils mettent dans une nouvelle année qui commence » écrit Martine, militante en Normandie. Ce jour « heureux » de la rentrée est souvent suivi hélas de grandes désillusions.

En France, cette année, deux accrocs importants marquent cette rentrée scolaire : la réforme des rythmes scolaires et l’accueil de tous les enfants. Sur les rythmes scolaires : thème polémique, on observe deux aspects, l’un, positif qui favorise l’accès à certaines pratiques pour des enfants de familles à faibles ressources et l’autre, négatif, qui accentue les inégalités d’une commune à l’autre. Sur la scolarisation de tous les enfants, on constate que le consensus national sur « l’école pour tous avant 16 ans » est largement entamé par le sort fait aux enfants Roms dont plus de la moitié ne sont pas scolarisés souvent en raison d’obstacles placés par les maires sur le chemin de l’école, dissuadant les parents de pouvoir les y inscrire.

Revenons sur les inégalités permanentes.

Dans une récente étude publiée cet été, le Ministère de l’Éducation nationale dresse une « géographie de l’école » qui souligne le lien entre les territoires et le niveau de formation 1. Celui-ci n’est pas sans rapport entre l’élève et son environnement plus ou moins propice à la réussite scolaire. L’étude prend en compte quatre indicateurs : l’environnement économique et social, le contexte scolaire, les moyens et les ressources humaines, les parcours scolaires et les résultats. Affinée au niveau cantonal, l’analyse porte sur sept autres variables de conditions de vie : le niveau du revenu, le taux de chômage, la précarité de l’emploi, le niveau de diplôme des parents, le taux de familles monoparentales et de familles nombreuses ainsi que les conditions de logement.

Le résultat est impressionnant. Alors que les détracteurs de la réforme des rythmes scolaires critiquent des inégalités dans les activités périscolaires laissées à la charge des communes, la lecture de cette étude confirme que de multiples inégalités à l’école existaient déjà, illustrées au niveau de la trentaine d’académies, des régions, des départements ou des cantons. Tous les élèves n’ont pas les mêmes probabilités de décrocher leur bac, ou de se retrouver en échec scolaire, suivant leur lieu d’habitation, leur milieu socio-économique et leur structure familiale.

On apprend par exemple que la proportion d’élèves en retard à l’entrée en sixième s’échelonne entre 8 % et 47 % (la Guyane). Dans les académies de Grenoble et de Besançon, elle est en moyenne inférieure à 10,5 %. Dans celles d’Amiens et de Reims, elle se situe entre 12 % et 15 % et. Le risque de terminer sa scolarité sans aucun diplôme varie du simple au triple. À Paris, environ 5 % des jeunes de 18 à 24 ans ont terminé leur cursus sans diplôme en 2010. En Corse, ils sont plus de 15 %. Le taux de réussite au bac est inférieur à 90 % dans l’académie d’Amiens et d’Aix-Marseille, supérieur à 93 % dans celle de Grenoble. Plus des trois quarts des nouveaux bacheliers s’inscrivent dans l’enseignement supérieur à Paris et Versailles, moins de 65 % à Grenoble, Nantes, Poitiers.

Cette étude du ministère, bien comprise, ne doit pas être considérée comme les « zones à éviter » (sic !) mais au contraire comme une « feuille de route » pour tous les acteurs de l’éducation. Et parmi ceux-ci on n’oubliera pas d’inclure ni les élèves, ni les parents y compris ceux des milieux défavorisés. C’est avec eux que pourra être imaginée cette « école de la réussite de tous les enfants ».

Cette carte de l’échec scolaire est en quelque sorte l’aveu de faiblesse d’un système scolaire en cours de rénovation mais aussi la carte des défis à relever par tous les acteurs de l’école, qu’ils soient enseignants, responsables politiques, locaux ou nationaux. On rêve d’une prochaine livraison du même Ministère qui nous donnerait à voir la carte des réussites scolaires et pédagogiques dans le pays, car elles existent !

 

 

L’angle mort de la pauvreté à l’Ile Maurice

Le travail inlassable de la conscientisation pour la lutte contre la pauvreté dans les sociétés du monde est immense mais certains citoyens ne trouvent dans cette lutte qu’un vain mot, qu’une vaine lutte. L’angle mort de la pauvreté est hallucinant lorsque certains citoyens à l’ile Maurice disent, «A Maurice il n’y a plus de pauvres ! ».

L’Ile  Maurice est devenue un paradis pour certains citoyens mauriciens. Un commerçant de la ville dit :  « Il y a du travail pour tous ici. Il y a  même des étrangers qui viennent chercher du travail et ils travaillent deux fois plus que les mauriciens. Les mauriciens sont devenus des paresseux.». Je me demande comment réagir .

Certains disent « Moi, je ne regarde plus les programmes autour de la pauvreté « A nou bouzé » (Bougeons nous contre la pauvreté) car c’est trop dur; il y a trop de pauvres et de souffrances. Je ne peux plus regarder ces émissions. Ca nous démoralise ! Certaines personnes veulent rester ainsi. Ils attendent tout du gouvernement et des autres qui travaillent.»

Deux réflexions qui amènent à penser qu’il faut éduquer les pauvres à prendre leurs responsabilités et aller travailler

Certains croient que les pauvres sont « confortables » dans leur misère et dans leur souffrance. Qui les voit comme des  êtres humains qui n’ont pas eu la chance de vivre en famille, avec des moyens décents, acculés d’habiter dans des taudis ; des enfants qui n’ont pas eu la chance d’avoir un bon niveau d’éducation, de génération en génération ?

Les pauvres « survivent » à l’Ile Maurice, certains travaillent pour un salaire déplorable.

Un homme d’affaire témoigne, «  Moi, je voudrais bien aider, je fais tout pour aider les pauvres, mais ils ne veulent pas sortir de leur misère. J’ai pris un homme de la rue chez moi. Je lui ai dit «  le seul travail que tu feras pour moi c’est de donner un bain à mon chien une fois par semaine, tu nettoies ma cour et je te donne 100 roupies par semaine, tu seras nourri et blanchi.» Mais tu sais ce qu’il a fait ? Il m’a volé et il est parti sans laisser de trace. Je ne l’ai plus revu ; comment veux-tu que je sympathise avec les pauvres. Ils ne veulent pas travailler ! ».

En fait, il faut chercher à comprendre si c’est un vrai travail que le type a eu et pourquoi il a volé pour ensuite quitter le soi-disant confort que le patron lui a fait croire. Si on calcule bien, le minimum vital à l’ile Maurice est de 10 000 roupies par mois pour une famille de trois et si on multiplie par 4 les 100 roupies, ça fait  400 par mois. On ne peut vivre avec ça, même si la personne est « nourrie et blanchie ».

Le taux de chômage enregistré dans le pays s’élevait à 7,8% au troisième trimestre de 2013 ; une majorité des chômeurs n’a pas le Certificat d’Etude Primaire (CPE). Et pourtant  Le pays prévoit un taux de croissance économique   de 3,7 % en 2014

Si le peuple mauricien ne regarde pas l’angle mort de la croissance de la pauvreté à Maurice, ils blâmeront toujours les pauvres pour être paresseux et ne verront pas l’injustice causée par ceux qui ont le pouvoir de dominer. Dans l’éradication de la pauvreté, nous sommes tous concernés qu’on le veuille ou pas. C’est l’affaire de tous les citoyens mauriciens afin de pousser nos gouvernements, nos institutions à définir des politiques ambitieuses pour son éradication à tous les niveaux (économique, culturel, social, politique, environnemental) ; et cela au niveau local, national et international pareillement.

Maria Victoire – Port Louis – Ile Maurice