Exclusion ou inclusion numérique ?

ordinateur dessin pour blogPeut-on vivre sans internet ? Oui bien sûr ! Volontairement ou … malgré soi ? Le numérique améliore-t-il les relations entre les personnes ou, a contrario, n’est-il pas un facteur supplémentaire d’exclusion?

Aujourd’hui, l’ordinateur est devenu un outil incontournable de la vie sociale, pour l’emploi, la formation ou l’accès à des services essentiels.

Cependant, si ces technologies ont permis un développement sans précédent en matière d’information, d’expression et même de revendication, de fortes inégalités à l‘accès aux outils numériques se font encore cruellement ressentir. Cette «fracture numérique» renforce l’exclusion des personnes en grande précarité, alors même que les démarches administratives qui les concernent (revenu de solidarité active, allocation logement) sont de plus en plus informatisées.

Au nom d’une simplification, on complique pour certains les démarches administratives. Le choix d’une administration « dématérialisée » n’est-il pas avant tout celui d’une administration « déshumanisée » sans interlocuteur devant soi ?

Ecrire et lire sur Internet – comme par exemple sur ce blog – est devenu un geste courant pour beaucoup d’entre nous. Pas pour tous, nous ne l’oublions pas.

L’accès à internet (le coût de l’abonnement) même avec un tarif dit « social » (lorsqu’il existe) reste un des premiers obstacles : la « fracture » est d’abord une « facture » ! D’autres fractures sont de différentes natures, tant psychologiques que matérielles.

A la suite d’une action de formation aux Technologies d’Information et de Communication (TIC) dans le Nord de la France, dans le cadre d’un programme « d’inclusion numérique et citoyenne », des  militants issus du monde de la grande pauvreté ont indiqué ce qui a pu freiner, voire empêcher l’utilisation de ces outils.

- 30 % ont déclaré qu’ils avaient ressenti de la peur ;

- 25% ont rencontré des difficultés matérielles ;

- 15% ont souffert de problèmes de santé ;

- 5% étaient concernés par l’analphabétisme ;

- 25% ont évoqué l’âge et les difficultés de mémorisation, etc.

 

« Je ne sais pas utiliser l’ordinateur, car je ne sais pas lire ni écrire. Mes enfants savent s’en servir, donc je leur demande beaucoup, pour les papiers… Je n’ai jamais fait de formation informatique, je ne pourrais pas. Mais je suis venu à la formation vidéo. C’était bien, j’apprends des choses. »

« Avec cette formation, je me guéris de la peur concernant cet appareil, qui me semblait réservé à des personnes très douées ! »

« Mon obstacle principal c’est que je ne pratique pas, comme je suis demandeuse d’emploi et je touche que 400 euros par mois, je ne peux pas me permettre d’aller dans des endroits payants. »

 

Le programme de formation a duré 18 mois et a nécessité plusieurs formateurs pour six groupes locaux. Au terme de cette formation, presque tous utilisent maintenant avec aisance l’ordinateur et surfent sur la toile. Plusieurs « blogs » collectifs ont ainsi été créés.

Les intérêts sont à la fois individuels et collectifs :

« Ce qui m’intéressait avec internet, c’est être au contact de mes enfants qui sont loin… Et puis, j’ai un frère que j’ai perdu de vue depuis 20 ans. Je l’ai retrouvé pendant ces ateliers informatiques. J’ai cherché sur les pages jaunes son adresse car je me souvenais du village où il habitait. »

«Avant je faisais mes démarches administratives à la main, et maintenant grâce à la formation, je fais le chômage, la CAF (ndlr : caisse d’allocations familiales) et la Poste sur internet. »

« Quand je suis confronté à une question juridique avec une famille pour un droit qui n’est pas bien appliqué, que je veux me rappeler d’une loi, je vais sur le site du gouvernement, ou si j’ai besoin d’un dossier DALO (ndlr. Droit au Logement Opposable) en urgence, je l’imprime chez moi, c’est vrai que ça facilite beaucoup de choses.»

« J’ai appris à faire une boite mail, à souligner, à mettre en gras à chercher des images pour le CV, à mettre en gras, à chercher la photo dans un autre dossier… » L’intérêt est aussi collectif : « Jusqu’à maintenant, on écrivait peu les comptes rendus, maintenant, je vais pouvoir les envoyer. »

«C’est l’occasion de correspondre avec des gens, notamment pour mes activités associatives, mais du point de vue administratif, je garde la manière traditionnelle, je n’ai pas trop confiance en internet là-dessus. Les erreurs, tu ne peux plus les rattraper après, et les preuves n’existent pas, donc j’ai toujours eu des doutes, et des peurs de me faire piéger, qu’on prenne mon identité, et qu’on fasse des choses à ma place. »

 

De plus, grâce à la formation vidéo, des supports de présentation et communication sous format numérique sont en projet ou en construction dans certains groupes

.

« Mon projet, c’est de faire le rapport d’activité en vidéo. C’est vrai que quand tu regardes un clip, cela soulève plein de questions. Ça veut dire qu’une personne qui sait pas lire et écrire, elle regarde une vidéo, elle va comprendre. C’est moins intéressant de lire quatre pages, c’est mieux de faire une vidéo de 6 minutes qui dit la même chose. »

Pour conclure, René fait cette confidence : « moi, le moment que je préfère, c’est tous les quinze jours quand on se retrouve ensemble pour écrire notre page sur notre blog. »

 

Internet, ça peut être aussi convivial !

 

Pascal Percq – France

Une réflexion au sujet de « Exclusion ou inclusion numérique ? »

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