Pauvreté et égalité des chances ?

William Julius Wilson, professeur émérite de l’Université Harvard à Boston (USA), participait, récemment, à la tournée d’un livre qui relate la persistance de l’extrême pauvreté à La Nouvelle Orléans[1], aujourd’hui encore, après le passage en 2005 de l’ouragan Katrina et la reconstruction de la ville. Il s’adressait à une foule d’académiciens, d’étudiants et d’organisations non-gouvernementales sur le sujet de l’extrême pauvreté et de l’égalité des chances. Dans son intervention, il cita le philosophe, James Fishin (1983) : « Selon le principe de « L’égalité des chances », un individu né d’une famille pauvre, de par sa condition de pauvreté, sa race, son sexe, aura moins de chance de réussir dans la vie et de développer ses talents comparé à  ceux qui sont privilégiés ».

On ne peut que constater la véracité de la déclaration quand on sait ce que vivent, par exemple, Lil’ Mike, 20 ans,  Darrell 21 ans, ou  Prentiss 20 ans, nés de familles pauvres à la Nouvelle Orléans. Ils ont quitté l’école trop tôt, en grande partie à cause de leur extrême  pauvreté. La misère a volé leur jeunesse. Travailler dans des restaurants « fastfood » ou autres, faire le nettoyage des hôtels, ramasser les ordures etc…, demandent un minimum de lecture et d’écriture maintenant. Pour travailler dans un super marché, apprendre à cuisiner, il faut savoir lire, écrire et compter. Comme ils ont beaucoup manqué l’école, ils ne savent pas, et d’eux-mêmes ils s’excluent du monde du travail. Ils n’osent même pas aller en chercher ou faire une demande d’emploi de peur qu’on leur demande d’écrire ou de compter. Dès le départ ils se sentent vaincus. Darell, 20 ans, depuis l’ouragan Katrina, s’enferme de  plus en plus chez lui. Comme si la vie pour lui s’était éteinte. L’inactivité les renferme de plus en plus dans leur pauvreté. Pour survivre, ils doivent prouver qu’ils sont handicapés afin d’avoir droit au moins à une allocation et aux soins médicaux.

Autre conséquence : suite au bouleversement économique que le monde connaît aujourd’hui, les petits travaux, qui autrefois étaient attribués aux très pauvres, sont pris maintenant par les ouvriers. Car ces derniers se retrouvent à la rue, sans emploi garanti et prennent ce qu’ils trouvent.

Ces  jeunes, dans 10 ans ou 20 ans, finiront peut-être comme Mr. Paul : ramasser tous les jours des canettes de bières, de Coca-Cola, et autres soda pour survivre. Mr. Paul disait « Il me faut une journée pour pouvoir ramasser 20 livres [10 kilo] de canettes – 1demi kilo coûte $0.60 et pour pouvoir payer mon électricité il me faut 100 livres [50 Kilo]. À ce moment tu les emmènes là où ils prennent les canettes. Si je ne peux pas faire les 100 livres dans le mois je ne peux pas payer mon électricité. C’est juste pour payer mes dettes.  Je ne parle pas de nourriture et je ne reçois pas de « foodstamps » [bon pour nourriture].  J’essaye de tenir debout. »

Pour combler le fossé qui se creuse de plus en plus entre les pauvres, les ouvriers, la classe moyenne et les riches, le Professeur Wilson insiste sur la nécessité d’un fort engagement des organisations sociales, économiques, culturelles etc… au sein des quartiers pauvres, (Eglises, école, organisations politiques, entreprises, clubs …).  Un véritable partenariat entre tous pour un monde sans exclusion, n’est-ce pas le projet de société auquel nous devrions aspirer ?

Maria Victoire – New Orleans (USA)


[1] « Not Meant To Live Like This : Weathering the Storm of our  lives in New Orleans » (« Nous ne sommes pas fait pour vivre ainsi : Contre vents et marées, nos vies à la Nouvelle Orléans »). ATD Fourth World Publications 2012

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