Le jour dont je rêve

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Bagunda MUHINDO René

République Démocratique du Congo

La veille de Noël, les jeunes et les enfants de mon village ont veillé jusqu’à minuit à côté d’un feu. Ils ont chanté ensemble des cantiques. Le lendemain, une jeune fille de 21 ans m’a confié: « Le sourire ne signifie pas la même chose pour tout le monde. Pour ceux qui ont des moyens, cela signifie que les enfants ont bien mangé, ils ont trouvé des nouveaux habits, ils ont bu. Mais pour les plus pauvres, le sourire est un masque pour se faire respecter. Même si on n’a pas mangé, il faut faire en sorte que les gens lisent la joie sur nos visages. Si tu fais pitié, on ne te respecte pas .»

Quelques jours après, j’étais à l’hôpital pour une consultation de quelques jours. Le matin, il n’y avait pas beaucoup de visites aux malades. Soudain à 14 heures, apparurent deux enfants. Ils ne portaient pas des chaussures et paraissaient fatigués. Leurs lèvres étaient sèches, comme marquées par la soif. Chacun d’eux avait un plat qui contenait des petits sachets contenant une poudre utilisée pour le traitement traditionnel contre certaines maladies.

Avec l’ami qui était là pour veiller sur moi, nous avons acheté le sachet 100Fc et leur avons dit de garder la monnaie. Nous avons discuté un peu : les enfants venaient de Kabare, un village situé à 12 kms de l’hôpital. Mon voisin de chambre est intervenu avec étonnement :

– On est jeudi aujourd’hui et les cours ont repris lundi, vous n’allez pas à l’école ? Comment êtes-vous arrivés ici ? Vous avez payé une moto ?

Les enfants l’ont regardé avec déception et n’ont pas répondu. En fait, ils avaient circulé toute la journée et n’avaient encore rien vendu jusque-là. Le plus âgé des deux nous a révélé :

– Moi j’ai arrêté l’école parce que ma famille n’avait pas les moyens. Mon frère n’est pas allé à l’école. Notre père fait ce travail et nous le soutenons. A trois on peut espérer gagner un peu plus.

J’ai demandé s’il connaissait le numéro de leur père dans l’espoir de prendre contact avec lui. Les enfants n’ont pas répondu. Voulant leur donner le mien avec un petit mot amical, le plus jeune a répondu avec colère dans un dialecte traditionnel:

– Tu te fatigues pour rien car personne ne va t’appeler, tu perds ton temps.

L’aîné a pris le papier avec un sourire amical pour me rassurer. Je n’ai pas compris pourquoi ma question avait provoqué la colère de l’enfant. Puis j’ai remarqué que nous avions tous des téléphones et avions cherché à en savoir plus sur sa famille et là où ils habitaient. Était-ce pour lui un signe d’humiliation ?

Avant de partir, l’aîné a dit :

– On ne pourra pas t’appeler parce qu’on n’a pas de téléphone dans ma famille ni dans mon quartier. J’étais choqué.

En mémoire du Père Joseph disant : « une nouvelle humanité sans misère verra le jour… », j’ai pensé à toutes les personnes qui ont souri le jour de Noël sans avoir mangé, à tous les enfants qui ont embrassé leurs parents sans avoir eu des nouveaux habits, à tous les enfants qui marchent écouler les marchandises au-delà des kilomètres sans comprendre la langue du milieu et j’ai rêvé un nouveau jour. Un jour où l’informatique et la technologie seront l’affaire de tous, un jour où chaque enfant, chaque personne aura souri pour exprimer la même chose. Un jour où tous les enfants pourront aller à l’école.

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Si tu crois en ce jour, ajoute avec moi : «…puisque nous le voulons. »

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