Placements d’enfants : à qui demander des comptes ?

Il y a 40 ans, Odette, à sa majorité (21 ans) s’est retrouvée, du jour au lendemain, à la rue après avoir été placée en institution pendant 16 ans!

Elle n’avait aucun diplôme, mais savait faire le ménage et… lire la messe! « je n’étais pas préparée à la vie en dehors des murs dans lesquels j’avais grandi et ma vie a été une succession de  galères, je connaissais rien de la vie ».

Il y a 10 ans, Alain a récupéré, en l’espace de 4 ans, chacun de ses 3 enfants placés en famille d’accueil depuis leur petite enfance, au fur et à mesure qu’ils devenaient majeurs. A leur sortie, aucun des enfants n’avait de formation professionnelle et 2 sur 3 ne savaient ni lire ni écrire.  » C’était dur car ils ne me connaissaient pas beaucoup dans la vraie vie de tous les jours. Je n’avais qu’une chambre pour vivre avec eux et même pas de travail. »

Aujourd’hui Colette retrouve son fils. Il a maintenant 18 ans et vivait depuis 12 ans en famille d’accueil. Il est en échec scolaire, n’a aucun diplôme, aucune formation, il est perdu, sans aucun projet. Il n’a qu’un rêve : aller en Amérique. « Avant, je n’étais pas considérée assez bonne pour l’élever mais à sa majorité, tout le monde s’en fout. Ils me disent que lui il veut rentrer à la maison et, comme par hasard, cette fois on l’écoute. Il y a trois ans quand il disait ça, ils savaient bien lui dire non, et à moi aussi »

Combien d’autres enfants, d’autres parents sont dans de telles situations ? De tous ces enfants placés pour « carences éducatives », aucun ne le sont pour maltraitances physiques, viols ou incestes…

Les parents ont été « accompagnés » pendant ces années de placement, certains au rythme d’une rencontre mensuelle avec l’éducateur, d’une rencontre annuelle avec un juge pour enfant… C’est cela la protection de l’enfance? On protège l’enfant de quoi? De qui ? De ses parents jugés incompétents? Ces parents peuvent-ils, à leur tour, demander des comptes aux familles d’accueil, aux éducateurs, aux juges ? Ont-ils le droit de donner un avis sur les résultats éducatifs obtenus ? De quelles carences ces enfants ont-ils souffert au sein de ces institutions, alors qu’ils en sortent sans aucun avenir assuré ? qui peut se permettre de le dire, le dénoncer, oser le dénoncer…

N’aurions-nous pas à apprendre de tous ces parents qui aujourd’hui « récupèrent » leurs enfants jeunes majeurs?

Un grand nombre de travailleurs sociaux, d’éducateurs, de juges, de familles d’accueil… font un excellent travail, personne n’en doute. Mais trop d’enfants et leurs familles passent au travers…

Patricia nous aide à réfléchir  » j’ai récupéré Denis à sa majorité. Je ne le connaissais pas, on ne se connaissait pas, ce n’est pas moi qui l’ai élevé, qui ai fait son éducation. Je le voyais un week-end tous les 15 jours, un peu plus vers la fin, mais il était alors déjà grand. C’était pas facile, il était habitué sans moi. Puis le week-end c’est pas pareil, c’est pas la vraie vie.. Il vivait dans une maison, pas une cage à poule pourrie comme ici. La famille avait une voiture, du travail, ils l’emmenaient en vacances. Pas moi. Il avait de l’argent de poche, moi je n’en ai déjà pas pour moi… On fait grandir nos enfants dans des mondes parallèles au nôtre sans s’occuper des dégâts que ça fera après. J’ai déjà entendu que ce sont aussi le plus souvent nos gamins qui se retrouvent en prison ou dans la rue, et pourtant c’est pas nous qui avons choisi leur éducation. »

A quand une véritable réflexion pour évaluer les modes de placement et ce qui en découle, à quand un véritable état des lieux sur le travail et les moyens mis en oeuvre pour travailler avec les parents des enfants, tout cela bien sûr avec adultes et jeunes concernés « parce qu’ils l’ont vécu ».

Martine LECORRE – Caen (France)

Les amis, voilà un bien précieux !

Une tempête s’est levée et a soufflé dans ma vie. J’ai été assaillie, secouée, traumatisée par une douleur atroce et intense. En l’espace de cinq mois, j’ai perdu trois proches. Cette succession de malheurs, ces pertes d’êtres si chers à mon cœur qui se suivaient et qui étaient les unes aussi terribles que les autres, m’ont brisée et fragilisée. Des douleurs s’ajoutaient sur d’autres que je n’avais pas encore réussi à dépasser. C’était dur !

J’ai perdu mes forces et parfois l’envie d’avancer dans la vie. Je me disais « la vie c’est terrible » ! Pourquoi dois-je continuer si c’est ainsi. J’ai pensé tout laisser pour vivre comme on dit chez moi « au jour le jour », en attendant mon tour. Mais grâce à tous mes amis et à ma famille, ce n’est pas arrivé. J’ai été assistée, soutenue, encouragée  et j’ai pu me remettre debout, accepter, croire et poursuivre la route.

Maintenant que je vais mieux, je réalise quels biens l’amitié et l’amour sont pour les êtres humains. Si j’avais été seule, sans doute je n’aurai plus jamais eu l’occasion d’écrire ces quelques lignes. Alors je pense à tous ceux qui souffrent dans leur corps et au-dedans d’eux et qui n’ont personne sur qui s’appuyer. Je pense à tous ceux qui pleurent seuls, sans personne pour les consoler, je pense à tous ceux que les vents de la vie secouent et qui ne trouvent nulle part où se cramponner, je réalise qu’il est important pour chaque être humain de se sentir aimé et entouré. Je réalise que les plus pauvres, ceux-là qui sont si souvent seuls et sans personne pour leur rendre visite, pour leur sourire, pour leur parler, pour les écouter simplement, ont besoin de chacun de nous. La famille, les amis, voilà des biens qui ne se vendent ni ne s’achètent car leurs valeurs n’ont pas de prix, voilà des biens précieux pour un monde riche de tout son monde !

 

Jeanne Véronique ATSAM  MONENGOMO  – CAMEROUN