Les pauvres ne voteraient pas ou mal ? Faux !

Au lendemain de ce calamiteux scrutin des élections Européennes 2014, voilà revenu le temps des analyses des votes ciblant à nouveau ceux qui n’ont guère la parole : les personnes pauvres. Les commentaires sont accablants. Ce serait : « dans les secteurs les plus défavorisés où se concentrent chômage, précarité, immigration, pauvreté que les partis d’extrême droite font leur meilleur score… » (dixit les médias). Non seulement les pauvres voteraient peu… mais ils voteraient mal.

Qu’ils votent peu n’est sans doute pas inexact. Quand on est dans la survie… la vie électorale peut sembler être un objet lointain. Pour certains, c’est aussi un problème pratique. Comment être inscrit sur une liste électorale si on n’a pas d’adresse ? Comment être informé si on n’a pas d’emploi ? Une maman confiait : « pourquoi irai-je voter alors qu’on a placé mes enfants et qu’on me juge incapable des les éduquer ? » Ajoutons un autre critère qui est loin d’être réglé en France : si je suis étranger je n’ai pas le droit de vote.

Ces exemples confirment une règle, celle de l’indivisibilité des droits de l’homme : si on n’a pas de logement, pas d’emploi, il est bien difficile d’exercer son droit de citoyen. L’Europe sur ce point là aussi a encore du chemin à parcourir.

Voter pour les « extrêmes » serait un vote de « désespérance ». C’est un point de vue formulé par des politologues.

Dans la réalité, selon des questionnaires ciblés, ce ne serait pas tout à fait exact.

Ceux qui votent le plus aux extrêmes seraient ceux qui auraient un bien… à protéger. Et donc voteraient par peur de le perdre.

Quand on n’a rien : on n’a pas ce type d’angoisse ! Le vrai problème de la participation des personnes très pauvres au vote est à la fois technique et civique, arbitraire.

Technique : un père de famille habitant dans un camping aux Pays Bas confiait récemment, quand on est expulsé on n’a plus d’adresse. On n’a plus de droit de vote. On est étranger dans son propre pays.

Civique : quand on n’est pas informé on ne peut s’exprimer. Nombre de personnes qui vivent hors du temps, qui n’ont pas de chez eux ne sont pas « civiquement » associés à la marche d’un pays. La pauvreté vous exclut de la démocratie. Mais il faut lors s’interroger –avec Geneviève De Gaulle Anthonioz – : qu’est ce qu’une démocratie qui ignore les plus faible, les plus fragiles, les plus pauvres ?

L’arbitraire ? C’est de refuser le droit de vote à un habitant d’un pays qui n’en a pas la nationalité même s’il y vit depuis trente ans. L’arbitraire, c’est aussi en définitive un comportement institutionnel qui ignore et exclut une partie des ressortissants de ce pays de ses scrutins pour raisons économiques ou sociales. C’est là en réalité un vrai scrutin « censitaire » qui ne dit pas son nom.

 

Pascal Percq – France

 

Liens : http://www.atd-quartmonde.fr/les-tres-pauvres-votent-front-national-faux/

Miroir de deux peuples Même sort, même scénario lorsque la misère les accule à la mort

L’an 2012, un père de famille américain, RED, 43 ans meurt subitement dans un hôpital public faute de soins médicaux. Sa mort a choqué pas mal de gens.  Il y a eu un coup de cœur, la colère, l’indignation ; mais après les gens passent à leur quotidien et oublient.  RED est oublié,  rien n’a changé pour lui et pour sa famille, qui comme RED n’a pas le droit de se soigner.  Sa mère ; trop pauvre n’a jamais pu faire appel à la justice pour comprendre son décès. Apparemment, il n’avait pas le droit à la santé parce qu’il était pauvre ! Combien de fois nous avons été témoins des mères de familles qui n’ont même pas un antidouleur pour calmer leurs enfants. Peut-être qu’avec le projet de loi du Président Obama, le sort des pauvres aux États Unis pourrait s’améliorer au niveau de la santé ?

Même scénario pour un Ivoirien, une Ivoirienne qui tombe malade. C’est la même chose ; si le ou la malade n’a pas de quoi payer la clinique, il ou elle ne peut pas se soigner. Bien sûr il y a des dépistages gratuits mais cela ne suffit pas pour bien se soigner lorsqu’une personne est malade et que le médecin lui prescrit des médicaments qui coûtent plus que son salaire. La mort est aux aguets lorsque le paludisme ou la fièvre typhoïde ou une simple fièvre terrasse les gens.

La dernière fois, lors d’une discussion brûlante, un homme faisait cette remarque à son ami : « Dis, lorsque tu es malade, iras-tu à l’hôpital pour te faire administrer le sérum ? » « Non ! » renchérit l’autre. Les gens se débrouillent pour se soigner avec les herbes, les tisanes qui sont à leur portée. Mais lorsque la maladie demande une intervention avancée (une opération) alors là le problème devient plus grave. Combien de fois on croise des gens qui ne peuvent plus marcher et qui pleurent au bord de la route faute de soins. Des enfants pleurent parce que qu’ils ont des maux de ventre ; maux de tête ou de la fièvre et qu’il n’y a pas de médicaments (simple contre douleur). Ils pleurent jusqu’à ce que ça passe. Dans quel monde on vit ?

Maman Marguerite témoigne, « Moi j’étais malade avec un problème de cœur ; je faisais de l’hypertension et j’ai dû être admise à l’hôpital. Ils m’ont dit que je dois payer 70,000 FCFA.  J’ai dit « Je n’ai pas cet argent, Ô ! Je vais partir je ne peux pas rester à l’hôpital et le médecin m’a dit « Je ne peux pas te laisser mourir faute de soin, je vais te soigner et puis tu peux payer en sortant. » Moi je travaille et je ne peux même pas payer 70.000 FCFA. Si je paye mes médicaments je ne mange pas. C’est injuste, Ô ! » Parfois les médicaments sont plus chers que le salaire d’une personne. Une bonne mal payée  reçoit 5000 FCFA et un médicament coute parfois 10,000 FCFA.

Certaines mamans pleurent lorsque leur tests de sérologie sortent négatifs ; elles demandent de refaire les tests parce qu’elles sont sûres qu’elles sont séropositives de leur défunt mari afin de bénéficier du programme de prise en charge  alimentaire. D’autres malades de VIH pleurent lorsqu’elles vont sortir du programme de prise en charge alimentaire parce qu’elles n’auront rien à offrir à leur famille.  Donc elles préfèrent être malades pour pouvoir nourrir leurs enfants !

Les familles qui vivent dans l’extrême pauvreté ont du mal à se soigner ; à vivre tout simplement ; elles n’ont pas droit à la santé. Une loi universelle au droit à la santé doit pouvoir sortir les milliers de familles du monde de la pauvreté et que cette loi soit appliquée dans tous les pays. Nous savons que les lois dépendent des unes des autres. Elles sont indivisibles !

Maria VICTOIRE – Bouaké ( Côte d’Ivoire)