A Ravensbrück, Noisy et au-delà…RESISTANCE

A Ravensbrück jusqu’au 20 mai, à Montreuil à partir du 27 mai, Geneviève de Gaulle, ou « Le refus de l’inacceptable »

A Ravensbrück jusqu’au 20 mai, à Montreuil à partir du 27 mai, Geneviève de Gaulle, ou « Le refus de l’inacceptable »

François Phliponeau,

France

1945 – 2015, le 70ème anniversaire de la libération des camps de concentration éclaire notre calendrier de souvenirs épouvantables.

Il y a quelques jours, Auschwitz en Pologne, le Struthof en France et Ravensbrück en Allemagne ont commémoré le retour à la liberté de milliers de personnes enfin sorties de l’enfer.

Geneviève de Gaulle a survécu à ce qu’elle appellera « La traversée de la nuit ».

Après une telle épreuve, beaucoup auraient choisi le repos. Mais pas cette combattante, découvrant dans un bidonville de Noisy-le-Grand la même désespérance que dans son camp de concentration.

Pendant 34 ans, elle sera présidente d’ATD Quart Monde France, luttant sans relâche contre la misère et l’exclusion, dénonçant le totalitarisme de l’argent, encourageant chaque personne à développer la Fraternité.

La République française lui rend hommage en ce mois de mai, en même temps qu’à trois autres résistants, Germaine Tillion, Jean Zay et Pierre Brossolette. Le 27 mai à 17 heures (en direct à la télévision), elles et ils feront symboliquement, à Paris, leur entrée au Panthéon.

Ce « Temple des grands hommes » accueille depuis le 8 mai, et jusqu’au 10 janvier 2016, une exposition interactive qui permet de connaître, de comprendre, de motiver à poursuivre la lutte, et à refuser, nous aussi, l’inacceptable.

Comme le disait si bien Lucie Aubrac, « Résister est un verbe qui se conjugue au présent »…

Rencontre avec François Anthonioz

Rencontre avec François-Marie Anthonioz

Isabelle et Philippe, enfants de Bernard Anthonioz et de Geneviève de Gaulle, devant un panneau évoquant le parcours de leur maman

Isabelle et Philippe, enfants de Bernard Anthonioz et de Geneviève de Gaulle, devant un panneau évoquant le parcours de leur maman

Les gares, le rejet, l’Art…

«De l’extérieur vers l’intérieur» Urs Josef Kehl, artiste peintre, expose à l’Espace 25 à Fribourg

«De l’extérieur vers l’intérieur»
Urs Josef Kehl, artiste peintre, expose à l’Espace 25 à Fribourg

Noldi Christen,

Suisse

Ces jours-ci, il y a une exposition de peinture très inhabituelle à Fribourg en Suisse. Une exposition qui m’émeut beaucoup.

Urs Josef Kehl peint de plus en plus, depuis sa présence auprès de familles horrifiées par l’ouragan Katrina à la Nouvelle Orléans en 2005. Il y dessinait, le soir après de longues journées, une chronique, pour prendre du recul, reprendre force. Pour rebâtir un bout de paix aussi, trait par trait, avec son crayon.

Ses «esquisses de la résistance», plus tard, se sont transformées, agrandies et ont pris des couleurs. Dans d’autres lieux, ailleurs, où des gens meurent aussi de misère. Mais plus en silence et à petit feu… A Toronto, dans l’hiver glacial, il peignait des personnes sans logis faisant la queue pour un peu de nourriture. Il gardait aussi la trace de quartiers délabrés et voués à la démolition…

« Mais pourquoi vous faites ça, pourquoi justement chez nous ? » lui demandaient certains, intrigués… « Par respect pour vous. » aimait-il répondre.

Pour tenir lui-même dans le vent et la neige, l’artiste s’est fabriqué un outil original : une boîte en bois, illuminée et par conséquent chauffée à l’intérieur par une lampe à pétrole. Protégeant ses mains, et protégeant la naissance de chaque tableau. Cet instrument ingénieux me rappelait, tout à coup, les couveuses des bébés qui naissent trop tôt dans les hôpitaux… Oui, entourer, dans la rue glaciale, comme à l’intérieur d’un hôpital, la vie de ceux qui sont terriblement en danger.

Depuis trois ans, l’artiste poursuit le même travail en Suisse, surtout dans les gares, parfois la nuit. Tant de personnes s’y réfugient, pour trouver un peu de vie… des relations, fragiles, des compagnons, quelques heures de sommeil.

Un soir avant Noël, je l’ai vu peindre à la gare de Fribourg, entouré d’une grappe de personnes, étonnées, l’observant… De temps en temps a jailli une question, ou une remarque… Toute une interaction étrange, unique. On y ressentait le germe et la naissance d’un dialogue.

Normalement, devant les gares, les artistes produisent plutôt un spectacle, offrent un produit plus ou moins composé. Tandis que là TOUT semblait émerger sur place, avec l’apport de ceux qui s’y trouvaient, avec leurs visages marqués… Une peinture originale, mystérieuse… Et peut-être une peinture carrément nouvelle? Pour moi en tout cas, oui.

Peinture d'Urs Kehl - Toronto 2009

Peinture d’Urs Kehl – Toronto 2009

« Pourquoi il y met tant de couleurs et de lumière ? » me demande à voix basse une femme qui elle-même a touché le bas fond dans sa vie.

« Et s’il essayait tout simplement de rendre visible que ces gens-là ont aussi une âme, une vie intérieure» lui a répondu quelqu’un d’autre, timidement.