La poésie, la peinture, chemins pour se dire

Parfois les jeunes n'écoute pas les conseils de leurs parents et prennent d'autres chemins comme celui de la délinquance. Les livres représentent nos rêves et le désir d'apprendre

Par manque de conseils -Peinture de Daniela, 14 ans, Guatemala. « Parfois les jeunes n’écoutent pas les conseils de leurs parents et prennent d’autres chemins comme celui de la délinquance. Les livres représentent nos rêves et le désir d’apprendre. »

Nathalie Barrois,

Guatemala

Dire le quotidien
Se découvrir le pouvoir
De se regarder dans un miroir
Peindre pour émouvoir

Sortir du quotidien
Avec d’autres réfléchir
Penser aujourd’hui et l’avenir
Écrire pour se dire

Ces quelques vers de ma propre inspiration pour vous transmettre combien les jeunes du projet « Jeunes artistes et artisans de la paix » d’ATD Quart Monde m’ont touchée. Ils vivent dans un bidonville, étudient souvent sans livres, parfois à la lumière d’une bougie. Chaque jour trouver de quoi vivre, aider ses parents en poussant la brouette, en vendant au porte à porte. Et espérer que la maladie avec ses frais médicaux impossibles ne viendra pas rompre ce fragile équilibre. Bien sûr les copains, les voisins. On tourne en rond, entre rêves et tentations. Une violence sourde que rehausse le passage de la police : pour qui, pour quoi ?

Et puis voilà qu’un espace s’ouvre…

Ils sont rentrés dans notre proposition, que ce soit à travers l’écriture de poésie, ou par le biais de la peinture. Se référant à notre thème « une éducation digne, sans exclusion », ils ont pu exprimer leur rêves pour demain, partager leur expérience.

Avec à la clé une exposition de peintures et une matinée de Récital poétique à l’occasion de la Journée mondiale du refus de la misère. Ils se sont sentis écoutés, attendus, reconnus…

Pouvoir se dire et la reconnaissance de l’autre font sentir qu’un autre chemin que le silence étouffant peut être possible pour demain. Appel à prendre son avenir en main.

Puissions-nous créer partout de ces espaces, dans nos quartiers, nos communautés, nos maisons…

MA LIBERTE
Auteure: Dalia 13 ans.

Liberté pour jouer et sourire
Liberté pour vivre le bonheur
dans l’école et ailleurs

Nous sommes libres pour recevoir une éducation
Nous sommes libres d’être de différentes couleurs
et de différents lieux

Personne ne peut nous nommer indigène ou nègre
Nous sommes libres et égaux.

Mon avenir dépend de ce que tu penses toi
Mon avenir est liberté sans mauvais traitements
Mon avenir et ma liberté, comme l’arc-en-ciel.

Parfois il n'y a pas de possibilité pour étudier par manque d'argent. Certains doivent travailler pour pouvoir étudier. Mais ils ne peuvent mettre en pratique ce qu'ils étudient. Les livres devraient être pour tous. Mais il y a ceux qui ne les prêtent pas. Emeldis, 18ans

Éducations Perdues -Emeldis, 18 ans « Parfois il n’y a pas de possibilité pour étudier par manque d’argent. Certains doivent travailler pour pouvoir étudier. Mais ils ne peuvent mettre en pratique ce qu’ils étudient.

Yeison Antonio, 17 ans

Education dans la paix et la liberté -Yeison Antonio, 17 ans
« Il faut avoir l’espérance qu’à partir de l’éducation tu peux atteindre ton projet . Il faut aussi la paix »

 

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Ecrire pour tenir tête à la pauvreté

ne pas rester muets comme les poissons

ne pas rester muets comme les poissons

Ces jours,  j’ai pu intervenir à l’Université de Fribourg, dans un cours pour des «recueilleurs de récits de vies». C’est un métier passionnant, mais fragile également, car « la vie c’est fin comme de la dentelle » ! J’aimerais partager avec vous quelques extraits, de ce que j’ai pu exprimer et  de ce qui me tient à cœur.

Chez moi, le mot «récit» me fait trop penser à des poèmes : réciter juste de beaux poèmes…

Le récit de ma mère par exemple : la fontaine dans la vieille ville n’était pas seulement « belle ». C’était la fontaine où elle cherchait l’eau, c’était la fontaine pour aller faire la lessive pour elle et pour d’autres, dans les années 40, 50. Et puis c’était l’eau gelée en hiver, et le linge gelé, qu’elle transportait sur une luge…

L’idée naissait d’écrire ma vie… En fait elle est née au moment où nous vivions sous tente avec nos enfants. Une amie m’avait dit alors : « Il y a des gens du Mouvement ATD Quart Monde qui disent que tu devrais l’écrire… »                                                                                                                                                                      Là, il y a quelque chose qui est entré en moi. Mais c’était bien bizarre ! Tu as besoin d’aide et on te parle d’un livre ! T’as pas de lait pour tes enfants, t’as froid, pas de toit…  Je n’ai rien compris. A quoi cela pouvait-il servir ? Alors j’ai laissé reposer ces paroles. Puis, bien plus tard je me suis dit : « Mais oui, peut-être que, si j’écris tout ça, les gens comprendront à quel point j’ai besoin d’aide ».

Quand j’ai lu le livre «Des Suisses sans nom », c’était important pour moi, parce que dans les années 80, enfin un livre parlait de la pauvreté chez nous !                                                                                                                                                                             Là je me suis rendu compte à quel point je me cherchais là-dedans. Mais en même temps je trouvais que ce n’était pas encore assez creusé en profondeur. J’étais donc un peu déçue, je n’arrivais pas vraiment à m’y accrocher…

Faut-il dire la vérité dans la vie ? J’ai beaucoup appris à me taire dans ma vie. C’est souvent mieux quand on se tait. Par expérience j’ai appris que les gens pensent que de toute façon ils savent les choses mieux que toi. Et pourtant c’est toi qui a vécu ces choses, c’est ta vérité à toi.

Comment atteindre cet espace intérieur en toi ? Cette source, là où tu sens ta vérité. Il faut une très grande confiance dans une personne en face de toi, pour se dire en vérité.       Pour avoir l’énergie, pour rester toi-même aussi face à la critique

C’est tellement rare que je peux être ce que je suis sans me cacher.

Quand tu vis la pauvreté, tu vis la honte, et pour te protéger tu dois faire semblant.           Jouer un rôle. Par exemple, pendant longtemps, je ne pouvais jamais dire que je n’ai pas fait d’école, et bien d’autres choses !                                                                                                                                                               Quelle force de pouvoir montrer son vrai visage, sans masque ! Ces moments sont tellement précieux.

Et quand tu peux parler, et écrire sans gêne, sans retenue, sans honte, alors… la confiance « mûrit » en toi…

Ecrire, m’exprimer… oui ça m’a réveillée, cela m’a donné une autre conscience. Avant je dormais ;  non, plus que ça,  j’étais dans un cauchemar. Je subissais ma vie.

Nelly Schenker avec Noldi Christen –  (Bâle / Suisse)