Le prix de la pauvreté extrême

Saint Jean Lhérissaint,

Haïti

Mine de sable en Haïti

Mine de sable en Haïti

Le prix de la pauvreté extrême est-il la vie ? C’est cette question qu’on peut se poser en découvrant Fonds la mort. C’est une énorme mine de sable qui se situe à Descaillettes, un quartier pauvre de Port au Prince. La mine porte ce nom parce que c’est un lieu où beaucoup de gens ont déjà perdu la vie à cause des glissements de terrain fréquents dus à la façon d’exploiter le sable. Quelques années avant, c’étaient des petites mines distinctes qu’il y avait dans la zone. Les années passent, l’exploitation s’intensifie, les mines se rencontrent et en forment une seule grande qui s’agrandit à la vitesse de l’exploitation. Pendant qu’on fouille, des traces se dessinent dans le voisinage et quelques jours après toute la partie tracée tombe. Cela est déjà arrivé plusieurs fois et a toujours causé la mort de plusieurs travailleurs et des gens du voisinage.

Quand on arrive à Fonds la mort, selon là où l’on se tient, on entend la voix des travailleurs et le bruit des pelles et des pioches sous ses pieds. Ces travailleurs sont des pauvres qui ont besoin d’une activité économique leur permettant de vivre au jour le jour avec leur famille. Ils font ce travail même s’ils sont conscients du danger qui est suspendu sur leur tête. « Si nous pouvions choisir, nous ne ferions pas ce travail, mais nous n’avons pas le choix ». Ils sont plusieurs dizaines à braver chaque jour le danger représenté par cette mine qui peut les engloutir à tout moment. En plus des personnes tuées lors des glissements, la mine rafle aussi sur son chemin quelques maisons quand elle doit tomber. Tant pis pour le contenu de ces maisons et les travailleurs qui étaient en dessous. Quand cela arrive, si les propriétaires de maison ont la vie sauve, ils vont la reconstruire plus loin. Mais attention, c’est un perpétuel recommencement parce qu’il faut reculer à nouveau leur habitation de quelques mètres, environ un an plus tard.

Plusieurs maisons sont pour le moment menacées par la mine, elles sont à l’intérieur de l’espace tracé, c’est-à-dire le prochain glissement partira avec elles. « On ne peut pas reprocher aux travailleurs de faire ce boulot parce ce qu’ils sont en train de chercher la vie. Nous aussi, nous y travaillons parfois », déclare un riverain. Même une grande partie de la route qui mène à la mine est tracée. Les camions y passent quand même en espérant que ce n’est pas encore le mauvais jour. La mine fait parfois un bruit de tonnerre et tous les habitants de la zone ressentent une sorte de secousse.

Une dame de 55 ans dont la mari était mort, enterré sous le sable lors d’un glissement, est obligée d’accepter que ses trois garçons y travaillent encore. Elle explique : « J’ai perdu mon mari ici, il y a un an. Un jour où l’on n’avait rien à manger, il était parti avec sa pioche, fouiller du sable pour trouver de quoi se nourrir au moins pour ce jour-là. J’ai tenté de m’opposer à son départ, mais sur son insistance je l’ai laissé partir. J’avais conscience qu’il n’y avait rien à manger à la maison pour les enfants. Il pleuvait, c’est d’ailleurs pour cela que je ne voulais pas qu’il y aille, quelques minutes plus tard, la nouvelle est tombée : il a trouvé la mort sous le sable. Aujourd’hui encore, à cause de la pauvreté, mes trois garçons travaillent là-dans. Ce n’est pas ça que je voudrais pour eux, mais je me trouve dans l’obligation de les laisser faire ce que je ne veux pas. C’est grâce à ce qu’ils font que j’arrive à vivre. Même si c’est au prix de leur vie, je suis soutenue.»

En regardant la taille de la mine, elle doit être utile aux gens, certes. Mais une épée de Damoclès est suspendue sur la tête de la population. En observant le rythme de l’exploitation, on ne peut pas ne pas être inquiet pour les travailleurs, les chauffeurs de camion et toute la zone de Descaillettes.