Retour sur l’année 2017…

…pour vous souhaiter une belle année 2018 aussi riche en événements positifs et en engagements pour contribuer à la construction de la société par toute personne.

Une vidéo d’ATD Quart Monde (France)

 

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Soif de futur dans ma tête, entre mes mains

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Jaime Muñoz Pérez

Depuis Bangui, République Centrafricaine

Du 8 septembre au 1er octobre à Bangui, en République centrafricaine, trente jeunes se sont mobilisés pour rendre possible la tenue d’un Festival des Savoirs dans six communautés défavorisées de la ville. Le Festival, une action culturelle d’ATD Quart Monde, reprenait dans les quartiers après trois ans d’interruption à cause des conflits.

Le Festival des Savoirs, à travers les ateliers qu’il propose (création de colliers de perles, peinture, contes, fabrication de jouets éducatifs), est une porte ouverte à la curiosité et à la connaissance, une porte ouverte sur l’avenir.

Pendant trois jours consécutifs, la communauté, les gens du quartier, l’association des enfants qui vivent à la rue se mobilisent. Les chants et les danses résonnent. Les enfants se regroupent autour des différents ateliers proposés. Trois heures durant règnent la joie, la concentration, la créativité, la participation. De temps en temps, quelqu’un(e) interrompt son activité pour aller faire une course pour sa maman, s’occuper des plus jeunes, aller chercher de l’eau ou du bois. Pendant le Festival des Savoirs, toutes les personnes présentent défient la pluie, la fatigue, le découragement, le « je ne sais pas », ou « je ne peux pas ».

Mais dans l’air est restée suspendue la question d’une des responsables d’un quartier et du coordinateur des différents secteurs du centre d’accueil des réfugiés de l’aéroport de Bangui : « Combien de temps encore allez-vous continuer à chanter et crier avec les enfants, sans pour autant que leurs conditions ne changent ? En plus de cela, le Festival ne distribue rien, n’offre ni cahiers, ni bonbons, ni même un peu de riz pour les parents. »

Est-ce vrai que nous n’avons pas d’ambition pour améliorer les conditions de vie de ces communautés ? Que nous ne donnons pas de réponse à leur ambition de prospérité ? Quelles sont nos ambitions principales pour l’avenir ?

Le pari du Festival des Savoirs est de réussir à démontrer que chaque petit garçon, chaque petite fille, est capable de produire et de créer de jolies choses. Dans l’un des quartiers, un homme s’est approché et a dit : « Dans mon village il n’y a pas ce genre d’activités, il n’y a pas d’école, ici je vois tous les enfants actifs et enthousiastes, et c’est quelque chose de très important. » Dans un autre quartier, la pluie a interrompu les activités et tout le voisinage a ouvert ses portes pour permettre aux ateliers de se terminer.

Notre ambition ne se limite pas à ces trois jours de création collective, mais elle est une porte que nous ouvrons ensemble, que nous poussons, et qui nous amène à réfléchir sur la question de l’école, du travail et de l’avenir.

Cette expérience positive, d’être capable de créer, est une première pierre que nous posons, bien souvent invisible. Dans les endroits où il n’y a pas d’école, où il n’y a pas de cahiers, quel est le prochain pas à faire ?

Les Festivals des Savoirs déchaînent un torrent de soif de l’avenir.

 

« Prendre part au savoir »

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La « frontière verte » dans le village de Mödlareuth a séparé les habitants durant la guerre froide. Photo modlareuth.de

François Jomini, Berlin

17 octobre 2016, Naila en Allemagne. La commémoration de la journée internationale de l’ONU pour l’élimination de la pauvreté rassemble une grande diversité de citoyens engagés dans leur région, un ou deux représentants politiques, des familles réfugiées, une délégation d’ATD Quart Monde en provenance de Berlin, dont certains membres de nationalité allemande connaissent, ou ont connu aussi l’errance.

Sont également présents des élèves de l’école privée de Martinsberg, dont le projet pédagogique est d’offrir une perspective d’avenir à des enfants jetés par la guerre et le dénuement sur les routes de l’exil.

Au cœur de cette belle campagne du nord-est de la Bavière, aux confins de la Thuringe et de la Saxe, non loin du petit village de Mödlareuth, qui fut longtemps coupé en deux par le « rideau de fer », se manifeste, comme ailleurs en Allemagne, une volonté d’accueil et de solidarité de la part des habitants envers ces familles obligées de fuir l’horreur d’un conflit qui n’est pas le leur. Une solidarité qui se mesure à l’aune d’une certaine conscience historique.

En effet, chez les personnes que nous rencontrons, la blessure demeure vive du bilan humain, impitoyable et mortel, imposé par des décisions géo-stratégiques absurdes dans l’histoire encore récente. Entre 1949 et 1989, dans ce village agricole de Mödlareuth, surnommé ironiquement « Little Berlin », une cinquantaine d’habitants furent séparés et rangés arbitrairement dans les « blocs » antagonistes de la guerre froide, selon le côté du ruisseau où se situait leur ferme. Le mur et son no man’s land meurtrier, obstrua l’horizon de la petit école où des générations d’enfants avaient fait ensemble leurs premières classes. Il transforma en impasses les chemins vicinaux empruntés par des générations de paysans, dont l’économie locale est fondée sur l’échange de services. Il sépara les membres d’une même famille, déchira aveuglément des couples d’amoureux…

Mon regard se pose sur les dessins d’enfants de familles immigrées discrètement épinglés sur un panneau : sans mise-en-scène, ils décrivent, avec la netteté propre au trait des enfants, les fulgurances de feu qui hantent leurs nuits. Il faut presque y regarder à deux fois pour déceler la tragédie sous l’apparence naïve du dessin d’enfant.

A la question « à quoi aimerais-je prendre part ? », un adolescent de l’école de Martinsberg répond : « Ich hätte gern am Wissens teilhaben ». Littéralement : « J’aimerais prendre part au savoir ».

Tant il est vrai que le savoir n’est pas d’abord chose que l’on s’approprie, mais ce à quoi l’on participe, de tout son être et avec son histoire, pour aller vers un ailleurs.

A cette condition le savoir est libérateur. Il est aussi réunificateur. Ainsi s’exprime cet homme âgé de la région de Mödlareuth : 25 ans après que les pelleteuses aient renversé le mur « physique » comme un château de cartes, il est encore aujourd’hui nécessaire de réparer la saignée laissée au fonds des hommes par tant de violence, tant de mensonges, de non-dits et de désinformation programmée… Ce n’est qu’en permettant à celles et ceux qui furent séparés par ce mur arbitraire, aveuglant et meurtrier, de dire et d’écouter mutuellement leurs histoires singulières, qu’il est envisageable de guérir en l’homme ce que la grande Histoire a déchiré aveuglément. De telles rencontres ont lieu chaque semaine : « Ici, la réunification se vit vraiment au quotidien. »

Je lis ce passage de l’écrivain nord-américain Robert Penn Warren, dans son roman « Un endroit où aller ». Il décrit l’enfant pauvre du Sud prenant conscience soudainement, en ouvrant les pages d’un livre de latin, que ces mots illisibles et incompréhensibles, loin d’être opaques, se révèlent être autant d’ouvertures dans la muraille obscure qui enclôt son monde étroit, par lesquels jaillit la lumière d’un autre monde.

C’est aussi l’approche savante de cette femme pauvre, ici à Berlin, ayant quitté son pays d’origine et ses sécurités primordiales pour un autre monde, quand elle affirme que son école c’est les autres, indépendamment de leur langue, leur nationalité et leur milieu.

 

Rencontre provocatrice et inattendue !

Caroline Blanchard

Yaoundé, Cameroun

« T’es bénévole ? Moi je vous aime pas vous les bénévoles. »

Je ne l’ai pas vu arriver. Il s’est assis en face de moi, dans cette salle du foyer qui accueille le jour les enfants qui vivent et dorment dans la rue, et leur propose diverses activités. Tous les mardis, je viens là proposer lecture et jeux à ces enfants, tenter de leur donner envie de s’accrocher pour apprendre à lire, raconter des histoires et les faire rêver.

Je suis en train de lire une histoire avec un jeune, assez endormi c’est vrai. « Puisque mon travail est inutile, je vais continuer la lecture avec ce jeune », dis-je énervée d’être attaquée comme ça dans ma bonne volonté.

« Ton travail là ne sert à rien, regarde ce jeune, cela fait 5 ans qu’il est là, il vient là juste pour avoir les 200 à la fin. Tu crois qu’il vient pour lire ? Non il vient parce qu’à la fin il aura 200. Moi j’ai fait ça pendant des années. Est-ce que cela a changé ma vie ? Non, pas du tout. »  Dans le foyer, quand les jeunes participent aux activités, ils reçoivent à la fin 200 Fcfa, soit 30 centimes d’€, le prix d’un plat de riz avec un peu de sauce au marché.

Là son questionnement m’interpelle. J’interromps mon activité et j’écoute. Même si c’est un peu agressif. « Moi je vous aime pas vous les bénévoles. Votre travail ne sert à rien, ça ne nous fait pas sortir de la rue. »

En effet, à quoi cela sert de venir tous les mardis faire la lecture à des enfants qui ont souvent décroché d’avec l’école et qui vivent dans la rue ? Est-ce que leur offrir un moment de paix et leur donner envie de lire, d’apprendre, leur proposer des activités pour qu’ils goûtent au beau et à la fierté du travail accompli ne sont pas des objectifs un peu dérisoires, face à la violence de la rue ?

Quelques jours plus tard, nous nous retrouvons. Je lui ai proposé une rencontre en-dehors du temps de lecture, pour avoir plus le temps de comprendre son histoire. Il raconte : il a grandi au Gabon dans une famille sans difficultés. Il était un peu turbulent. Quand il a eu 15 ans, sa grand-mère l’a emmené pour des vacances au Cameroun, avec un de ses oncles, dans le village d’origine de sa maman, près de Bafia. Pour des vacances… C’est ce qu’on lui avait dit. Il devait passer les grandes vacances au village, puis rentrer au Gabon pour la rentrée. Mais une fois arrivés au Cameroun, sa grand-mère a pris son passeport et il n’était plus question de retour. JC n’a pas supporté cette situation, cette trahison de sa famille. « Si on m’avait dit au moins j’aurai pu dire au revoir à mes amis. » Révolté, blessé, ayant le sentiment d’être méprisé et sans valeur pour les siens, il est parti dans la rue. Il se retrouve à Yaoundé.

Il parle de son temps au foyer où nous nous sommes rencontrés : « Je participais aux activités, mais je m’en foutais, je restais juste assis dans un coin. Je voulais juste les 200. Ça, ça nous tue quand vous nous donnez de l’argent. Moi j’ai vite compris comment il fallait faire pour apitoyer l’un ou l’autre… tu promets que tu travailles, que tu as juste un petit problème, tu pleures, tu insistes, on te donne. Tu promets que c’est la dernière fois… »

« Moi j’ai compris qu’il faut trouver en soi la solution » dit-il. Actuellement, JC est sorti de la rue, même si sa situation reste précaire. Il est logé par un homme qui l’emploie dans son commerce de whisky entre le Cameroun et le Gabon. Une semaine par mois, il va à la frontière du Gabon, se ravitailler, et il vend ensuite à Yaoundé ce qu’il ramène. L’homme le paie chaque semaine.

Son témoignage me donne la force d’aller plus loin avec tous les jeunes que je rencontre au foyer, et de chercher une autre rencontre que la demande d’argent. C’est difficile. Il y en a un qui est dans une détresse telle, que j’hésite à ouvrir le porte-monnaie. Sa compagne est sur le point d’accoucher, il est sans travail, sans ressource, et il a déjà trois enfants qu’il ne sait comment nourrir. Mais je suis convaincue, et JC renforce ma conviction, qu’un autre type de rencontre est possible. Que pour que l’homme soit debout, il ne faut pas se rencontrer d’abord dans un échange d’argent.

JC est un peu différent des autres jeunes du foyer : il a eu un long temps à l’école, en famille, une acquisition de savoirs jusqu’à 15 ans. Beaucoup des jeunes que je côtoie n’ont pas eu cette sécurité, ils sont partis dans la rue très tôt. Avant 10 ans souvent. Alors un moment de paix autour des livres répond à leur soif d’apprendre, de comprendre, de découvrir le monde. C’est dérisoire, mais peut-être qu’il y a quelque chose de dérisoire dans l’essentiel. Peut-être que ces bouts d’enfance en sécurité que nous leur offrons seront des pierres repères dans leur construction intérieure. Peut-être que cela ne suffira pas. Peut-être que cela sera un début de socle sur lequel bâtir.

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Bibliothèque de rue avec des jeunes qui vivent à la rue en Haïti, photo François Phliponeau, ATD Quart Monde

Pour JC la solution est de « se prendre soi-même en charge, ne plus compter sur les gens. » Il parle d’un « changement d’attitude. » « On ne peut pas laisser tout le fardeau de notre existence sur les autres. On ne peut jamais miser sur une seule personne. » Pour lui, il y a des gens qui vivent seulement pour manger. Ils ont arrêté de rêver. Ce n’est pas une vie ça. Savoir que si tu fais un repas avec ce que tu as mendié aujourd’hui, tu attends demain. Ne plus avoir de rêves et d’ambitions… Pour lui, il faudrait que les jeunes bâtissent un projet, alors ils pourraient être soutenus pour un projet concret, de formation ou de micro entreprise. « Mais donner comme ça quand la personne vient pleurer, c’est négatif. Ça rend paresseux. »

C’est sans doute pour ça que je me suis sentie proche de lui tout de suite : chacun à notre façon, nous voulons faire rêver ces enfants pour qu’ils bâtissent leur avenir en ayant construit eux-mêmes leur propre rêve.

Peut-être aussi que pour certains des enfants et des jeunes qui sont dans une détresse terrible, la solution des 200 est la sécurité pour retrouver le chemin de l’école, puisque le foyer propose aussi pour ceux qui le souhaitent une école aux horaires adaptés à la vie dans la rue, et que nombreux sont ceux qui ont réussi comme ça à apprendre à lire, et à aller jusqu’au CEPE (Certificat d’Etudes Primaires Elémentaires, donné à la fin du CM2). Ce qui est sûr JC nous bouscule, et nous appelle à aller plus loin dans la rencontre, à chercher un chemin qui remette debout, digne et fier.

Et si on dessinait des bouquets ? 

Rencontre artistique à Commana, septembre 2015

Rencontre artistique à Commana, septembre 2015

Jean Luc  Heintz

France
Jean-Luc Heintz, artiste-militant à Paris, a participé à une rencontre artistique animée par Jacqueline Page à Commana, en Bretagne.

COMMANA !!!

Ouah … ces rencontres Art, c’était vraiment super.
D’abord nous sommes allés à la découverte d’un pays de magie et de rêve, je le dis : Le Finistère Nord. Immensité de la mer, éternité des montagnes, caresse incessante des vents, lumière intense de beauté intérieure des églises.
Dès la sortie du train, hop en voiture. Nous nous arrêtons pour marcher une trentaine de minutes, histoire de respirer. Quel délice la mer ! Sa beauté submerge et en un instant les soucis n’existent plus. Et ce vent frais qui caresse sans cesse le visage, n’est-il pas le meilleur des remèdes aux angoisses quotidiennes, à la violence des relations administratives, de voisinage ou médicales, au repli sur soi de peur de souffrir? Je rêvais de ce séjour depuis des semaines ! Quel bonheur de marcher, seul, sur une plage de sable blanc, fin, immense, interminable, à perte de vue, sans personne. Oui, un bonheur pour moi et un bonheur que j’espère à tous car ressentir une telle satisfaction reconstruit.

Alors, en écoutant, avec plaisir, le va-et-vient incessant des vagues, je deviens poète: « il était seul au monde et le monde était océane ».
Alors le soir repu de découvertes et de changements, fatigué de ce bel après-midi, épuisé mais soulagé, je mange et je rentre dormir, en paix avec moi-même et avec le monde, plein d’idées d’avenir, dans la caravane agréablement aménagée à mon attention.

Heureusement nous n’étions pas seuls tout le temps …

Nous sommes accueillis par l’envoûtante sympathie de Jacqueline et son sourire plein de malice. Lorsqu’on dessine, sous ses conseils, on devient des génies. Christian est venu de Belgique. C’est un homme très silencieux. Lorsqu’il peint, il est totalement absorbé par ce qu’il fait. Le temps s’arrête à le regarder. Nous rencontrons Geneviève, la voisine, une femme pleine de sympathie et d’humour. Elle chante l’opéra. On éclate de rire en l’entendant imiter le chant du coq, les cris des poules, des canards, à la perfection. Dans son jardin cette basse-cour colorée picore en liberté sous le regard méfiant des chats. Avec elle, on est heureux. La maman de Jacqueline est une toute petite femme d’un certain âge au regard de lumière. Son hospitalité généreuse et sa gentillesse naturelle reposent. On est fier de se sentir respecter.
Je suis arrivé à la gare de Morlaix plein d’impatience, assoiffé d’amitiés sincères et aussi, en manque de création. Depuis ma rencontre avec Jean Jacques Berthelot, un artiste qui vivait dans la rue, maintenant décédé, je suis engagé avec la famille ATD Quart Monde. Je fréquente l’université populaire. Je participe à Art et Partage, un atelier de peinture initié par le mouvement à Paris XX. La création m’est devenue nécessaire. Elle a le pouvoir de m’apaiser et de me diriger vers l’autre. Les mots quant à eux, tournant toujours dans ma tête, ont tendance à m’aigrir et m’envahir de colère. Dès le matin, nous nous mettons à peindre sur chevalet, dans le silence le plus intense. C’est incroyable le pouvoir du silence, sur soi, sur le groupe, sur nos liens et relations. En présence de Jacqueline nous réalisons de très belles œuvres. Je suis étonné des progrès. Nous pensions travailler en incrustant des textes dans la peinture car j’écris aussi des poèmes. Pour commencer nous nous essayons à un bouquet de fleurs et pendant cinq jours nous allons peindre des bouquets à l’acrylique, aux pastels, aux fusains, à la craie. Le noir du charbon et le blanc des carrières c’est trop intellectuel pour moi. Christian, lui, il aime. Mais moi, je préfère peindre sans réfléchir pour vider mon esprit des angoisses, pour décharger les violences reçues, pour ne plus penser et retrouver ainsi des forces sereines. J’aime les couleurs qui font oublier et vibrent comme une danse à l’univers.
Et danse il y a eu. Notamment avec ce spectacle donné par le centre des arts et tradition populaire du Léon « Bleuniadour ». Les danseurs et costumes m’ont porté dans mes émotions. J’ai vu des bretons à la rigueur de caractère incomparable. Ils se portaient puissamment dans l’artistique et la virtuosité tout en dégageant beaucoup de chaleur humaine. Hallucinant.
Durant ces cinq jours, avec tous ces gens rencontrés, toutes ces belles découvertes, « nous avons été comme généreusement servis sur des plateaux ». Cela touche beaucoup ma mémoire : les bretons ne s’oublieront jamais.
Avant dernier repas. Ce soir-là le silence est grand, me portant dans la mélancolie du retour. Craignant celui-ci mais espérant en sa résonance pour longtemps.

Si peindre, comme cette fois juste des bouquets de fleurs, procure du bonheur, c’est aussi un engagement. C’est un engagement d’égalité et de paix. Merci à Jacqueline pour l’idée et l’accueil. Merci à ATD Quart Monde pour permettre ce projet et cet espoir, encore et encore, à tous. Merci pour cet avenir généreux qui se construit en couleur et en silence.

Quand un enfant facilite l’inclusion des autres !

Montagne Nicolas - photo ATD Quart Monde

Montagne Nicolas – photo ATD Quart Monde

Saint Jean Lhérissaint

Haïti

Montagne Nicolas est un village à peine en construction. C’est un endroit assez difficile d’accès où les services de base n’existent pas. Aucun véhicule ne peut y accéder, pas d’eau, pas d’électricité, pas d’école. Pour plein de besoins bien primaires, il faut se déplacer hors du village en empruntant des routes plutôt pénibles.

C’est là que nous choisissons d’animer une bibliothèque sous les manguiers. Depuis le début de notre bibliothèque, en avril 2015, nous remarquons deux enfants qui, chaque jour de bibliothèque, nous observent avec une attention soutenue, depuis la clôture d’une maison voisine. Cette clôture est en bâche et tissus comme c’est le cas pour bien de maisons du village. Comme les deux enfants n’ont pas le droit de sortir alors que l’activité les intéresse, ils soulèvent le bout de tissu et déchirent un peu la bâche pour pouvoir voir. Un jour, pendant le temps du livre, les animateurs ont tendu un livre à ces deux enfants pour qu’ils puissent, eux aussi, voyager dans le monde de la culture, depuis là où ils se trouvent. Ils étaient bien contents et ont commencé à feuilleter le livre.

Jean-Pierre, 10 ans, un enfant très régulier dans la bibliothèque qui était avec les animateurs et les autres enfants a dit tout à coup : « Tiens, je vais regarder les livres avec ces enfants, il ne faut pas les laisser regarder seuls, et puis peut-être qu’ils auront besoin d’explications. » Il est donc allé regarder avec eux, on les a vus échanger tous les trois. Puis un autre enfant les a rejoints. Ainsi ils étaient quatre à regarder les livres ensemble, avec beaucoup de joie, d’un côté à l’autre de la clôture que les deux petits de 6 – 8 ans n’ont pas le droit de traverser. Ce jour-là, ils ont été inclus dans la bibliothèque et les échanges avec d’autres enfants. Depuis lors les deux enfants participent religieusement à la bibliothèque. De ce geste d’enfant, nous apprenons que tout le monde peut sortir de l’isolement si quelqu’un lui tend la main.