La France ne respecte pas les droits des enfants : à Calais les enfants migrants sont en grave danger

la voix du nord

photo web La voix du nord

Pascal Percq

France

Selon l’article 9 de la Convention Internationale des Droits de l’enfant (adoptée en 1989 par l’assemblée générale des Nations Unies) les Etats doivent veiller « à ce que l’enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré (1)». La France, auditionnée il y a quelques semaines par le Comité international des droits de l’enfant chargé de contrôler la mise en œuvre de ces droits par les Etats signataires, a une fois de plus, dû répondre aux graves manquements dont les associations et ONG ont fait état notamment sur cette séparation forcée qui concerne les enfants pauvres et plus particulièrement les enfants sans parents parmi les migrants. Depuis, en réponse aux « signalements » du comité, la représentante du gouvernement français s’est contentée sommairement de faire état d’« axes d’amélioration ».

Il y a quelques jours, à son tour, c’est le  « Défenseur des droits » français, Jacques Toubon, qui a interpellé les pouvoirs publics en s’inquiétant à nouveau de la « situation préoccupante » des mineurs migrants isolés à Calais et sur le littoral nordiste. Au 31 mars dernier, 310 mineurs non accompagnés de leurs parents ont été recensés. Ils partagent le sort de ces milliers d’autres personnes qui fuient les guerres, la misère, les crises économiques et climatiques et veulent rejoindre la Grande Bretagne. Ils survivent sur la côte nordiste dans des conditions misérables, en dépit des soutiens apportés par des bénévoles.

Parce qu’ils sont plus petits, parce qu’ils sont plus fragiles, les enfants doivent être davantage protégés. C’est la raison d’être de cette Convention internationale des droits de l’enfant. Pour le défenseur des droits « les mineurs non accompagnés présents à Calais ne sont aujourd’hui, dans leur grande majorité, pas protégés. Ils sont en situation de très grande vulnérabilité ». Il évoque des « conditions de vie extrêmement misérables » et fait état en outre de sévices subis par des enfants.

Pour lui, « la situation exceptionnelle des enfants exilés non accompagnés dans le Calaisis implique des réponses à la hauteur de ces enjeux ». Leur protection « constitue un enjeu de nature exceptionnelle qui relève de la responsabilité partagée de l’Etat et du département, et par conséquent les appelle à une solidarité concertée ». Comment ? En appliquant le droit (2).

Malgré les mises à l’abri d’enfants et l’augmentation du nombre de places d’accueil pour les enfants avec parents, le Défenseur des droits « déplore que le droit à l’éducation soit encore loin d’être assuré » et rappelle que la scolarisation doit se faire « au sein des écoles de la République ». Il recommande également au ministère de l’Intérieur « de poursuivre les démarches engagées avec l’Etat britannique afin de faciliter les réunifications familiales ».

Nathalie Serruques, responsable de la mission Enfance de l’Unicef France souligne à propos de ces enfants migrants : «Il n’y a pas d’accès aux droits fondamentaux, pas de mise à l’abri, pas d’accès à l’éducation ni à la santé. Jusqu’à quand ? Les condamnations pleuvent, on est montrés du doigt, ça suffit. Il n’y a pas de fatalité, c’est une question de volonté politique ».
C’est dans ce contexte que deux organisations françaises le Secours catholique et Médecins du Monde ont entrepris une autre démarche en saisissant au nom des enfants la justice en France afin que des mesures de protection soient prises en faveur des mineurs isolés étrangers en particulier pour faire appliquer un droit bien connu des services sociaux, celui du « regroupement familial ». Celui-ci autorise et oblige les services, lorsqu’un parent proche a été identifié, y compris dans un autre pays d’Europe, à ce que l’enfant puisse rejoindre celui-ci. C’est le cas de la plupart des enfants migrants du Calaisis qui ont un père, une mère, un oncle en Grande Bretagne prêt à les accueillir. Ce fut le cas il y a quelques jours de quatre enfants syriens qui ont pu rejoindre un membre de leur famille en Angleterre. Cette simple application du droit n’est respectée qu’au compte-goutte et après bien des démarches.

Le rappel est urgent : en janvier dernier, l’agence de coordination policière Europol estimait que plus de dix mille enfants migrants non accompagnés avaient disparu au cours des vingt quatre derniers mois.

1 Avec cette réserve : « … à moins que les autorités compétentes ne décident, sous réserve de révision judiciaire et conformément aux lois et procédures applicables, que cette séparation est nécessaire dans l’intérêt supérieur de l’enfant.»

2 En octobre 2015 le Défenseur des droits avait rendu public un rapport sur « exilés et droits fondamentaux à Calais » : « http://www.defenseurdesdroits.fr/sites/default/files/atoms/files/20151006-rapport_calais.pdf

Rencontre provocatrice et inattendue !

Caroline Blanchard

Yaoundé, Cameroun

« T’es bénévole ? Moi je vous aime pas vous les bénévoles. »

Je ne l’ai pas vu arriver. Il s’est assis en face de moi, dans cette salle du foyer qui accueille le jour les enfants qui vivent et dorment dans la rue, et leur propose diverses activités. Tous les mardis, je viens là proposer lecture et jeux à ces enfants, tenter de leur donner envie de s’accrocher pour apprendre à lire, raconter des histoires et les faire rêver.

Je suis en train de lire une histoire avec un jeune, assez endormi c’est vrai. « Puisque mon travail est inutile, je vais continuer la lecture avec ce jeune », dis-je énervée d’être attaquée comme ça dans ma bonne volonté.

« Ton travail là ne sert à rien, regarde ce jeune, cela fait 5 ans qu’il est là, il vient là juste pour avoir les 200 à la fin. Tu crois qu’il vient pour lire ? Non il vient parce qu’à la fin il aura 200. Moi j’ai fait ça pendant des années. Est-ce que cela a changé ma vie ? Non, pas du tout. »  Dans le foyer, quand les jeunes participent aux activités, ils reçoivent à la fin 200 Fcfa, soit 30 centimes d’€, le prix d’un plat de riz avec un peu de sauce au marché.

Là son questionnement m’interpelle. J’interromps mon activité et j’écoute. Même si c’est un peu agressif. « Moi je vous aime pas vous les bénévoles. Votre travail ne sert à rien, ça ne nous fait pas sortir de la rue. »

En effet, à quoi cela sert de venir tous les mardis faire la lecture à des enfants qui ont souvent décroché d’avec l’école et qui vivent dans la rue ? Est-ce que leur offrir un moment de paix et leur donner envie de lire, d’apprendre, leur proposer des activités pour qu’ils goûtent au beau et à la fierté du travail accompli ne sont pas des objectifs un peu dérisoires, face à la violence de la rue ?

Quelques jours plus tard, nous nous retrouvons. Je lui ai proposé une rencontre en-dehors du temps de lecture, pour avoir plus le temps de comprendre son histoire. Il raconte : il a grandi au Gabon dans une famille sans difficultés. Il était un peu turbulent. Quand il a eu 15 ans, sa grand-mère l’a emmené pour des vacances au Cameroun, avec un de ses oncles, dans le village d’origine de sa maman, près de Bafia. Pour des vacances… C’est ce qu’on lui avait dit. Il devait passer les grandes vacances au village, puis rentrer au Gabon pour la rentrée. Mais une fois arrivés au Cameroun, sa grand-mère a pris son passeport et il n’était plus question de retour. JC n’a pas supporté cette situation, cette trahison de sa famille. « Si on m’avait dit au moins j’aurai pu dire au revoir à mes amis. » Révolté, blessé, ayant le sentiment d’être méprisé et sans valeur pour les siens, il est parti dans la rue. Il se retrouve à Yaoundé.

Il parle de son temps au foyer où nous nous sommes rencontrés : « Je participais aux activités, mais je m’en foutais, je restais juste assis dans un coin. Je voulais juste les 200. Ça, ça nous tue quand vous nous donnez de l’argent. Moi j’ai vite compris comment il fallait faire pour apitoyer l’un ou l’autre… tu promets que tu travailles, que tu as juste un petit problème, tu pleures, tu insistes, on te donne. Tu promets que c’est la dernière fois… »

« Moi j’ai compris qu’il faut trouver en soi la solution » dit-il. Actuellement, JC est sorti de la rue, même si sa situation reste précaire. Il est logé par un homme qui l’emploie dans son commerce de whisky entre le Cameroun et le Gabon. Une semaine par mois, il va à la frontière du Gabon, se ravitailler, et il vend ensuite à Yaoundé ce qu’il ramène. L’homme le paie chaque semaine.

Son témoignage me donne la force d’aller plus loin avec tous les jeunes que je rencontre au foyer, et de chercher une autre rencontre que la demande d’argent. C’est difficile. Il y en a un qui est dans une détresse telle, que j’hésite à ouvrir le porte-monnaie. Sa compagne est sur le point d’accoucher, il est sans travail, sans ressource, et il a déjà trois enfants qu’il ne sait comment nourrir. Mais je suis convaincue, et JC renforce ma conviction, qu’un autre type de rencontre est possible. Que pour que l’homme soit debout, il ne faut pas se rencontrer d’abord dans un échange d’argent.

JC est un peu différent des autres jeunes du foyer : il a eu un long temps à l’école, en famille, une acquisition de savoirs jusqu’à 15 ans. Beaucoup des jeunes que je côtoie n’ont pas eu cette sécurité, ils sont partis dans la rue très tôt. Avant 10 ans souvent. Alors un moment de paix autour des livres répond à leur soif d’apprendre, de comprendre, de découvrir le monde. C’est dérisoire, mais peut-être qu’il y a quelque chose de dérisoire dans l’essentiel. Peut-être que ces bouts d’enfance en sécurité que nous leur offrons seront des pierres repères dans leur construction intérieure. Peut-être que cela ne suffira pas. Peut-être que cela sera un début de socle sur lequel bâtir.

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Bibliothèque de rue avec des jeunes qui vivent à la rue en Haïti, photo François Phliponeau, ATD Quart Monde

Pour JC la solution est de « se prendre soi-même en charge, ne plus compter sur les gens. » Il parle d’un « changement d’attitude. » « On ne peut pas laisser tout le fardeau de notre existence sur les autres. On ne peut jamais miser sur une seule personne. » Pour lui, il y a des gens qui vivent seulement pour manger. Ils ont arrêté de rêver. Ce n’est pas une vie ça. Savoir que si tu fais un repas avec ce que tu as mendié aujourd’hui, tu attends demain. Ne plus avoir de rêves et d’ambitions… Pour lui, il faudrait que les jeunes bâtissent un projet, alors ils pourraient être soutenus pour un projet concret, de formation ou de micro entreprise. « Mais donner comme ça quand la personne vient pleurer, c’est négatif. Ça rend paresseux. »

C’est sans doute pour ça que je me suis sentie proche de lui tout de suite : chacun à notre façon, nous voulons faire rêver ces enfants pour qu’ils bâtissent leur avenir en ayant construit eux-mêmes leur propre rêve.

Peut-être aussi que pour certains des enfants et des jeunes qui sont dans une détresse terrible, la solution des 200 est la sécurité pour retrouver le chemin de l’école, puisque le foyer propose aussi pour ceux qui le souhaitent une école aux horaires adaptés à la vie dans la rue, et que nombreux sont ceux qui ont réussi comme ça à apprendre à lire, et à aller jusqu’au CEPE (Certificat d’Etudes Primaires Elémentaires, donné à la fin du CM2). Ce qui est sûr JC nous bouscule, et nous appelle à aller plus loin dans la rencontre, à chercher un chemin qui remette debout, digne et fier.

Un nouveau regard

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Blaise N.

Cameroun

J’ai partagé cette histoire avec les jeunes d’un Lycée Français à Yaoundé. Il s’agissait de leur parler des difficultés d’une jeunesse défavorisée au Cameroun. A la fin de mon exposé, j’ai été particulièrement touché par la réaction d’une jeune lycéenne.

J’ai rencontré ce jeune garçon âgé de 14 ans il y de cela six ans en prison. J’y faisais du soutien scolaire et j’étais aussi un relais entre les familles et ces jeunes détenus. Notre jeune ami était connu sous le pseudonyme de « Big heart » (gros cœur) à cause de son caractère difficile et de ses ambitions sans cesse démesurées. Big heart comme tous les mineurs de la prison était très intelligent. Cela m’ a emmené à m’intéresser davantage à lui afin de connaître son histoire. Pour cela il fallait créer une bonne dose de confiance pour avoir un peu de vérité de sa part. En prison ils ne vous diront jamais les vrais mobiles de leur condamnation. Il m’a affirmé qu’il avait été conduit en prison pour vol dans une boutique. Il a eu juste le temps de voler une boite de sardines et une barre de chocolat. Surpris par les cris de la population, il fut attrapé et battu sérieusement. Conduit dans un commissariat, il fut déferré en prison sans jamais être jugé. A l’époque des faits, il avait 12 ans et vivait chez son oncle…

Cette même année je décidai de le présenter à un examen (le certificat d’Études primaires) qu’il eût très brillamment. J’entrepris alors une action chez le juge afin qu’il soit libéré. Ce qui fut fait. A sa sortie de prison nous sommes allés rendre visite à sa famille. Sa maman vivait dans un village. Frappée d’une cécité, elle était aveugle à 36 ans. La famille de Big Heart vivait très pauvrement. Sa maman avait 4 enfants et Big heart en était l’aîné. Sa famille ne survivait que grâce à un petit champs tenu par sa grand mère derrière la maison. Elle n’avait jamais su que leur fils avait séjourné en prison alors qu’elle l’avait laissé chez un oncle pensant lui donner un avenir en ville…

Je rentrai très bouleversé de cette visite. Il me fallait alors trouver une famille d’accueil à mon jeune ami. Mon ambition étant de lui donner une scolarité normale.Toutes mes tentatives furent négatives. Les réactions des familles étaient les mêmes : « C’est dangereux! » « Ah non c’est un ancien prisonnier » « Non j’ai peur pour mes enfants…« Je fus obligé de le ramener chez son oncle contre le gré de Big Heart. Entre temps, j’étais appelé à d’autres obligations hors de mon pays.

Après trois semaines d’absence, je revins tout brûlant d’envie de revoir mon protégé. Je me rendis directement chez son oncle. Big heart n’était plus là. Sa famille non plus n’avait pas d’informations à son sujet. Je me rendis dans les postes de gendarmerie et dans les différents hôpitaux à sa recherche. Je ne le vis point.

Quelque temps après, je repris mes activités à la prison. Me rendant alors au quartier des mineurs, Big heart m’aperçut et se dirigea vers moi sans que je ne me rende compte. Je pouvais imaginer tous les scénarii sauf celui de revoir Big Heart à la prison. Pourtant c’était bien ce qui se déroulait. Le temps de réaliser que c’était Big heart qui s’avançait vers moi il se jeta sur moi et me serra très fort. J’étais sans voix. Il me regarde, sourit et me dit : « Écoute je vais tout te dire. Ne me pose pas de questions. Je suis à l’aise ici. Personne ne me jette un regard méchant, ne m’insulte pas et ne me rejette. Je suis en sécurité. En liberté c’était tout le contraire…Tout le quartier m’insultait. J’étais traité de voleur. Tous les parents demandaient à leurs enfants de ne pas jouer avec moi en leur disant que j’étais un dangereux criminel. Même dans ma maison, on ne m’a pas donné de lit. Je dormais sur le sol. Il m’était interdit de m’asseoir avec les autres enfants. Je n’avais pas de repas. Non ! c’était trop dur pour moi. Il fallait que je retourne en prison. C’est alors que j’ai décidé de voler dans un étalage de chaussures. J’ai pris juste un pied de chaussures et je me suis enfui. Face à la population qui me suivait, je suis allé me réfugier dans un poste de gendarmerie.Voilà, à cause d’un pied de chaussures, à cause du regard des hommes, du jugement des personnes je suis retourné en prison. Personne ne m’a rejeté ici. »

A la fin de ce témoignage une lycéenne prit la parole : « Je suis très touchée par ce témoignage car ce sont les personnes comme moi qui avons remis Big Heart en prison à cause de notre regard figé, rempli de préjugés et même parfois de haine. Dès aujourd’hui je prendrai la peine de me rapprocher de ces enfants en difficulté, de parler avec eux pour pouvoir mieux les comprendre. Mon regard va changer maintenant… »

Pour qu’ils continuent de vivre !

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Elda Garcia,

Guatemala/France

Joaquim était l’un des 4,9 millions de jeunes du Guatemala. Je l’ai rencontré par mon engagement en tant que professeur. Comme beaucoup de jeunes de mon pays, la vie ne lui a pas fait de cadeau. Dès le début, l’école était difficile pour lui. C’est pour cela que plusieurs fois je suis allé chez lui, afin qu’avec ses frères et quelques voisins, nous révisions les leçons. Il faut dire qu’aux difficultés de l’école s’ajoutaient les problèmes d’une vie difficile, qui touchent la famille et la communauté. Même avec tout le poids du quotidien, sa mère était là, consciente des besoins de ses enfants. Le jour où je venais, tout était prêt : la table, les cahiers, les crayons. Et elle était assise à côté de moi, attentive à ce que nous faisions.

Comment oublier ces jours-là ? S’ils étaient remplis de regards, de visages, de désespoir, de frustration, de luttes, d’amour, mais surtout de rêves. Oui, de rêves d’enfants, de parents et d’amis.

La vie des familles les plus pauvres est chaque jour plus difficile. Face à cette terrible réalité que beaucoup d’entre elles ont vécu, l’un des amis d’enfance de Joaquim me disait: « On aurait mieux fait de rester jouer aux billes ». Mais pourquoi vouloir arrêter le temps ? On ne peut pas comprendre quand on n’est pas témoins de la violence quotidienne qui sévit dans les quartiers, et quand, pour cette raison, il vaut mieux rester chez soi pour ne s’exposer aux inévitables surprises qui vous attendent dehors. Beaucoup de parents cherchent à protéger leurs jeunes de différentes manières : c’est triste à dire, mais souvent ça ne fonctionne pas! Rien n’arrête ce monstre de la violence, de la drogue, des gangs, de la prostitution. Si tu as quitté l’école sans rencontrer ensuite des opportunités qui te permettent d’avoir une vie meilleure pour le présent et l’avenir, le plus probable est de tomber dans leurs griffes.

Où est l’État? Quelles stratégies leur sont offertes pour la vie des jeunes puisse changer? Il est urgent que soit adoptée la Loi Nationale de la Jeunesse qui reconnaît les jeunes comme sujets de droit et qui leur donne accès à des conditions de vie digne.

Joaquím n’est plus là, mais des milliers de jeunes sont debout et s’opposent à cette violence, avec force, cherchant les chemins qui leur permettent de changer leur réalité, de continuer à rêver d’un avenir meilleur. A côté d’eux, leurs familles continueront leurs efforts de tous les jours. Nous ne cessons pas d’apprendre d’elles. Que leur courage soit la lumière dans notre engagement.

Article traduit du blog Cuaderno de viaje.

 

 

Misère 0 – Dignité 9

foot

Eiber Guarena et Beatriz Monje Barón,

La Paz, Bolivie

Bonne année 2016 à chacun et chacune, qu’elle soit l’occasion de rencontres fraternelles qui redonnent dignité à ceux qui souffrent de l’exclusion, comme Eiber avec les jeunes cireurs de chaussures des trottoirs de la Paz…

« Ces jeunes, je les ai trouvés un soir dans la rue, sous les effets de la drogue. J’ai pris beaucoup de risques pour pouvoir les rencontrer et les inviter à partager un match de football un jour de la semaine… Mais à mon grand étonnement, ils ont accepté ! »

C’est ainsi qu’Eiber Guarena débute le récit de ses matchs de football hebdomadaires. « Ce sont des jeunes cireurs de chaussures, des jeunes très pauvres, bien souvent issus de familles entières travaillant dans ce même secteur informel». Alors que je l’écoutais, les images de tous les enfants et de tous les jeunes que j’avais croisés lors de mes voyages à La Paz me revenaient. Tous ceux qui travaillaient à visage couvert, visibles à grand peine sur les trottoirs… « C’est pour ça que les jeunes cireurs de chaussures se couvrent le visage. Ronaldo, un de ceux qui vient jouer me disait « les autres nous voient comme des déchets dans la rue », explique Eiber.

Eiber est étudiant en architecture et allié d’ATD Quart Monde en Bolivie. Toutes les semaines, il rejoint le Secrétariat Tapori hispanophone pour répondre aux lettres envoyées par les enfants du monde qui, tout comme Eiber, n’acceptent pas non plus l’injustice de la misère. Tout comme les enfants Tapori, Eiber a également trouvé un chemin d’engagement personnel extraordinaire. Il a su courageusement créer les conditions propices à une rencontre vraiment humaine, un vrai face-à-face entre jeunes, de matchs en matchs : « Je me suis approché d’eux avec l’espoir qu’un jour je les verrais partager quelque chose de sain et de salutaire, comme c’est le cas du sport. Et aujourd’hui, je suis content que nous nous réunissions sur le terrain pour jouer au football tous les jeudis après-midis. Ce qui, j’ose dire, est une des choses les plus belles que nous pouvons vivre en tant qu’êtres humains. » Les mots de Ronaldo me reviennent encore : « Oui, les autres nous voient comme des déchets dans la rue, mais nous sommes heureux de pouvoir rencontrer des personnes qui nous aiment comme nous sommes, et de qui nous pouvons apprendre ».

Eiber continue à parler de ses motivations : « Si je peux aider quelqu’un, je dois le faire, et ce qui constitue ma plus grande satisfaction, c’est ce bonheur procuré par tous ceux qui sont bien souvent retirés de la société ».

J’ai tout de suite pensé que je voulais partager avec les autres ce débat avec Eiber, la profondeur de ce geste, l’émerveillement de ce match hebdomadaire DIGNITÉ contre MISÈRE. J’ai demandé à Eiber d’écrire l’essentiel en quelques phrases et son autorisation pour les réutiliser. Vous les avez lues ici. Et il n’y a pas de doute : et GOOL de Dignité ! Quel match ! Tous les jeudis, en plein centre de La Paz, la dignité l’emporte contre la misère ! 0-9, résultat historique.

Oserons-nous participer à la Coupe du Monde ?

 

La poésie, la peinture, chemins pour se dire

Parfois les jeunes n'écoute pas les conseils de leurs parents et prennent d'autres chemins comme celui de la délinquance. Les livres représentent nos rêves et le désir d'apprendre

Par manque de conseils -Peinture de Daniela, 14 ans, Guatemala. « Parfois les jeunes n’écoutent pas les conseils de leurs parents et prennent d’autres chemins comme celui de la délinquance. Les livres représentent nos rêves et le désir d’apprendre. »

Nathalie Barrois,

Guatemala

Dire le quotidien
Se découvrir le pouvoir
De se regarder dans un miroir
Peindre pour émouvoir

Sortir du quotidien
Avec d’autres réfléchir
Penser aujourd’hui et l’avenir
Écrire pour se dire

Ces quelques vers de ma propre inspiration pour vous transmettre combien les jeunes du projet « Jeunes artistes et artisans de la paix » d’ATD Quart Monde m’ont touchée. Ils vivent dans un bidonville, étudient souvent sans livres, parfois à la lumière d’une bougie. Chaque jour trouver de quoi vivre, aider ses parents en poussant la brouette, en vendant au porte à porte. Et espérer que la maladie avec ses frais médicaux impossibles ne viendra pas rompre ce fragile équilibre. Bien sûr les copains, les voisins. On tourne en rond, entre rêves et tentations. Une violence sourde que rehausse le passage de la police : pour qui, pour quoi ?

Et puis voilà qu’un espace s’ouvre…

Ils sont rentrés dans notre proposition, que ce soit à travers l’écriture de poésie, ou par le biais de la peinture. Se référant à notre thème « une éducation digne, sans exclusion », ils ont pu exprimer leur rêves pour demain, partager leur expérience.

Avec à la clé une exposition de peintures et une matinée de Récital poétique à l’occasion de la Journée mondiale du refus de la misère. Ils se sont sentis écoutés, attendus, reconnus…

Pouvoir se dire et la reconnaissance de l’autre font sentir qu’un autre chemin que le silence étouffant peut être possible pour demain. Appel à prendre son avenir en main.

Puissions-nous créer partout de ces espaces, dans nos quartiers, nos communautés, nos maisons…

MA LIBERTE
Auteure: Dalia 13 ans.

Liberté pour jouer et sourire
Liberté pour vivre le bonheur
dans l’école et ailleurs

Nous sommes libres pour recevoir une éducation
Nous sommes libres d’être de différentes couleurs
et de différents lieux

Personne ne peut nous nommer indigène ou nègre
Nous sommes libres et égaux.

Mon avenir dépend de ce que tu penses toi
Mon avenir est liberté sans mauvais traitements
Mon avenir et ma liberté, comme l’arc-en-ciel.

Parfois il n'y a pas de possibilité pour étudier par manque d'argent. Certains doivent travailler pour pouvoir étudier. Mais ils ne peuvent mettre en pratique ce qu'ils étudient. Les livres devraient être pour tous. Mais il y a ceux qui ne les prêtent pas. Emeldis, 18ans

Éducations Perdues -Emeldis, 18 ans « Parfois il n’y a pas de possibilité pour étudier par manque d’argent. Certains doivent travailler pour pouvoir étudier. Mais ils ne peuvent mettre en pratique ce qu’ils étudient.

Yeison Antonio, 17 ans

Education dans la paix et la liberté -Yeison Antonio, 17 ans
« Il faut avoir l’espérance qu’à partir de l’éducation tu peux atteindre ton projet . Il faut aussi la paix »

 

La géographie de l’échec scolaire

echecscolaire

Pascal Percq, France

 

« Le jour de la rentrée, les enfants sont beaux. Les parents se sont ingéniés à les habiller de neuf pour dire tout l’espoir qu’ils mettent dans une nouvelle année qui commence » écrit Martine, militante en Normandie. Ce jour « heureux » de la rentrée est souvent suivi hélas de grandes désillusions.

En France, cette année, deux accrocs importants marquent cette rentrée scolaire : la réforme des rythmes scolaires et l’accueil de tous les enfants. Sur les rythmes scolaires : thème polémique, on observe deux aspects, l’un, positif qui favorise l’accès à certaines pratiques pour des enfants de familles à faibles ressources et l’autre, négatif, qui accentue les inégalités d’une commune à l’autre. Sur la scolarisation de tous les enfants, on constate que le consensus national sur « l’école pour tous avant 16 ans » est largement entamé par le sort fait aux enfants Roms dont plus de la moitié ne sont pas scolarisés souvent en raison d’obstacles placés par les maires sur le chemin de l’école, dissuadant les parents de pouvoir les y inscrire.

Revenons sur les inégalités permanentes.

Dans une récente étude publiée cet été, le Ministère de l’Éducation nationale dresse une « géographie de l’école » qui souligne le lien entre les territoires et le niveau de formation 1. Celui-ci n’est pas sans rapport entre l’élève et son environnement plus ou moins propice à la réussite scolaire. L’étude prend en compte quatre indicateurs : l’environnement économique et social, le contexte scolaire, les moyens et les ressources humaines, les parcours scolaires et les résultats. Affinée au niveau cantonal, l’analyse porte sur sept autres variables de conditions de vie : le niveau du revenu, le taux de chômage, la précarité de l’emploi, le niveau de diplôme des parents, le taux de familles monoparentales et de familles nombreuses ainsi que les conditions de logement.

Le résultat est impressionnant. Alors que les détracteurs de la réforme des rythmes scolaires critiquent des inégalités dans les activités périscolaires laissées à la charge des communes, la lecture de cette étude confirme que de multiples inégalités à l’école existaient déjà, illustrées au niveau de la trentaine d’académies, des régions, des départements ou des cantons. Tous les élèves n’ont pas les mêmes probabilités de décrocher leur bac, ou de se retrouver en échec scolaire, suivant leur lieu d’habitation, leur milieu socio-économique et leur structure familiale.

On apprend par exemple que la proportion d’élèves en retard à l’entrée en sixième s’échelonne entre 8 % et 47 % (la Guyane). Dans les académies de Grenoble et de Besançon, elle est en moyenne inférieure à 10,5 %. Dans celles d’Amiens et de Reims, elle se situe entre 12 % et 15 % et. Le risque de terminer sa scolarité sans aucun diplôme varie du simple au triple. À Paris, environ 5 % des jeunes de 18 à 24 ans ont terminé leur cursus sans diplôme en 2010. En Corse, ils sont plus de 15 %. Le taux de réussite au bac est inférieur à 90 % dans l’académie d’Amiens et d’Aix-Marseille, supérieur à 93 % dans celle de Grenoble. Plus des trois quarts des nouveaux bacheliers s’inscrivent dans l’enseignement supérieur à Paris et Versailles, moins de 65 % à Grenoble, Nantes, Poitiers.

Cette étude du ministère, bien comprise, ne doit pas être considérée comme les « zones à éviter » (sic !) mais au contraire comme une « feuille de route » pour tous les acteurs de l’éducation. Et parmi ceux-ci on n’oubliera pas d’inclure ni les élèves, ni les parents y compris ceux des milieux défavorisés. C’est avec eux que pourra être imaginée cette « école de la réussite de tous les enfants ».

Cette carte de l’échec scolaire est en quelque sorte l’aveu de faiblesse d’un système scolaire en cours de rénovation mais aussi la carte des défis à relever par tous les acteurs de l’école, qu’ils soient enseignants, responsables politiques, locaux ou nationaux. On rêve d’une prochaine livraison du même Ministère qui nous donnerait à voir la carte des réussites scolaires et pédagogiques dans le pays, car elles existent !

 

 

« Reporters de paix »

fresque Bangui-Mpoko

fresque Bangui-Mpoko

J’ai le privilège, avec quelques autres, d’être le destinataire de récits de vie quotidienne d’amis vivant aujourd’hui à Bangui (Centrafrique) au cœur de la tourmente qui sévit et ravage ce pays depuis plus d’un an (http://centrafrique.atd-quartmonde.org/)

Qu’ils soient Centrafricains ou non, ils côtoient tous les jours la violence. Et pourtant tout au long de ces longs mois de souffrance je ne les ai jamais sentis abattus.

Des moments difficiles, ils en vivent en permanence. Confrontés à la guerre interne, à ce souffle qui ravage villes et villages, plus terrible qu’une tornade, dans ce climat de haine, ils protègent de leurs mains la petite lueur d’humanité qui résiste, ils survivent tels des « héros du quotidien » qu’ils se défendent d’être, mais surtout ils apportent à leur entourage immédiat une leçon de courage et d’espoir.

Nous sommes bouleversés souvent à la lecture de leurs récits, teintés parfois de cet humour propre aux survivants qu’on a pu capter naguère chez les rescapés des camps de la mort. Emus par leurs mots, par ce qu’ils vivent de terrible. Et l’on se doute bien qu’ils ne nous disent pas tout pour ne pas nous effrayer de leurs manques, de leurs effrois, et de leurs difficultés.

Leur propos n’a rien à voir avec les dépêches et articles des « reporters de guerre » des rares médias qui s’intéressent encore à la Centrafrique. Eux seraient plutôt des « reporters de paix ».

Car ce qu’ils tiennent avant tout à nous transmettre, ce qui les tient debout, ce sont tous ces petits gestes de solidarité dont ils sont les témoins.

C’est par exemple cet homme qui revient dans son quartier et découvre un vieil homme dans le plus grand dénuement dont la maison a été détruite. Avec quelques jeunes ils reconstruisent sa maison. C’est ce geste protecteur d’une femme chrétienne à l’égard d’une jeune femme musulmane alors que partout on nous dit qu’ils ne peuvent plus vivre ensemble…

Ce sont ces jeunes gens qui se forment et s’organisent pour porter aux enfants réfugiés dans les camps, le sourire, le temps de leur raconter une histoire, de lire un livre, de créer des images, de chanter ou de jouer ensemble.

C’est aussi le partage des nouvelles. A Bangui, chaque jour, les habitants inventent leurs réponses. Et celle qui vient spontanément c’est être en lien avec d’autres, avoir des nouvelles des autres, loin ou proches. C’est cela qui vous donne du courage, de la joie et de la force pour continuer à croire qu’il y aura un demain meilleur. S’informer, c’est exister, c’est résister. Se soucier des autres. Tenir le coup ensemble même quand on a été séparé par les évènements. Et la famille reste bien le lien, le ciment sacré entre tous.

Les initiatives existent. Ainsi, récemment quatre jeunes, Antoine, Hector, Jean et Daniel, qui avaient participé à un travail d’écriture et produit un DVD « Enfant du monde, tends moi la main » ont décidé de l’utiliser. Ils l’avaient enregistré et tourné dans de nombreux lieux de vie avec le concours d’autres animateurs, d’enfants et de parents de Bangui et alentours. Il y a quelques jours, ils ont organisé une tournée dans les quartiers où des enfants avaient participé à ce DVD pour redonner la fierté et enthousiasme. Ils ont ensuite travaillé avec les enfants et les jeunes sur des affiches et une banderole et sont partis dans les quartiers afin de rencontrer leurs chefs de quartier, les parents, d’autres jeunes animateurs pour récolter des idées pour un après midi festif. Avec les enfants de plusieurs quartiers, ils ont alors préparé un sketch sur la paix.

Nos amis de Bangui nous disent que ces échanges avec nous constituent pour eux un réel soutien. Qu’ils sachent que pour nous, leurs mots sont autant de signes de vitalité, d’espoir pour vaincre cette violence. Ils démontrent qu’il n’y a pas de fatalité du mal.

Ils renforcent cette conviction que la paix reviendra et que ces petits gestes d’aujourd’hui, posés au cœur de la tourmente, sont autant de petits cailloux pour construire cette paix qu’ils attendent et qu’ils méritent tant. Ce sont des artisans de paix. Et avec eux, on y croit.

Comme le confie Grâce : « En ce moment, on sent la fumée de la paix, mais on voit pas encore la lueur du feu ! Il faut qu’on se mette ensemble et qu’on parle. Tout homme a des droits et des devoirs ».

 

Pascal Percq – France

Il vient d’avoir 17 ans.

jeune en prisonJohn est incarcéré depuis décembre. Il a eu  17 ans en février. Son premier fils est né en janvier. Voilà comment sa mère me donne de ses nouvelles. Elle explique comment son arrestation s’est faite sur un « malentendu » : John travaillait à récupérer de la ferraille. En revenant à la maison, un bus de la ville subissait une agression : la police a pensé qu’il faisait partie de la bande. Sa maman sait que John n’est pas un ange : il a déjà eu des problèmes avec la justice. Mais cette fois-ci, elle y est allée et a vu comment ses vêtements étaient encore salis de son travail de la matinée. Il n’étudie plus depuis deux ans. Il n’arrive pas à trouver de travail. Il vit avec sa compagne de 14 ans depuis l’année dernière.

La gorge serrée, sa mère décrit ses visites au centre de détention. La manière dont les visiteurs doivent se dénuder par groupe de 5 pour des raisons de sécurité. L’impossibilité de partager des photos, notamment de son fils qui vient de naître. L’obligation de fournir les uniformes exigés par cette prison pour mineur qui impose les couleurs de vêtements en fonction d’une supposée appartenance à un gang. Malgré ces violences et ces humiliations, cette mère confie son soulagement : « au moins, il ne s’est pas fait tuer. J’ai un lieu où je peux lui rendre visite une fois par semaine ».

Au Guatemala, 745 864 jeunes de 13 à 24 ans ni ne travaillent ni n’étudient. On les appelle les NiNis. Ce terme a été inventé au Royaume-Uni à la fin des années 90 et a ensuite été beaucoup utilisé en Espagne. En Europe, ce concept s’applique aux jeunes qui ne trouvent pas de travail  et qui peuvent étudier mais qui décident de ne pas le faire. Au Guatemala, c’est une autre situation : le système ne les intègre pas. Les jeunes s’inscrivent dans la survie à travers le travail informel, des activités illicites ou le travail domestique.

Ces jeunes portent sur leurs épaules la dette dont leurs parents n’ont pu s’acquitter : améliorer les choses pour la génération suivante.

Au Guatemala, les jeunes ne sont pas employés dans le cadre de conditions de travail formelles  comme dans d’autres pays de la région. Ils ne sont pas déclarés et ne bénéficient donc pas des prestations de la sécurité  sociale. Dans un pays où 70% des jeunes vivent en condition de pauvreté – privation de plusieurs droits comme l’éducation, la santé – s’intégrer au marché de l’emploi « digne » et avoir accès à une éducation de qualité représentent un effort surhumain.

Depuis deux ans, John et moi avons eu l’occasion d’échanger à plusieurs reprises. Je ne sais pas quelle situation est la plus difficile pour lui : être le témoin de la souffrance de sa famille (l’incendie de leur maison, l’incarcération de son père, la médisance de nombreux voisins, l’absence d’accès à l’éducation pour ses deux frères adolescents…) ou le manque de perspective pour sa propre vie ? Comment décrire cette émotion partagée lorsque nous découvrions ensemble que nous allions chacun devenir père pour la première fois, alors que plus de 16 ans nous séparaient. N’est-ce pas le moyen qu’a trouvé John pour ne pas se laisser enfermer dans cette condition de NiNi. Le petit garçon, ce fils que John ne connaît pas encore, est le signe fort de sa volonté d’être dans la vie.

 

Romain FOSSEY – Guatemala