Droits de l’enfant et de la famille à Bukavu et à Ouagadougou

Les enfants animent des émissions à la radio

Les enfants animent des émissions à la radio

René MUHINDO

Ouagadougou, Burkina Faso

Depuis 2006 mon association (les Amis d’ATD Quart-Monde) m’a permis d’être en lien avec des enfants et les familles ayant connu la grande pauvreté. Elle trouve des façons simples d’agir pour que ceux-ci jouent un rôle primordial dans la promotion des «droits de l’enfant ». Les animateurs impliquent les enfants et les familles dans les actions qui créent des conditions de « réussite » et d’ « épanouissement » pour tous les enfants. Ils accordent à ces derniers une place de premier choix dans le débat.

Tous les mardis, les enfants sont réunis autour des activités de « partage des savoirs » qui permettent à chacun de partager sa connaissance et sa solidarité avec les autres. Selon le cas, ils font des pièces de théâtre, des sketchs, chants, activités de dessin et participent à des émissions radiodiffusées ouvertes à tous les enfants. Parfois aussi les animateurs sont impliqués dans les campagnes de sensibilisation contre certaines maladies dans la communauté – la poliomyélite, la rougeole, le paludisme -…

Un dimanche lors d’une émission radiodiffusée, Justin Byamungu, l’un des animateurs de l’émission, demande aux enfants de parler de ce dont ils avaient le plus besoin pour apprendre à l’école. Un enfant répond : Lorsque nous apprenons ensemble, l’apprentissage se fait vite. Nous nous encourageons mutuellement et nous nous sentons plus forts. Partout dans le monde, personne ne peut apprendre seul. Tout le monde a besoin de quelqu’un pour connaître.”

parents RDC

Avec les parents, les rencontres ont lieu une fois par mois. Après le partage de nouvelles, les  parents se questionnent sur les conditions de réalisation et de réussite de l’éducation de leurs enfants. Souvent ils disent : « il est difficile que tous les droits d’un enfant vivant dans une famille pauvre soient respectés. Les parents savent que leurs enfants ont droit à une nourriture saine et équilibrée, qu’ils doivent s’habiller, qu’ils doivent aller à l’école… Mais si la famille n’a pas les moyens, certains de ces droits restent difficiles à réaliser ».

Je suis à Ouagadougou depuis Septembre 2014. J’ai appris qu’en février les acteurs de différents milieux éducatifs (parents des familles ainsi que les représentants des institutions sociales et politiques…)  ont réfléchi sur les conditions d’une réussite éducative pour tous les enfants. Pendant le séminaire, un parent a dit : « un jour ma fille m’a dit : – papa, on m’a dit à l’école que j’étudie pour rien et que je n’aurai jamais mon certificat parce que mon papa est pauvre. Il vide les WC, il fait des cordes pour les vendre-».

A partir de ça, les participants ont formulé la 5ème des 8 recommandations pour la réussite éducative pour tous, fondée sur la coopération entre tous les acteurs. Elle stipule : « mettre fin à la discrimination et à la stigmatisation subies par les enfants pauvres et leurs parents ».

Le 20 Novembre 2014, en ce 25ème anniversaire de la Convention Internationale des droits de l’enfant, je pense à ces familles en quête des droits de leurs enfants. Et toi ?

 

Le glas sonne pour ces enfants de la misère

Maria Victoire, Côte d’Ivoire

Tandis que l’UNESCO dénonce la non-scolarisation de millions d’enfants dans le monde,

tandis que L’ONU travaille d’arrache-pied à l’évaluation des Objectifs du Millénaire pour réduire la pauvreté en ne « laissant personne de côté » et assurer une « éducation de qualité » pour tous,

tandis que la Banque Mondiale finance 19 « centres d’excellence africains », à hauteur de 150 millions de dollars destinés à aider à la transformation de l’enseignement scientifique et technologique de sept pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale,

tandis que bat son plein la campagne menée par des Agences de l’ONU et des ONG pour dénoncer l’exploitation et les violences faites aux enfants en mobilité, qui quittent leur village pour étudier en ville mais se retrouvent à la rue, victimes d’institutions peu scrupuleuses,

le petit Kouadio Koffi, 10 ans, la tête entre ses mains crie, « je suis fatigué, je ne me sens pas bien ! ».

Et comme en réponse aux cris de Kouadio, le PAM (Programme Alimentaire Mondial) annonce la fermeture de son bureau à Bouaké faute de fonds, entraînant celle de nombreuses autres organisations qui dépendent du PAM !

Kouadio arrive tôt le mercredi matin pour participer à l’activité des enfants, il est toujours à l’heure et attend ses petits camarades. Il chante, il joue avec les autres et personne ne remarque qu’il est malade.

Il a échoué trois fois son CE1 et cette année on l’a renvoyé de l’école. Il n’est admis nulle part et à la rentrée lorsqu’il verra ses camarades aller à l’école, lui restera à la maison avec sa tante qui a sa garde. Il en pleure déjà. La maman de Kouadio est morte de VIH ainsi que son père. Kouadio et sa tante ne sont pas épargnés par cette maladie contagieuse qui décime toute une partie de la population en Côte d’Ivoire et d’autres pays d’Afrique.

Kouadio a soif d’apprendre, mais sa maladie empire de jour en jour. Il ne sait pas pourquoi il doit prendre autant de médicaments, pourquoi on l’a mis à la porte de l’école ni pourquoi il n’arrive pas à apprendre. Il n’a peut-être pas longtemps à vivre. Qui se soucie de Kouadio ? Il risque de mourir bientôt comme tant d’autres enfants et adultes qui subissent le même sort à cause de la misère.

Combien de projets mis en œuvre pour les plus pauvres s’arrêtent subitement faute de fonds ou à cause d’un désengagement politique, sans consulter les personnes qui se retrouvent ainsi privées de l’accès à leurs droits ? Qui délivrera désormais les médicaments salvateurs pour Kouadio ?

Les instances internationales auraient pu trouver mieux que de s’en aller pour soutenir les familles vivant dans la pauvreté et défendre les droits de l’homme et de l’enfant, qui sont pour tous sans discrimination.

Le glas sonne constamment pour ces millions d’enfants vivant dans la misère, et plus encore quand les institutions internationales ferment leurs portes.

 

LES ENFANTS « EN MOBILITE »

Le 16 Juin, c’était la journée de l’Enfant Africain. Des milliers d’enfants ont défilé dans les rues de Bouaké en Côte d’Ivoire et ailleurs pour dire « Non à la discrimination, non à la grossesse des jeunes filles en milieu scolaire, non à la mobilité et à l’exploitation des enfants.» Mais aussi : « oui  à une éducation gratuite de qualité pour tous »

Des ONG mènent depuis des mois des campagnes de sensibilisation contre la grossesse des jeunes filles en milieu scolaire, la mobilité et l’exploitation des enfants en Afrique.

Depuis plusieurs mois l’ONUCI (l’Organisation des Nations Unies en Côte d’Ivoire), les autorités ivoiriennes, les chefs religieux des pays limitrophes (Burkina Faso et Mali) mènent une campagne « musclée » contre ces fléaux.

Il s’agit de détecter ces enfants déplacés par la force des choses de leur pays ou de leur village pour être « offerts » à des parents proches ou des institutions comme ici à Bouaké dans une école Coranique dans l’espoir qu’un jour leur enfant deviendra un marabout. Mais sur deux cents enfants il se peut que seulement cinq d’entre eux deviennent marabouts et les autres se retrouvent à la rue en train de vendre des boites de mouchoirs ou des cure-dents ; certains sont dans les champs de Cacao ou certains sont devenus tisserands. Souvent malheureusement, ces enfants s’adonnent à la drogue ou à la prostitution.

Un membre d’une ONG raconte comment ils mènent ces campagnes : « Nous identifions les enfants en danger et ensuite nous les mettons dans les familles d’accueil pour qu’ils bénéficient du soutien de cette famille. Nous tenons compte de l’origine ethnique de l’enfant pour que celui-ci puisse être intégré et ne perde pas ses racines. On recherche sa famille pour que celle-ci sache où se trouve l’enfant et si l’enfant souhaite rentrer dans sa famille. On le soutient ensuite dans son projet de vie. Ce sont les enfants eux-mêmes qui choisissent les métiers qu’ils souhaiteraient apprendre, en collaboration avec les travailleurs sociaux. »

Mais ces enfants, habitués à la mendicité ou à la rue, reviennent souvent en ville car la misère de leurs parents au village les accule à y retourner. C’est pourquoi dans la ville de Bouaké on voit des jeunes qui continuent à vendre des boites de mouchoirs, des pneus de voiture, ou des filles qui vendent des oranges ; Igname, bananes à longueur de journée.

Il ne s’agit pourtant pas d’accuser les parents !

Quand est-ce que nos autorités et institutions comprendront que la lutte contre la grande pauvreté est la base de la protection des enfants ?

Il existe des projets bien construits pour la protection des enfants, afin que ces enfants puissent vivre pleinement leur vie et s’insérer dans la société et dans leur famille d’origine. Mais combien d’enfants peuvent en bénéficier ? Les budgets sont souvent minimes ; parfois le financement n’est pas renouvelé d’année en année.

Attention : il existe des enfants qui soutiennent leurs parents dans leurs petits commerces ou dans leurs champs. Comme disait le petit Mory lors de sa prise de parole dans la célébration de cette journée : «Nos parents ne nous obligent pas à vendre avec eux ou à aller aux champs ; c’est par respect et par amour pour nos parents que nous les aidons parce que c’est eux qui nous nourrissent. »

En écoutant les interventions lors de cette rencontre, beaucoup d’enfants ne comprenaient pas ce que disaient les grands dans leur désir de les protéger. Mais certains ont quand même entendu des choses ; ainsi le petit Wilfried raconte : « ils ont aussi parlé de l’Education pour Tous, ». Il rigolait un peu en ajoutant « ils sont des menteurs car l’éducation n’est pas gratuite ! Si tes parents ne payent pas la cotisation annuelle, on te chasse de la classe.»

Le président de la LIDHO (ligue des Droits de l’Homme de Côte d’Ivoire) disait lors d’une conférence-débat le mois dernier : « Il faut que nos Etats pensent un peu plus loin pour ouvrir d’autres infrastructures dans toutes nos communes pour vraiment donner accès à l’éducation à TOUS les enfants »

Ce que Wilfried nous dit aussi, c’est que si les institutions ou les gouvernements veulent vraiment protéger les enfants, « il faut écouter nos parents ! ». Parce que Wilfried qui vit dans la précarité, sait très bien que ses parents veulent son bonheur.

 

Maria Victoire – Bouaké – Côte d’Ivoire

Le mythe d’une éducation pour Tous !


L’UNICEF proclame le droit à une éducation de qualité pour tous les enfants selon la Déclaration des Droits de l’Homme.  Mais bien que les droits existent, ils ne sont pas applicables car des millions d’enfants en âge de fréquenter l’école dans les pays en développement grandissent en marge de l’éducation de base.

57 millions d’enfants d’âge primaire ne sont pas scolarisés dans le monde, les filles en constituent la grande majorité d’après le rapport de l’UNESCO élaboré en consultation avec plusieurs partenaires dont l’UNICEF.

Beaucoup d’enfants ont raté leur éducation à cause des fragilités dues aux conflits et de la grande pauvreté. Nous ne pouvons plus regarder tourner les pages des calendriers et permette un tel gaspillage. Nous ne pouvons plus être témoins d’un tel gâchis.

Les institutions gouvernementales et non gouvernementales – quel que soit le pays riche ou pauvre, développé ou non développé – continuent à laisser les enfants pauvres rester analphabètes.

Les enfants vivant dans l’extrême pauvreté se retrouvent dans la rue dès leur plus jeune âge au lieu d’apprendre pour un avenir meilleur, pour sortir leur famille de la pauvreté.

Beaucoup de facteurs font que l’enfant n’est pas à l’école. Parfois les parents ne peuvent pas inscrire leurs enfants faute  d’acte de naissance.  Pendant la période de guerre en Côte d’Ivoire et dans d’autres pays d’Afrique beaucoup d’enfants ont manqué l’école. L’été dernier une vingtaine d’enfants à Bouaké se sont inscrits dans l’école de leur localité et il y a des milliers et des milliers qui n’ont même pas pris le chemin de l’école.  Les parents se battent pour que leurs enfants puissent avoir une place dans l’école. Myriam n’a pas pu faire sa rentrée faute de bancs et de tables.  Où va-t-on ? Quel avenir pour une éducation pour Tous ? Comment peut-on dire à un enfant il y a une place pour toi et à un autre il n’y a pas de place faute de banc ?

Les directeurs d’écoles ne savent plus quoi faire pour donner une place aux enfants. Mr. Didoba inspecteur de l’éducation à Bouaké parle du manque d’effectifs dans les écoles et combien c’est difficile pour satisfaire à la fois les demandes des parents et les instituteurs qui travaillent avec peu de moyens. Parfois les instituteurs ne sont pas payés pendant des mois. Il disait : « la crise a tout gâté, nous n’avons pas assez de classes pour tous les enfants. Nous n’avons pas assez d’argent pour le fonctionnement des écoles. Les parents sont aussi négligents, lorsque nous leur disons de venir inscrire les enfants ils ne viennent pas. Et puis le COGESE (c’est le groupe parents-élèves qui a pris une part de responsabilité en construisant des écoles dans leurs quartiers) ne fait plus rien. »

« Il ne suffit pas d’inscrire l’enfant à l’école, il faut aussi faire un suivi de l’enfant pour qu’il ne s’absente pas car durant la saison des pluies l’enfant ne va pas à l’école car il doit aller soutenir les parents dans les champs », témoignait Martin directeur de projet d’une association pour le droit de l’enfant.

Il est 8 heures du matin, pendant que d’autres enfants dans leur uniforme prennent le chemin de l’école, Mamadou, 8 ans part travailler dans son habit tout noir de cambouis. Il se qualifie tout fièrement « Moi je suis mécanicien de moto ! » Quel avenir pour Mamadou ! Il n’a même pas le temps de jouer avec les enfants de son âge. Il assure déjà sa responsabilité de travailleur et sera sûrement un mécanicien qualifié en gagnant sa vie à 18 ans. Il n’aura pas appris à lire, à écrire et à compter. Il sera compté parmi les analphabètes. Ses parents disent « Au moins il pourra gagner sa vie en étant mécanicien. » . Beaucoup de parents vivant dans des situations précaires voient leurs enfants apprendre un métier dès leur plus jeune âge plutôt que d’aller s’asseoir sur les bancs de l’école « où ils n’apprennent rien de bon » disent-ils ! Ils n’ont plus confiance dans une éducation de qualité pour leurs enfants.

Le problème du chômage s’ajoute à cela car les jeunes qui se retrouvent sur le marché du travail après leurs études tertiaires ne veulent plus opter pour devenir enseignant puisque c’est la « crève misère » en Afrique. Il y a des professeurs qui font deux emplois pour subvenir aux besoins de leur famille. Il y en a même qui ne sont même pas payés durant ces années de crise. « Dans les années à venir l’Afrique serait en crise dans le domaine de l’éducation à cause d’un manque d’enseignants » témoignait Tieu un jeune universitaire.

Si la Déclaration des droits de l’homme proclame une éducation de qualité pour Tous, pour des milliers de familles vivant dans la pauvreté cela reste un mythe car l’école continue à créer des analphabètes parmi les leurs.

La vision de l’éducation consacrée dans la Convention des droits de l’enfant et dans d’autres instruments des droits de l’homme reconnaît le droit à l’éducation comme le fondement de la pratique de la citoyenneté démocratique.

La révolution de l’éducation s’appuie sur deux éléments –  proclame l’UNICEF – l’accès à un enseignement de qualité et une approche fondée sur les droits de l’enfant.

Pour que l’éducation ne reste pas un mythe il faut appliquer les droits à l’éducation pour Tous. Il faut qu’il y ait une volonté politique et les ressources requises pour faire bénéficier tous les enfants du monde surtout les enfants vivant dans l’extrême pauvreté d’une éducation de qualité pour un avenir meilleur.

 

Maria VICTOIRE – Côte d’Ivoire