Le glas sonne pour ces enfants de la misère

Maria Victoire, Côte d’Ivoire

Tandis que l’UNESCO dénonce la non-scolarisation de millions d’enfants dans le monde,

tandis que L’ONU travaille d’arrache-pied à l’évaluation des Objectifs du Millénaire pour réduire la pauvreté en ne « laissant personne de côté » et assurer une « éducation de qualité » pour tous,

tandis que la Banque Mondiale finance 19 « centres d’excellence africains », à hauteur de 150 millions de dollars destinés à aider à la transformation de l’enseignement scientifique et technologique de sept pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale,

tandis que bat son plein la campagne menée par des Agences de l’ONU et des ONG pour dénoncer l’exploitation et les violences faites aux enfants en mobilité, qui quittent leur village pour étudier en ville mais se retrouvent à la rue, victimes d’institutions peu scrupuleuses,

le petit Kouadio Koffi, 10 ans, la tête entre ses mains crie, « je suis fatigué, je ne me sens pas bien ! ».

Et comme en réponse aux cris de Kouadio, le PAM (Programme Alimentaire Mondial) annonce la fermeture de son bureau à Bouaké faute de fonds, entraînant celle de nombreuses autres organisations qui dépendent du PAM !

Kouadio arrive tôt le mercredi matin pour participer à l’activité des enfants, il est toujours à l’heure et attend ses petits camarades. Il chante, il joue avec les autres et personne ne remarque qu’il est malade.

Il a échoué trois fois son CE1 et cette année on l’a renvoyé de l’école. Il n’est admis nulle part et à la rentrée lorsqu’il verra ses camarades aller à l’école, lui restera à la maison avec sa tante qui a sa garde. Il en pleure déjà. La maman de Kouadio est morte de VIH ainsi que son père. Kouadio et sa tante ne sont pas épargnés par cette maladie contagieuse qui décime toute une partie de la population en Côte d’Ivoire et d’autres pays d’Afrique.

Kouadio a soif d’apprendre, mais sa maladie empire de jour en jour. Il ne sait pas pourquoi il doit prendre autant de médicaments, pourquoi on l’a mis à la porte de l’école ni pourquoi il n’arrive pas à apprendre. Il n’a peut-être pas longtemps à vivre. Qui se soucie de Kouadio ? Il risque de mourir bientôt comme tant d’autres enfants et adultes qui subissent le même sort à cause de la misère.

Combien de projets mis en œuvre pour les plus pauvres s’arrêtent subitement faute de fonds ou à cause d’un désengagement politique, sans consulter les personnes qui se retrouvent ainsi privées de l’accès à leurs droits ? Qui délivrera désormais les médicaments salvateurs pour Kouadio ?

Les instances internationales auraient pu trouver mieux que de s’en aller pour soutenir les familles vivant dans la pauvreté et défendre les droits de l’homme et de l’enfant, qui sont pour tous sans discrimination.

Le glas sonne constamment pour ces millions d’enfants vivant dans la misère, et plus encore quand les institutions internationales ferment leurs portes.

 

L’été bleu et l’été noir

 

 

La sieste - Van Gogh

La sieste – Van Gogh

En ces jours, où bien des amis me parlent de leurs projets de vacances pour cet été – de partir un peu pour reprendre souffle – je n’arrête pas de penser à Jean-Noël.

Une amie engagée avec des prisonniers me disait dernièrement : « Dans nos prisons en Europe la majorité des gens sont des gens de la pauvreté.» Et Jean-Noël, en fait partie. Oui, souvent la cause de l’enfermement ce sont de petits délits, des vols, en lien avec la survie. Puis, quand c’est plus grave, quand le désespoir s’installe, c’est la violence dans les moments noirs…

Une autre amie, me raconte avec passion comment elle a créé de petites bibliothèques dans trois prisons en France. Un peu comme des îlots de paix. Les prisonnières y venaient pour y vivre une, deux heures autour de ce qui les passionnait. « On échangeait sur tout, on regardait les magazines féminins et d’autres «s’échappaient» vers un autre monde par la lecture…»

Aller sur son île, souffler… C’est ce que je vis aussi dans mes visites à Jean-Noël parfois. Sans vouloir banaliser ses délits, je suis, dans ces moments-là, avant tout devant un Homme.

Et parfois il y a des moments extraordinaires. Lors d’une de mes visites, un insecte tout fin, vert-brillant est entré entre les barreaux et s’est posé sur sa main, restant un long moment sans bouger. Moment étonnant, magique… On est resté en silence, il y avait de l’émerveillement dans l’air. Puis Jean-Noël à dit à voix basse : « Les animaux, eux, m’ont toujours aimé ; ils viennent souvent vers moi… »

Mais, à chaque fois, il me parle aussi de moments qui me font froid dans le dos : des nuits sans sommeil, des rages de dents sans dentiste, des maux du corps sans médecin… Et surtout du désespoir: vers où je vais, moi… !?

De plus en plus de gens de chez nous, ont l’air de dire que l’Etat paye pratiquement «des vacances» aux détenus ! Que la prison après tout c’est un peu la belle vie !… Et que cela coûte très cher aux contribuables. Je trouve, qu’avant tout on ne devrait parler que de choses que l’on connaît bien dans la vie, sinon on dit trop vite des banalités sans fondement.

C’est pourquoi, avant les petits bonheurs de l’été,  je voulais rappeler le malheur de tant de personnes enfermées. Ce qui nous semble normal ne l’est pas pour tous, et de loin ! Les îlots de paix restent inaccessibles à certains, depuis leur petite enfance, surtout aux plus démunis parmi nous. Ils connaissent et vivent non pas la mer des plages, mais les mers des naufrages et sans terre en vue.

 

Noldi Christen – Suisse

Où se soigner si l’hôpital nous rejette ?

L’espérance de vie en Afrique est de 52 ans pour les hommes et 54 ans pour les femmes. Les gens meurent tous les jours faute de soins.

J’ai entendu cette conversation : « Dis !  Lorsque tu es malade, iras-tu à l’hôpital pour te faire administrer le sérum ? » « Non ! »  répond l’autre.

Ils parlent en connaissance de cause ; ils savent tous qu’en allant à l’hôpital ils peuvent trouver la mort car l’accès aux soins de qualités reste très compliqué. Un autre disait, « Moi je prie pour ne pas être malade et si un jour je dois rentrer à l’hôpital je demanderai à Dieu de me prendre parce que l’hôpital ne représente plus pour moi le lieu où on peut se soigner. » Dans quel monde vit-on ?

Les gens se débrouillent pour se soigner avec les herbes, les tisanes qui sont à leur portée. Mais lorsque la maladie demande une intervention avancée (une opération) alors là le problème devient plus grave. La mort est aux aguets lorsque le paludisme ou la fièvre typhoïde ou une simple fièvre terrasse les gens.  Pour aller dans des petits dispensaires il faut au moins 200 FCFA et là encore les gens disent « même les 200 FCFA pour ouvrir un carnet de santé c’est difficile. »

J’ai vu des choses que je n’aurais pas pu croire si je ne les avais pas vues. Nous nous sommes retrouvés dans une salle d’urgence dans un CHU (centre hospitalier universitaire)  le mois dernier. C’était le jour de Pâques ;  l’oncle d’un ami a été hospitalisé en urgence. L’oncle en question, proclamé mort par le médecin légiste respirait encore lorsqu’on l’emmenait à la   » morgue  » !

Lorsqu’ils ont découvert qu’il respirait encore ils l’ont renvoyé tout de suite dans sa chambre. La famille pour sauver le malade a payé un taxi très cher pour l’emmener au CHU. Depuis son admission en urgence les différents médecins qui l’ont ausculté ne se sont pas concertés pour dire de quelle maladie ils souffre. La famille n’est même pas au courant des résultats des analyses qui ont été faites sur lui ; on leur dit « Il y a une analyse à faire ça coute 12,000 FCFA (francs CFA) , il y a une autre prise de sang qui coûte quelques milliers de FCFA » et ça s’additionne ; les dépenses s’accumulent et la famille n’avait pas du tout prévu cela dans leur budget. Après insistance relativement  à de son ventre gonflé, les médecins ont dit qu’il y a trois symptômes ! Ensuite ils ont demandé à la famille d’apporter deux bouteilles vides pour qu’ils puissent enlever l’eau de son ventre. La course était alors aux alentours de l’hôpital pour trouver deux bouteilles vides. C’est aussi difficile de trouver des bouteilles vides en Afrique car tout est utilisé, tout se vend, pots de confitures, bouteilles de ketchup, de Coca-cola. … La famille a tellement cherché qu’elle a fini par acheter une bouteille d’eau qui coûte 500 FCFA la bouteille pour avoir une bouteille vide ! C’est quelque chose !

Lorsque les deux bouteilles ont été apportées l’une des infirmières tirait l’oncle de côté, dans le couloir et lui disait : «Vous devrez nous payer quelque chose pour que nous puissions prendre soin de vous !  » Absurde ! La famille n’a pas d’argent ;  ils ont conduit pendant des heures depuis le sud vers le nord pour obtenir des soins de santé, ils ont payé tous ce qu’il faut les analyses ; les tests, l’hospitalisation et au-delà de tout ça ils demandent encore de l’argent pour qu’ils prennent soin du malade !

« Qui accusera ces professionnels qui ont même prêté serment de soigner dignement les personnes malades.  «  Ne pas soigner un malade, c’est un délit !» disait une maman « tout est autour de l’argent ; pour te soigner ils regardent si tu as l’argent ;  si tu n’as pas ils te retournent chez toi. »

Un autre épisode bouleversant : une dame venait d’être admise et son mari n’a pas de sous pour lui payer ses deux analyses qui coûtent 9,000 à 12, 000 FCFA ; du coup l’infirmière a dit à son mari  » si tu n’as pas l’argent il faut quitter l’hôpital ; nous prendrons soins de toi lorsque tu auras l’argent. » Elle enlève le sérum du bras de la femme et le mari ramasse ses affaires et ils quittent l’hôpital !

Une fois de plus, on constate que le droit à la santé n’existe pas dans beaucoup d’endroits où règne la misère. Nous ne pouvons pas dissocier le droit de se soigner de tous les autres droits fondamentaux car vivant dans l’extrême pauvreté les plus pauvres paient le triple lourd prix.

Maria Victoire – Bouaké –  Côte d’Ivoire

 

Miroir de deux peuples Même sort, même scénario lorsque la misère les accule à la mort

L’an 2012, un père de famille américain, RED, 43 ans meurt subitement dans un hôpital public faute de soins médicaux. Sa mort a choqué pas mal de gens.  Il y a eu un coup de cœur, la colère, l’indignation ; mais après les gens passent à leur quotidien et oublient.  RED est oublié,  rien n’a changé pour lui et pour sa famille, qui comme RED n’a pas le droit de se soigner.  Sa mère ; trop pauvre n’a jamais pu faire appel à la justice pour comprendre son décès. Apparemment, il n’avait pas le droit à la santé parce qu’il était pauvre ! Combien de fois nous avons été témoins des mères de familles qui n’ont même pas un antidouleur pour calmer leurs enfants. Peut-être qu’avec le projet de loi du Président Obama, le sort des pauvres aux États Unis pourrait s’améliorer au niveau de la santé ?

Même scénario pour un Ivoirien, une Ivoirienne qui tombe malade. C’est la même chose ; si le ou la malade n’a pas de quoi payer la clinique, il ou elle ne peut pas se soigner. Bien sûr il y a des dépistages gratuits mais cela ne suffit pas pour bien se soigner lorsqu’une personne est malade et que le médecin lui prescrit des médicaments qui coûtent plus que son salaire. La mort est aux aguets lorsque le paludisme ou la fièvre typhoïde ou une simple fièvre terrasse les gens.

La dernière fois, lors d’une discussion brûlante, un homme faisait cette remarque à son ami : « Dis, lorsque tu es malade, iras-tu à l’hôpital pour te faire administrer le sérum ? » « Non ! » renchérit l’autre. Les gens se débrouillent pour se soigner avec les herbes, les tisanes qui sont à leur portée. Mais lorsque la maladie demande une intervention avancée (une opération) alors là le problème devient plus grave. Combien de fois on croise des gens qui ne peuvent plus marcher et qui pleurent au bord de la route faute de soins. Des enfants pleurent parce que qu’ils ont des maux de ventre ; maux de tête ou de la fièvre et qu’il n’y a pas de médicaments (simple contre douleur). Ils pleurent jusqu’à ce que ça passe. Dans quel monde on vit ?

Maman Marguerite témoigne, « Moi j’étais malade avec un problème de cœur ; je faisais de l’hypertension et j’ai dû être admise à l’hôpital. Ils m’ont dit que je dois payer 70,000 FCFA.  J’ai dit « Je n’ai pas cet argent, Ô ! Je vais partir je ne peux pas rester à l’hôpital et le médecin m’a dit « Je ne peux pas te laisser mourir faute de soin, je vais te soigner et puis tu peux payer en sortant. » Moi je travaille et je ne peux même pas payer 70.000 FCFA. Si je paye mes médicaments je ne mange pas. C’est injuste, Ô ! » Parfois les médicaments sont plus chers que le salaire d’une personne. Une bonne mal payée  reçoit 5000 FCFA et un médicament coute parfois 10,000 FCFA.

Certaines mamans pleurent lorsque leur tests de sérologie sortent négatifs ; elles demandent de refaire les tests parce qu’elles sont sûres qu’elles sont séropositives de leur défunt mari afin de bénéficier du programme de prise en charge  alimentaire. D’autres malades de VIH pleurent lorsqu’elles vont sortir du programme de prise en charge alimentaire parce qu’elles n’auront rien à offrir à leur famille.  Donc elles préfèrent être malades pour pouvoir nourrir leurs enfants !

Les familles qui vivent dans l’extrême pauvreté ont du mal à se soigner ; à vivre tout simplement ; elles n’ont pas droit à la santé. Une loi universelle au droit à la santé doit pouvoir sortir les milliers de familles du monde de la pauvreté et que cette loi soit appliquée dans tous les pays. Nous savons que les lois dépendent des unes des autres. Elles sont indivisibles !

Maria VICTOIRE – Bouaké ( Côte d’Ivoire)