Eclats de lumière

François Phliponeau,

France

Après trois jours tragiques, les 7, 8 et 9 janvier, la réponse du peuple de France est à la hauteur de son Espérance.

A Paris, dimanche, la lumière était belle dans le ciel, encore plus belle dans le regard des participants.

Photographier, c’est « Ecrire avec la lumière » (photo = lumière, graphie = écriture).

Plutôt qu’un stylo, c’est un appareil photo que j’ai utilisé pour ce blog, où s’impriment des éclats de lumière.

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Stop à la discrimination

Maria Victoire

Bouaké, Côte d’Ivoire

Le thème de la Journée Mondiale du Refus de la misère de ce 17 Octobre, « Ne laisser personne de côté : réfléchir, décider et agir ensemble contre la misère », nous entraîne tous à cette réflexion là où nous sommes et avec qui nous sommes, que ce soit ceux qui subissent la misère à longueur de la journée, ceux qui sont sensibles à la cause ou ceux qui n’ont pas encore rejoint la lutte de se mettre ensemble pour vraiment éliminer la misère de notre planète.

A Bouaké en Côte d’Ivoire ceux qui subissent la misère au quotidien réfléchissent à la lumière de leur expérience de vies et disent « Venant des quartiers où toute chose manque, comme par exemple dans notre quartier il n’y a pas d’eau courante et d’eau potable, nous avons à puiser l’eau très tôt le matin pour préparer les enfants pour aller à l’école, pour préparer la nourriture et faire la vaisselle avant de partir au marché », nous disait une maman. « Quand on est né dans la misère, tout devient compliqué et difficile pour nous, pour survivre et élever nos enfants ; malgré tous nos efforts nous sommes stigmatisés à cause de notre pauvreté. Combien de fois nous ne nous sommes pas sentis humiliés en entendant : les pauvres sont des paresseux, ils ne veulent pas travailler, ils aiment tendre la main, ils ne s’occupent pas de leurs enfants, ils aiment être assistés (…) et j’en passe. Toutes ces négativités nous enferment dans notre misère. » nous disait aussi M. Soro.

Pourtant tant de familles vivant dans la pauvreté font des efforts tous les jours pour résister à la misère qui leur est imposée. Yasmine vend le pain le matin, qu’il tonne ou pleuve, elle est là avec son grand panier sur sa tête et son enfant de deux ans dans son dos. Le panier est tellement gros qu’elle a du mal à le soulever sur sa tête. Elle va de porte en porte pour vendre son pain et à la fin du mois elle ne gagne presque rien. Elle n’a pas le droit d’être malade sinon elle n’arrive pas à faire sa journée.

M. Rasmané ramasse à longueur de journée des bouteilles en plastique qu’il lave ensuite. Les revendant à 10 FCFA, il n’arrive même pas à 1000 FCFA la semaine (1,52 euros). Il plante le riz dans une rizière empruntée. Lorsqu’il moissonne 4 balles de riz, il en garde deux pour sa famille et en partage deux à ses voisins. Malgré tous ses efforts, il vit toujours dans la misère. Il n’arrive pas à subvenir aux besoins de sa famille.

Tout le monde met du sien pour survivre et personne ne voit l’effort de ces enfants et de leurs parents. Ils sont jugés comme de mauvais parents qui font travailler leurs enfants.

Face au scandale de la misère, des personnes s’indignent heureusement et agissent, comme ce directeur d’école M. Diloma qui a tout fait, malgré le manque de bancs et de tables, pour que certains enfants puissent faire leur entrée scolaire dans des bonnes conditions.

Si on se met ensemble, cela devient possible d’éliminer la pauvreté.
Mme Soro nous disait, «Il faut que nous soyons ensemble pour ne laisser personne de côté. Ce n’est pas juste de laisser les gens derrière.»

L’espoir est grand, et je pense que chaque personne est une chance pour l’humanité comme nous disait le fondateur du Mouvement ATD Quart Monde le père Joseph Wresinski. Nous vous attendons pour nous rejoindre dans cette lutte, le temps presse et nous avons besoin de TOUS pour que cela devienne possible.

Il y a des compétences qu’on n’exploite pas

Emile 3On voit beaucoup dans nos sociétés : conceptions et doctrines, théories et  pratiques issues des débats controverses où les « plus faibles » sont exclus. Heureusement, chacun a la liberté de prendre une position  proche des réalités et situations qu’il connait.

Pour ne citer qu’un exemple, à Bukavu, en République Démocratique du Congo, certaines entreprises placent les candidats devant des conditions (certaines exigeant d’avoir un minimum d’argent) qui barrent la route à celles et ceux qui pourraient se rendre utiles à la communauté.

Pour d’autres organisations préoccupées du développement solidaire, cela  revient finalement à « rendre inutilisables certaines compétences » alors que l’émergence d’une communauté dépend de la manière dont les capacités de ses membres sont prises en compte.

Depuis 13 ans,  l’Association «  les Amis de l’organisation ‘ Agir Tous pour la Dignité ‘ », de Bukavu  fait l’expérience de confier des tâches importantes à des personnes dotées de peu de moyens. Emile, un de ses membres en témoigne : «La misère n’a pas de cible ou de  race, sinon on  verrait une seule race ou une  seule catégorie de population (les enfants, les femmes ou les hommes) en souffrir. Voila pourquoi les efforts de tous ont leur valeur dans la lutte contre la misère…Les enfants sont parvenus à mobiliser la communauté…Le premier jour, les jeunes ont terrassé la parcelle et les adultes ont pris conscience que la tâche leur revenait. Ils se sont aussi mobilisés, chacun apportant son soutien, et les travaux ont démarré. Ensemble nous avons fait beaucoup et nous avons créé le « groupe des familles solidaires ». Une fois le mois, nous réfléchissons ensemble sur nos problèmes et nos réalités. Pour chaque action, il y a une responsabilité pour chacun et cela contribue au développement de la communauté.

Le 4 Mars le curé m’a envoyé une note et une  clé, en me confiant ainsi la gestion de la borne fontaine commune. C’était comme un rêve parce que  je n’imaginais pas qu’un docteur en théologie pouvait aller jusqu’à confier une responsabilité aux plus pauvres. Au début j’avais peur ; la peur et la honte d’être humilié devant tout le monde. Il existe une honte (humiliation) habituelle et normale et une autre qui écrase. La mienne était engendrée par la précarité de la vie et les jugements de certaines personnes qui me poussaient à croire que j’étais incapable. Je pensais qu’il fallait quelqu’un de plus connu, de  « respectable », quelqu’un de plus fort, qui saurait parler aux femmes et aux enfants qui viennent puiser tous les matins. Souvent, il y a des altercations entre elles et le responsable en « paie le prix ».

Le mois passé chaque responsable de la borne fontaine a présenté le rapport financier et j’ai été surpris d’avoir été le plus honnête en gestion financière.

Pour le moment je m’habitue petit à petit aux gens. Je  réalise que faire intervenir les plus pauvres dans les actions fait gagner leur confiance envers la communauté…Si je meurs aujourd’hui je suis certain que mon nom restera gravé dans les mémoires de gens. La reconnaissance de la dignité d’une personne valorise les compétences que certaines conditions écrasent ».

René MUHINDO – Bukavu – (République Démocratique du Congo)

2013 : année européenne des citoyens… chiche !

A vos vœux, prêts… partez !

En ce mois de janvier 2013, il est bon de rappeler à ceux qui nous gouvernent, aux parlementaires qui légifèrent, aux commissaires européens qui « directivent », à tous les représentants des institutions européennes et des Etats de l’Union européenne. qu’ils ont décidé eux-mêmes de faire de 2013 « l’année européenne des citoyens ».

Très belle intention mais, concrètement… que comptent-ils faire ?

S’ils manquent d’idée sur les réponses à cette grande question, qu’ils prennent le temps de regarder le film de Delphine Duquesne  « Citoyens !»

http://www.editionsquartmonde.org/catalog/product_info.php?products_id=606

dans lequel des militants de plusieurs pays d’Europe échangent sur ce sujet. Cela se passait dans le cadre d’une Université Populaire Quart Monde européenne intitulée « Tous citoyens pour une Europe active contre la misère ».

« Je ne me sens pas citoyen quand le fonctionnaire du service social me traite comme un enfant en me disant ce dont j’ai besoin et ce que je dois faire. C’est comme si je n’existais pas » dit une militante de Pologne.

Laura, (Royaume Uni) : « Lorsque les membres d’une famille sont séparés, que les enfants sont placés, ils éprouvent un sentiment de la perte. Ils ne peuvent pas se reconnaître citoyen, ni se projeter dans l’avenir en tant que citoyen. Ils n’ont pas été écoutés dans le passé. Pourquoi le seraient-ils dans le futur? »

Renée, de France, intervient: « Même si tu n’as pas d’argent tu es un citoyen ! » dit-elle. Et Patrick, de Villefranche (France) de rétorquer : « Vous parlez de la citoyenneté. C’est un mot difficile parce que quand on est dans la rue pour s’exprimer vis à vis des regards des autres personnes, on est vraiment mis de côté – Alors s’exprimer c’est plutôt dur… »

Jan, des Pays Bas, qui habite un camping à Breda témoigne: « Si tu changes de ville, après un certain temps, tu es rayé du registre de la commune. Tu es alors considéré comme “résident à l’étranger”. » Son collègue Klaas, également de Bréda, en déduit : «  pour le cas du camping, l’Europe nous dit que cela ne relève pas de sa compétence, Au plan national, le problème est nié.  Et au niveau local,  les gens se cachent derrière un jargon bureaucratique et refusent d’agir.  Donc la conclusion est encore pire. C’est qu’au niveau européen et au niveau local, il y a une absence de volonté de lutter contre la pauvreté. »

« Comment bâtir une Europe pour tous les êtres humains ? Il faudrait nous le demander à nous qui avons la vie difficile car nous connaissons  nos réalités et l’impact de la crise dans notre vie de tous les jours. Pour nous, il est très important d’être reconnus par les politiques pour que soient reconnues nos idées mais aussi nos besoins » interpelle une militante luxembourgeoise.

Eugen Brand, alors délégué général du Mouvement international ATD Quart Monde, interpelle ceux qui composent les institutions européennes en ces termes : « L’Europe ne se construira pas comme une Europe des droits de l’Homme, de la démocratie et de la paix, si les très pauvres ne sont pas là. Il est important de pouvoir bâtir une citoyenneté de la rencontre entre ceux et celles qui sont confrontés à la pauvreté et les autres, apprendre à réfléchir, agir, décider ensemble. »

Pour que ce ne soit pas un vœu pieux… Chiche ?

Pascal Percq (France)