Noël dans la cage d’escalier

Message de noël 2014

Message de noël 2014

Il y a ces insultes sur le mur à la vue de tous. La cible ? La famille du deuxième étage.

Chaque jour, passer devant cette agression.

Chaque matin, baisser les yeux avant de prendre le bus pour aller au boulot.

Chaque matin, sur le chemin de l’école, fuir ces mots qui résonnent dans la tête.

Il y a aussi les soupirs, les ricanements, les menaces, autant de coups de poings venant blesser encore un peu plus cette famille, déjà si meurtrie.

Violence extrême d’un voisinage désemparé, qui vit plus que sa part de difficultés. Tapi derrière chaque porte, un lot de malheurs, de peines, d’angoisses du lendemain. Un voisinage qui ne comprend pas, ne comprend plus, n’en peut plus. La famille dérange : le désordre indescriptible, le bruit, les chiens…

***

Et puis, il y a cette belle histoire, celle de Noël dernier. Quelques jours avant le réveillon, la maman est venue à la maison Quart Monde :

« Aidez-nous ! » nous lance-t-elle.

« Aidez-nous à changer quelque chose. Pour tous, ça sera la fête mais pas pour nous ! On ne veut pas de cadeau. Juste qu’on efface ces insultes. »

Alors, les volontaires sont allés frapper à quelques appartements, ils ont proposé aux voisins de faire quelque chose ensemble.

Ainsi un, puis deux, puis trois d’entre eux sont descendus pour rejoindre la maman et quelques amis du Mouvement. Ce fut le grand nettoyage dans la cage d’escalier. Les balais, la serpillière, les murs repeints. Des boules rouges, des guirlandes scintillantes, des rires. Il y a eu des paroles échangées entre personnes qui ne se parlaient plus.

Moment magique. Lumière au milieu de la nuit où la solidarité du quotidien, si exigeante, se tisse à nouveau. Quel plus beau cadeau que la paix et la fierté retrouvées ?

***

Chers amis, nous avons besoin de vous pour, ensemble, continuer de gommer ces mots qui blessent et enferment. Nous avons besoin de vos dons pour que, dans chacun de nos projets, dans chaque instant de cette vie partagée, nous puissions permettre aux personnes les plus méprisées de contribuer à l’unité et à l’honneur de leur famille, de leur quartier et du monde.

Joyeux Noël à tous et à toutes !

Délégation générale d’ATD Quart Monde

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Je peux donner mon amitié 

Mieke Van Dyck, Belgique

Voici l’histoire que m’a confiée Erna, qui habite dans une petite ville du nord de la Belgique. Erna a connu l’exclusion dans sa vie, et maintenant, c’est elle qui invente des chemins de rencontre…

Erna et son ami habitent une petite maison, derrière un garage. Un matin, peu après leur emménagement, Erna découvre un homme qui arrive tard le soir, pour dormir dans le garage.

Erna pose une couverture sur le carton, son lit, pour le soir suivant.

Le lendemain, à côté du carton et de la couverture, l’homme a écrit dans le sable : « Merci ! »

Le surlendemain, vers sept heures du matin, Erna entre tout doucement dans le garage. L’homme, qui s’appelle Pierre, est couché mais a les yeux ouverts.

Peu à peu, Erna découvre son histoire de vie. Pierre a aujourd’hui 54 ans. Enfant, Pierre était brimé à l’école. Plus tard, au travail, les ouvriers le brimaient encore. Il devait coudre cinquante pièces durant une journée. Pierre savait le faire. Mais certains lui volaient ses pièces pour arriver à leurs cinquante pièces. Un jour, le chef l’a renvoyé. Plusieurs de ses « camarades » ont pris Pierre avec eux pour le faire boire. Ils ont commencé à se disputer. En passant à côté d’une machine à moudre le blé, deux d’entre eux ont pris Pierre et ont voulu le jeter au-dessus de la machine, mais Pierre est tombé dedans et les lames lui ont coupé une jambe. Pierre se trouvait sans rien, mais sa grand-mère l’a pris chez elle. C’est elle aussi qui l’a fait soigner. Après la mort de sa grand-mère, Pierre s’est trouvé à la rue. Pierre a perdu toute confiance en lui-même et dans tous les hommes.

Erna dit : « Il a reçu le tampon ‘exclu’ dans son cœur ».

Pierre n’était le bienvenu nulle part. Courage ou pas de courage, il devrait cependant continuer à vivre.

Un jour, Erna rencontre un de ses cousins, Gustave. Gustave est un paysan et habite avec sa femme et ses trois fils dans une ferme, proche de la ville. Sa femme est infirme, paralysée d’un côté. Louis, le fils aîné a quinze ans, Fernand a treize ans et Michel douze ans.

Erna raconte l’histoire de Pierre à Gustave.

Sans attendre, Gustave dit : « Envoie Pierre chez moi. Il peut dormir dans la grange près du chauffage pendant cet hiver. » C’est ainsi que Pierre arrive dans la grange de Gustave. Il dort dans le foin.

Depuis cette rencontre avec Gustave, Erna va régulièrement rendre visite à son cousin. Elle prend du temps avec ses trois enfants.

« J’ai beaucoup réfléchi, dit Erna, à la manière dont je dois entrer en contact avec ces garçons. La première fois, j’ai fait un jeu de société avec eux pour nous connaître un peu plus.  La fois d’après, je leur ai parlé de Pierre. Ils ne comprenaient pas le mot ‘ sans-abri’. Je leur demandais : comment tu te sentirais si tu étais brimé par tout le monde, si on te mettait partout dehors, si tu vivais dans la rue sans argent ? Les garçons me demandaient : qu’est-ce que nous pouvons faire pour avoir un contact avec Pierre ? Comment on doit s’y prendre ? Je leur disais : Vous devez apprendre à avoir de la confiance l’un dans l’autre ; ce chemin sera long. »

Fernand a été le premier à trouver quelque chose. Il a des difficultés à l’école en français. Il pourra demander de l’aide à Pierre.

Fernand demande à Pierre : « Pierre, est-ce que tu as du temps pour m’aider en français ? »

Et voilà, doucement, la confiance grandit entre Pierre et les garçons.

Plus tard, Erna dit aux garçons : « Faites de cette grange un chez-soi pour Pierre. »

Comme c’est la coutume dans la région le premier janvier, les trois garçons sont allés de porte en porte, en chantant : « Bonne Année ». Ils ont ramassé 300 € sur une journée. Avec cet argent, ils ont acheté dans un magasin de récupération un lit, puis une armoire, et à la fin un fauteuil. Gustave a bricolé avec quelques planches un espace propre dans la grange.

Tous les jours, Pierre épluche les pommes de terre pour toute la famille, chez lui. Louis vient les chercher et met les pommes de terre sur le feu. Fernand et Michel aident aussi à éplucher quand ils sont là. Chaque soir, les enfants font leurs devoirs scolaires chez Pierre et lui racontent ce qu’ils ont fait durant la journée. Avant de partir le dimanche chez les scouts, ils passent d’abord par chez Pierre, se donnent la main en disant : « Ensemble, nous sommes forts ! »

Mais … « Rentrer dans la ferme elle-même reste pour Pierre un grand tabou, dit Erna, il fait pipi dans son pantalon quand il se trouve devant la porte de la cuisine. »

Cette semaine, Erna apprend aux garçons comment ils peuvent aider Pierre à avoir confiance pour entrer à l’intérieur de la ferme.

Erna : « Durant la nuit, je pense, je pense. Une chose pareille, on doit la faire en jouant… » Elle en parle avec les garçons.

A 9 heures, Louis dit à Fernand : « C’est le moment, pour Pierre ».

Ensemble, ils se mettent devant la porte ouverte de la cuisine. Fernand prend Pierre par le bras et tous chantent : ta, ta, taratata. Fernand met en chantant un pied sur le seuil : ta, et remet son pied contre l’autre : ta. Ainsi cinq fois de suite.

Le lendemain : un pied sur le seuil : ta, et l’autre pied avec : ta, ta. Et les pieds de nouveau au-dehors : ta, ta. Ainsi cinq fois de suite.

Le lendemain : un pas, l’autre pied le rejoint : ta, ta. Encore un pas de plus et l’autre pied le rejoint : ta, ta, taratata … et Pierre se trouve dans la cuisine !

Michel prend un papier et note chaque jour les avancées. Erna dit à Gustave : « Quand on se donne de la confiance, on se remplit de chaleur humaine. » Michel ne comprend pas bien et dit : « Mais Pierre, il a chaud ici ! » Erna rit des paroles de Michel.

Depuis ce moment, Pierre vit chez la famille et les enfants aident leur papa plus qu’auparavant. Pierre leur dit : « Vous devez étudier et travailler pour ne pas devenir dépendants des autres quand vous serez grands. »

Aujourd’hui, les enfants épargnent 2 € par semaine pour acheter un téléphone portable pour Pierre. S’il lui arrive quelque chose, il pourra téléphoner à Gustave, ou à Erna.

Le mois prochain, c’est son anniversaire. Ils veulent le lui offrir ce jour-là.

Erna termine son histoire : « Tout ce que j’apprends à ces garçons, cela vient de mes propres expériences. Durant des années, je me suis sentie exclue de tout le monde. Je ne suis plus la même qu’avant, je me sens beaucoup plus forte. Je peux donner des choses que moi, je n’ai pas reçues dans ma vie, je peux donner mon amitié ! »

Merci Erna !

Les petits bonheurs…

Après un été souvent propice à la détente et aux retrouvailles, des autres et de soi-même, la rentrée apparaît souvent comme un moment stressant et difficile à vivre.

C’est alors le bon moment de s’initier aux « petits bonheurs »:

-les petits bonheurs c’est d’abord un exercice littéraire: écrire en phrases courtes (vers ou prose mais moins de dix mots) des petits moments précieux et heureux du quotidien

– les petits bonheurs c’est aussi un exercice de vie: choisir résolument de voir et de chercher ce qui – dans notre existence, avec les autres et en nous-mêmes –  fait sens, lumière et joie

Voici donc à titre d’exemple quelques uns de mes petits bonheurs de rentrée:

 » Le livre-plaisir d’avant la nuit

la biche surprise qui s’enfuit

le dîner fin en amoureux

la pleine conscience d’être heureux/

Visiter une personne aimée

Flâner sans but un jour d’été

S’étirer dans un bain brûlant

Offrir des fleurs gratuitement/

Le silence choisi qui libère

L’eau vive glacée qui désaltère

Les derniers mètres d’une course à pieds

Les premiers pas d’une amitié/

Créer une image juste et belle

Vivre le réel  le coeur au ciel

Aimer le soleil et la pluie

Prier plus fort que les faux bruits/

La douceur d’une aube de printemps

Le ciel-lumière du soir naissant

L’endormissement de la fatigue

Le goût de la pêche et la figue   »

Chercher, écrire, retrouver et offrir ces petits bonheurs fait du bien et peut devenir un rituel, une façon d’être aux autres et à soi-même au quotidien, dans le plein émerveillement de la grandeur de chaque homme et de la richesse de la vie

Bonne rentrée à tous, pleine de ces petits bonheurs

Sébastien Billon –   Angers – France