Logement décent pour tous : un véritable défi en Haïti

Saint Jean Lhérissaint

Haïti

En Haïti, tant en milieu rural qu’en milieu urbain, le droit au logement décent est loin d’être une réalité pour les plus pauvres. Les conséquences dévastatrices de l’ouragan Matthew dans le sud du pays viennent à nouveau tristement le démontrer.

Ce problème qui existait depuis toujours a pris une autre ampleur depuis le séisme du 12 janvier 2010. Louer la faible quantité de maisons qui résistent à une catastrophe est quasi impossible pour les petites bourses. Il n’y a pas de quoi payer le loyer, mais il faut bien qu’on dorme sous un toit. A Port-au-Prince, la capitale haïtienne, des familles pauvres qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts s’ingénient pour se construire un abri. L’un des rares choix qui se présentent à elles est de pousser la mer pour mettre leur petite maison. Il suffit de trouver quelques camions de gravats qu’on jette à la bordure de la mer. A chaque camion jeté, l’eau recule jusqu’à ce qu’on aboutisse à un espace littoral assez grand pour en faire une vraie petite ville. C’est ainsi qu’on est né Village de Dieu, par exemple.

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C’est un village où logent aujourd’hui des milliers de familles. Vivre à côté de la mer dans un pays situé sur le passage des cyclones prenant naissance chaque année sur l’atlantique, et sous la menace de tsunamis parce qu’à haut risque sismique, n’est pas sans risque. Personne ne choisirait de se mettre en danger, mais condition économique précaire oblige. Il est facile pour les autorités de critiquer la façon dont les habitants de ce village choisissent de résoudre le problème de logement, quand il leur est toujours demandé de déplacer. Mais où aller ? Que vaut la parole sans action concrète ?

En milieu rural, les paysans à très faible moyen construisent le toit de leur maison en pailles de palmier, de cocotier, de canne à sucre etc… S’ils arrivent à se protéger assez bien contre le soleil, quand il pleut, il leur faut quelques bassines s’ils veulent empêcher que tout se retrouve trempé. En temps d’ouragan, c’est la panique généralisée. Pour ceux qui peuvent se débrouiller un peu, c’est plutôt des maisons à toit en tôle. Mais il arrive souvent que ces toits ne résistent pas au vent violent.

Encore une fois, du 2 au 5 octobre 2016, l’ouragan Matthew a mis à nu la précarité de nos constructions et des endroits où elles se trouvent. Les villes littorales dans 4 de nos 10 départements sont presqu’inexistantes. L’île compte ses morts et ses principales pertes, la mer monte inondant les environs, les rivières déchaînées emportent tout ce qui se trouve sur leur chemin, les toits en tôle en en paille sont arrachés par les vents violents. Avant une catastrophe de plus, nous sommes en droit de demander : quand est-ce que les plus pauvres seront rétablis dans leur droit à un logement décent ?

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Pour qu’ils continuent de vivre !

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Elda Garcia,

Guatemala/France

Joaquim était l’un des 4,9 millions de jeunes du Guatemala. Je l’ai rencontré par mon engagement en tant que professeur. Comme beaucoup de jeunes de mon pays, la vie ne lui a pas fait de cadeau. Dès le début, l’école était difficile pour lui. C’est pour cela que plusieurs fois je suis allé chez lui, afin qu’avec ses frères et quelques voisins, nous révisions les leçons. Il faut dire qu’aux difficultés de l’école s’ajoutaient les problèmes d’une vie difficile, qui touchent la famille et la communauté. Même avec tout le poids du quotidien, sa mère était là, consciente des besoins de ses enfants. Le jour où je venais, tout était prêt : la table, les cahiers, les crayons. Et elle était assise à côté de moi, attentive à ce que nous faisions.

Comment oublier ces jours-là ? S’ils étaient remplis de regards, de visages, de désespoir, de frustration, de luttes, d’amour, mais surtout de rêves. Oui, de rêves d’enfants, de parents et d’amis.

La vie des familles les plus pauvres est chaque jour plus difficile. Face à cette terrible réalité que beaucoup d’entre elles ont vécu, l’un des amis d’enfance de Joaquim me disait: « On aurait mieux fait de rester jouer aux billes ». Mais pourquoi vouloir arrêter le temps ? On ne peut pas comprendre quand on n’est pas témoins de la violence quotidienne qui sévit dans les quartiers, et quand, pour cette raison, il vaut mieux rester chez soi pour ne s’exposer aux inévitables surprises qui vous attendent dehors. Beaucoup de parents cherchent à protéger leurs jeunes de différentes manières : c’est triste à dire, mais souvent ça ne fonctionne pas! Rien n’arrête ce monstre de la violence, de la drogue, des gangs, de la prostitution. Si tu as quitté l’école sans rencontrer ensuite des opportunités qui te permettent d’avoir une vie meilleure pour le présent et l’avenir, le plus probable est de tomber dans leurs griffes.

Où est l’État? Quelles stratégies leur sont offertes pour la vie des jeunes puisse changer? Il est urgent que soit adoptée la Loi Nationale de la Jeunesse qui reconnaît les jeunes comme sujets de droit et qui leur donne accès à des conditions de vie digne.

Joaquím n’est plus là, mais des milliers de jeunes sont debout et s’opposent à cette violence, avec force, cherchant les chemins qui leur permettent de changer leur réalité, de continuer à rêver d’un avenir meilleur. A côté d’eux, leurs familles continueront leurs efforts de tous les jours. Nous ne cessons pas d’apprendre d’elles. Que leur courage soit la lumière dans notre engagement.

Article traduit du blog Cuaderno de viaje.

 

 

La poésie, la peinture, chemins pour se dire

Parfois les jeunes n'écoute pas les conseils de leurs parents et prennent d'autres chemins comme celui de la délinquance. Les livres représentent nos rêves et le désir d'apprendre

Par manque de conseils -Peinture de Daniela, 14 ans, Guatemala. « Parfois les jeunes n’écoutent pas les conseils de leurs parents et prennent d’autres chemins comme celui de la délinquance. Les livres représentent nos rêves et le désir d’apprendre. »

Nathalie Barrois,

Guatemala

Dire le quotidien
Se découvrir le pouvoir
De se regarder dans un miroir
Peindre pour émouvoir

Sortir du quotidien
Avec d’autres réfléchir
Penser aujourd’hui et l’avenir
Écrire pour se dire

Ces quelques vers de ma propre inspiration pour vous transmettre combien les jeunes du projet « Jeunes artistes et artisans de la paix » d’ATD Quart Monde m’ont touchée. Ils vivent dans un bidonville, étudient souvent sans livres, parfois à la lumière d’une bougie. Chaque jour trouver de quoi vivre, aider ses parents en poussant la brouette, en vendant au porte à porte. Et espérer que la maladie avec ses frais médicaux impossibles ne viendra pas rompre ce fragile équilibre. Bien sûr les copains, les voisins. On tourne en rond, entre rêves et tentations. Une violence sourde que rehausse le passage de la police : pour qui, pour quoi ?

Et puis voilà qu’un espace s’ouvre…

Ils sont rentrés dans notre proposition, que ce soit à travers l’écriture de poésie, ou par le biais de la peinture. Se référant à notre thème « une éducation digne, sans exclusion », ils ont pu exprimer leur rêves pour demain, partager leur expérience.

Avec à la clé une exposition de peintures et une matinée de Récital poétique à l’occasion de la Journée mondiale du refus de la misère. Ils se sont sentis écoutés, attendus, reconnus…

Pouvoir se dire et la reconnaissance de l’autre font sentir qu’un autre chemin que le silence étouffant peut être possible pour demain. Appel à prendre son avenir en main.

Puissions-nous créer partout de ces espaces, dans nos quartiers, nos communautés, nos maisons…

MA LIBERTE
Auteure: Dalia 13 ans.

Liberté pour jouer et sourire
Liberté pour vivre le bonheur
dans l’école et ailleurs

Nous sommes libres pour recevoir une éducation
Nous sommes libres d’être de différentes couleurs
et de différents lieux

Personne ne peut nous nommer indigène ou nègre
Nous sommes libres et égaux.

Mon avenir dépend de ce que tu penses toi
Mon avenir est liberté sans mauvais traitements
Mon avenir et ma liberté, comme l’arc-en-ciel.

Parfois il n'y a pas de possibilité pour étudier par manque d'argent. Certains doivent travailler pour pouvoir étudier. Mais ils ne peuvent mettre en pratique ce qu'ils étudient. Les livres devraient être pour tous. Mais il y a ceux qui ne les prêtent pas. Emeldis, 18ans

Éducations Perdues -Emeldis, 18 ans « Parfois il n’y a pas de possibilité pour étudier par manque d’argent. Certains doivent travailler pour pouvoir étudier. Mais ils ne peuvent mettre en pratique ce qu’ils étudient.

Yeison Antonio, 17 ans

Education dans la paix et la liberté -Yeison Antonio, 17 ans
« Il faut avoir l’espérance qu’à partir de l’éducation tu peux atteindre ton projet . Il faut aussi la paix »

 

Katrina,10 ans après

 Comme un éléphant invisible qui crie dans le silence…

Manifestation un an après l'ouragan Katrina :

Manifestation un an après l’ouragan Katrina : « des maisons, des écoles, du travail – pas des prisons »

Maria Victoire

NEW ORLEANS, LOUISIANA

Comment peut-on parler de développement durable après une catastrophe naturelle ou humaine quand une population est laissée à l’écart de tout développement ? Comment peut-on parler du réchauffement climatique sans prendre en compte les familles les plus pauvres qui seront encore une fois les premières touchées par les catastrophes et ne pourront pas rebâtir leurs vies après ?

Voici quelques réflexions tirées de mon expérience de volontaire d’ATD Quart Monde habitant à la Nouvelle Orléans au moment de la catastrophe de l’ouragan Katrina et impliquée du mieux que j’ai pu pendant des années et des années dans tous les efforts du Mouvement ATD Quart Monde pour soutenir toutes les familles en situation de pauvreté que nous avons connues, pour les relier entre elles et avec d’autres.

Le 29 Août 2015 les médias feront la UNE sur la reconstruction de la Nouvelle Orléans dévastée par l’ouragan il y a dix ans de cela. Bien que la ville s’est remise de cette catastrophe, il ne faut pas ignorer l’ «éléphant invisible » qui se cache derrière le développement durable de la Nouvelle Orléans. 

Lorsque le monde a pleuré avec les plus pauvres laissés derrière pendant l’inondation, il a vite oublié la vie de ces familles. Où sont-elles ? Que sont-elles devenues ?

Comme dans tous les lieux de misère à travers le monde, les plus pauvres habitent dans des taudis à la périphérie de la ville, sur des terrains glissants où tout est inaccessible : l’école, le travail, les hôpitaux etc… Tout est loin ; tout est lourd à porter. Ils habitent des lieux où règne l’insécurité. Pourtant c’est là qu’ils ont construit leur vie, qu’ils ont tissé des relations entre voisins, bâti des solidarités. La ville n’a vu que la culture de la violence qui régnait dans ces quartiers et en a profité après l’ouragan Katrina pour démanteler tous ces lieux de misère, les privant ainsi de leur culture de survie. Les plus pauvres en paient le prix lourd.

Une catastrophe naturelle comme l’ouragan Katrina a été l’occasion pour l’Etat de mettre en œuvre leur plan machiavélique en poussant davantage les personnes pauvres hors de la Nouvelle-Orléans ? Comme un sénateur disait, « Ce que nous n’avons pas été capables de faire (démolir les appartements), Dieu l’a fait pour nous.»

Ils voulaient se débarrasser des «Welfare Queens » (les reines de l’assistance sociale). Ces mères qui survivent dans ces quartiers insalubres étaient-elles une menace pour toute la ville ?
Au nom du développement durable et de la « gentrification », HANO (organisme pour les logements sociaux) a saisi l’opportunité de démolir 5000 logements sociaux qui ont été remplacés par 3000 logements de revenu mixte, laissant ainsi les personnes les plus pauvres sans relogement. Ils savaient bien que les nouvelles lois, les loyers élevés, les restrictions et toutes les normes nécessaires pour être admis à vivre dans ces nouveaux appartements empêchaient d’emblée les plus pauvres de revenir dans leur quartier.

Actuellement, ils sont agglomérés et errent dans des lieux de misère à la Nouvelle Orléans Est. Ils se retrouvent impuissants à réclamer leur dû.

Malgré la pression des organisations non-gouvernementales qui luttent pour une justice sociale et équitable, les autorités dans leur manière de penser font la sourde oreille. Ils ignorent « l’éléphant invisible » qui crie en silence à l’accaparement de leurs lieux de misère, de leurs écoles publiques, de leur centre de santé. Nous pouvons faire une longue liste de tout ce qui a été enlevé aux familles les plus pauvres.

Pour le dixième anniversaire de l’ouragan Katrina, les projecteurs se tourneront encore une fois vers la Nouvelle-Orléans tandis que le Maire fera l’éloge de la reconstruction de la ville, nous écouterons ce qu’en disent les familles vivant dans la pauvreté comme Eula Collins : « Au fait rien n’a changé pour moi sinon que l’évacuation était une bonne chose pour mes deux derniers enfants ; ils ont pu avoir une bonne éducation en étant au Texas, ils sont maintenant au lycée. Depuis mon retour à la Nouvelle Orléans j’ai changé de maison en maison, habitant avec d’autres tout comme je suis sans-abris. Ce n’est pas une vie. » Elles réveilleront l’éléphant invisible qui crie en silence.

Certains disent encore, « l’ouragan Katrina a été un désastre dans nos vies ; aujourd’hui encore il reste un désastre. Une catastrophe destructrice de nos vies. »

Quel présent, quel avenir pour nos jeunes ?

Pascale Tissier

Bolivie

C’est une question que chaque pays devrait prendre au sérieux mais que nous avons bien du mal à assumer. Une des préoccupations importantes que portent les mamans que je rencontre à El Alto (ville, à 4050 mètres, de plus de 800 000 habitants, au-dessus de la Paz) c’est leurs jeunes.

La plupart d’entre elles vivent en situation de pauvreté. Plusieurs assument seules le foyer, pour d’autres le mari part au loin durant une semaine ou plus pour travailler. Elles ont peur pour leurs jeunes de 13 à 18 ans. L’école les accueille soit le matin, soit l’après-midi soit le soir. Le reste de la journée, dans de nombreux quartiers, rien ne leur est proposé. Certains travaillent, d’autres vont dans les boutiques internet sur facebook.

Les parents ont peur des bandes qui se créent et de l’alcool. Une maman a retrouvé par hasard son jeune de 12 ans complètement saoul, en plein après-midi, dans une rue pas très loin de chez elle. On l’avait poussé à boire. Elle l’a ramené chez elle dans une brouette, inanimé.

Solidaire de Somain ATD Quart Monde

Photo  ATD Quart Monde

Des jeunes filles se retrouvent enceintes dès l’âge de 13 ans. Leur compagnon souvent les abandonnera. Du coup beaucoup quittent l’école à ce moment-là. J’en connais qui se cachent chez elles et n’ont plus de vie sociale. « Depuis 2 ans, dans les collèges, on observe que des jeunes filles sont enceintes plus précocement et ce dès l’âge de 13 ans. Pour le gouvernement c’est une grande préoccupation. A La Paz, le service de santé a enregistré, en septembre 2014, 5000 adolescentes enceintes entre 12 et 18 ans » pouvait-on lire récemment dans un journal bolivien. « J’ai peur pour ma fille de 17 ans, je la vois traîner avec Amélie, 15 ans, qui a quitté ses parents et vit à la rue maintenant. Je sais qu’elle boit. Qu’est-ce que je peux faire ? » disait une maman.

Des personnes diront c’est la période de l’adolescence, ça passera mais pour certains jeunes, cela détruit leur avenir. L’an dernier, Marco s’est jeté de la falaise qui se trouve au bord de El Alto et « ce n’est pas le seul » m’a-t-on dit. En Bolivie, comme en France, l’alcool pour certains ou la drogue pour d’autres entraînent les jeunes sur une fausse route. Certaines associations les invitent à se réunir, proposent des activités, des temps de réflexion. Je connais par exemple « la casa de la solidaridad » qui se situe tout au bout d’un quartier non asphalté de El Alto et qui accueille tous les après-midi des jeunes pour des ateliers de danses, de théâtre ou de musique et des temps de réflexions en commun. Des adultes bien engagés sont avec eux. Nous aussi, nous avons voulu répondre à l’appel de ces parents et de ces jeunes que nous rencontrons. Depuis l’an dernier un groupe de jeunes s’est constitué et se réunit tous les jeudis après-midi autour de différents projets dans les locaux d’ATD Quart Monde.

Nous, en tant que citoyens, parents y réfléchissons-nous assez, agissons-nous ? Ou essayons-nous seulement de protéger nos propres enfants ?

Travailler pour aller à l’école

Travailler dès l'âge de 7 ou 8 ans pour aider ses parents à payer les frais de l'école est la réalité de nombreux enfants en Bolivie. photo ATD Quart Monde

Travailler dès l’âge de 7 ou 8 ans pour aider ses parents à payer les frais de l’école est la réalité de nombreux enfants en Bolivie.
photo ATD Quart Monde

Pascale Tissier,

Bolivie

Cela fait un peu plus d’un an que nous avons rejoint l’équipe de Bolivie. Parfois, je rencontre Doña G, une maman qui a eu huit enfants, quatre sont morts en bas âge. Elle vit à El Alto, une ville juste au-dessus de La Paz, à 4000m. Cette ville de 850 000 d’habitants s’est développée par la migration de beaucoup de familles venant de la campagne ou des mines, espérant trouver un avenir meilleur pour leurs enfants, une meilleure scolarité et des emplois. Doña G y vit dans une petite maison en « adobe » (briques faites de paille et de terre), dans des conditions difficiles. Elle a une maladie depuis 25 ans qui l’empêche de plus en plus de bouger et la maintient au lit. Son mari l’a quittée. Doña G a plusieurs petits enfants. Elle continue de lutter pour ses enfants et petits enfants pour qu’ils ne soient pas comme elle, discriminée, pour qu’ils s’en sortent mieux.

Lors de la préparation d’une Université populaire Quart Monde sur l’éducation et sur quels efforts chacun de nous, parents ou professeurs, nous faisons pour que nos enfants apprennent à l’école, Doña G nous a dit : « Les efforts que j’ai fait pour que mes enfants puissent aller à l’école furent de leur trouver du travail dès l’âge de 7, 8 ans : vendre des sandwichs, cirer les chaussures, garder un enfant, aider au marché… De cette manière, ils pouvaient s’acheter des chaussures, toutes les affaires pour l’école… Nous élevions aussi des animaux dans la cour pour les vendre, des porcs... »

Pour moi cela fut fort d’entendre ces paroles, d’entendre la nécessité de faire travailler ses enfants dès l’âge de 7 ans pour pouvoir les envoyer à l’école !

Encore aujourd’hui, nous croisons tous les jours à La Paz, de nombreux enfants qui travaillent : lavant des voitures, criant dans les minibus pour attirer le client, fermer, ouvrir les portes, récolter le prix du trajet, ou vendant des glaces, des bonbons, cirant les chaussures, ou aidant leurs parents dans des petites boutiques… Nous savons aussi que dans les mines de nombreux enfants continuent d’y travailler.

Ici les enfants vont à l’école soit le matin, soit l’après-midi, soit le soir.

En juillet 2014 une loi a été votée concernant le travail des enfants et adolescents. Elle permet aux enfants de travailler dès 10 ans. L’âge légal reste 14 ans mais avec des exceptions : 12 ans s’ils travaillent pour autrui et 10 ans s’ils travaillent pour leur propre compte.

Pour ces exceptions, il faut trois conditions : « En premier la décision doit venir de l’enfant, en second, il faut l’autorisation des parents ou tuteurs et en troisième, la permission des défendeurs de l’enfance. Ensuite se réalise un registre qui passe par le Ministre du travail. » explique un parlementaire.
Avant, la loi fixait l’âge minimum pour travailler à 14 ans sans exceptions, en accord avec les recommandations de l’OIT (Organisation Internationale du Travail) ratifiées par la Bolivie.
Cela a entraîné des protestations de groupes d’enfants et du syndicat des enfants travailleurs.
Ils considéraient que la réalité en Bolivie est différente et que les enfants doivent travailler tôt par nécessité.

« Le but est d’éradiquer l’extrême pauvreté pour 2025 » a indiqué le député  Javier Zavaleta, un des promoteurs de cette loi.

Est-ce par une loi légalisant le travail des enfants dès 10 ans que la pauvreté sera éradiquée?

Certes, dans les familles vivant en situation de pauvreté, les enfants soutiennent les efforts de leurs parents en travaillant à leurs côtés.

Un enfant dit : « Nous devons travailler. Ce que le gouvernement doit faire c’est nous protéger, qu’on nous respecte et qu’on ne nous exploite pas. »
Sofia :
« Dans ma famille il n’y avait pas beaucoup d’argent et on ne mangeait pas beaucoup. C’est pour cela que j’ai commencé de travailler à 8 ans pour aider mes parents. Nous devrions étudier mais le coût du matériel est très élevé pour nous. »
Nelly travaille de 9h à 19h puis va suivre des cours du soir et rentre chez elle vers 22h.

J’ai entendu parler d’un projet de loi pour que l’école ait lieu toute la journée. Une maman d’une famille monoparentale me disait : « S’il y a l’école toute la journée, mes filles aînées ne pourront plus m’aider à notre petite boutique ou pour garder les derniers ; comment je ferai alors ? »

Comment changer ? Par une politique de soutien familial ? Par une politique digne de rémunération du travail ? Par une politique sur l’éducation pour qu’elle soit réellement gratuite et de qualité ? Les trois sûrement et aussi une reconnaissance des efforts des parents.

Pour que le monde que l’on souhaite ne soit pas qu’un rêve …

une exposition de peintures réalisées par des jeunes de la Nouvelle Orléans, dénonçant le relogement loin de leur quartier d'origine après l'ouragan Katrina en  2005

une exposition de peintures réalisées par des jeunes de la Nouvelle Orléans, dénonçant le relogement loin de leur quartier d’origine après l’ouragan Katrina en 2005

Maria Victoire,

Nouvelle-Orléans

Les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) n’auront pas atteint leur but initial d’éliminer la pauvreté de 50% en 2015. Les Objectifs pour le Développement Durable (ODD)  qui prendront la relève pour 2015 -2030 pour tenter de mettre à fin à la pauvreté, y parviendront-ils ?

Le monde se rappelle du lancement des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) en l’an 2000 par les Nations Unies. Et bien des peuples dans le monde ont vibré d’un grand espoir de voir que la pauvreté allait enfin être réduite à 50 %.

L’attente était grande et certaines institutions dont ATD Quart Monde ont critiqué cet objectif de 50 %, en disant qu’il laissait de côté toute une partie des personnes les plus pauvres. ATD a même lancé une évaluation de ces objectifs avec les personnes même vivant dans des conditions de pauvreté, pour réfléchir à un développement durable qui n’exclut personne.

Les huit Objectifs du Millénaire pour le Développement proclamés par les Nations Unies et ses partenaires de réduire la pauvreté de 50% en l’an 2015 n’ont pas été atteints, un milliard d’individus vivent  toujours avec moins de 1,25 dollar par jour, le seuil d’extrême pauvreté. Si  le nombre de personnes extrêmement pauvres a baissé en beaucoup d’endroits, en Afrique, il a augmenté. Ce chiffre a même doublé, passant de 210 millions en 1981 à 415 millions en 2011 (sources : observatoire des inégalités).

Qu’est-ce qui n’a pas bien fonctionné ?

Beaucoup ont constaté que parmi les Objectifs, les droits de l’homme n’ont pas été mentionnés ni pris en compte. Il est sûr que pour les personnes qui vivent en situation d’extrême pauvreté, les droits de l’homme sont loin d’être une réalité.

Que ce soit à Bouaké, en Côte d’Ivoire ou à la Nouvelle Orléans aux États-Unis ou dans d’autres pays, les familles vivant dans l’extrême pauvreté luttent toujours  pour avoir le droit à la santé, à une bonne éducation pour leurs enfants, à un bon travail qui rapporte assez pour nourrir leur famille, un logement décent ou encore le droit à la culture et aux loisirs, aux vacances.

Une maman de la Nouvelle Orléans disait « On dit qu’il y a du changement au niveau de la santé mais lorsque l’on va aux urgences, on attend toujours dix heures pour avoir les premiers soins. Et encore on te prescrit les médicaments que tu ne peux même pas payer.» Un père de famille, allant chercher ses médicaments à la pharmacie, fou de rage disait tout haut « Comment je vais payer mes médicaments pour mon hypertension ? ça coûte 67 dollars, je n’ai pas l’argent pour payer. »

Dans un hôpital en Afrique de l’Ouest, une jeune maman était admise à l’hôpital en urgence et lorsque les infirmières ont demandé à son mari de payer pour les analyses et d’acheter les gants et les seringues pour que sa femme puisse être soignée, ce dernier leur a répondu qu’il n’avait pas l’argent nécessaire. On l’a renvoyé lui et sa femme à la maison en disant, « lorsque vous aurez l’argent on pourra soigner votre femme. »

Certaines personnes atteintes du VIH et qui ont déjà bénéficié de trois mois d’aide alimentaire pleurent pour pouvoir revenir sur le programme car elles dépendent de celle-ci pour nourrir leur famille. Certains doivent mentir pour bénéficier de ces aides.

On peut parler longuement sur le droit à la santé, le droit au logement décent et d’autres droits. Au nom du développement durable, les investisseurs, les États acculent les familles très pauvres dans des zones de pauvreté où il n’y a aucun investissement, où l’école est loin, où les commerces et les services ne sont pas accessibles. A croire que les très pauvres sont des nuisances à la société. Les droits des plus pauvres sont de plus en plus bafoués.

Le comble c’est que certaines institutions d’aide aux plus pauvres ferment leurs portes faute de fonds pour soutenir leurs programmes. C’est un choc de voir les petites organisations qui faisaient leur travail avec les moyens du bord fermant leurs portes pour des raisons de non renouvellement de leur subvention.

Les Nations Unies et une centaine de partenaires ont lancé une enquête sur internet « My World » ; ils invitent tout le monde à voter six priorités pour le prochain agenda mondial pour le développement durable, « le Monde que nous voulons voir » et engager la société Civile à participer aux choix des objectifs.

A nous de proposer de nouvelles priorités qui prennent réellement en compte la voix et l’expérience des plus pauvres, qui nous disent qu’un monde meilleur n’est possible qu’en permettant la participation réelle de tous, en garantissant les mêmes droits pour tous.

Tant que les très pauvres sont laissés derrière et que les droits de l’homme ne sont pas pris en compte, aucun objectif ne sera mesurable et réalisable. Bien sûr les plus dynamiques en bénéficieront, mais il faut voir plus loin et faire en sorte que les droits de l’homme et les familles vivant dans l’extrême pauvreté soient respectés dans les Objectifs pour le Développement Durable.

Rendez-vous en Septembre 2015 pour le lancement des ODD.