Quand des combattants de la misère refusent de s’exiler

Saint Jean Lhérissaint

Haïti

Le travail de détection pour l’implantation en milieu rural d’ATD Quart Monde en Haïti continue lentement mais sûrement. C’est cette activité qui m’a porté à visiter la commune des Gonaïves – Département de l’Artibonite – la semaine dernière. Bien que chef-lieu de Département et d’Arrondissement, j’ai découvert qu’au-delà d’une ville active, il y a la vie nocturne où les blessés de la vie, de tout âge et en provenance de plusieurs communes, viennent à la recherche d’un mieux être. Il y a dans cette commune des coins bien misérables, comme la section Bassin. La terre y est aride et poussiéreuse. Quelques maisons précaires se trouvent non loin de la route, dans une chaleur suffocante, faute d’arbres. Les chauffeurs de taxi moto et leurs passagers font tout pour se protéger de la poussière. Seuls des bayarondes mal nourris (épineux qui servent à la fabrication du charbon de bois) et des cactus poussent là.

Nous rencontrons un homme et deux femmes, assis à côté de leurs sacs de charbon, en train d’espérer un véhicule de transport pour aller vendre leurs produits aux Gonaïves. Ils nous expliquent : « là où nous vivons, c’est comme l’enfer, mais nous sommes nés là, nous devons y rester, nous ne pouvons pas abandonner nos racines. Partir d’ici, ce n’est pas la solution, car nous allons arriver ailleurs avec nos problèmes. » Ces habitants de la zone disent qu’ils gagnent leur vie grâce à la fabrication du charbon de bois et font tout ce qu’ils peuvent pour assurer un avenir à leurs enfants. Aller à l’école est cependant l’un des plus grands sacrifices consentis par les enfants quand on tient compte de la distance à parcourir et du nombre de pentes raides à grimper. Pas d’arbres, pas d’eau, pas de fruits, pas de légumes, il faut se déplacer loin pour se procurer la moindre chose.

Trouver de l’eau potable est un véritable problème pour les habitants de cet endroit. Ils doivent faire au moins une heure de route pour monter à Trou Melon et trouver de l’eau de source. Une eau salée, en plus. Mais ils n’ont pas le choix s’ils ne veulent pas mourir de soif. Je remarque une autre activité pour les jeunes et moins jeunes de la zone: embarquer les camions avec des pierres et de sable destinés à la construction. On voit plusieurs camions qui font le même exercice dans des endroits plus ou moins dangereux à cause des falaises.

Les habitants de Bassin sont de vrais combattants contre la misère quand, malgré les difficultés quotidiennes, ils refusent d’être des acteurs de l’exode rural. J’espère qu’un jour leur bravoure sera récompensée par de l’État central qui mettra en œuvre une vraie politique de décentralisation.

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