Le choix ? Quel choix ?

stopauvrete-ok

Pascal Percq

France

Une phrase entendue l’autre jour dans un transport en commun m’a fait réfléchir. Une personne disait à sa voisine : « Je ne suis pas d’accord avec toi : on a toujours le choix ! » Ce jugement péremptoire commentait l’aspect d’une famille avec deux enfants qui venait de descendre du bus, dont l’attitude et les habits disaient combien ils étaient en situation de grande pauvreté. Je ne sais de quoi il était plus précisément question, sinon qu’il semblait à cette personne inadmissible de ne pas mieux habiller ces enfants, mais cette phrase à l’emporte-pièce m’a fait sursauter.

« On a toujours le choix » : rien n’est plus faux que cette affirmation simpliste.

«Être dans la misère, c’est ne pas pouvoir être libre, devoir toujours demander, toujours compter» témoignait naguère Christian, militant Quart monde à Lille. Et donc ne pas avoir la possibilité de choisir.

Ceci recoupait d’autres réflexions entendues peu de temps avant lors d’une Université populaire quart monde, sur la possibilité ou non de pouvoir habiter là on l’on voudrait.

Le choix ? Quel choix ? Christine, en colère, confiait : «moi je n’ai pas choisi: on m’a donné un logement pourri mais c’était ça ou rien. J’étais à la rue avec ma gamine : alors je l’ai pris, mais maintenant on me refuse ma mutation. »

La faculté de choisir pour soi-même, pour ses proches, pour sa vie, n’est donc pas la même pour tous : serait-elle conditionnée par sa situation sociale ?

Choisir encore : en ce début d’année 2017, année électorale en France, on nous assène jour après jour … que des choix que nous ferons lors des scrutins dépendra l’avenir du pays : le paradis ou l’apocalypse, rien moins !

Loin de ce tintamarre électoral, coïncidence, le hasard de la lecture du dernier livre de l’écrivain suédois Henning Mankell « Sable mouvant fragments de ma vie » (Ed. du Seuil, sept. 2015) , ouvrage écrit peu de temps avant sa disparition, apporte un éclairage complémentaire.

Cet auteur qui a beaucoup bourlingué dans sa vie, fait le constat: « Avoir la possibilité de choisir est un grand privilège. Pour la très grande majorité des habitants de la planète, la vie est fondamentalement une affaire de survie, dans des conditions dramatiques. Au cours des millénaires, très rares sont ceux qui ont pu se consacrer à autre chose que la survie. La moitié au moins de l’humanité, de nos jours, vit encore sans aucune possibilité de choix. »

Il poursuit: « Ceux qui vivent dans les marges extrêmes d’une société n’ont aucun choix. Se coucher dans la rue pour mourir n’est pas un choix. Se laisser mourir de faim n’est pas un choix. Nous avons aujourd’hui tous les moyens nécessaires pour éradiquer la misère absolue et hisser l’ensemble des êtres humains vivants au-dessus du seuil de malnutrition. Nous choisissons de ne pas le faire. C’est un choix que je ne peux considérer autrement que comme un acte criminel. Mais il n’existe pas de tribunal habilité à poursuivre à l’échelle globale, les criminels responsables du fait que la faim et la misère ne sont pas combattues à l’aide de toutes les ressources disponibles. Et qui nous entraînent tous à être complices et à avoir notre part de responsabilité dans ce choix.»

Il faut se souvenir de cette grave accusation de Mankell lors des prochains choix… électoraux. Et en cette année où ATD Quart Monde lance une mobilisation citoyenne mondiale, nous sommes tous invités à réaffirmer, tout comme Mankell, que la misère n’est pas une fatalité, en allant signer à partir du 12 février 2017 l’appel à l’action sur le site : www.stoppauvrete.org

 

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