Logements décents… mais à quel prix ?

whd2016fr

B. Ndeenga,

Cameroun, Yaoundé

Le 3 octobre dernier la communauté internationale a célébré la journée mondiale de l’habitat. Le thème de cette journée était «le logement d’abord » sous l’angle de fournir à tous un logement décent. Un programme ambitieux. Cette journée m’a donné l’occasion de faire un parallèle entre la pauvreté et l’accès au logement. Généralement on ne fait pas trop écho dans les indices de perception de la pauvreté du problème du logement. Est-il donné à tout le monde d’avoir un logement décent ? Que cache le terme « décent » quand on sait que l’essentiel est d’acquérir par tous les moyens un logement ? Finalement la décence n’est-il pas aussi lié au poids de notre bourse ? Car qui dit qualité dit prix. Je suis allé à la rencontre de plusieurs acteurs du logement afin de découvrir la réalité.

Maman T. est veuve. Elle sexagénaire. Elle habite un quartier de la capitale. Elle est sans emploi. Elle habite un deux pièces en matériau provisoire. A côté de sa maison se trouve un immeuble superbement bâti. Toutes les eaux usées et les différents déchets sont jetés sur sa toiture. Sa maison n’a aucune ouverture. Ma grande surprise fut lorsque je découvris qu’elle vivait dans cette maison avec ses 5 enfants et ses 14 petits fils. Je suis resté sans voix et je n’ai pas voulu par pudeur lui demander comment ils dorment. J’ai juste aperçu sa marmite posée sur un réchaud au bord de la route principale. Il n’y a quasiment pas d’espace entre sa maison et la route.

Second tableau : Émile est jeune fonctionnaire. Il travaille dans un ministère. Il vit en location dans une maison de deux chambres, une douche, une toilette et pas de cuisine. Il y a de l’électricité mais pas d’eau courante. Le coût de cette maison est de 60 000 Francs cfa (Fcfa) le mois. Près de cent Euros. Son salaire est de 115 000 Fcfa. Un peu plus de 150 euros. Il a une épouse et trois enfants. Faisons le compte : Que lui reste-t-il pour vivre ?

Troisième tableau : Monsieur H est un bailleur. Il a plusieurs maisons qu’il met en location et dont les prix varient de 60 à 200 000 Fcfa. Je lui demande si avec les fourchettes salariales pratiquées dans notre pays ces prix ne sont pas excessifs. Voilà ce qu’il me répond: « Cela peut paraître excessif si on ne remonte pas tout le processus en amont. Commençons par l’accès aux terres. Elles sont difficiles à acquérir de par leurs coûts. Une fois qu’on a la terre, allez regarder les prix des matériaux sur le marché. Pour une maison de trois pièces je suis à 10 millions de dépenses (environ 16 000 euros). Je dois prendre un prêt bancaire remboursable sur cinq ans assorti d’un intérêt mensuel de 29,75 pour cent. Il me faut quasiment 15 ans pour rembourser une maison de trois pièces au cas où les locataires me payent régulièrement. Pensez vous qu’on puisse s’en sortir? »

J’ai appris que dans mon pays il y a des « logements sociaux » qui sont destinés en principe à ceux qui ont des revenus faibles. Mais après enquête j’ai très vite déchanté. Pierre qui travaille dans la structure étatique qui gère ces logements me dit sous cape : « Ces logements sociaux ne sont que pour les nantis.Vous ne trouverez pas de personnes pauvres. Quel citoyen moyen peut déposer une caution de 3 millions de francs (5000 euros) pour avoir accès à ce loyer ? De plus les pratiques maffieuses ont généralement cours avec ces logements. Des hommes riches les prennent et vont faire de la sous location. Un loyer que l’État laisse à 24 000 Fcfa le mois (40 euros), certains personnes payent parfois le triple par mois à ces gens. L’État est complice parce que c’est les fonctionnaires haut placés de l’administration qui le font. »

Voilà la réalité froide que je découvre. Comment peut-on parler de logement décent quand on n’a même pas une qualité de vie décente ? Les deux sont imparablement liés et méritent que nos gouvernants s’y penchent. Car à côté de ceux qui ont un logement dans des conditions difficiles et en peinant à joindre les deux bouts, combien vivent dans la rue, au bord des voies ferrées, dans des chantiers abandonnés ? Combien ont été déguerpis de leurs habitations et jamais recasés ? Combien vivent dans les zones à risque où éboulement de terrain, inondations sont leurs lots quotidiens ? Indubitablement logement décent devrait rimer avec amélioration des conditions de vie…

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