Pauvreté et changement climatique dans les Andes

 

Alberto Ugarte Delgado

Andes2

photo © fao.org/climatechange

Le Pérou occupe une partie importante de la Cordillère des Andes en Amérique du Sud. Sur son territoire, sont concentrés environ 70 % des glaciers tropicaux qui jouent un rôle important dans l’équilibre pluviométrique naturel en régulant l’écoulement de l’eau durant les périodes de fortes pluies ou de sécheresse. Les glaciers tropicaux ont donc une influence déterminante sur l’équilibre climatique de toute la région d’Amérique du Sud et leur altération pourrait avoir des impacts au niveau mondial.

Les glaciers tropicaux jouent un rôle de régulateurs des phénomènes pluviométriques. Lorsque des précipitations excessives se produisent, les basses températures retiennent et congèlent l’eau de la pluie pendant les mois d’hiver, ce qui permet chaque année de retenir des millions de cm3 d’eau dans les glaciers. Les glaciers fondent ensuite au printemps et redescendent pour irriguer les versants des Andes, ce qui permet ainsi de développer un système productif dépendant fortement de ces écoulements d’eau. La quasi totalité des fleuves des Andes proviennent de ces fontes à 4000 mètres d’altitude.

Au cours des 10 mille dernières années, la température moyenne de la planète s’est maintenue à 15 degrés. Cependant, au cours du dernier siècle, la température moyenne a augmenté de 0,6 degrés et on estime qu’à la fin du siècle, elle augmentera de 1,4 à 5,8 degrés. Cette augmentation de la température est la conséquence de l’augmentation des gaz à effet de serre provoqués par l’homme. Ainsi, la quantité de CO2 présente dans l’air est supérieure à la capacité d’absorption et d’émission de notre planète. Cet excès de CO2 retenu dans l’air est un facteur fondamental du réchauffement climatique.

Des années 70 à ce jour, on estime que les glaciers tropicaux des Andes péruviennes ont diminué de 22 %. Le glacier Quelccaya (de 5560m et le plus grand glacier tropical du monde) a reculé de 60m par an, avec un recul de 150m en 2010. On pense aujourd’hui qu’il aura totalement disparu en 2020. La Cordillère Blanche s’est abaissée de 15 % depuis 1970 et les scientifiques estiment que dans les 10 prochaines années, tous les glaciers se trouvant entre 3500 et 4200 m d’altitude auront disparu. Par conséquent, des études scientifiques montrent qu’en 2050, le Pérou aura perdu 50 % de ses réserves en eau douce.

La fonte des glaciers tropicaux empêcherait de retenir l’eau de la pluie, ce qui ferait que chaque année, près de 7000 millions de m³ d’eau s’en iraient dans l’Océan Pacifique, augmentant ainsi le niveau des eaux et provoquant des catastrophes comme des inondations, des glissements de terrain, etc. Parallèlement, cela provoquerait également l’effondrement de tout un système productif dont dépendent des millions de personnes.

L’équilibre de l’environnement dans les Andes a toujours été fragile. Les populations qui de tout temps s’y sont succédé depuis 20000 ans, ont dû faire face à des conditions particulièrement défavorables auxquelles elles ont dû s’adapter. Ce processus d’adaptation a duré pendant des milliers d’années et a donné lieu à une adaptation de l’organisme humain et au développement d’une technologie de production répondant aux limites et aux conditions mêmes de l’environnement andin.

Cet environnement andin se caractérise par sa géographie abrupte et escarpée. Il dispose de peu d’espaces plats adaptés au développement de l’agriculture. Avant cela, et très tôt dans l’histoire, l’homme andin a dû apprendre à produire dans les versants des montagnes en développant un système de terrasses appelées « couloirs » qui permettaient d’augmenter le nombre de terres cultivables et de récupérer l’eau qui s’écoulait de la fonte, grâce à un système ingénieux de canaux. Les difficultés rencontrées à cause des forts dénivelés devinrent un avantage pour le développement d’un système productif basé sur l’utilisation de différents étages écologiques et permirent à de nombreuses plantes de s’adapter et de faire face aux périodes de sécheresse. A son apogée et à l’âge d’or de l’époque inca, ce système de production a permis de préserver une population que certains historiens estiment à 12 millions de personnes.

Depuis les années 40, les zones rurales des Andes se sont dépeuplées. Ce processus, qui s’est accentué durant les 30 dernières années, est dû à la pauvreté et au manque d’opportunités dans le milieu rural face à l’attraction qu’exercent les principaux centres urbains. La population rurale est ainsi passé de 40 % en 1927 à 23 % cette année (d’après “Migrations Internes au Pérou”, Organisation Internationale pour les Migrations (OIM), Lima-Pérou, Mars 2015). Il y a aujourd’hui de moins en moins de paysans et donc de personnes pour maintenir les systèmes de production agricole : les terrasses, les canaux d’irrigation, etc.

Ce dépeuplement du monde rural dans les Andes aggrave les conséquences de l’impact du changement climatique, et la réduction de la force de travail durant les dernières décennies engendre un manque d’infrastructure agricole : terrasses de culture, canaux d’irrigation, systèmes de conservation de l’eau, etc.

La combinaison des facteurs de pauvreté et de changement climatique montre la situation dramatique qui se façonne pour l’avenir des Andes. Cependant, l’articulation des deux facteurs peut également fournir une partie de la réponse aux défis posés par le changement climatique. La récupération des techniques de production traditionnelles et le développement des systèmes de rétention d’eau, comme les « waru warus » ou d’autres systèmes de collecte des eaux développés dans d’autres endroits du monde au cours des milliers d’années, requièrent la présence de paysans pour que ces systèmes atténuent les impacts de la fonte des glaciers. Associer la lutte contre le changement climatique à la lutte contre la pauvreté dans les Andes constitue donc une question fondamentale.

 

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