La COP 21 vue de l’intérieur: 2 décembre

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Une jeune femme d’une ONG représentant le groupe des populations autochtones s’exprime en plénière. Il y a 8 groupes différents pour des milliers d’ONG et seule une personne par groupe peut s’exprimer.

Ce matin, la séance plénière porte, entre autres, sur des organes « subsidiaires » à la COP chargés de fournir avis scientifiques, technologiques et méthodologiques.

Lutte pour l’environnement ou contre la pauvreté, faut-il choisir ?

En septembre, l’équipe des négociateurs français a rencontré les ONG françaises au ministère de l’Environnement et de l’Ecologie. Nous avons fait savoir que nous regrettions que le projet de texte n’exprime pas l’ambition de lutte contre la pauvreté et la grande pauvreté, manquant ainsi la cohérence avec les ODD. La délégation française nous avait alors répondu qu’il ne faudrait pas surcharger la Conférence climat avec des objectifs hors Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques. En contradiction patente avec les discours officiels de la France qui lient lutte contre la pauvreté et changement climatique ! Peut-être plus étonnant encore, c’est d’entendre le Prince de Monaco réclamer un changement fondamental du système économique qui a conduit au réchauffement climatique.

Nous avons suivi un side event sur la thème de la résilience avec une succession d’orateurs. Ces side events (littéralement : événements parallèles) ont pour but d’informer négociateurs et ONG, de faire connaître de nouvelles approches mais sans influence directe sur les travaux. Ségolène Royal y a plaidé pour les océans. Avec humour, lorsqu’elle a dit que les océans étaient dans cet état car ils ne sont pas habités, il n’y a pas d’élus, pas de mains à serrer ! L’orateur suivant parlait des « Resilient Cities ». Avec un fonds de 5 billion dollars de la Rockfeller foundation… Ca semblait attirant : renforcer les communautés, renforcer les liens et les connexions des communautés marginalisées. Puis il a dit que la Nouvelle Orléans était le modèle et là j’ai arrêté d’y croire.

Nous avons aussi entendu Mary Robinson, fondatrice de la fondation du même nom, qui a beaucoup poussé la notion de Justice climatique. « Quiconque avec un sens minimal de l’équité ou de  la morale devrait se sentir obligé d’agir. » Elle place la question dans sa dimension morale : lorsque les gens sont touchés par le changement climatique, ils sont dépassés, ils perdent leurs moyens, leur dignité. Il faut un accord fort, et au-delà de l’accord, il faut agir y compris le secteur privé et la société civile. Elle a conclu en disant qu’il fallait savoir ce qu’était la toile de fond des négociations : ce sont des communautés vulnérables dans les pays vulnérables. Après son allocution, une vidéo sur Thule et l’île de Tuvalu, a été projetée. Un homme disait qu’à Thule la neige arrivait d’habitude en octobre, puis en novembre et maintenant en décembre et la terreur mêlée de tristesse se lisait sur son visage. A Tuvalu, une femme disait qu’elle épargnait de l’argent pour que ses enfants puissent quitter l’île. Elle, elle ne part pas, elle veut mourir sur place.

Mardi, nous avions suivi aussi un side event organisé par les jeunes sur le thème de la solidarité intergénérationelle. C’est un concept nouveau et fort intéressant. Des jeunes très brillants de grandes universités anglosaxonnes démontraient que les économistes ne comptaient pas à leur juste valeur les dommages du changement climatique. Et c’est vrai. « Stop discounting lives of the future generations. » Le panel était composé de 6 ou 7 d’entre eux et d’une femme Inuit du Groenland et une femme du Pakistan. On retrouvait là le même déséquilibre majeur que dans la COP officielle avec une large prédominance des Occidentaux. La jeune Pakistanaise l’a fait remarquer mais pour elle, le seul repère était d’appartenir au Global South. Du coup elle sous-estimait totalement la présence de la femme du Groenland, qui pourtant représentait un peuple en énorme souffrance. La femme Inuit disait :  » Notre premier combat n’est pas celui du réchauffement climatique mais celui pour notre terre. Nous devons combattre les entreprises privées qui volent notre terre, ce qui nous empêche de rendre hommage à nos ancêtres, ce qui pousse les jeunes à faire de mauvais choix, qui les pousse au suicide. » Nous avons approché ces jeunes pour leur demander de prendre en compte les jeunes défavorisés du monde entier dans leur plaidoyer. Les jeunes arriveront-ils à s’organiser afin de ne pas reproduire les schémas de pouvoirs injustes qui ont conduit la planète à son épuisement ?

Les ONG se déguisent en agents secrets

Nos collègues défenseurs des Droits de l’Homme nous transmettent les nouvelles des spin off group sur le préambule et l’article 2 et surtout 2.2. Les plus hardis d’entre eux ont réussi à rentrer dans les salles. Au départ ils ont été exclus puis le spin off group s’est réuni ailleurs, mais se donnant des infos par téléphone certains ont pu tout de même rentrer dans la nouvelle salle. C’est un engagement physique autant que moral et intellectuel que ces négociations !

Des questions de stratégie

Déterminer la stratégie mercredi avait été rude. Le préambule donne le ton au texte. La mention des Droits de l’Homme à ce niveau est intéressante mais moins contraignante que dans l’article 2.2 Purpose, qui énonce l’objectif du document. Faut-il se résoudre à accepter uniquement les Droits de l’Homme dans le préambule pour qu’il y ait moins de réticences des États ? Faut-il rendre encore plus concis la formulation de l’article 2.2 pour avoir une chance de le conserver, ce qui serait plus favorable que d’avoir seulement le préambule ? Le groupe Syndicats et celui de Femme et genre étaient opposés à cette dernière proposition pour répondre à la suggestion des Philippines qui demandent une version raccourcie de l’article 2.2 . Peut-on garder les mêmes concepts mais avec moins de mots ? Est-ce la longueur du paragraphe qui compte ou est-ce que c’est la force des concepts énoncés ?

Les militants doivent-ils eux mêmes sabrer leur travail ou doivent ils faire confiance à un État pour le sauvegarder ? Ou doivent- ils tenir les Etats responsables si les Droits de l’Homme sortent du texte ? Il ne faut pas donner un mauvais signal et faire croire que l’on a changé de position, ce qui risque d’arriver si on donne une version raccourcie.

Finalement chaque constituency, chaque groupe a donné une version raccourcie du segment de phrase qu’il défend (les femmes, les autochtones, les jeunes) mais seulement au représentant des Philippines, au cas où il aurait à lâcher du lest. Chacun a eu 45 minutes pour donner son texte raccourci. Et les gens l’ont fait !

Les États ont en gros trois positions : contre, pour, ou bien vont suivre le flot… Ils ne voudront pas se démarquer des autres états, même s’ils sont soit pour, soit contre. Une jeune femme canadienne a mis la délégation canadienne au courant et apparemment elle a fait des merveilles… Bravo Gina. À suivre.

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