Et si on dessinait des bouquets ? 

Rencontre artistique à Commana, septembre 2015

Rencontre artistique à Commana, septembre 2015

Jean Luc  Heintz

France
Jean-Luc Heintz, artiste-militant à Paris, a participé à une rencontre artistique animée par Jacqueline Page à Commana, en Bretagne.

COMMANA !!!

Ouah … ces rencontres Art, c’était vraiment super.
D’abord nous sommes allés à la découverte d’un pays de magie et de rêve, je le dis : Le Finistère Nord. Immensité de la mer, éternité des montagnes, caresse incessante des vents, lumière intense de beauté intérieure des églises.
Dès la sortie du train, hop en voiture. Nous nous arrêtons pour marcher une trentaine de minutes, histoire de respirer. Quel délice la mer ! Sa beauté submerge et en un instant les soucis n’existent plus. Et ce vent frais qui caresse sans cesse le visage, n’est-il pas le meilleur des remèdes aux angoisses quotidiennes, à la violence des relations administratives, de voisinage ou médicales, au repli sur soi de peur de souffrir? Je rêvais de ce séjour depuis des semaines ! Quel bonheur de marcher, seul, sur une plage de sable blanc, fin, immense, interminable, à perte de vue, sans personne. Oui, un bonheur pour moi et un bonheur que j’espère à tous car ressentir une telle satisfaction reconstruit.

Alors, en écoutant, avec plaisir, le va-et-vient incessant des vagues, je deviens poète: « il était seul au monde et le monde était océane ».
Alors le soir repu de découvertes et de changements, fatigué de ce bel après-midi, épuisé mais soulagé, je mange et je rentre dormir, en paix avec moi-même et avec le monde, plein d’idées d’avenir, dans la caravane agréablement aménagée à mon attention.

Heureusement nous n’étions pas seuls tout le temps …

Nous sommes accueillis par l’envoûtante sympathie de Jacqueline et son sourire plein de malice. Lorsqu’on dessine, sous ses conseils, on devient des génies. Christian est venu de Belgique. C’est un homme très silencieux. Lorsqu’il peint, il est totalement absorbé par ce qu’il fait. Le temps s’arrête à le regarder. Nous rencontrons Geneviève, la voisine, une femme pleine de sympathie et d’humour. Elle chante l’opéra. On éclate de rire en l’entendant imiter le chant du coq, les cris des poules, des canards, à la perfection. Dans son jardin cette basse-cour colorée picore en liberté sous le regard méfiant des chats. Avec elle, on est heureux. La maman de Jacqueline est une toute petite femme d’un certain âge au regard de lumière. Son hospitalité généreuse et sa gentillesse naturelle reposent. On est fier de se sentir respecter.
Je suis arrivé à la gare de Morlaix plein d’impatience, assoiffé d’amitiés sincères et aussi, en manque de création. Depuis ma rencontre avec Jean Jacques Berthelot, un artiste qui vivait dans la rue, maintenant décédé, je suis engagé avec la famille ATD Quart Monde. Je fréquente l’université populaire. Je participe à Art et Partage, un atelier de peinture initié par le mouvement à Paris XX. La création m’est devenue nécessaire. Elle a le pouvoir de m’apaiser et de me diriger vers l’autre. Les mots quant à eux, tournant toujours dans ma tête, ont tendance à m’aigrir et m’envahir de colère. Dès le matin, nous nous mettons à peindre sur chevalet, dans le silence le plus intense. C’est incroyable le pouvoir du silence, sur soi, sur le groupe, sur nos liens et relations. En présence de Jacqueline nous réalisons de très belles œuvres. Je suis étonné des progrès. Nous pensions travailler en incrustant des textes dans la peinture car j’écris aussi des poèmes. Pour commencer nous nous essayons à un bouquet de fleurs et pendant cinq jours nous allons peindre des bouquets à l’acrylique, aux pastels, aux fusains, à la craie. Le noir du charbon et le blanc des carrières c’est trop intellectuel pour moi. Christian, lui, il aime. Mais moi, je préfère peindre sans réfléchir pour vider mon esprit des angoisses, pour décharger les violences reçues, pour ne plus penser et retrouver ainsi des forces sereines. J’aime les couleurs qui font oublier et vibrent comme une danse à l’univers.
Et danse il y a eu. Notamment avec ce spectacle donné par le centre des arts et tradition populaire du Léon « Bleuniadour ». Les danseurs et costumes m’ont porté dans mes émotions. J’ai vu des bretons à la rigueur de caractère incomparable. Ils se portaient puissamment dans l’artistique et la virtuosité tout en dégageant beaucoup de chaleur humaine. Hallucinant.
Durant ces cinq jours, avec tous ces gens rencontrés, toutes ces belles découvertes, « nous avons été comme généreusement servis sur des plateaux ». Cela touche beaucoup ma mémoire : les bretons ne s’oublieront jamais.
Avant dernier repas. Ce soir-là le silence est grand, me portant dans la mélancolie du retour. Craignant celui-ci mais espérant en sa résonance pour longtemps.

Si peindre, comme cette fois juste des bouquets de fleurs, procure du bonheur, c’est aussi un engagement. C’est un engagement d’égalité et de paix. Merci à Jacqueline pour l’idée et l’accueil. Merci à ATD Quart Monde pour permettre ce projet et cet espoir, encore et encore, à tous. Merci pour cet avenir généreux qui se construit en couleur et en silence.

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2 réflexions au sujet de « Et si on dessinait des bouquets ?  »

  1. Bonjour, quel texte puissant, inspirant ! Merci ! Je n’avais jamais pensé à ce gisement de créativité en chacun de nous, moteur d’une libération. Puissent d’autres ateliers s’épanouir comme les bouquets ! Anne

  2. Ping : Le rejet, les divisions… et les couleurs des peintres… | Pour un monde riche de tout son monde

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