Avec mon vélo bleu 

avec mon vélo bleu

« Mi bici azul »

Madrid, Espagne

C’est la nécessité qui te fait sortir de chez toi, sans pouvoir avoir d’autres choix. J’aimerais me réveiller chaque matin avec un endroit où aller travailler. Avant, je travaillais et j’aimais ce moyen plus solide de gagner ma vie, avec un revenu fixe tous les mois. Ça me permettait de vivre mieux, je pouvais aller dîner au restaurant avec ma femme, faire des achats, etc… Mais maintenant, avec la crise, c’est plus difficile de trouver du travail. Pour nous qui avons peu de diplômes, il est pratiquement impossible de trouver un emploi. Avant, on pouvait faire la preuve qu’on pouvait travailler comme n’importe qui. Maintenant, on n’a plus cette possibilité.

Je touche une aide sociale, mais ça ne suffit pas pour nous faire vivre, et il faut que je sorte quand il n’y a plus d’argent à la maison, quand nous avons besoin de nourriture, de choses pour la maison…

La récupération de ferraille est devenue une forme de travail pour un très grand nombre de personnes. Chaque jour, je vois un grand nombre de gens, même de gens avec une formation et de belles voitures, qui font les poubelles ou vont à la décharge.

Je prends mon vélo parce que j’habite très loin, et dans mon village, il n’y a pas de décharge. Il faut que j’aille au village d’à côté. Si j’y vais à pied avec un chariot, ça me prend très longtemps, mais si j’y vais en vélo, ça me donne le temps de faire d’autres choses et de rentrer à la maison pour être avec mes enfants.

Pour moi, c’est un moyen difficile de gagner ma vie, parce que certains jours ça va et on peut faire quelques achats pour la maison, du lait, de la viande, etc., mais il y a des jours où je ne récupère que 3 euros, et je rentre à la maison les mains vides. Quand on travaille dans la ferraille, c’est très fatiguant, ça demande beaucoup d’efforts physiques.

C’est dur de te débrouiller dans la vie avec tes propres moyens, sans faire de mal à personne. Il y a des jours de désespérance, où tu voudrais ne pas vivre, parce que tu en as besoin et que tu ne trouves rien. Mais tu continues parce que c’est ta vie.

Il y a des gens qui t’insultent, qui te cherchent, et tu vis l’enfer, ça te rend la vie plus dure. Quand on m’insulte, j’essaie de ne pas répondre, de ne pas tourner la tête, je poursuis mon chemin. Je perdrais mon temps à leur répondre. Un jour, j’étais à vélo, et il y en a un qui m’a bouché le passage avec sa voiture. Et s’il m’arrivait quelque chose, comment pourrais-je ramener à manger à mes enfants?

D’autres fois, c’est tout le contraire. Une fois, j’ai eu la main qui saignait, un monsieur s’est arrêté et m’a offert un kleenex, il s’est inquiété de moi. C’est une petite lueur d’espérance quand quelqu’un te comprend, essaie de t’aider, pas financièrement, mais qui sans te connaître, s’approche de toi. Ça me réconforte et ça fait que la vie n’est pas si dure.

Quand je rentre après toute une journée où je n’ai rien gagné, c’est très dur. Ça n’a rien de garanti. Il faut passer au bon moment, quand les gens jettent quelque chose, pour que tu le trouves. C’est une question de chance.

Qu’on nous donne plus de chances à tous. Je ne sais pas lire, mais j’ai d’autres qualités qui m’ont fait apprécier des entreprises dans lesquelles j’ai travaillé.

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