La tendresse du Maître peintre

Jean-Jacques, peint par Christian.

Jean-Jacques, peint par Christian.

Noldi Christen,

Suisse

Dehors, devant ma fenêtre, je voyais cet été les fleurs des pommes de terre. De couleur malheureuse brune, sèche… Un peu plus loin, les tournesols étaient tout gris et décrépis. Désespoir des paysans, la canicule. Et l’appel, le cri : Sommes-nous en train d’achever notre belle planète bleue ?

Tout cela me fait penser aux roses fanées de Nelly, femme qui connaît la pauvreté. Il y a 20 ans, elle a peint toute une série de ses roses desséchées. Certains avaient remarqué que c’était devenu sa marque, son truc.

Mais elle insistait : «C’est que chacun de nous est aussi une rose ! Et ce monde, moi je le veux avec partout des bouquets de fleurs assemblées. Qui dansent dans leur vase !» … Communion.

Puis elle ajoute : «Mais j’en vois trop de celles qui sont abandonnées. Plus aucun geste d’une main, attentive, qui les arrose. Plus de regard attendri. Oui, ces fleurs-là, elles se vident et meurent finalement bien avant l’âge.» Sauf si un ami arrive.

En Belgique, Christian Januth – il se dit «faiseur d’images» – peint les visages longuement médités de personnes oubliées autour de lui. Il veille sur eux. La Belgique, à travers son histoire très dure, a un sens bien plus fin pour ça.

Une amie de Christian m’a montré, pas loin de la si belle Mairie de Bruxelles, un arbre très spécial. Accrochés dans ses branches fragiles, des portraits. Chacun portant le nom d’une personne très pauvre, sans logis, décédée les derniers mois. La plupart avaient entre 40 et 50 ans. Très peu au-dessus. Et une bonne partie aussi au-dessous de ces âges.

Christian, lui, les appelle «les maîtres de ma vie». C’est qu’il en a connu certains, de l’intérieur. C’est qu’il a vu chez eux aussi, sous la peau fatiguée, jaillir la source de leurs grands rêves.

En les peignant, dans l’honneur, il a contribué à prolonger leur vie. Il leur a redonné des couleurs, il les a grandi…

Mais pour d’autres, mission impossible. Là, ses pinceaux se mettent à crier, à hurler, à pleurer, à témoigner de cette vie mourante dans l’hiver du printemps. À tirer la sonnette d’alarme. Il faut protéger tous les autres !

Des artistes-peintres comme Christian et Nelly… sont pour moi des jardiniers indispensables dans ce monde qui surchauffe. Contrairement à bien d’autres qui vivent à la surface et se gonflent pour prendre beaucoup de place, eux, ils travaillent en profondeur. Concentrés sur l’essentiel, ils me parlent.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s