Quand le FMI reconnaît… que réduire la pauvreté renforcerait la croissance !

« Vivre avec moins de deux dollars  par jour », atelier animé par Xavier Godinot et René Locqueneux, militant d'ATD Quart Monde, lors du Forum de l'OCDE le 2 juin2015

« Vivre avec moins de deux dollars
par jour », atelier animé par Xavier Godinot et René Locqueneux, militant d’ATD Quart Monde, lors du Forum de l’OCDE le 2 juin2015

Pascal Percq

France

On s’est presque pincé pour vérifier qu’on ne rêvait pas quand, le 17 juin dernier, à Bruxelles, la présidente du Fonds monétaire international, Mme Christine Lagarde a déclaré vouloir «soutenir des politiques qui rehausseront les revenus des pauvres et des classes moyennes : tout le monde y gagne, car ces politiques sont indispensables pour rendre possible une croissance économique plus vigoureuse, plus solidaire et plus soutenable ».

Ainsi donc le gendarme financier mondial, qui a plus souvent défendu les politiques libérales au détriment des politiques sociales – parfois au prix de drames sociaux nationaux comme en Argentine hier et en Grèce aujourd’hui- découvre que la réduction des inégalités peut être le moyen de renforcer la croissance durablement et équitablement.

Dans son rapport remis en octobre dernier aux « grands » de ce monde, le Mouvement ATD Quart Monde et Xavier Godinot ne disent pas autre chose1. Auraient-ils été enfin entendus ? On le souhaite.

La démonstration du FMI est passionnante car très argumentée : une augmentation de 1 point de PIB du revenu des pauvres et des classes moyennes se traduit par une progression de la croissance pouvant aller jusqu’à 0,38 point de PIB sur cinq ans. En revanche, une augmentation de 1 point de PIB du revenu des riches se traduit par une baisse de 0,08 point de PIB.

« Nos études montrent que, contrairement aux idées reçues, les bienfaits d’une hausse du revenu viennent d’en bas et non d’en haut », a ajouté Mme Lagarde, en avançant que les riches dépensent bien moins que les pauvres … quand ceux-ci en ont la possibilité !

Qu’on ne prenne pas pour autant Mme Lagarde ni pour Robin des Bois ni pour une néo-guévariste prenant aux riches et donnant aux pauvres, non. Son raisonnement est plus arithmétique qu’empreint de justice. Mais elle a raison : il faut éradiquer la misère, supprimer la pauvreté et tout le monde se portera mieux… à commencer par les personnes les plus pauvres.

En appelant de ses vœux de « bonnes politiques macroéconomiques » on voudrait quand même mieux comprendre ce que sont ces « politiques intelligentes » auxquelles elle fait référence.

Deux exemples pourraient aider Mme Lagarde pour une meilleure compréhension. Ils ont été cités le 2 juin dernier au Forum de l’OCDE à Paris par Xavier Godinot économiste et volontaire-permanent et par René Locqueneux, militant quart monde du Nord de la France (lire leur intervention ici) :

Pour Xavier Godinot : « la Banque Mondiale considère que les personnes qui disposent de moins de 2 $ par jour et par personne vivent dans la pauvreté. Nous n’aimons guère ce seuil de pauvreté, qui est fort simpliste ».

René Locqueneux rend compte de ce que lui a dit Béatrice, une femme qui habite près de chez lui et qui touche le Revenu de Solidarité Active (RSA) : « Mon RSA est de 709€. Je dois payer les factures de gaz, une dette de 83€ et la facture mensuelle de 81€, le loyer de 80€, la facture EDF 42 €, l’eau 33€, l’ assurance incendie 18€, Internet pour le téléphone location tel 80€, l’assurance vie 21€. Dépenses totales : 438€. Pour me nourrir avec mon fils Jessy, il reste 271€. Nous sommes obligés d’aller quémander un colis aux œuvres caritatives… » Commentaire de Xavier Godinot : « quand Béatrice a payé toutes ses factures mensuelles, le « reste à vivre » pour la nourriture, les habits, les transports, loisirs etc. est de 4,5 € par jour et par personne. C’est mieux que 2 $ par jour, mais ce n’est quand même pas beaucoup, et Béatrice doit avoir recours à l’aide alimentaire… »

Enfin, on ne saurait que recommander à Mme Lagarde de prendre connaissance des cinq recommandations d’ATD Quart Monde pour le défi de l’après 2015 adoptées par le comité des Droits de l’Homme à l’ONU :

1. Ne laisser personne de côté. Cela demande d’éliminer les discriminations fondées sur le genre, l’origine sociale ou la pauvreté, dans tous les pays.

2. Introduire les personnes vivant dans la pauvreté comme de nouveaux partenaires dans la construction de la connaissance sur le développement.

3. Promouvoir une économie respectueuse des personnes et l’environnement, incluant des emplois décents, une protection sociale.

4. Encourager la coopération à l’école entre tous les acteurs, les élèves, leurs familles, la communauté et les enseignants, afin de réaliser l’éducation et la formation pour tous. La plupart des personnes en situation de pauvreté pensent que l’éducation est le meilleur moyen pour leurs enfants de se libérer de la pauvreté.

5. Promouvoir la paix par une bonne gouvernance participative. Cela implique d’aider les communautés à former leurs propres organisations de soutien et de s’assurer que les structures locales, nationales et inter- nationales mettent en place des mécanismes participatifs.

Voilà ce que pourraient être des « politiques intelligentes » chères à Mme Lagarde !

1 « Pour un développement durable qui ne laisse personne de coté : le défi de l’après 2015 » Ed. Quart Monde 15 euros).

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