Guatemala : la démocratie ne se fera pas sans le peuple

Manifestations au Guatemala - photo Reuters, Le Monde

Manifestations au Guatemala – photo Reuters, Le Monde

Nathalie Barrois,

Guatemala

Depuis plus de deux mois, suite à des révélations de corruption a commencé ce que l’on peut appeler un mouvement citoyen qu’un ami guatémaltèque a décrit comme ‘historique’. Dans un pays où 36 années de guerre civile et un taux de violence important imposent parfois silence à la liberté d’expression, je comprends son enthousiasme.

Un réseau de détournement des impôts a été mis à jour, impliquant le président, la vice-présidente et des personnes importantes de leur environnement (lire article dans le journal le Monde)  : des millions de quetzales (la monnaie nationale) ont été détournés . Depuis plusieurs années, des campagnes ont lieu pour diminuer la fraude fiscale, incitant à l’usage de factures par exemple, expliquant que le pays a besoin de cet argent pour avancer. Comme en écho, des tracts rapidement diffusés disaient : « On aurait pu payer une année de l’éducation nationale, les médicaments pour les hôpitaux au niveau national… » Revendications justifiées quand on connaît les difficultés des écoles qui manquent de matériel, des hôpitaux qui doivent parfois fermer un service par manque de médicaments, etc.

Samedi après samedi, des personnes sont descendues dans la rue, toujours plus nombreuses, pour dire leur mécontentement, demander la démission du président, réclamer justice. Et même si on n’échappe pas aux récupérations politiques à l’approche des élections présidentielles prévues en septembre (tel candidat se dit ni corrompu ni voleur par exemple), on sent une réelle prise de conscience chez nombreux citoyens qui veulent que cela change et semblent prêts à investir de leur personne pour cela.

Argent vol+®

Argent volé

Dans les quartiers très pauvres où nous avons nos actions de bibliothèque de rue, on parle peu de ces événements, et pourtant combien sont concernées ces familles qui sont les premières à souffrir du manque d’accès à la santé, à lutter pour que leurs enfants réussissent à l’école alors qu’elles-mêmes parfois ne savent ni lire ni écrire ! Comment leur permettre de prendre la mesure de ce qui se passe, et surtout de croire en leur propre participation de citoyens, à l’importance de leur jugement, de leurs idées ?

La campagne présidentielle saura-t-elle tenir compte de ces aspirations populaires à une véritable démocratie et à un état de droits, en délaissant les vieilles pratiques qui consistent à faire de vaines promesses ? Une amie me racontait comment un candidat avait offert une chaise roulante à un handicapé et l’avait lui-même posé sur la chaise. Touchée par ce geste, elle se disait prête à voter pour lui, alors que les médias fustigent ce candidat impliqué dans des affaires…Tant de mises en scène qui nient la capacité de réflexion et de décision des personnes. Une autre candidate offre des sacs d’aliments, des outils scolaires aux parents nécessiteux ; façon de dire qu’elle se préoccupera de leur sort s’ils votent pour elle. Mais est-ce l’assistance qu’attendent ces parents, ou n’est-ce pas plutôt une école de qualité, une vie digne, comme tout un chacun ?

Ici au Guatemala, comme dans tant d’autres pays, permettre une vie digne où chacun ait les moyens de contribuer au niveau de son quartier comme au niveau de son pays pour le bien de tous, reste un des grands défis pour nos démocraties. Un enjeu citoyen pour une planète plus juste et viable, qui offre un avenir à tous les enfants.

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