Quand les enfants font changer leur communauté

Chantier solidaire en République Démocratique du Congo

Chantier solidaire en République Démocratique du Congo

Bagunda MUHINDO René,

Ouagadougou, Burkina-Faso

La vie des enfants qui vivent dans la rue à Ouagadougou me fait parfois penser aux potentiels des enfants de Bukavu en République Démocratique du Congo.

Ces enfants d’un groupe appelé Tapori sont des « vrais réconciliateurs » : quand deux familles sont en conflit, les parents se voient dans l’obligation de se réconcilier parce que leurs enfants jouent ensemble. Ils font des activités qui favorisent la réception de tous dans les familles. Et pour certaines fêtes, les parents sont amenés à s’entendre lorsqu’ils doivent se réunir chez l’un d’entre eux pour les préparatifs d’une quelconque cérémonie des enfants. En se retrouvant ensemble pour le bien de tous les enfants, les parents retrouvent la paix.

Ces enfants sont aussi des « provocateurs de projets de développement » qui réussissent à faire changer le regard de leur communauté envers les plus pauvres.

Émile habitait avec sa famille une petite maison en terre battue. Personne n’osait lui rendre visite. L’oubli, le mépris et l’exclusion de sa communauté étaient allés au-delà des limites. Certains l’appelaient « sorcier » parce qu’il était pauvre. Il restait seul, il n’avait personne à qui parler, personne ne l’approchait et du coup il s’enfermait sur lui-même. Pourtant avec les enfants, « l’espoir et le changement » sont devenus possibles.

Un jour après une animation autour d’un livre, les enfants avec leurs animateurs décident d’aller faire un travail manuel en faveur de la famille d’Émile. Le premier jour, ils se contentent de terrasser le terrain. Les jeunes de passage touchés par cette action prennent conscience de la nécessité de leur engagement dans ce chantier. Le jour suivant, ils sont une vingtaine à se mobiliser. Peu après, ce sont les parents qui s’associent. Chacun (maçon, charpentier, menuisier, élèves, étudiants) met ses compétences au service des autres… chacun apporte ce qu’il peut (force physique, intelligence, moyens matériels ou financiers) pour faire avancer le projet. D’autres personnes ont pris l’initiative de demander un soutien auprès des associations caritatives. Et avec l’apport de toute la communauté, la maison a été construite.

Ces enfants, jeunes et adultes constituent aujourd’hui les membres de l’Association les Amis d’ATD Quart Monde1 dont certains font partie du groupe « familles solidaires ». Au sens de : solidaires avec les plus pauvres de leur communauté. Émile, que tous nomment  désormais Papa Émile, est lui aussi membre du groupe.

Papa Emile au sein de sa communauté

Papa Emile au sein de sa communauté

C’est durant l’une des rencontres de formation et d’évaluation de ce groupe, que quelques années plus tard, Papa Émile racontera le chemin parcouru : « Avant le mois de décembre 2009…personne ne voulait me parler, personne ne s’approchait de moi. Je commençais à me considérer comme un vaurien dans ce monde, un homme à moitié vivant et à moitié mort. J’avais perdu tout espoir dans la vie et je me culpabilisais même des fois.

Mais après l’existence de notre groupe ″ familles solidaires″ j’ai vu beaucoup de changement dans ma vie. Vous m’avez honoré en acceptant de tenir nos rencontres mensuelles chez moi, vous m’avez accepté tel que je suis et vous me laissez parler malgré mes limites et vous m’écoutez.

Nous nous apaisons mutuellement en nous partageant nos moments de peines et de joies. Grâce à vous, j’ai retrouvé la joie de vivre et pourtant je continue à être pauvre matériellement. Grâce à votre respect envers moi, d’autres personnes commencent à m’approcher, à accepter de me parler et à me demander mon point de vue. Grâce à vous, je suis en train de recouvrer ma dignité petit à petit. Les enfants qui jetaient des pierres sur ma maison ne le font plus.

Actuellement, beaucoup de gens m’appellent ‘papa Émile’. Quoi chercher d’autre de plus que ça ? Avant je n’avais même pas où poser ma tête, mais grâce aux efforts des enfants, jeunes, animateurs Tapori et de vous tous, je vis paisiblement chez moi».

Grâce à ces enfants, j’ai réalisé que l’espoir de changement est dans nos communautés.

1 L’association fonctionne sur la base de la participation de tous. « La solidarité et la fraternité » sont au cœur de toutes les actions. Agir ensemble met les gens debout et permet de « faire évoluer le regard de la société sur les plus pauvres ».

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